Revue des Questions Scientifiques, janvier
Ils se sont dit, sans doute, qu'aux yeux du vulgaire il n'y a pas de différence entre la vie et la mort, lorsqu'il s'agit d'un être dont l'existence ne se traduit que par les mouvements confus d'une masse gélatineuse, dépourvue de toute organisation. On ne risquait donc pas grand chose à exhumer ce cadavre et à l'offrir, de loin, aux regards d'une nombreuse assemblée, sans trop insister sur la mésaventure qui Tavait récemment relégué au rang des plus infimes productions du règne minéral.
Faisons-nous un jugement téméraire en supposant que telle était la pensée qui a inspiré le discours de M. Allman à l'ouverture du congrès de l'Association britannique, réunie à Sheffîeld en août 1879 ? Peut-être; mais alors la conjoncture devient des plus embarrassantes; car, pour absoudre l'orateur de tout soupçon d'un semblable calcul, il nous faut accuser d'une certaine légèreté l'homme qu'une assemblée, respectable entre toutes, avait élevé aux honneurs de la présidence. Plutôt que de choisir nous même entre deux alternatives aussi pénibles, nous préférons en remettre le jugement aux lecteurs de la Revue, en plaçant sous leurs yeux toutes les pièces de ce curieux procès.
Donc, à l'ouverture du Congrès de Sheffield, M. Allman avait choisi, pour sujet de son discours d'inauguration, « le rôle du protoplasme dans la nature. » Après avoir décrit ce que c'est que le protoplasme, dans lequel il reconnaît « la
base physique de la vie, » l'orateur, voulant faire connaître « quelques types bien définis » de cet être organisé sans organisation, commence par le Bat/iybius, sur le compte duquel il s'exprime en ces termes :
j « Une grande quantité d'une matière boueuse ' particulière a été ramenée à l'aide de la sonde, du fond de l'Atlantique septentrional, à des profondeurs variant entre mille cinq cents et sept mille cinq cents mètres, par les naturalistes attachés à la campagne d'exploration du Porcupine, Cette matière a été décrite comme présentant, lorsqu'on l'observe sur place, des mouvements spontanés et des traces indubitables de vie. Des échantillons, conservés dans l'alcool, ont été étudiés par le professeur Huxley, qui les a reconnus comme formés de protoplasme, dont, par conséquent, des masses considérables, à l'état vivant, tapissent de vastes espaces au fond des mers. Cette boue merveilleuse a reçu d'Huxley le nom de Batlitjbius Hœckelii. Depuis lors, le Batlujbiiis a été soumis à un examen approfondi par le professeur Haeckel, qui croit pouvoir confirmer de tous points les conclusions d'Huxley. Il est arrivé à la conviction que le fond de la haute mer, à des profondeurs supérieures à mille cinq cents mètres, est couvert d'une masse énorme de protoplasme vivant, qui y végète à l'état le plus simple et le plus primitif, sans avoir encore pris une forme définie. Il émet l'idée que ce protoplasme peut avoir été engendré par génération
spontanée, tout on réservant à des investigations ultérieures le soin de résoudre définitivement cette question.
» Cependant la réalité du Bathijhius, n'a pas été universellement acceptée. Dans les recherches du Challenger, les explorateurs n'ont pas réussi à prouver l'existence de protoplasme amorphe sur le fond de l'Océan. Ils n'ont rencontré aucune trace de Bathybius dans. toutes les régions qu'ils ont explorées, et ils se croient fondés à soutenir que la matière trouvée dans les dragages du Porcupine et conservée pour l'étude dans des bocaux d'esprit de vin, n'était qu'un précipité inorganique dû à l'action de l'alcool.
» Toutefois, il est difficile de croire qu'on puisse faire aussi bon marché d'investigations aussi approfondies que celles d'Huxley et d'Hœckel, d'autant plus qu'elles ont reçu une confirmation sérieuse des observations, encore plus récentes, faites par le voyageur Bessels, l'un des explorateurs du Polaris. Bessels constate qu'il a dragué dans les mers du Groenland, des masses d'un protoplasme vivant non différencié, auquel il assigne le nom de Protobathybius, mais qui ne paraît pas distinct du Bat/iybius du Porcupine.
