‹ Science et philosophieChapitre 14 sur 21 · Proceedings of t'tie Royal Society of London, XXI Y · texte numérisé non relu

Proceedings of t'tie Royal Society of London, XXI Y

nifères ou des algues, faciles à isoler du reste. En évaporant l'eau de mer à siccité et en calcinant le résidu, la matière organique devait se manifester, comme d'habitude, par une carbonisation bien marquée. Cependant, aucun des nombreux échantillons de l'eau profonde examinés par M. Buchanan ne se trouva contenir assez de matière organique pour donner au résidu autre chose qu'une teinte grisâtre à peine perceptible, sans aucun signe de carbonisation ni de combustion. Qu'était donc devenu le Bathybiusf

Sur ces entrefaites, l'un des naturalistes du Challenger, M. Murray, observa que plusieurs échantillons d'eau de mer conservés dans l'esprit de vin prenaient volontiers un aspect gélatineux et qu'on y pouvait reconnaître de la matière flocculente semblable à une mucosité coagulée; cette substance ressemblait en tout point au Bathybius ; seulement on n'y observait pas de mouvements. Elle se trouvait en telle quantité que, si elle avait eu réellement une nature organique, l'eau de mer qui la contenait ne pouvait manquer de fournir dans toute leur netteté les réactions habituelles aux matières carbonées. Il n'en était rien cependant.

M. Buchanan eut alors l'idée de soumettre ce précipité floconneux à diverses réactions. Il reconnut d'abord que ce précipité se colorait avec les dissolutions d'iode et de carmin et que, mélangé avec la vase du fond, il présentait, sous le microscope, toutes les apparences si minutieu-

sèment décrites par HaBckel. C'était donc bien le BathybLus.

D'autre part, le précipité gélatineux n'apparaissait que quand l'eau de mer était mélangée avec un grand excès d'alcoul. En réduisant l'alicool employé à deux fois le volume de l'eau de mer, on voyait cette gelée prendre en très peu de temps une figure cristalline et se transformer en aiguilles offrant la forme caractéristique du sulfate de cliaux, résultat pleinement confirmé par l'analyse.

En lessivant la vase du fond avec de l'eau distillée, ou en l'employant de suite après son arrivée au jour avec la drague, on n'observait aucune coloration par l'iode ou le carmin : et toujours la matière gélatineuse, susceptible de se colorer sous l'influence de ces dissolutions, disparaissait des échantillons de vase conservés dans l'esprit de vin lorsque ces derniers avaient été lavés à l'eau distillée.

EnOn, dans aucun cas il n'était possible de constater la présence de matière albumineuse libre.

Tels sont, simplement traduits des Rapports préliminaires de MM. Buchanan et Murray, publiés par la Société Royale de Londres, les résultats de cette intéressante et consciencieuse étude, à laquelle aucun parti pris n'avait présidé.

Ainsi le fameux Bathybius descend au rang d'un vulgaire précipité minéral, résultant de ce que le sulfate de chaux toujours contenu dans

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Veau de mer, devient partiellement insoluble en présence d'un excès d'alcool ; et suivant la quantité d'alcool employée, on peut l'obtenir, soit à l'état gélatineux, soit à l'état cristallin. Dans le premier cas, il se comporte, avec les dissolutions d'iode et de carmin, comme les substances présumées organiques, en sorte que cette réaction, jusqu'ici regardée comme caractéristique, n't-st rien autre chose qu'un fait de capillarité, pouvant se produire sur les corps inorganiques.

Il reste à expliquer le mouvement diffus observé par MM. Huxley et Heeckel, mais en vérité ce n'est pas bien difficile ; la mobilité est le propre de tous les précipités floconneux et elle ne peut nullement être regardée comme un indice de vie. Tout le monde sait que lorsqu'on observe, à un grossissement de quatorze cents fois ou plus, les cavités contenues dans les cristaux de quartz et à demi remplies par un liquide à bulles mobiles, ces bulles sont dans un état de tremblement caractéristique qu'on a appelé le ntouvement brownien ; et personne, jusqu'ici, n'a songé à attribuer une origine organique à ces bulles renfermées dans l'intérieur du cristal de roche.

Résumons maintenant la morale de cette histoire. Des zoologistes qui marchent aujourd'hui à la tète du mouvement scientifique dans leurs pays respectifs, les Huxley, les Haeckel, découvrent et décrivent minutieusement un corps organisé qui réalise enfin l'idéal des transformis-

tes; c'est la vie diffuse, à peine définie; en un mot c'est la matière commençant à s'organiser elle-même. A leur suite s'engagent aveuglément les Gûmbel, les Zittel et tant d'autres. Le Bathybius prend sa place dans les traités descriptifs; les Dawson et les Carpenter ne craignent pas de l'invoquer pour justifier les caractères énigmatiques de leur Eosooti canadense ; et voilà qu'eu dernière analyse, il se trouve que tout ce bruit s'est fait autour d'un vulgaire précipité minéral, que l'imagination seule des observateurs avait doté des propriétés de la matière organisée !

Devant un tel résultat, n'est-il par permis de sourire et ne serait-on pas excusable d'évoquer ici le souvenir de cet astrologue de la légende, qui découvrait des animaux dans la lune parce qu'une souris s'était introduite dans son télescope? Voilà pourtant les surprises que la science incrédule nous réserve, toutes les fois que l'esprit de parti préside à ses investigations! Si encore de telles mésaventures la rendaient plus prudente ; mais il suffit de lire les derniers écrits de MM. Huxley et Haeckel pour voir avec quel dédain, avec quelle hauteur les adversaires du transformisme sont traités par eux. Il semble d'ailleurs que leurs nombreux disciples se soient admirablement entendus pour faire le silence autour de cet échec si caractérisé de leur doctrine : car cette découverte de la nature minérale du Bathybius, qu'il eût été si légitime de proclamer partout et à haute voix, semble

enterrée dans les rapports de la Société royale de Londres, sans que la plupart des savants y aient pris garde. Plus d'une fois depuis sa publication, en parlant de cette découverte à des zoologistes autorisés, nous avons été stupéfait de constater qu'ils l'ignoraient et c'est ce qui nous a conduit à réclamer pour un fait aussi important, la publicité de la Revue. Puisse cet épisode de l'histoire scientifique contemporaine ouvrir les yeux de quelques-uns sur les réels dangers que présente l'abus du microscope! Ce merveilleux instrument de recherche peut induire parfois dans de singulières erreurs; on se souvient encore de M. Jenzsch ^ qui avait cru découvrir des infusoires et des végétaux dans les porphyres et les mélaphyres. On vient de voir à quelles illusions le microscope a conduit les souverains pontifes du transformisme anglais et germanique. Concluons de tout cela que plus la science pénètre dans les secrets intimes de la matière, plus il devient facile de s'égarer dans ces labyrinthes où tout revêt une forme indécise, où les végétaux ne peuvent plus se distinguer des animaux où le monde minéral lui-même semble prendre les apparences du monde organisé. Alors commence ce que nous nous permettrons d'appeler le vertige du microscope ; les plus habiles y sont sujets comme les plus humbles ;

1. Ueber eine mikroskopische Flora und Faune krystallinisch Uassenr/esleine, Leipzig, 1868.

î'est comme un inévitable écueil contre lequel 'excès de la curiosité humaine a bien des chances le sombrer quand un principe supérieur ne rèfle pas sa marche.

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