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COMPOSITION NORMALE

10 drachmes de salpêtre; 2 drachmes de charbon ; 1 drachme et demie de soufre.

c Le mélange est broyé en poudre fine et l'on en remplit le tiers du medfaa, mais pas plus; autrement il ferait sauter (le medfaa). On fait faire autour un (second) medfaa en bois, ayant pour diamètre Touverture du (premier) medfaa ; on Ty enfonce (le second) en frappant fortement; on place dessus la balle ou la flèche et Ton met le feu à Tamorce. On donne au (second) medfaa la mesure exacte jusqu'au-dessous du trou; s'il descend plus bas, le tireur reçoit un coup dans la poitrine. Qu'on y fasse attention ! >

Qu'une invention pareille soit appliquée au pot à feu, et nous arriverons à la découverte du canon. C'est ainsi que la force explosive de la poudre, redou-

1. Traité de la poudre, par Upmaan et von Meyer, traduit par Oésortiaux, p. 7.

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lie d'abord comme incoercible et évitée comme dangereuse au plus haut degré, s*est tournée en un agent balistique. Nous touchons à la découverte fondamentale qui a changé Tari de la guerre.

D'après les documents précis que nous possédons aujourd'hui, cette découverte fat faite dans TEurope occidentale^ au commencement du xiv* siècle ; elle se répandit très rapidement : dés la seconde moitié de ce siècle, nous la trouvons appliquée chez les principales nations.

Suivant Libri, on aurait fabriqué en 1326, à Florence, des canons métalliques ; mais cet auteur a trop souvent antidaté et falsifié les documents quMl dérobait pour les vendre, pour que son témoignage soit accepté sans nouvelle vérification.

M. Lacabane a relevé, dans les registres de la chambre des comptes en France, une série de renseignements plus authentiques. En 1338, il y est fait mention de bombardes, i Foccasion de préparatifs faits pour une descente en Angleterre.

c Pots de fer pour traire (lancer) carreaux à feu ; 48 carreaux empennés; une livre de salpêtre, une demi-livre de soufre vif pour traire ces carreaux. > Ces carreaux étaient de grandes Qèches à pelotes incendiaires, que Ton dirigeait contre les constructions en bois pour y mettre le feu. On voit par le

poids du salpêtre que le nouvel engin était encore compté pour bien peu de chose ; mais on voit aussi d'une façon certaine la substitution commençante de la force balistique de la poudre à celle des arbalètes à tour et des mangonneaux.

En 4339 (1338 vieux style), Barthélémy Drach, commissaire des guerres, présente à la chambre des comptes une note pour avoir poudre et choses nécessaires aux canons qui étaient devant Puy-Guillem» en Périgord; Du Gange citait déjà cette note, il y a deux siècles.

A la défense de Cambrai (1339) figurent dix canons, cinq de fer, cinq de métal (bronze), ainsi que la poudre pour les servir. C'étaient des engins de faible calibre, car ils coûtaient seulement deux livres dix sous trois deniers chacun. On fabrique à Cahors, en 1345, toute une artillerie : vingt-quatre canons de fer, deux mille six cents flèches, soixante livres de poudre; Tusage des balles ou boulets de plomb est également cité à cette époque.

Nous arrivons ainsi à la bataille de Crécy (1346), où les Anglais mettent en ligne trois canons lançant des petits boulets de fer et du feu.

A la même époque, nous voyons en Allemagne signaler les poudreries d'Augsbourg (1340), de Spandau (1344), de Liegnitz (1348). En 1360, on

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attribue à la fabrication de la poudre Tiacendie de rbôtel de ville de Lubeck .

Ce serait ici le lieu de citer le fabuleux Berthold SchwartZy réputé autrefois avoir découvert la poudre par hasard, dans le cours d'opérations alchimiques. Mais la date la plus probable de son existence, si celle-ci repose sur d'autres bases que des légendes populaires, ne le placerait pas avant le milieu du XIV* siècle, époque à laquelle des documents authentiques établissent que l'usage de la poudre était déjà en pleine vigueur.

