XLII PREFACE
tumô de croire et qui constitue, après tout, le plus i)uissant des ressorts pour le bien et Tirrôsistible aiguillon de Tentliousiasme et de Faction, les travaux de 1 école moderne ont eu cependant des consécpiences décisives.
Ils montrent que les législateurs du début du siècle ont eu des aspirations trop vastes en cherchant l'absolu dans une direction où ils ne pouvaient l'atteindre. Le droit pénal est une science essentiellement relative; il représente un enseml)le de mesures pratiques prises par l'Etat pour le maintien de l'ordre public. 11 se détache de sa base quand il entend s'appuyer uniquement sur le principe absolu du libre arbitre et sur le type absolu de rhomme parfait dont la volonté se détermine librement elle-même.
Dans le monde tel ([u'il e^t, nous ne rencontrons qu'une liberté et une responsabilité relatives. L'honmie est un être complexe; il n'est jamais ni absolument libre, ni absolument esclave. S', en philosophie, l'être absolument libre et responsable est un but idéal vers lequel il est salutaire et nécessaire de tendre, en droit pénal, il ne peut constituer un point de départ, et c'est pour l'avoir pris comme tel que le droit répressif classique se heurte à d'inextricables difficultés.
D'abord, si défense sociale implique responsabilité, les facteurs innombrables qui agissent sur la responsabilité agissent aussi sur les décisions de la justice pour l'énerver et pour l'affiiiblir, et l'indulgence devient la
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règle précisément à legard de ceux dont la nature douteuse réclnme les mesures les plus énergiques.
Ensuite, si le législateur considère la pleine responsa- Inlité comme le critérium unique de la pénalité, la mission du juge consiste à doser la quotité de responsabilité ([ui entre dans un délit et la quotité de pénalité qui y correspond. Il doit étiiblir une sorte de parallélisme entre la décroissance de la responsabilité allant de la responsabilité entière à Tirresponsabilité complète et la décroissance de la pénalité allant de la peine intégrale à l'acquittement. Et il est ainsi conduit à établir des équations entre des fractions de peine et des fractions de responsabilité.
Ce parallélisme est faux. La diminution de la responsabilité peut exister en même temps qu'une augmentation du danger social que présente l'agent de l'infraction et réciproquement un faible danger social peut exister avec une responsabilité accrue. Un neurasthénique dont la volonté est entamée peut inspirer des craintes légitimes à la société; un délinquant normal dont la volonté est forte peut inspirer un minimum d'inquiétudes aux honnêtes gens.
La quantité de la responsabilité n'est donc pas la vraie mesure de l'intensité de la défense sociale. Et le problème, envisagé sous son aspect nouveau, peut être formulé de la manière suivante :
11 importe, non pas de peser et de compter la quotité
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de responsabilité ou de volonté coupable qui figure dans la conduite du délinquant, mais bien d'analyser et de spécifier la qualité concrète de cette responsabilité, c'està-dire la nature réelle de la volonté coupable.
Suivant qu'elle sera plus ou moins antisociale ou redoufeible, elle exigera des mesures de réaction plus ou moins sérieuses. A l'appréciation quanti t<itive succède l'appréciation qualitative de la volonté; à la fixation quantitiitive de la peine, le choix qualitatif du procédé de défense sociale à opposer au délit. Et en cette matière, la différenciation fondamentale, au lieu d'être simplement une dirtérencialion dans la durée variable d une peine uniforme, devient surtout une différenciation dans l'applicîation de moyens dissemblables de défense sociale mis par le législateur à la disposition du juge. Ces moyens seront, suivant les cas, des moyens de répression proprement dits, des moyens de protection ou des moyens mixtes auxquels on peut donner le nom de moyens de j^^'ésef^ration sociale.
11 n'est peut-être p^is inutile d'ajouter que, du même coup, s'opère une modification dans la conception de la peine elle-même ; pendant une partie de ce siècle, en effet, on a cru, par une sorte d'illusion étrange et tenace, que le perfectionnement et radoucissement des peines produisaient le perfectionnement et l'adoucissement des mœurs et que l'homme s'améliorait dans la proportion où l'on