LIBRAIRIE DE FIRMIN DIDOT FRÈRES
IMPRIMEURS DR l'INSTITUT DE FRANd, avB JACOB , 56.
BESTEL ET C^, ÛBRAIRES-I
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Droit de Iradnction et de r
avait servi au développement de l'idée postérieure; et ils auraient pris tme peine inutile : puisque, sur cesojet, chacun a déraisonné à sa manière , sans s'inquiéter : de ce qui avait été dit, avant lui. Eh général, vouloir trouver de Tordre, où, il n'y en a pas; est: non-seulement inijllle ; mais nuisible. Cette faute existe : pour, quiconque adopte un système, comme vérité ; avant, qu'il n'ait été démontré comme tel Car, où l'ordre n'est pas Qncore reconnu, il est, pour celui qui l'ignore, comme n'existant pas. Une fois tombé dans l'erreur, de prendre un système pour vérité ; on ploie les faits à son système, si on traite de physique ; ou, l'on se soumet aux faits historiques, si l'on traite de morale. En physique, tout raisonne- J ment, qui est en opposition avec les faits bien observés, est : mauvais. En morale, tout fait qui paraît en op* position, avec un raisonnement rendu incontestable, prouve : que, la conséquence, tirée de ce fait moral, est mal déduite. Les corps tombent avec des vitesses représentées par la série des nombres impairs. Voilà, un fait physique bien observé. Tout raisonnement, quelque clair qu'il puisse paraître , et qui les fera tomber, avec des vitesses représentées par la série dés nombres pairs, sera mal établi. Au moral, tout raisonnement, une fois démontré incontestable, doit dominer les faits auxquels ils se rapportent. Un raisonnement, facilement rendu incontestable, dit : qu'aussi longtemps, que la vérité ne peut être démontrée, d'tfue manière incontestable ; le despotisme, ou le monopole des développements de rintelligence, ou la compressi*
bilité de l'examen, ou l'esclavage du plus grand nombre : doit exister. Ceci, une fois démontré, lorsqu'on fait moral se présentera comme donnant un démenti à ce raisonnement ; soyez certain : que, ce fait est mal observé ; et, qu'une meilleure observation confirmera le raisonnement primitif. La prétendue liberté des Grecs, des Romains, des sauvages, etc., sont de véritables libertés pour rire.
C'est donc, sans rapport à aucune espèce d'ordre chronologique que nous allons examiner, avec quelque détail : ce que Condillac a dit : sur l'origine do langage.
— « Considérons, dit Condillac, nn homme tn premier mooMnt de son existence ; son âme éproufO' d'abord différentes sensations»,, 9
— Du moment, qu'une seule idée indéterminée, entre dans une proposition ; il est de toute impossibilité, de marcher vers la vérité. Ici, le mot sensation est complètement indéterminé ; parce qu'il y a : sensation dans Véternité^ c'est celle qui existe avant le développement du verbe ; et, sensation dans le temps, après que ce développement existe. Cette indétermination fait : que, Condillac va confondre : la valeur du mot sensation, avec la valeur du moipensée. Dès lors, il n'y a pas de raison, pour que l'enfant ne puisse parler avant sa naissance. Aussi, Condillac ne dit pas : au premier moment de sa naissance, mais au premier moment de son existence. Voilà, la pensée existant à la conception ; sinon : il devient aussi licite de faire
avorter une femme que, de lui faire prendre un émétique. Toute pensée est une sensation; mais, toute sensation n'est pas une pensée. Voyez ce que nous avons dit au chapitre v du présent livre. Commini trouvez-vous aussi : un être réel, qui a un pr&nier moment d'existence?
— «... telles, continue Condillac, que la lumière, les couleors^h douleur, le plaisir, le mouvement, le repos : Toilà ses premières penséet.