» Dès lors, il faudra que de nouveaux arguments aient été apportés contre la réalité du' Bathybius pour qu'une doctrine reposant sur des observations aussi soignées doive être reléguée dans la région des hypothèses démenties par
les faits. Admettant donc que le Batliybius, quelque limitée que puisse être sa répartition d'après les dernières recherches, a une existence réelle, nous dirons qu'il nous offre la condition la plus rudimentaire sous laquelle il soit possible de concevoir la matière vivante. Aucune loi morphologique n'a encore exercé son action sur cette boue informe. Même le plus simple degré d'individualisation fait défaut. JVous avons donc là une masse qui vit, mais dont nous ne pouvons tracer les contours ; c'est de la matière vivante ; mais c'est à peine si nous avons le droit de l'appeler un être vivant. »
Le piquant de l'affaire est que le Professeur Huxley faisait partie de l'auditoire de M. AUman et que c'est à lui qu'avait été dévolue la tâche de justifier le traditionnel vote de remerciements adressé au président à l'occasion de son discours. Certes, l'occasion était bonne, pour le père du Batliybius. de saisir la perche que lui tendait si opportunément M. Allman et d'accréditer, tout au moins par son silence, la résurrection du protoplasme en question. Mais M. Huxley est un homme de bonne foi, parfaitement édifié sur la valeur réelle de son ancienne création et il lui répugnait de laisser l'auditoire sous l'impression des déclarations équivoques du président. D'autre part, comment faire pour ne mettre en échec ni sa propre réputation, ni celle de M. Allman, coupable, tout au moins, d'avoir traité un sujet qu'il ne connaissait pas à fond? C'est ici que ce
révèle la puissance des ressources que Vhuinour britannique peut mettre à la disposition d'un homme d'esprit. On en juf^ea à la lecture du passage suivant, textuellement traduit, soit du Sheffleld and Rotherham Independent , 21 août 1879, soit du Sheffield Daily Telegraph, en date du même jour.
« Je vous demanderai la permission de dire un mot d'une affaire qui m'est personnelle, afin de prévenir un malentendu auquel je regretterais d'avoir contribué à donner naissance. J'ose dire que parmi ceux de mes auditeurs qui sont, parvenus à la maturité de l'âge, il n'en est aucun qui ait eu le bonheur d'atteindre cette condition sans avoir vu, par ci par là, quelque contemporain, peut-être même quelque ami intime de sa jeunesse, ne pas tenir exactement toutes les promesses de ces premières années. Allons plus loin, supposons que cet ami ait fait l'inverse de ce qu'on attendait de lui, et soit devenu une de ces personnes équivoques avec lesquelles on n'est point désireux d'entretenir de relations; vous l'avez depuis longtemps perdu de vue; vous n'avez pas beaucoup entendu parler de lui; mais des gens dignes de foi vous ont assuré qu'il a fait ceci ou cela et que, en somme, c'est un assez pauvre sire.
