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PRÉFACE

Le christianisme est demeuré le culte de l'élite du monde civilisé, ou, pour mieux dire, en voie de civilisation. Mais les chrétiens, et on peut en dire autant des membres des autres religions, se partagent en deux grandes catégories, ceux qui ont conservé la foi dans les dogmes et ceux qui l'on perdue et ne sont plus guère chrétiens que de nom, ou même sont devenus hostiles non seulement au christianisme mais encore à toute religion. La première catégorie est restée de beaucoup la plus nombreuse, mais si elle l'emporte par le nombre, elle est, sauf des exceptions de plus en plus rares, inférieure par la qualité. Elle se compose de la multitude illettrée ou à peine

YI PRÉFACE

lettrée qui accepte les dogmes sans les examiner, et d’une minorité qui se refuse à les examiner, en courbant de parti pris son intelligence sous la foi. Mais à mesure que l'instruction se propage en se laicisant, et fait pénétrer dans les couches inférieures de la population les notions positives de la science moderne, qui sont ou semblent être en désaccord avec les dogmes et les croyances religieuses, des légions de plus en plus serrées se détachent de cette multitude : les plus nombreux de ces déserteurs de la foi deviennent incroyants ou indifférents, en matière de religion, tout en continuant de se soumettre, par habitude ou respect humain, à quelques-unes des pratiques dans lesquelles ils ont été élevés, tandis que la minorité, composée d’intelligences actives, s’insurge contre les dogmes et va grossir les rangs des positivistes, des matérialistes et des autres athées qui considèrent les religions comme des maladies de l’enfance de l’humanité, et s'efforcent de l’en guérir en propageant « l’irréligion ».

Il convient de remarquer toutefois que

PRÉFACE vil l'irréligion n’est pas un phénomène nouveau. On peut en constater l'existence de tous temps et dans tous les pays. Mais ce phénomène se produit surtout lorsque les religions existantes ont cessé d’être en harmonie avec l’état moral et économique des populations; lorsque leurs Divinités ont cessé d’être acceptables à des intelligences plus éclairées et de susciter des mouvements de respect et d'amour dans les âmes plus affinées; enfin lorsque les règles de conduite qu'elles commandent sont devenues nuisibles après avoir été utiles, par suite des changements accomplis dans les conditions d'existence des populations.

Telle était la situation du paganisme dans les siècles qui ont précédé l'apparition du christianisme. Les classes supérieures, imbues des enseignements de là philosophie grecque, avaient cessé de croire à des conceptions enfantines qui avaient suffi à l’intelligence inculte de leurs ancêtres, et elles avaient perdu tout respect pour des Divinités dont l’immoralité était devenue flagrante.

Comment concilier, en effet, le culte de Mer-

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