PENDANT LE SIÈGE DE PARIS
Quand vint le siège de Paris, dernière étape de nos défaites, on se tourna vers la science, comme on appelle un médecin au chevet d'un malade agonisant. Le concours de Tesprit et de la méthode scientifiques eût été sans doute plus efficace si on l'eût invoqué depuis de longues années pour organiser les forces matérielles et morales de la France : nos ennemis l'ont fait, mais on n'a pas encore su leur ravir le secret de leur puissance.
Quoi qu'il en soit, le dévouement des savants auxquels on faisait appel in extremis n'a pas manqué à
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h pairie. Les nombreux comités inslitoés dans ce péril sapréme ont donné leur temps, leor santé et lenr intelligence, sans mesure ni réserre. S'ils n*ont pas sauvé la patrie d'un désastre, rendu inéTÎtabh par la destruction déjà accomplie de notre organisation militaire, ils ont pourtant imprimé au siè^e de Paris quelques-uns des caractères qui le distingueront dans rhbtoire.
On n'avait pas encore vu cette merveille d'une correspondaoce méthodique, entretenue par une rille investie, à l'aide des ballons et des pigeons, avec le concours de la photographie microscopique : œ sera la légende de l'avenir, comme ce fut Tobjet de l'étonsèment et de la fureur de Tennemi, attestés par de cmelles et impuissantes menaces.
(Test griœ i la scioce que Fou a pu fondre dans Faris ces quatre cents canons de campagne d'un nouveau modèle, supérieurs en portée aux canons prussiens et qui, du haut du plateau d'Avron, tinrent pendant un mois les Allemands en échec sur la route de Cbelles.
(Test grice i la science que la Ead)rication de la dynamite, presque ignorée en France, a pu être improvisée, sans ressources spéciales et dans les conditions en apparence les plus défavorables; c'est grice i la science que la lumière électrique a joué,
dans réclairage nocturne des travaux de défense, un rôle inattendu et dont remploi méthodique a rendu toute surprise impossible. C'est grâce à la science et aux moyens nouveaux enseignés par elle pour la défense des brèches que toute tentative d'assaut fut épargnée à la ville assiégée : cette tentative eût sans doute abouti à quelque grand désastre pour nos adversaires.
Mais il faudrait un volume tout entier pour énumérer les efforts et le dévouement de tant de savants patriotes.
Efforts infructueux ! Tœuvre de la faim
saevior armit
accomplit ce que la force armée n'avait pas osé faire.
J'ai présidé l'un des comités, appelés dans le danger suprême : c le r4omité scientifique pour la défense de Paris,» institué le 2 septembre 1870 près le minis tère de l'instruction publique, par M. Brame, maintenu^ et encouragé par M. Jules Simon, après la proclamation de la République.
Nous avons fourni comme les autres, jour par
1. Le Comité se composait de MM. d*Àlméïda, Breguet, Frémy, JamÎD, Ruggierî, Schutzeiiberger. Sur ma demande, on nous adjoignit un second comité, dit de Mécanique, composé de MM. Delaunay, président ; Cail, Claparëde, Gévelot et Rolland.
LES SAVANTS PENDANT LE SIËGE IiE PARIS. MO
jour et sans nous lasser, notre contingent de bonne volonté, de labeur et de patriotisme. Je pourrais raconter nos travaux; mais il ne convient guère après la défaite, de faire l'histoire détaillée des efforts qui n^ont pas abouti.
Si j'ai cru devoir rappeler ces faits, c'est afin d'expliquer comment nous nous sommes trouvés écartés de la direction première de nos expériences. Adonné, dès mes débuts dans la vie, au culte de la vérité pure, je ne me suis jamais mêlé à la lutte des intérêts pratiques qui divisent les hommes : j'ai vécu dans mon laboratoire solitaire, entouré de quelques élèves, mes amis. Mais, pendant la crise suprême traversée par la France, il n'était permis à personne de demeurer indifférent ; chacun a dû apporter son concours, si humble qu'il pût être. Voilà comment j'ai été arraché à mes études abstraites et j'ai dû m'occuper de la fabrication des canons, des poudres de guerre et des matières explosives. J'ai tâché de faire mon devoir, sans partager les haines étroites de quelques-uns contre l'Allemagne, dont je respecte la science, en maudissant l'ambition impitoyable de ses chefs.
Nos travaux mêmes ont été présentés au public sous cette forme générale et purement rationnelle, qu'un savant doit s'efforcer de donner à ses publica-
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lions, convaincu que la grandeur de la civilisation consiste à n'être assujettie à aucun préjugé de personne, de race ou de nationalité. Toute vérité, découverte sur un point du globe, profite à l'humanité tout entière. Puisse cette guerre funeste, et les iniquités qui en ont marqué la déclaration comme le dénouement, n'avoir pas affaibli dans les intelligences la notion du rôle idéal de la science !