En 1351, il est aussi question en Espagne, au siège d'Alicante, de boulets de fer lancés par le feu.

La Russie commença à mettre en œuvre l'artillerie en 1389, la Suède en 1400.

Dès 1356, Froissard nous montre les canons et bombardes couramment employés. L'usage s'en répandit rapidement, et toutes les grandes villes et châteaux forts ne lardèrent pas à en être pourvus.

En même temps, le calibre des canons jetant de grosses pierres et des boulets de fer s'augmentait de jour en jour.

Les nouveaux engins ne s'établirent pas sans quelque résistance; outre que la difficulté de construire des tubes métalliques capables de résister à l'explosion rendait dangereux l'emploi des gros

canons, les gens de guerre habitués aux anciennes armes méprisaient ces nouveaux procédés, qui tendaient à faire disparaître la supériorité due à la force personnelle des combattants ; ils les regardaient même comme déloyaux. Le passage célèbre de l'Arioste, où Roland jette à la mer la première arme à feu, après en avoir vaincu le possesseur, nous montre la trace de ces préjugés. Les peuples qui avaient brillé par la supériorité de leurs archers, tels que les Anglais, résistèrent surtout pendant longtemps à l'abandon de leurs vieilles armes, naguère si efQcaces. En 1573, ils refusaient encore d'abandonner leurs arcs et leurs flèches; ces engins figurent même, en 1627, au siège de Tile de Ré.

La difficulté de fabriquer les mousquets en grande quantité s'est opposée pendant longtemps à leur emploi général; Tinfanterie demeure armée de piques jusqu'au temps de Louis XIV.

La substitution de l'artillerie nouvelle des canons et bombardes à l'artillerie ancienne des mangonneaux, balistes et arbalètes à tour, était alors faite depuis longtemps, à cause de la grande simplification qu'elle avait apportée dans l'art de la guerre. Les machines nouvelles étaient à la fois plus faciles à construire, à transporter, à manier, et plus puissantes dans leurs effets. C'est avec l'artillerie de Jean

Bureau que Charles VU acheva de chasser les Anglisa de France au xv* siècle; et la puissante artillerie de Charles VIII joua un rôle très important dans les guerres d'Italie. L'artillerie des Turcs contribua également beaucoup à la prise de Constanlinople en 1453.

Ce n'est pas ici le lieu de retracer les progrès successifs de rartillerie. Mais 11 convient de dire quelques mots des derniers usages du feu grégeois et d'insister sur l'application de la poudre aux mines» pour la guerre et pour l'industrie.

Le feu grégeois ne disparut pas tout d'un coup, à la façon d'un secret qui se serait perdu, comme on le supposait naguère. Son usage s'est poursuivi jusqu'au XVI* siècle ; il y figure alors dans les Traités de pyrotechnie^ sous le même nom et avec les mêmes formules qu'au xiii* siècle. Mais cet agent, réputé si formidable à l'origine, avait cessé de frapper les imaginations, en même temps que sa formule avait été connue de tous et qu'il devenait d'une pratique courante. Ses effets étaient d'ailleurs surpassés par ceux de la poudre de guerre, dont il avait été le précurseur. Il tomba peu & peu en désuétude, sans être cependant jamais tout à fait inconnu, sa composition s'étant perpétuée dans celle des matières incendiaires employées jusqu'à

no% jours par rartillerie; matières peu efficaces d'ailleurs, si Ton en compare les effets destructeurs à ceux des projectiles creux et des substances explosives nouvelles.

En effet, remploi de la poudre, une fois bien établi, ne fut pas limité à lancer des projectiles; les artilleurs se familiarisèrent de plus en plus avec Texpiosion, dont le bruit seul mettait jadis les bataillons en fuite. Ils apprirent à en régler les effets et l'appliquèrent, dès le xv' sièclci à faire sauter les bâtiments et à augmenter les effets des mines souterraines. Jadis on faisait écrouler les fortifications par Tembrasement des étais des galeries percées sous les fondations; on trouva plus efficace de placer dans ces galeries des amas de poudre confinés, dont l'explosion déterminait la chute soudaine des murailles.

