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à leurs demeures. Celles-ci prirent peu à peu un aspect de vétusté et s'affaissèrent en partie sous les influences atmosphériques, combattues avec moins d'énergie qu'autrefois.
Aujourd'hui, la colonie est devenue la cité principale; elle a fait périr Tarbuste qui l'avait protégé à ses débuts contre les intempéries atmosphériques et elle étale en pleine lumière ses édifices, formés de pailles sèches et de fragments de bois en bon état, dont la teinte contraste avec celui des toits grisâtres et en décomposition de la vieille fourmilière. Depuis quatre ans, un troisième centre de population s'est même fondé dans le voisinage; mais il n'atteint pas encore l'état de prospérité de la première colonie.
Cependant la vieille ville n'a pas été complètement abandonnée. Elle sert de refuge à des familles, après tout nombreuses encore. Mais son état demi-ruiné rappelle celui de Babylone, subsistant pendant les premiers siècles de l'ère chrétienne, au voisinage de Séleucie et de Clésiphon, successivement fondées par des civilisations plus modernes.
Depuis la première époque où j'écrivais ces lignes (1877), le groupe de cités dont je rapporte l'histoire a éprouvé une catastrophe. Lâchasse dans les bois de Sèvres ayant été louée à des bourgeois parisiens, ceuxci se bont mis à élever des faisans dans leurs réserves :
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or les faisans sont fort avides d'œufs de fourmis, si bien qu'un jour, des gardes sont venu s avec des pioches et des sacs; ils ont enlevé les larves et détruit la fourmilière : toutes les fourmilières florissantes des bois de Sèvres ont été anéanties en une année. C'est ainsi que Tameiian extermina les cités de l'Asie centrale et construisit une pyramide avec les 90 000 têtes des habitants de Bagdad. A peine quelques rares habitants échappèrent à ce désastre; mais, avec unzèîe infatigable, ils se mirent aussitôt à reconstituer leurs cités. Celle quej'observe spécialement s'est ainsi reformée au voisinage, de même que la Bagdad moderne, héritière de Babylone. A nos yeux grossiers, les mœurs et les édifices de la nouvelle fourmilière paraissent semblables à ceux de l'ancienne. Mais c'est là sans doute une illusion, née d'une vue trop lointaine des choses.
Un être colossal, dans le rapport de l'homme à la fourmi, c'est-à-dire dont la hauteur approcherait de celle du Mont-Blanc et dont la vie durerait dans la même proportion, en un mot l'habiUint de Sirius dont parle YoUaire, aurait peut-être jugé les civilisations de Babylone et des autres capitales qui l'ont remplacée, comme aussi uniformes que nous jugeons celles des fourmilières.
Mais, par compensation, nous sommes obligés d'ad-
mettre, aussi bien que le Sirien de Micromégas, que les cités animales ont une origine, un progrès, une décadence, comme les cités humaines : leur durée n'est courte que pour nous; mais elle égale celle des États humains, si Ton compte par générations comme le faisait Homère. L'intervalle d'une année, de deux au plus, semble mesurer la vie d'une fourmi. Le nombre de leurs générations, depuis Aristote, répond donc à près de quarante mille années, évaluées d'après les générations humaines; ce qui nous reporte à une époque contemporaine des premiers êtres dignes du nom d'hommes, si elle ne leur est antérieure.
Si Jes vicissitudes des cités des fourmis rappellent celles des cités humaines, il n'en est pas moins vrai que la structure générale, l'aspect, les usages de ces cités ne semblent guère avoir changé depuis que nous les observons* Mais en a-t-il toujours été ainsi? les premières fourmis ont-elles construit tout d'abord une ville, pareille à celles qu'elles élèvent maintenant? Ou bien y a-t-il eu une évolution dans l'organisation de ces cités ? les progrès des cités animales n'auraient-ils pas été accomplis autrefois, pendant des périodes trop anciennes pour avoir pu être observées ?