» Or notre Président, dans la première partie de son discours, a fait allusion à une certaine..., chose.... je ne sais en vérité si je dois l'appeler une chose ou autrement (rires), qu'il a nommée
devant vous Bathybius, en indiquant, ce qui est parfaitement exact, que c'était moi qui l'avais fait connaître ; tout au moins, c'est bien moi qui l'ai baptisée (nouveaux rires) — et, dans un certain sens, je suis son plus ancien ami (éclats de rire;. Quelque temps après que' cet intéressant Bat/iybius eut été lancé dans le monde, nombre de personnes admirables prirent cette petite chose par la main et en firent une grande affaire (rires). Et, comme le Président a eu la bonté de vous le dire, ces personnes répétèrent et confirmèrent toutes les constatations que je m'étais hasardé à faire à son sujet. Les choses allaient donc leur train, et je pensais que mon jeune ami Bathybius me ferait quelque honneur (nouveaux rires). Mais j'ai le regret de dire que, avec le temps, il n'a nullement tenu les promesses de son jeune âge (éclats de rire). Tout d'abord, comme vous l'a dit le Président, on ne réussissait jamais à le trouver là où on devait attendre sa présence, ce qui était fort mal (rires) et, de plus, quand on le rencontrait, on entendait dire sur son compte toutes sortes d'histoires. En vérité, je regrette d'être obligé de vous le confesser, quelques personnes d'esprit chagrin ont été jusqu'à prétendre que ce n'était rien autre chose qu'un précipité gélatineux de sulfate de chaux, ayant entraîné dans sa chute de la matière organique (rires). S'il en est ainsi, j'en suis très chagrin, car si d'autres ont partagé cette erreur, c'est moi qui, sans le moindre doute, en dois
porter la première responsabilité. Mais, quant à présent, je ne sais pas par moi-même ce qu'il en est. Rien no me serait plus agréable que d'étudier l'affaire à nouveau dans les conditions où il convient de l'examiner, mais cela demanderait un voyage de quelque durée et l'étude d'un objet semblable, sur les lieux même qu'il habite, est un genre de travail que je n'ai pas eu depuis bien des années et que je n'aurai probablement plus jamais l'occasion d'entreprendre. Dès lors, je suspends absolument mon jugement sur ce sujet. Tout ce que je puis faire, c'est de vous avertir des bruits qui ont couru sur mon ancien ami, mais sans dire si ces bruits sont ou ne sont pas justifiés. En résumé, je suis très heureux de ce qui se passe. Il est une chose certaine parmi nous autres, hommes de science, et que personne de ceux qui nourrissent contre nous les plus vifs préjugés ne saurait contester, c'est qu'aucun de nous ne cherchera jamais à cacher les méprises de ses confrères (rires et applaudissements). Dès lors, je me tiens pour pleinement assuré que, si dans cette histoire j'ai commis quelque bévue, un jour ou l'autre il se trouvera quelqu'un pour en fournir la démonstration péremptoire. Mais laissez-moi vous rappeler que, quel que soit le sort du Bathybius, cela n'importe en rien aux conclusigns générales du remarquable discours que vous venez d'entendre. Toutes les propositions de votre Président resteraient aussi vraies, aussi profondément vraies, lors
même que ce petit excentrique de Bat/iybius n'existerait pas. »
Nous avons tenu à citer, sans en retrancher une ligne, ce morceau plein d'esprit, qui fait honneur à la verve et à l'à-propos de M. Huxley. Pour tous ceux qui savent lire entre les lignes, il apparaîtra clairement que le savant professeur ne garde aucune illusion sur le sort de son ancien client et que, s'il avait eu à prononcer, pour son propre compte, un discours sur le rôle naturel du protoplasme, il se fût bien gardé d'invoquer le Bathybius à l'appui de sa thèse. Il n'en reste que plus difficile à comprendre comment M. Allman, de qui le discours était préparé de longue date, a pu y donner place à un argument aussi contestable. Sans doute, on reproche quelquefois aux avocats de tenir au nombre plutôt qu'à la qualité des moyens de défense; mais si ce procédé est excusable chez celui qui plaide, par état, une cause dont il a été contraint de se charger, on Tadmet moins volontiers chez un savant en possession d'une situation personnelle qui prête à ses déclarations une gravité particulière.
>'ous pourrions laisser nos lecteurs sous l'impression du désaveu implicite de M. Huxley. Mais quelques-uns viendraient à s'imaginer, peut-être, que les observations des naturalistes du Challenger n'étaient pas aussi péremptoires que nous nous étions plu à l'admettre dans notre article de 1878. Afin qu'il ne subsiste à cet égard aucun malentendu, un de nos amis a bien voulu se
charg-er d'écrire à M, John Murray, pour solliciter de lui des explications formelles. Voici la réponse du savant anglais, qu'avec sa permission nous traduirons en entier, pour la complète édification de nos lecteurs :
Challenger Office, 32, Queen Street, Edimbourg, 11 septembre 1879.
« Cher monsieur,
» En partant pour la croisière du Challenger, je croyais au Bathybius et, par suite, j'éprouvais un vif désir de l'observer et de l'étudier à fond.
» Je pris la boue retirée par la drague au moment même où la sonde venait de remonter. Je recueillis avec beaucoup de soin la couche de la surface et je l'examinai d'abord au microscope, à divers grossissements, et en y consacrant plusieurs heures en une seule fois. Je traitai cette couche superficielle par les solutions de carmin et d'iode et j'en recommençai l'examen.