L'explosion fut encore utilisée dans la guerre sous une autre forme et appliquée aux anciens projectiles incendiaires. Au lieu d'y placer des compositions fusantes, destinées simplement à propager le feu, on eut l'idée de renforcer les parois du projectile et d'y enfermer de la poudre, en s*arrangeant pour que l'inflammation de celle-ci ne se produisît pas en même temps que celle de la poudre du canon destiné à lancer le projectile. De là la bombe et

Fobus, donl Fexplosion, reproduite au loin, augmente les effets destructeurs des boulets.

L'usage de la bombe, proposé au xvi* siècle, n'a pris une véritable importance qu'au xvii* siècle, et cet engin n'a pas cessé d'être perfectionné, jusqu'à remplacer presque entièrement, de nos jours, les anciens boulets pleins.

C'est également vers la 6n du xvii* siècle que l'industrie des mines osa se servir de la force explosive de la poudre, comme d'un moyen régulier pour abattre les rochers et déblayer les obstacles.

Jusque-là, on avait eu recours seulement pour ces effets à la force des bras de l'homme, combinée avec l'action du feu, qui désagrège les rochers; et parfois avec celle de l'eau, versée ensuite sur la pieire incandescente, qui se brise par l'effet d'un brusque refroidissement, — réactions utilisées encore aujourd'hui chez certaines populations sauvages des montagnes de l'Inde et auxquelles parait se rapporter ce vers de Lucrèce :

Disf iliuntque fero fervenlia taxa vapore,

ainsi que l'antique tradition des rochers des Alpes fendus à l'aide du vinaigre par Annibal :

Rupes dissoivit aceto.

iâ6 SCIENCE ET PHILOSOPHIE.

L'emploi de la poudre noire a fait oublier ces vieilles pratiques. C'est à sa puissance et à l'énergie plus grande encore des nouvelles matières explosives que sont dus les immenses développements donnés dans notre siècle aux travaux des mines, des routes, des tunnels, des ports et des chemins de fer ; travaux presque impraticables, en raison de leur coût et de leur difficulté, s'il avait fallu les exécuter comme autrefois à l'aide des bras humains. G'estla force des agents chimiques qui les accomplit aujourd'hui.

Ainsi la découverte du salpêtre a conduit à inventer les artifices et les compositions diverses désignées sous le nom de feu grégeois; l'emploi de ceux-ci a conduit à découvrir la fusée; enfin les Occidentaux ont passé de ces compositions, par des changements gradués, à des formules douées d'une force projective de plus en plus caractérisée, c'està-dire à la poudre à canon . L'emploi balistique de la poudre fit alors tomber tout à coup les anciennes machines de guerre, devenues inutiles par suite de la découverte d'une substance qui contient en ellemême, sans le secours d'aucun travail extérieur, une force propulsive incomparablement plus grande.

Aux débuts, les progrès de la nouvelle artillerie sont nés principalement de Tétude attentive des conditions des phénomènes, conditions fortuitement révélées par l'usage. Aussi ces progrès demeurèrent-ils d'abord lents et incertains. Hais une nouvelle ère s'est ouverte à cet égard, depuis deux siècles, par suite du développement incessant des sciences mécaniques, physiques et chimiques, et par l'effet de l'application dans la pratique des conséquences les plus hardies de la théorie.

Les premières notions précises que Ton ait eues sur les vrais caractères de l'explosion furent la conséquence des lois physiques des gaz, au xv!!"" siècle.

Mais c'est seulement vers la fin du siècle dernier que la découverte de la véritable théorie des phénomènes chimiques, fournit Texplicaiion de la combustion et spécialement de la combustion explosive de la poudre, jusque-là si obscure. On reconnut que l'azotate de potasse y joue le rôle d'un véritable magasin d'oxygène, qui brûle les matières combustibles sans le concours de l'air extérieur. L'intelligence de ce phénomène jeta le plus grand jour sur les conditions de l'explosion de la poudre, en même temps qu'elle mit en évidence ce fait que l'explosion est due à la tension des produits gazeux qu'elle développe : azote, acide carbonique, oxyde de carbone, hydrogène sulfuré.

