II. — LA BIOGRAPHIE
Le momeiil est venu de retracer brièvement le tableau de cette odyssée, qui devait si tristement finir, avant d'exposer les idées maîtresses qui dirigèrent Papin dans les plus importantes de ses inventions, je veux dire celles relatives à lamacliine à vapeur.
Né à Blois, d'une famille protestante (22 avril 1647), il suivit dès TAge de dix-sept ans les cours de la Faculté de médecine de TUnivcrsité d'Angers; il fut reçu médecin en 1669. On ne sait s'il exerça cet art; mais deux ans a[)n>s, en 1671, Huygens, qu'il avait connu à Angers, Tappela à Paris pour Taider dans les expériences qu'il poursuivait au Louvre, dans les bAtiments de la Bibliothèque du roi. Papin put se livrer, sous cette haute direction, à son goût pour la physi(|ue et
la in(''oani(jiie. Ix*s nolions nouvelles relatives au vide, qui ivsullaienl des découvertes de Torricelli et des rxprrionces de Pascal» ainsi que les machines U faire le vide, ivceinment inventées par Otto de Guerike, oc( ïip.'iirnl alors tous les esprits, celui d'Huygens en parlirulier ; ce fut là que Papin puisa les nolions théoriques et ac(|uit les connaissances pratiques, qu'il mil en (l'uvre plus tard dans ses inventions. Ce fui aussi à ce nïOFuenl qu'il se trouva en relation îivcc Leiluiitz, résiliant à Paris (1675-1070) comme précepteur du tils du l)an)n de Borneliourpr, et contracta avec lui une amitié, que I^il)nitz ne cessa de manifester par ses servi re s.
Après avoir publié, en 1074, un premier mémoire sur le vide, consacré en partie à des découvertes de pli\si(pie pure et en partie à la consenation des fruits, Papin al)andonne sa position â Paris pour aller rlien lier fortune en Angleterre. Peut-être sa qualité de protestant lui fermait-elle dés lors en France l'accès à d«'s situations plus hautes; cependant il ne fait au4 une allusion à une semblable circonstance. Il quitta donc la France, bien avant la révocation de l'Édil de Nantes; non à la suite, comme l'ont prétendu quelques-uns de ses biographes.
Lors(iu'il passa en Angleterre, Huygens Vy recommanda. Boyie, à son tour, le prit comme aide et colla-
borateur dans son laboratoire (1675-1679); il le fit nommer, en 1680, titulaire de la Société royale, dont il était Tun des fondateurs. En 1681, Papin inventa son digestcur, son œuvre la plus accomplie : la destination en (Hait essentiellement pratique; j*en ai parlé plus haut.
Cependant, au bout de six ans de séjour, au lieu de poursuivre à Londres le lent développement d*une carrière scientifique qui s'annonçait avec quelque éclat, Papin se laissa entraîner vers une nouvelle aventure. Sarotti, cliargé d'affaires du Sénat de Venise !i la cour d'Angleterre, au moment de retourner dans sa pairie, voulut y fonder ce qu'on appelait alors une Académie, c'est-à-dire une réunion de savants et d'artistes, patronés et pensionnés par lui. Papin accepta ses offres décevantes; et il abandonna, pour le suivre, son titre de membre de la Société royale, tenu à résidence. Après être descendu à Anvers, il fit à Paris, en 1682, une courte visite, la dernière de sa vie, et il alla passer à Venise deux années, qui lui furent de peu d'utilité.
En 1681, Sarotti étant renvoyé en Angleterre par le Sénat, son Académie tomba, et Papin revint à Londres, où la Société royale lui rendit son titre de membre et de « curateur aux expériences de la Société ». Elle y affecta un traitement trimestriel de 100 livres tournois;
traitcmonl modeste, mais suflisaiit à cette épotiue pourassurcM* à un savant qui drbutait le loisir de s*attarlirr à ses études; il aurait sans doute été accru avec le temps et le progrés de sa réputation. Papin y continua ses inventions d*ordre pratique, fondées pour la plupart sur l'emploi du vide. Mais aucune de ces inventions ne parait avoir atteint la période des applications industrielles, au moment où il abandonna I.ondres pour TAllemagne, attiré par de nouvelles ('spérances.
\a*s savants d*alors passaient ainsi d'fltat en État, de France en Angleterre, en Allemagne, en Italie, et récipnM|uement, — comme le montre Thistoire de l'Académie des sciences au temps de Louis XIV, — sans être assujettis à ces liens de nationalité, qui rendent aujourd'hui de telles mutations, sinon impossibles, du moins de plus en plus rares. Elles le sont devenues surtout depuis la constitution de Tltalie et de TAllemagne en grandes nations ; chacun trouvant plus aisément à faire sa carrière dans son propre pays (|ue dans les autres, où un étranger rencontre les difficultés des examens et des grades, sans parler des situations acquises et des jalousies nationales.
A la suite de la révocation de TËdit de Nantes par Louis XIV, les protestants opprimés quittèrent en foule la France et transportèrent de tous côtés leurs
industries. Le landgrave de Hessc, de même que réicctcur de Brandebourg et les autres princes protestants, clicrcliêrcnt à attirer chez eux les proscrits, en leur assurant un bon accueil et divers privilèges. Une partie de la famille de Papin émigra de Blois à Marbourg, et le landgrave, curieux d'inventions scientifiques, pensa à appeler Papin dans ses États. Il lui offrit le titre de professeur de mathématiques à TUnivcrsilé de Marbourg, avec un émolument de 150 florins; ce qui représentait 1600 à 1700 livres tournois, le double à peu près de la subvention de Papin en Angleterre, plus un éventuel variable. Celait pour répoquc un traitement considérable, équivalant à celui des professeurs de l'enseignement supérieur d'aujourd'hui en France,
Papin se trouvait ainsi, à quarante ans, dans une belle situation et en état de poursuivre ses expériences. Son titre embrassait les sciences physiques. Malheureusement pour lui, il devait faire quatre leçons par semaine, lourde charge pour un homme qui n'avait jamais professé.
A cette époque d'ailleurs, les étudiants s'occupaient surtout de théologie, de droit ou de médecine, seuls enseignements susceptibles d'aboutir à des carrières profitables. Les sciences proprement dites, étant u peu près de nul rapport, n'attiraient personne : aussi les