Challenger Office, 32, Queen Street, Edinburgh, 11 sept. 1879.
Ms' dear sir,
When I weat away in the Challenger I believed in Bathybius aad was of course most anxious to observe and examine it.
1 took the mud and ooze just as it came up in the sounding-tube and dredge. I collected very carefully the surface laver and examined it at once with te microscope under various powers and for hours at a time. I treated thèse surface layers with carmi.ie and iodine solutions and again examined them.
» Je repris nombre de fois ces observations, en variant les méthodes, pendant les deux premières années de notre croisière et en opérant sur toutes les variétés possibles de dépôts, boues à globig'érines, boues à diatomées, argiles, dépôts littoraux, etc. Je n'obtins aucun résultat en ce qui concernait le Bathyliim.
» Je ne vis aucun mouvement protoplasmique dans la boue étudiée dès son arrivée au jour, et, en la traitant par les solutions de carmin et d'iode, je n'aperçus aucune des particularités décrites par Huxley et Hœckel. Les autres naturalistes ne furent pas plus heureux que moi dans leur recherche du Bat/tybius.
)) J'étais chargé de conserver tous les échantillons des dépôts et constamment j'avais affaire à eux. Au bout d'un certain temps je constatai que ceux des échantillons de vase qui avaient été placés dans des bouteilles avec un excès d'alcool, présentaient, à leur surface supérieure, l'aspect d'une g-elée très mobile, tandis que cette
I did this again and again ia various ways, during the first two years of our cruise aad witli ail the varieties of deposit, Glob. oozes, Diatom-oozes. clays, shore deposits etc. There ■was no resuit so far as Bathybius was concerned.
1 did not see .jny protoplasmic niovements in the mud examined just as it came up and on treating it with carminé and iodine solutions. I did not see the ap learances described by Huxley and Hœckel. The other naturalists were not more successful than mysolf in their search for Bathybius.
I had charge of ail the spécimens of deposits, and was continually working witli them. After a tirae, I noticed that those spécimens of the ooze which were preserved in bottles
apparence manquait absolument chez ceux qui avaient été conservés dans l'eau de mer ou dans l'eau douce.
» En traitant par les solutions colorantes les échantillons en digestion dans l'alcool, je constatai facilement les phénomènes décrits et figu-J rés par Huxley et Haeckel. ■
» Ensuite j'observai que, en mélangeant un peu d'eau de mer à un excès d'alcool, j'obtenais un abondant précipité floconneux qui, au bout de quelque temps, se déposait au fond du vase en prenant un aspect gélatineux.
» J'en tirai la conclusion que l'apparence gélatineuse offerte par les échantillons conservés dans l'alcool était due à un précipité semblable, que l'alcool faisait naître dans l'eau de mer, toujours associée à la vase à son arrivée du fond. Je trouvai la confirmation de cette opinion dans
with abundance of spirit, liad a very mobile jelly-like aspect on tbe upjjer surface of tlie ooze as seen in the bottles, while those spécimens of the ooze kept in sea-water or fresh water had no such appearance.
When I treated thèse spirit-preserved s;)ecimens with the colouring solutions, I easily saw the appearances described and flgured by Huxley and Hseckel.
I next noticed that, when I put abundance of sj.irit and a little sea-water together, I got an abundant flocculent precipitate, which after a time settled to the bottom of the glass and assumed a jelly-like look.
I concluted from this that the jelly-like appearance, formed in spirit-preserved spécimens of the ooze, was due to a similar jelly-like precipitate thrown down by the spirit from the sea-water which was always associa ted with the ooze
de nombreuses expériences que j'exécutai par la suite.
» D'abord, je priai M. Buchanan d'examiner chimiquement le précipité formé par l'addition d'un excès d'alcool à un peu d'eau de mer. Il le fit et déclara que ce précipité était entièrement constitué par du sulfate de chaux.
)) Je crois donc que ce qui a été décrit sous le nom de Bathybiiis était du sulfate de chaux gélatineux, mélangé avec la plupart des échantillons conservés dans l'alcool, et que ce sulfate de chaux provenait de l'eau de mer dont la vase du fond est toujours imprégnée à son arrivée au jour.