On entrevit dès lors la théorie physico-chimique de la poudre, et les artilleurs, exercés au maniement des formules mathématiques, s'efforcèrent d'expliquer et de prévoir les conditions générales des réactions qui s'accomplissent dans-leurs armes.

Deux groupes de découvertes nouvelles ont donné à cette science, depuis un demi-siècle, un essor immense et qui s'étend encore tous les jours : les unes sont dues aux progrès de la chimie organique, les autres aux progrès de la théorie mécanique de la chaleur.

Jusqu'en 1846, on n'était guère sorti de la compo-

sition des poudres salpéirées. A la vérilé, Berlhollet, aux débuts do xix* siècle , guidé par la nouvelle théorie de la combustion, avait tenté de remplacer Tazotate de potasse par un autre agent oxydant, plus actif encore, le chlorate de potasse. Mais cet agent manifesta des propriétés si dangereuses, il communiqua aux poudres qu'il concourait à former une telle aptitude à détoner, que son emploi ne réussit pas à passer dans la pratique.

Il y a quarante ans, une notion nouvelle apparut. Jusque-là, on n'avait formé des matiëi'es explosives que par un seul procédé : le mélange mécanique d*un corps comburant avec un corps combustible. On découvrit alors qu'il est possible et même facile de combiner l'acide azotique avec les composés organiques, de façon à constituer des combinaisons complexes, ou les composants sont associés chimiquement et de la façon la plus intime. On obtient ainsi des agents explosifs d'une puissance exceptionnelle : la poudre-coton, la nitroglycérine, l'acide picrique, le picrate de potasse, etc.

Ainsi le progrès, dans cet ordre comme dans beaucoup d'autres, a pris un essor inattendu, par suite des inventions théoriques de la chimie organique; inventions qui ont permis de fabriquer à volonté une multitude de substances explosives inconnues

jusque-là, et dont les propriétés varient à l'infini.

On tenta tout d'abord de les appliquer à Tart de la guerre. Si ces efforts n'ont pas encore complètement abouti dans les applications au canon et au fu* sil» cependant les nouveaux agents sont définitivement restés dans l'art des mines de guerre, après bien des tâtonnements et des catastrophes.

Il y a vingt ans, on osa même les employer dans l'industrie, où ils manifestèrent une puissance exceptionnelle dans la plupart des cas et une aptitude spéciale à briser le fer forgé et les rochers les plus tenaces, sur lesquels la poudre ancienne n'avait guère d'action.

De là les applications les plus intéressantes pour la civilisation. Les dangers particuliers que présente l'emploi de la nitroglycérine ont été en grande partie conjurés dans son adjonction à la silice, ce qui constitue le mélange appelé dynamite. Ce mélange s'est répandu chaque jour davantage, de façon à supplanter en grande partie la vieille poudre de mine.

On reconnut par là l'infériorité des anciennes poudres de guerre et de mine. Tout l'avantage de ces mélanges grossiers, transmis par la tradition des âges barbares, réside dans le caractère gradué de leur détente explosive; car la réaction chimique

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e]le-méme n'utilise gaère, comme je Tai établi, qae la moitié de Ténergie de Tacide azotique susceptible d'être mis eu œuvre dans la fabrication des matériaux de la pondre. Espérons que celle-ci sera remplacée quelque jour par des substances mieux définies, où Ténei^e de Tacide azotique sera mieux ménagée, enfin dont la combustion plus simple et plus complète deviendra susceptible d'être mieux réglée, suivant les besoins des applications et par les principes de la théorie.

Ici, comme dans bien d'autres champs d'applicadons, le caractère scientifique des industries modernes et la poursuite systématique par la théorie des effets pratiques les plus utiles se caractérisent chaque joar davant^e. Non seulement on procède par une méthode régulière à la découverte de matières que l'empirisme n'aurait jamais conduit à soupçonner, telles que la nitroglycérine, ou la poudre-coton ; mais l'emploi même de ces matières $i puissantes ne peut avoir lieu avec sécurité, s'il n'est dirigé par ime théorie certaine.

