VIII PREFACE
cure avec les lois sévères qui garantissaient la propriété, et l'adoration de Jupiter, l’'adultère et l’incestueux, avec celles qui protégeaient le mariage et la famille ? Mais si les enseignements de la philosophie satisfaisaient les esprits, ils ne touchaient pas les âmes. Le besoin religieux subsistait et demandait à être alimenté. L’irréligion laissait un vide que le christianisme vint combler. Pendant des siècles, malgré ce que ses dogmes avaient de mystérieux et d’imcompréhensible,ses explications de la nature de Dieu et de l’âme humaine, du système du monde et des lois qui le régissent, emprun
tées pour la plupart à la philosophie grecque, sa morale dégagée des impuretés païennes, suffirent à la généralité des intelligences et des âmes. Des sectes surgirent, le plus souvent en vue de se dérober au joug d’un monopole avide et intolérant, mais leur apparition et leur concurrence avivèrent la foi au lieu de l’affaiblir. L’irréligion qui était née et s'était propagée dans la période finale de l'existence du paganisme ne recommença à donner signe de vie, après un sommeil de
PRÉFACE be plus d’un millier d'années, qu'à l’époque de la renaissance des sciences et des lettres, et elle demeura confinée du xvi° au xvurr° siècle, dans les petits cénacles des savants et des lettrés. Les pamphlets antireligieux du xvin° siècle, les critiques plus sérieuses, associées aux acquisitions extraordinaires du xix° dans les sciences physiques et naturelles, agrandirent alors successivement son domaine. Actuellement, ce domaine va s’étendant chaque jour dans les couches moyennes et même inférieures de la population, au point qu’en à pu soutenir que les religions sont destinées à périr, et que l'avenir appartient à l'irréligion.
A l'appui de cette prédiction, les socialistes révolutionnaires et les autres apôtres de l’irréligion se plaisent à énumérer les maux causés par les guerres et les perséculions religieuses, et ils invoquent contre les traditions et les dogmes le témoignage de la science.
Mais, en se tenant sur le terrain même où ils se placent d'habitude, celui de l'utilité sociale, n'est-il pas facile de démontrer que
x PRÉFACE
les religions ont été dans le passé et qu'elles resteront dans l’avenir l’agent nécessaire de la conservation et du progrès des sociétés ? d’où l’on peut conclure, comme nous l'avons fait dans un précédent ouvrage, Religion, que les maux et les abus qu’on leur reproche à tort ou à raison ne constituent qu’un passif infinitésimal en comparaison de leur actif. Ne peut-on pas soutenir encore que le désaccord qui a surgi entre leurs traditions et les acquisitions de la science moderne, n’est nullement irréductible ? |
Voila les deux vérités que nous avons, voulu mettre en lumière en écrivant ce livre.