» 11 importe de bien remarquer ce que je dis d'un excès d'alcool ; car, si l'on ajoute une partie d'alcool à une partie d'eau de mer, on obtient bien un précipité ; mais quand ce dernier se rassemble au fond du vase, on trouve qu'il
when brought up from the bottom. I was conflrined in this opinion by numerous experiments which I made subsequently.
I next asked M. Buchanan to examine chemically this precipitato formed by adding mucli spii'it to some sea-water. He did so and said it was ail sulphate of lime.
I believo then that what was described under the name of Bathybius was the jelly-like sulphate of lime mixed up with many sjjirit-preserved spécimens of the ooze, and that this sulphate of lime was thrown down from the sea-water which is always associated with a spécimen of the ooze when obtained.
It is important to notice what I say about abundance of spirit. For if you add one ounce of spirit to one ounce of seawater, you get a precipitate, but when this settles to the bottom of the glass, you wiil find that it is composed of nu-
est composé de nombreux cristaux très petits. Si l'on emploie six ou huit parties d'alcool pour une partie ou une demi partie d'eau de mer. on obtient un précipité gélatineux qui ne devient pas cristallin et qui occupe un grand volume. Je possède des échantillons de ce genre qui se sont maintenus sans changement pendant quatre ans.
)) Le professeur Huxley a paru étonné du grand volume apparent de ce précipité gélatineux et il avait peine à croire qu'il pût venir uniquement d'une demi-once d'eau de mer. Je lui ai entendu dire à moi-même <iue ce précipité était bien ce qu'il cirait décrit et qu'il était tout prêt à avaler la pilule [littéralement avaler le poireau, « eat the leek. » Je ne saurais donc comprendre qu'il pût chercher aujourd'hui à jeter là-dessus quelques doutes et je crois qu'il a été pleinement convaincu par nos recherches.
» Le professeur Haeckel a passé récemment
mérous very smnll crystals. If yoii tuke 1/4 or 1/2 ounce of sea-water and 3 or 4 ouûces of s.jirit, you will get a jellylike prc'cipitate wliich does not become crystalline, and whicli has app-ireatly great bulk. — I hâve si.ecimens whicli hâve remained thus for four years.
Prof. Huxley seerae 1 astonished at the ap )arently great volume of this jelly-like ijreciijitite, and could hardly believe that it ail came from 12 ounce of sea-water. I understood him to say to me that this precipitate was what he had describe I, and that he was prepared to » eat the leek. » I cannot understand -why he now throws some doubt on the matter, as I believed he was quite satisfied with the investigation.
Prof, Haeckel was staying with me for some weeks lately.
quelques semaines auprès de moi. Je suis fondé à penser qu'il n'a plus de doutes à cet égard et qu'il regarde le Bathybius comme réellenierit mort.
» Il est difficile de concevoir ce que Bessels peut avoir vu dans la mer Arctique, ni pourquoi il a cru nécessaire de donner à cette forme si simple de protoplasme le nouveau nom générique de Protobathybius.
» Il vous intéressera peut-être de savoir que deux auteurs ont récemment décrit des cristaux de sulfate de chaux comme provenant de dépôts océaniques. Or je suis sûr que ces cristaux n'existent pas dans les dépôts, mais qu'ils se forment dans nos bouteilles à échantillons quand on emploie pour leur conservation de l'esprit de vin. On pourrait dire que c'est du Bathybius cristallisé ou encore du Bathybius non développé ! !
)) Le professeur Huxley m'a dit qu'il avait été nduit en erreur précisément par l'excès des pré-
■;nd I think lie has now no doubt about the matter, and be-
jieves that Bathybius is really dead.
It is difficult to imagine what Bessels could hâve seen in he Artic Sea, or why he should hâve thought it necessary to ;ive to the very simplest form of protoplasm a new generic
|iam>i, Protobathybius. It may be interesting to you to know
|hat two authors hare lately described crystals of sulphate f liiiii in oceanic deposits. Now I feel sure there are no such rystals ia the deposits ; but thèse crystals are found in our otti s of deposits whea the spécimens hâve been ]ireserved 1 spirit; they are, one might say, crystallized Bathybius or ndeveloped Bathybius!!