C'est cette théorie que les progrès récents des sciences modernes et surtout ceux de la thermochimie permettent de construire. En effet, l'empirisme demeurait à peu près le seul guide dans la prévision exacte des propriétés de chacune de ces

substances, lorsque la thermo -chimie est venue, il y a treize ans à peine, établir les principes généraux qui définissent les matières explosives nouvelles, d'après leur formule et leur chaleur de formation. Elle marque ainsi i la pratique les horizons que celle-ci peut espérer atteindre, et elle lui fournit cette lumière des règles rationnelles, seules capables de lui permettre de prendre tout son développement.

C'est cette transformation de Tétude empirique des matières explosives en une science proprement dite, fondée, je le répète, sur la thermo-chimie, que je poursuis depuis 1870. Elle résulte de la notion de rénergie présente dans les matières explosives; énergie dont le rôle est bien plus général que ne Taurait fait supposer Tancienne notion purement chimique des corps comburants opposés aux combustibles. En effet, Féoergie d'une matière explosive exprime le plus grand travail qu'elle puisse effectuer, c'est-à-dire qu'elle touche à une notion pratique fondamentale. Or, la théorie nous enseigne que l'énergie n'est ici autre chose que la différence entre la chaleur mise en jeu dans la formation depuis les éléments et la chaleur dégagée par la transformation explosive. Mais celle-ci n'est point assujettie à être une combustion proprement dite,

comme on le croyait autrefois. La puissance de chaque matière explosive, les différences qui existent entre les composés en apparence analogues, tels que les éthers azotiques (nitroglycérine) et les corps nitrés (picrate de potasse), résultent de cette théorie. Elle permet de retracer a priori le tableau général des matières explosives, — je dis non seulement les matières actuellement connues, mais même toutes les matières possibles, — et elle assigne à l'avance rénergie propre de chacune d'elles.

Plaçons-nous maintenant à un point de vue plus élevé et cherchons à dégager la philosophie des matières explosives.

santé des races savantes et civilisées sur les races barbares. L'écart entre le mode d'armement des unes et des autres n'était pas suffisant jusque-là pour ne pas être parfois surmonté par Teffort surexcité des énergies individuelles. C'est là, en effet, ce qui avait permis aux barbares de renverser la savante organisation de l'empire romain. C'est par là que les tribus nomades de l'Arabie, fanatisées par l'islamisme, avaient détruit, au vu' siècle, l'empire persan et enlevé à l'empire byzantin ses plus belles provinces. Un tel effort a suffi pour que les hordes sauvages des cavaliers mongols, sortis des déserts de l'Asie centrale, aient réussi à établir, au xiii* siècle, de la Pologne aux mers de Chine, sur les débris des civilisations chinoise et arabe, le plus vaste empire qui ait été connu jusqu'ici.

Au contraire, depuis l'emploi régulier des matières explosives ^ la guerre, les retours offensifs, jusqu'alors périodiques, de la barbarie ont cessé de se produire. Si de telles catastrophes paraissent désormais impossibles, si la puissance des races européennes s'étend partout à la surface de la terre, nous devons en savoir gré à la prépondérance insurmontable que les instruments scientifiques assurent aux races civilisées. Ce sont là des instruments que les races barbares ne sauraient ni construire, faute

de connaissances théoriques suffisantes, ni maintenir longtemps en état, alors même qu'elles auraient réussi à se les procurer à prix d'or et à en connaître le maniement. Dès son apparition, la poudre de guerre a produit des effets comparables à ceux de Timprimerie; elle a mis fin à la féodalité et assuré la prépondérance des pouvoirs centralisés, seuls capables de former les approvisionnements nécessaires et de fabriquer les engins nouveaux, aptes à détruire aisément les plus puissantes des anciennes forteresses.

Cette forme rationnelle et scientiGque de la civilisation s'accentue chaque jour davantage. Le xvm* siècle en avait proclamé l'avènement prochain ; le xix« l'a réalisée et étendue à tous les ordres d'activité.