On pourrait soutenir que, depuis une époque très
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reculée, et qui a peut-être précédé les commencements des races humaines, les races des fourmis ont terminé leur évolution; elles ont maintenant parcouru le cycle des combinaisons intellectuelles compatibles avec leurs organes et les milieux qui les ont sollicitées à l'action; en un mot, la civilisation des fourmis a atteint depuis de longs siècles les limites compatibles avec leur nature. Depuis lors, l'organisation générale de leurs cités se transmet sans changement notable d'une génération à l'autre, cette transmission s'opérant en partie par l'éducation, en partie par les habitudes héréditaires devenues des instincts. Le type commun de leurs sociétés n'éprouve plus désormais que des variations légères, dues à la fois aux circonstances locales et à l'activité plus ou moins grande des tribus. D'après cette manière de voir, le progrès des cités animales aurait été exécuté dans le passé et serait parvenu à des limites, au voisinage desquelles il est condamné à osciller désormais tant que la race subsistera.
En est-il donc autrement des races humaines? Sommes-nous autorisés à regarder leurs progrès comme indéfinis ? ou bien les races humaines sontelles destinées à obéir à la même loi fatale ? Leur évolution parviendra-t-elle aussi à un état stationnaire, dont les limites seront déterminées par celle
des connaissances que rhomme peut acquérir et combiner, en vertu des facultés intellectuelles qui résultent de son organisation? Ces limites atteintes, les races humaines ne présenteront-elles pas le spectacle d'une civilisation à peu près uniforme, oscillant entre certains états alternatifs de trouble et d'équilibre, mais s'efforçant désormais de revenir toujours à une organisation type, réputée la plus convenable au bonheur et à la dignité de l'espèce humaine?
Une semblable opinion serait peut-être la plus conforme aux leçons de l'histoire. L'Egypte a duré cinq mille ans; c'est la civilisation la plus longue qui ait encore existé. Trois mille ans avant notre ère, les monuments et les inscriptions nous révèlent des arts, une industrie, une culture peu différents de ceux qui subsistaient en Egypte au temps des Ptolémées et des Romains. L'organisation du peuple luimême ne semble pas avoir été différente, du moins vue en gros et de loin, comme nous le faisons pour les cités animales. A travers les catastrophes des invasions, des conquêtes, des guerres civiles et étrangères, l'Egypte a subsisté sans grands changements intérieurs, jusqu'au jour où elle a péri tout entière et presque d'un seul coup, au dernier siècle de l'empire romain , mais sans avoir pu sortir des limites que
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ta race égyptienne avait conçues comme l'idéal suprême de la civilisation.
La Chine ne nous offre-t-elle pas, même de nos jours, un spectacle analogue? La race qui habile cette vaste région de l'Asie a conçu un certain idéal de ia société; elle paraît y être arrivée peu à peu, il y a bien des siècles; elle s'y tient désormais, à travers les désastres des conquêtes lartares et des ré* bellions intérieures. Si elle cherche à apprendre quelque chose au contact de la civilisation européenne, ce sont plutôt des formules, des pratiques industrielles, qu'une conception nouvelle de la culture humaine. La race chinoise en un mot, de même que la race égyptienne, est parvenue, après une certaine évolution historique, à un état limite, qui semble vouloir durer autant que la société ellemême. Le changement de cet état marquera probablement le terme Talal et la dissolution de la société chinoise tout entière.
Ainsi les races hujmainesdont la civilisation est la plus ancienne semblent avoir possédé une certaine réserve d'énergie intellectuelle et morale, pour em ployer le langage des sciences physiques. Cette énergie dépensée les a conduites à un état stationna' oscillant entre des limites, et dans lequel t seraient peut-être demeurées indéQniment, si i
n'avaient subi le contact destructeur de races animées d'une énergie supérieure. N'est-ce point là l'histoire des cités.animales ?
Ne sera-ce point aussi Thistoire des races européennes, lorsqu'elles auront couvert et dominé la surface du globe terrestre, mis en exploitation toutes ses ressources, embrassé tous les éléments de connaissances que son étendue comporte, épuisé les combinaisons fondamentales compatibles avec la puissance, limitée aussi, de l'intelligence individuelle de l'homme? en un mot consommé toute la réserve d'énergie inhérente au globe terrestre et à l'espèce humaine?
t Le 15 frimaire de Fan IV de la République française S les quarante-huit membres nommés par le Directoire exécutif pour faire partie de l'Institut national des sciences et des arts se sont réunis à cinq heures du soir dans la salle d'assemblée de la cidevant Académie des sciences ; le ministre de l'intérieur a donné lecture des titres IV et V de la loi rendue le 3 brumaire * par la Convention natio-