PREFACE
Dans ce livre, fruit de renseignement univorsitture et destiné à cet enseignement, j ai essaye de combiner les éléments du droit pénal positif moderne tel qu'il est consacré par les textes législatifs avec les éléments de la théorie pénale issue du mouvement scientifi(iue contemporain qui a transformé les conditions du droit de punir.
S'il fallait élaborer aujourd'hui un code pénal et instituer un système répressif, ils différeraient sans doute du code et du mode de pénalité en vigueur, et je ne me dissimule nullement les difficultés et les imperfections inévitables d'une tentative de fusion, entre deux choses aussi disparates que la législation pénale actuelle et la doctrine pénale actuelle. Mais cette tentative est nécessaire : il n'est plus possible d'enseigner le droit pénal sans tirer profit du puissant essor de la science moderne Et il n'est pas possible non plus d'exposer les doctrines nova trices, sans montrer leurs liens avec le droit positif et
XL PKKKACE
les conséquences à en tirer au pc»int de vue des réformes praticiues.
Les changements qui se produisent nont l'ien de surprenant d'ailleurs : à toutes les étapes importantes de riiistoire, au moyen âge, comme à la Renaissance, comme sous la Révolution et sous TEmpire, le même phénomène existe et la législation se modifie avec les tendances générales de la civilisation.
Ce que Ton appelle la criminologie est un rellet du courant (jui a si profondément remué la fin de notre siècle et ébranlé les assises du droit pénal.
Assurément, dans une société connue la nôtre, dont les forces économiques, poli tiennes et sociales sont arrivées à un liaut degré d'expansion, où en même temps les masses populaires sont en proie à tant de désirs et à t^int de besoins inassouvis, et où Ion a vu éclore la philosophie de l'inconscient, il est naturel que la doctrine pénale prenne une orientation différente de celle qu'elle suivait dans une société jeune, optimiste, aristocratique, ne connaissant que la philosophie et la poésie de la liberté et habituée à glorifier la personne libre comme l'unique mesure de la réalité et le centre de Tunivei's.
L'on se méprendrait toutefois étrangement sur la portée des études de sociologie criminelle, si l'on s'imaginait qu'elles ont abouti à l'anéantissement de la liberté et de l'individualité et à l'aljsorption du crime par la maladie, de la conscience par l'instinct.
PREFACE XLl
Dans le domaine des rapports du capital et du travail, les études socûdes ont parfois pu être mal comprises ou mal <:onduites ; elles n'en ont pas moins eu pour résultat final indéniable de mieux faire connaître les travailleurs et les conditions dans lesquelles ils ont à exercer leur liberté et de multiplier les moyens d'accroître leur indépendance personnelle.
De même, dans le domaine du droit pénal, les études d'anthropologie et de sociologie criminelles ont pu parfois être mal dirigées ou mal interprétées; en définitive, elles aboutissent à nous faire mieux connaître le délinquant et les conditions dans lesquelles germe et se développe sa volonté; elles nous indiquent les moyens d'aider à la former et à l'accroître, comme de réagir contre elle, quand cette réaction devient nécessaire.
Pour fouiller le sol, on n'arrache pas la plante; pour étudier la volonté, sa nature, les conditions de son fonctionnement, on n'ébranle pas la confiance de Tlmmanité dans la souveraine puissance de la volonté ; on ne détruit pas l'idée que l'homme se moralise et s'élève dans la mesure où il se dégage de la tyrannie de ses appétits et où son moi se dessine avec plus de relief et avec plus de vigueur sur la masse inerte et amorphe, sur le fond indécis et brumeux de l'inconscience du pessimisme et de la fatalité.
Mais si nous n'avons pas à rompre avec l'idéal traditionnel de la liberté morale, auquel le monde s'est accou-