Mais de là résulte une nouvelle conséquence qu'il importe de ne jamais oublier. En effet, tous les peuples civilisés sont obligés, pour augmenter leur puissance matérielle, c'est-à-dire sous peine de déclin, de maintenir chacun chez soi le niveau des connaissances théoriques au point le plus élevé. Dans tous les ordres, dans celui des matières explosives en particulier, les armées se sont doublées de groupes de savants, principalement occupés à développer incessamment la théorie et à en contrôler

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continuellement les conséquences a priori par des vérifications espéri mentales.

Aucune force peut-être, à cet égard, n'est plus étonnante que celle que l'on lire des matières esplo> sires; puissance également utile ou dangereuse, selon la direction que lui donne la volonté humaine ; car la matière est indifférente à nos intentions.

Cest ainsi que nous avons vu de notre temps, à calé des applications tes plus utiles à l'industrie ou les plus efficaces pour la guerre, l'emploi de ces matières proposé par des esprits exaltés dans le but de changer par la force révolutionnaire et par la politique de la dynamite l'oi^anisation des sociétés humaines. De grandes illusions se sont même élevées à cet égard : la force des matières explosives peut servir d'agent à des actes de vengeance personnelle; mais elle n'est guère susceptible d'être mise en œuvre d'une façon générale par des individus isolés, je dis de façon à produire des effets généraux sur la^ société. De tels résultats exigent des engins^ coûteus,Jlenlsi construire, mis en œuvre par des bataillons disciplinés, bref une organisation savante et compliquée, oi^anisalion qu'un gouvernement seul peut coordonner et mettre en branle.

lis SCIENCE ET PHILOSOPHIE.

Il est un aulre intérêt, plus grand peut-être au point de vue purement abstrait, qui se présente dans rétude des substances explosives ; cette étude nous montre les états extrêmes de la matière, comme pression, température, force vive, états que nous ne sommes pas accoutumés à mettre en jeu dans nos expériences ordinaires. En général, nous opérons sous la pression atmosphérique, pression voisine d'un kilogramme par centimètre carré, c'est à dire, après tout, peu éloignée du vide. Nous agissons sur des substances maintenues à la température ordinaire, qui est fort voisine du zéro absolu, c'est-à-dire une température à laquelle les gaz ne possèdent qu'une force vive bien faible, si on la compare à celle qu'on peut leur communiquer. C'est à cette limite inférieure des phénomènes que se rapportent la plupart de nos connaissances chimiques et la plupart des lois de notre physique.

Or, ce sont là des conditions bien éloignées de celles que la matière réalise effectivement, soit dans la profondeur de la terre, où les pressions peuvent grandir jusqu'à un million d'atmosphères; soit à la surface des astres qui nous entourent, où les températures se comptent par milliers de degrés; soit encore dans le mouvement

des projectiles lancés par les volcans et dans les révolutions des étoiles, des planètes et des comètes, astres animés de vitesses qui atteignent des centaines de kilomètres par seconde.

Sans prétendre arriver i ces limites extrêmes, placées hors de la portée de nos expériences et dont Tanalyse spectrale nous permet seule d'entrevoir les effets chimic^es, nous pouvons cependant étendre nos études bien au delà des données de nos expériences ordinaires, en nous attachant aux phénomènes offerts par les matières explosives. Les pressions qu'elles développent se mesurent par milliers d'atmosphères; leur température semhle approcher de celle des astres eux-mêmes; enfin, la vitesse avec laquelle se propagent leurs mouvements peut atteindre plusieurs milliers de mètres par seconde. Nous saisissons ainsi sur le vif une multitude de phénomènes, inaccessibles par toute autre méthode. De là une physique, une chimie, une mécanique spéciales, qui sortent de nos habitudes et de nos conceptions ordinaires. Dans l'ordre des actions naturelles, cependant, elles ne sont pas plus extraordinaires. Nous avons été habitués à construire nos théories et nos conceptions d'après un certain milieu, enfermé dans d'étroites limites. Or, ce nouvel ordre de phénomènes change le

milieu, et cela suffit. Par là même, cette élude est éminemment intéressante pour le philosophe qui cherche à se rendre compte de la portée réelle et de la généralité absolue des lois naturelles.

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