‹ Science et philosophieChapitre 41 sur 68 · fr · texte numérisé non relu

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Amélioration des Facultés de médecine 2.000.000 fr.

Faculté de Rennes I 000 000

Faculté de Poitiers [[,][[[ I.WoOO

Améliorations dans diverses facultés : Cler-

niont, Besançon, Nancy, etc 1 .500.000

A Rouen, Nantes, en supposant le concours des villes. Amélioration de six écoles de

plein exercice ou préparatoires 6.000.000

Matériel (construction et outillage) .* 2.00o!oOO

T. . , ^ . 13.000.000 fr.

iotal : matériel (construction et outillage).. . 36.900.000 fr.*

Tel est le chiffre qui nous placera au point voulu,

1; Diverses dépenses, telle, que Tagrandissement de FÉcole de droit de Pans, ont été omises danscette évaluation, qui ne comprend pas, d ailleurs, le concours des villes, corrélatif de celui de rÊUt.aax dépenses des facultés. «».«»*

E5SEIG!(ESC3fT SUPÉRIEUR. tt9

lorsque les constmctions et dépenses projetées aaroDt été exécutées. On Toit qa*il n^a rien d'excesaf.

Remarquons, poor être juste, que FinitiatÎTe des ministres^ la bonne Tolonté des pouroirs publics, enfin la générosité des conseils municipaux de PlriSy de Lyon, de Lille, de Marseille, de Bordeaux ei de la plupart de nos grandes villes, ont permis de commencer la reconstruction de n*>s établissements. Hais cette construction menace aajoard*hai d*ètre arrêtée, â cause du dêâcit créé par le développement excessif donné à li construction des voies f-errées. Et c'est la ce qui m'oblige à insister pour sî^aler les bcunes qui existent et qui menacent, si Ton n'avise, de subsister indéfiniment.

Les besoins de renseîgnem^it supérieur, je le r^^ète, sont en somme limités etbors de proportion avec les milliards ré*:Iamés par les travaux publics. Mais il iaut faire un effort considérable, quoique de courte durée, pour nous mettre au niveau, si nous ne voulons demeurer dl-finitiveraent en arriére. Chaque jour perdu nous attarde davantage. Il s^agit pour la Fran«:e d*un intérêt de premier ordre. La défense nationale a réclamé à juste titre son compte de liquidation. Pt:is de deux milliards ont été consacrés a la construction de nos forteresses et â la reconstitution de notre matériel de guerre. Celait

là une dépense urgente et de nécessité absolue. Mais il n'y a guère moins d'urgence et il faut un effort analogue pour constituer Tinstruction publique dans tous ses degrés.

La République Ta bien compris, en principe du moins. Et cet effort se poursuit aussi énergique et prompt que possible dans l'inslruction primaire. Mais il n'est pas moins indispensable pour Tinstruo tion supérieure que dans les deux autres degrés ; ne fût-ce que parce qu'elle leur fournit leurs maîtres et leur direction. Tant que cet effort n'aura pas été fait, notre instruction supérieure demeurera boiteuse et languissante.

Jusqu'ici, j'ai îavoqué surloul des considéi'atioDs d'ordre moral. Je sais que ce sont celles auxquelles le Parlemeot elle paysaltachent le pi us haut intérêt. Cependant il parait utile d'en appeler i un autre ordre d'idées, se rattachant aux intérêts matériels de nos industries et de nos manoTactures nationales : cet ordre d'idées frappera sans doute particulièrement les financiers.

Ceft en effet des laboratoires de l'enseignement supérieur que sortent aujourd'hui les ^andes découvertes qui Lransformeut l'industrie, et c'est là surlont que se fait l'éducation des savants ingénieurs qui la dirigent; là aussi se Tonnent des manipula-

teurs, des analystes, qui dirigent la production des usines. Les professeurs mêmes des maîtres d*alelier, qui n'appartiennent pas à l'enseignement supérieur et qui dirigent des écoles spéciales, se sont formés dans nos établissements.

L'Allemagne a parfaitement compris ce point de vue. Ce n'est pas par une vaine ostentation que cette nation économe et avisée consacre chaque année des millions à la construction de vastes instituts, laboratoires : elle y voit des sources effectives de profit national, des sortes d'usines intellectuelles, où l'on poursuit à la fois les travaux de découvertes scientifiques et la formation des élèves, qui se consacreront bientôt à l'induslrie privée.

La reconstitution de l'outillage scientifique de l'Allemagne sur une vaste échelle ne date guère de plus de vingt ans ; elle se poursuit chaque jour et les fruits matériels et palpables de ces sacrifices n'ont pas tardé à se manifester, à s'accentuer pour le profit de l'Allemagne, et même parfois pour le détriment de la France. Peut-être serait-il facile de montrer l'importance de cet ordre d'idée par l'examen détaillé de nos exportations, qui éprouvent un affaiblissement signalé par les chambres de commerce, et de nos importations de produits manufacturés, qui vont au contraire en croissant.