Pr.)f. Huxley said to me that he had been led into this er-
cautions qu'il prenait puur être curroct et arriver à la vérité. Il avait donné pour instruction que tout échantillon de houe arrivant au jour fût placé de suite dans un flacon, que le flacon fût rempli d'alcool concentré et adressé à son lahoratoire. C'est de cette manière qu'il a obtenu son précipité gélatineux de sulfate de chaux. Son analyse ayant donné une petite quantité de matière organique dans la vase, il l'attrihua naturellement à la substance gélatineuse; d'où se déduisait, tout naturellement aussi, cette conclusion, que la matière gélatineuse était un protoplasme, c'est-à-dire le Batliybius.
» Telle est, selon moi, la véritable histoire du Bathijbius ; elle est bien instructive, et montre à merveille de quelle manière une erreur prend naissance, comment elle acquiert de la consistance et quel crédit elle reçoit de l'autorité de certains grands noms. J'ai connu un ex-
ror, ]jy the very précautions lie took to b.' correct and to get at the truth. Ile gave instructions that, wlien any ooze was got, it sliould ut once Ije i,ut into a bottle, and the bottle be fiUed up with spirit and sent home to him. In this way he got the jellylike suli hâte of lime in liis spécimens. His analysis gave a small ]jercentage of organic m.itler in the ooze. He then, very naturally, I tliink, took this jelly-like matter to bo the organic matter indicated. That lliit jelly-like matter was |)rotoplasm, was Hnlhybius, was also a very natural conclusion.
Such is, I believe, the true history of Bathybius, and a ver\ interesting history it is as illustrating how an erro'r ma\ arise, how very persistent an error Jjecomes and how powerful is the authority of great names. I hâve kuown a good naturalibt pass the ooze tlirough his fingers, and then say, that
cellent naturaliste qui, faisant passer de la vase à travers ses doigts, disait qu'elle était vivante par la présence du protoplasme et que c'était le Batliybius qui lui communiquait son toucher gluant et graisseux. Et pourquoi ? Parce que Huxley et Hœckel l'avaient dit et qu'il n'était pas probable qu'ils se fussent mépris en pareille matière !
» J'ai vu plusieurs naturalistes perdre leur sang-froid vis-à-vis de moi lorsque je leur disais qu'une méprise avait été commise au sujet du Batliybius et que Huxley, Hseckel et autres s'étaient trompés ou avaient été induits en erreur par une circonstance quelconque.
» Pendant la première année de notre croisière, je crus que la raison pour laquelle je ne réussirais pas à voir le Bathybius, était qu'il y avait quelque vice dans ma manière d'observer; mais je n'avais pas le moindre doute quant à la réalité de cette substance.
it was alive with proto:)lasm — and that the sticky greasy feel was due to the i>reseiice of Bathybius. And why? Hid not both Huxliv and H;eck3l described it, and was it likely they could be mislaken in a mitter of that kind?
I havekaown several naturalists lose their temper witli me, when I said I believed there was au error about Bathybius, and that Huxley, Hieckel and others were mistakeu, or had in some way been led astray. During the first year of our cruise, I myself believed that the reason why I could not observe Bathybius, was that there was something wroag with my methods of observation, not that there was any doubt about the reality of Bathybius. There may be living free protoplasm at the bottom of the sea. But I believe that it bas yet to be observed, described and flgured.
» Il se peut qu'il y ait du protoplasme vivant, à l'état libre, sur le fond de l'océan. Mais je crois que ce protoplasme n'a été encore ni observé, ni figuré, ni décrit.
» J'ajouterai que j'ai pu voir et étudier quelques-uns des échantillons originaux qui ont servi à Huxley et Haeckel et sur lesquels ont été fondées leurs descriptions.
» Je pense vous avoir donné tous les renseignements que vous désiriez et je serai heureux de répondre à toute question que vous pourriez me poser ultérieurement.
