‹ Science et moraleChapitre 26 sur 50 · HISTOIRE DE L'INSTITUT · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE L'INSTITUT

fois plus suggestives; ses luttes personnelles contre (les adversaires, auxquels il a le tort quelquefois de garder de durables rancunes; — son cursus honorum, places, décorations, récompenses, et déboires, etc. Quant à ses travaux, dont la genèse et le développement sont la partie fondamentale de la vie d'un savant, s'il doit toute sa conscience à leur exécution, il n'a pas qualité pour les raconler ou les juger. Cela regarde les autres, et la postérité, si son œuvre va jusque-là. Vous voyez donc que, à mon a>is, un académicien — de l'Académie des sciences, j'entends, car je ne parle ni art ni littérature — agit discrètement, en ne disant rien de sa vie académique.

Peut-être Irouverez-vous plus d'intérêt dans quelques lignes relatives à un sujet plus général, l'iiistoire de l'Institut et ses péripéties.

Rien jamais ne demeure en sa forme première.

Et le mot du poète s'adresse aussi bien aux institulions les plus fermes en apparence qu'aux individus. I^ pensée de la Convention en fondant l'Institut était admirable : elle voulait constituer le tribunal durable de la raison humaine. Elle y avait renfermé la représentation coordonnée de toutes nos connaissances, telles (|u'elle les comprenait, en écartant le particularisme des Académies de l'ancien régime. Mais son

(iMivrc ne demeura dans son intégrité que pendant peu d*années. Huit ans ne s'étaient pas écoulés que la création de la Convention était mutilée par le Premier (iOnsuI. Ce puissant génie ne comprenait les Institulions que comme surbordonnées ù sa propre grandeur; c'est pourquoi il n'aimait ni les philosophes, ni les « patriotes ». Il supprima, par son arrêté du 3 pluviôse an XI, le tiers de la fondation primitive, la section des sciences morales et politiques.

Un ciiangement plus grave, toujours dirigé par des vues étrangères à la raison pure, fut apporté à la constitution de l'Institut par la royauté, le jour où l'ordonnance rovale du il mars 1810 rétablit les anciennes Académies, en relâchant, presque jusqu'à les rompre, les liens par lesquels les créateurs de Tlnstitut avaient \im\\i rattacher entre eux les hommes voués à la culture des choses de l'esprit.

C'est cette organisation, complétée en 1834, par le rétablissement, sous un titre académique, de la section supprimée par Bonaparte, qui nous régit aujourd'hui. Certes, il serait téméraire de dire qu elle n'éprouvera plus de modillcations. Mais les personnes les plus attachées à notre institution ne sauraient nier qu'elle a perdu une partie de la vitalité (|ui provo(|ue les transformations.

Les Académies n'ont jamais, eu aucun temps, pas

Page 1