Sans discuter les causes, complexes d'ailleurs, de ce phénomène économique, je demande la permis • sion de signaler celles de ces causes qui se ratlachenl au grand développement donnné à l'outillage scientifique de l'enseignement supérieur en Allemagne.

Je citerai en particulier les matières colorantes tirées du goudron de houille, les produits dérivés de l'aniline et de Tanthracène, etc. Leur découverte est le triomphe de la science pure. Elle résulte des grands travaux, purement scientifiques, accomplis depuis quarante ans dans les laboratoires de chimie, sur les carbures pyrogénés, sur les alcalis et sur

les composés organiques en général. Les personnes qui ont suivi les progrès de la chimie organique depuis quarante ans savent que la France, par les travaux de ses savants, a concouru, au moins au même degré que les peuples voisins, à l'accomplissement de ces brillantes découvertes. Notre état intellectuel n'est inférieur à celui d'aucun peuple, au point de vue des sommités scientifiques. Mais la France n'en a pas tiré le même profit matériel que ses voisins, parce que nos laboratoires, trop petits et trop mal outillés, n'ont pu fournir aux fabriques et aux ateliers ces nombreux ingénieurs et chimistes qui font la force des usines allemandes.

Nous sommes des généraux sans soldats. Nous soutenons la lutte, comme pourrait le faire un peuple qui aurait conservé l'usage des routes ordinaires contre une nation pourvue de chemins de fer.

Dans cet état de choses, il n'est pas surprenant cpie TAllemagne produise aujourd'hui pour 50 à 60 millions de francs de matières colorantes; tandis que la production annuelle de la France est tombée à 5 ou 6 millions. L'indifférence avec laquelle nos producteurs de garance ont regardé pendant longtemps les progrès de la chimie moderne et l'organisation des laboratoires de T Allemagne. est aujourd'hui frappée de la façon la plus cruelle par la ruine de l'une de nos industries les plus fructueuses 1 Je ne veux pas insister davantage sur ce point douloureux.

J'insiste seulement sur la question générale. 11 n'est pas possible de méconnaître le rôle économique de la science pour quiconque a suivi les progrès de la métallurgie, les méthodes nouvelles de la fabrication de l'acier, qui onl'transformé l'industrie des chemins de fer; les travaux de mécanique théorique et pratique, qui président à l'emploi des machines à vapeur; les progrès incessants apportés à l'art de la guerre par la chimie et par la mécanique; et ces merveilleuses applications de l'électricité que nous voyons chaque jour. Tous ces progrès

ne sont pas les fruits d'un empirisme aveugle, appuyé sur la lente expérience des siècles ; ils résultent du développement subit et inattendu des connaissances scientifiques et de la théorie pure. Chaque peuple s'efforce aujourd'hui d'être au premier v^ng sous ce rapport.

Ce n'est pas seulement une question d'honneur et d'amour-propre national, — je suis loin d'y être insensible, — mais c*est là une question de lutte incessante, sur le terrain économique, entre les nations civilisées. Ace point de vue technique, l'outillage scientifique est d'une importance capitale ; la nation qui cesserait de former des ingénieurs et des artisans, initiés aux résultats de la culture scientifique la plus haute et la plus exacte, ne tarderait pas à être débordée et vaincue par les nations voisines. C'est notre force productrice qui menace d'être atteinte et bientôt tarie dans ses sources fondamentales.

Il faut nous décider sans retard à y pourvoir et agir avec la même énergie que nous avons mise à reconstituer notre outillage de défense nationale. Nous sommes arrivés sous ce rapport à un moment critique, et c'est ce qui m'a décidé à prendre la plume. En effet, les travaux publics ont été entrepris sur une échelle immense et peut-être avec une précipi-

talion que je n'ai pas à discuter ici. Aujourd'hui, toutes nos ressources vont être absorbées pour longtemps, et, comme il y a vingt ans, on nous répond déjà : € Plus tard; quand il y aura des excédents. Or, il faut empêcher à tout prix que le travail de reconstitution de notre matériel scientiCque, entrepris depuis cinq ans à peine sur une large échelle, soit arrêté par .des délais indéfinis qui risquent de devenir excessifs et ruineux pour le bien général de la France.

Certes, je ne prétends pas qu'il faille arrêter la co struction des chemins de fer, des ports et des canaux. Mais, entre tous les besoins, [il convient d'établir une balance et une répartition légitime ; il convient surtout de ne pas oublier que tout industriel qui conserve un outillage de production insuffisant ou vieilli, et qui ne le maintient pas au même niveau que son compétiteur, ne tarde pas à être ruiné. 11 en est de même des peuples, au point de vue intellectuel et moral, aussi bien qu'au point de vue matérieU

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