Bien à vous John Murray. »
Cette pièce, si scientifique et si simple dans ses déductions, si précise dans ses conclusions, si parfaitement exempte de toute préoccupation étrangère à la science pure, nous semble de nature à mettre fin au débat. C'est un procès-verbal authentique, un acte mortuaire en bonne et" due forme, où les constatations les plus écra-
I may add that I hâve seen and examined some of the original samples made use of by Huxley and Haeckel in tlieir descriptions.
I liope I hâve given you the information you hâve requested, and l'il be happy to answer any further questions you may hâve to ask.
Yours very truly John Murray.
santés sont réunies pour afûrmer l'écroulenient définitif du Bathybius.
Nous pourrions bien, à ce propos, chicaner quelque peu le professeur Huxley et lui demander comment le même homme qui, devant les bocaux de M. Murray, était si résigné à avaler la pilule, a pu dire à Sheffield qu'il suspendait absolument son jugement sur cette manière. Mais nous aimons mieux lui tenir compte de la situation difficile où l'avait placé le Président. C'était déjà beaucoup de sa part que de s'exprimer comme il l'a fait. En revanche, on nous permettra bien de dire que, puisque M. Allman se proposait de discourir sur le protoplasme, il eût bien fait d'aller passer quelques heures dans le laboratoire de M. Murray. Il nous eût ainsi épargné l'ennui de constater qu'un membre éminent de la Société royale de Londres peut quelquefois n'apporter qu'une préparation très insuffisante aux discours d'apparat qu'il se propose d'adresser à l'Association britannique.
Qu'on nous permette, en terminant, une réflexion philosophique. Nous avons entendu M. Allman maintenir en public une hérésie scientifique, sous le prétexte que les observations d'un Huxley ou d'un Hseckel ne se laissent pas ainsi ébranler par le premier venu. Nous avons recueilli le témoignage de M. Murray, constatant que les patrons même du Bathybius ont été moins récalcitrants à confesser son effondrement que ceux qui l'avaient admis sans le voir, sur la seule
autorité de ces deux noms. Et ce sont précisément les savants de cette école qui nous reprochent, à nous catholiques, la vénération dont nous entourons le témoignage de nos saints, de nos martyrs et de nos docteurs ! Ce sont eux qui, systématiquement, refusent toute créance à des traditions consacrées par les siècles, sous le prétexte que la raison humaine ne doit s'incliner ^ue devant les choses qu'elle a pu soumettre au contrôle d'une expérience directe t A ces esprits si récalcitrants lorsqu'il s'agit de l'Eglise, il suffit qu'un des apôtres ordinaires de l'incrédulité ait affirmé quelque chose pour que toute contradiction leur semble inadniissible. On leur dit qu'au fond des océans, on a trouvé la matière s'organisant elle-même, et satisfaits par une insignifiante expérience de coloration qu'on peut répéter avec tous les corps pourvus de fissures capillaires, ils ne prennent même pas la peine de vérifier si ces masses de matière gélatineuse, de nature soi-disant albuminoïde, contiennent la moindre trace d'un composé charbonneux I Et quand on leur oppose des expériences formelles, ils répondent en invoquant l'infaillibilité de leurs auteurs préférés.
En aurons-nous fini, cette fois, avec le Batiujbius ? C'est peu probable ; car rien ne disparaît, en ce monde, de ce que l'erreur a intérêt à conserver. Si le Bathybius n'existait pas, il faudrait l'inventer ; telle nous paraît être la formule qui résume le mieux les visées de l'école dont
M. Allman s'est fait l'interprète. D'ailleurs, le caractère de cette substance étant précisément ie n'avoir aucun caractère, elle offre, par cela même, peu de prise à la contradiction. Il faut donc nous attendre à la voir ressusciter sous une forme quelconque, et si précises que soient les observations d'un Murray ou d'un Buchanan, on trouvera toujours quelque passage par où cette gelée si mobile réussira à s'échapper.
Quoi qu'il en soil, les péripéties par lesquelles le BathybiiiH a déjà passé constituent un chapitre assez intéressant de l'histoire scientifique moderne et les lecteurs de la Revue ne nous en voudront sans doute pas d'avoir insisté avec quelque complaisance sur les déconvenues infligées par ce protoplasme à l'école qui avait fondé sur lui de si belles espérances.