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LA CAISSE DES ÉCOLES

ET l'enseignement SUPÉRIEUR

LETTRE à M. A. HÊBliARD, DIRECTEUR DU TEMPS

3 féTrier 1885.

Mon cher ami,

J'apprends que la commission du budget, chargée d^examiner le nouveau projet présenté par le gouvernement pour la caisse des écoles, propose d*en supprimer renseignement supérieur.

Sommes-nous donc condamnés à une infériorité sans remède dans la haute culture de l'esprit? Sommes-nous destinés à manquer à jamais, sinon d'hommes, — ils ne font certes pas défaut, — au moins d'outils, dans le haut enseignement? Notre jeune démocratie est-elle jalouse de rester dans une

infériorité inlellecluelle définitive vis-à-vis des empires et des monarchies qui nous entourent? Veutelle rompre sans retour avec la tradition intellectuelle, scientifique et artistique de la France?

La question est aujourd'hui posée et va être résolue pour de longues années. On s'obstine à ignorer, de parti pris, que l'enseignement primaire et l'enseignement secondaire tirent leur substance et leurs méthodes de l'enseignement supérieur. On s'obstine à ignorer que la production industrielle et agricole d'un pays dépend de la façon la plus directe des découvertes scientifiques qui se font dans les laboratoires de ses hautes écoles et de ses facultés. L'exemple de la puissance chaque jour croissante de l'Allemagne, dans l'ordre matériel aussi bien que dans l'ordre industriel, n'a-t-il pas ouvert nos yeux? L'enquête si laborieuse, à laquelle la Chambre Vient de se liver sur la crise que nous traversons, n'a-t-elle pas montré que les causes en tiennent à notre défaut d'éducation scientifique, autant qu'à des raisons économiques? J'aurais bien long à vous dire sur Cette matière, navré que je suis par tant d'imprévoyance et d'aveuglement sur les conditions qui règlent la grandeur des peuples et le développement de la civilisation. Mais le temps presse, le danger est imminent; un nouvel effort va être tenté, et je

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