« Suivons-le dans les moments où il commence à ré/léekir sur ce que les sensations occasionnent on lui, et nous le verrons se former des idéei des différentes opérations de son âme, telles qu*aperceToir , imaginer: voilà ses secondes pensées. »
— Toujours sans signes. Voyez-vous cet enfant, dans le ventre de sa mère, qui réfléchit : sur le plaisir, la douleur, le mouvement, le repos, etc. Certes, rien ne peut Tempêcher de trouver le carré de l'hypoténuse. Et, voilà ce que le dix-huitième siècle a écouté : avec admiration 1
£t, pourquoi Condillac, cependant une des plus belles intelligences qui aient existé, a-t-il dit tant de folies? Pour, n'avoir pas su se soustraire aux préjugés. Quand on est anthropomorphiste, on croit : que, des • êti'es réels, peuvent avoir des premiers moments d'existence. Si, on le nie, on devient panthéiste; et, Ton tombe dans l'être unique. Quand on croit : que, l'âme peut penser par elle-même, on s'imagine : que, des traités de géométrie peuvent être faits : par des embryons, encore amorphes.
— a Ainsi, continue Condillac, selon que les objets extérieurs agissent sur nous^ nous recevons différentes idées par les sens. »
liiftt esslttaiiveflMBt au cerreau, à Torganifimô ;.rieQ ne se iïe à notre èlre réel, à notre ûme : que, par les signes. Le lieoy la Mlation, appartienneat au temps. Et, le temps est exclusif aux signes.
— € ... et, continue CoadillaCy.avoc tout ce qui peut y avoir quelque npport. De là il arrife que non-seulement la conscience nous donne •winimnco de not peroeptions ...»
— La Gonscieucc n'est pas un être et ne donne rien. La conscience est la connaissance : de soi ; des modifications du soi; du soi raisonnant; et, avant les signes , il n exîate : aucune espèce de connaissances.
— « ... mais encore, continue Condlllac, si elles se répètent, elle nous ^R'Citit smurent*.. 9
-. — La: conscieiice est donc un être qui raisonne; «r, avertir, c'eat raisonner? Et nous, nous comprenons ravertiseement; ce qui est aussi raisonner. Et, tout cela sanft signe»^? De pai'eils raisonnements, sont bons à faire à des< enfants qui admettent : que. Dieu €stau ciel; en la terre ; et,, en tout lieu.
r- « •••que nous les avons iW^k euos^ contimue Condillac ,. et nous les i^t cannai tre eoronui étant à notis, ou. comme affectant ,. malgré leur variété et leur succession, un ôlrc q^û- art con^taouneut le mâma nous, »
— Et tout cela, sans inémoirc, sons signes, sans raisonnement? N'est-ce point là abuser : de la simplifié de ceiKx^. qui ent la bonté: d'acceptep, de pareilles folies ?
réelle? D'où vient celte erreur? De confondre Tâme avec la force vitale. Une fois, cette erreur commise; elle donne lieu à mille autres.
— <f ... noQS acquérons, continue CondîUac, toutes les idées que nou n'aurions pu recevoir des choses extérieures.
u Le péché originel a rendu Tàme si dépendante du corps que...
« L'àme peut donc absolument, sans le secours des sens, acquérir dei connaissances. Avant le péché elle était dans un système tout différent de celui où elle se trouve aujourd'hui. Exempte d'ignorance et de codcojhscence, elle commandait à ses sens , en suspendait Faction et la modifiait à son gré. Elle avait donc des idés inférieures à l'usage des sens, etc. i
— Que dire, de pareilles propositions? Rien... sinon qu'il est impossible d'être anthropomorphiste et de bien raisonner. Un anthropomorphiste pourra être un bon artiste. Mais un bon raisonneur ? Jamais 1
. — « Il est d'abord bien certain^ continue Condillac, que rien n'est plus clair et plus distinct que notre perception quand nous éprouvons quelque sensation. »
— II est d'abord bien certain : que, les sensations existent avant les signes ; et, qu'il n'y a de perception qu'après. Percevoir, c'est raisonner; et, avant les signes, il n'y a pas de raisonnement possible. Voilà qui est clair... dans l'hypothèse : que, nous soyons capables déraisonner : réellement; plus qu'illusoirement. Un peu plus loin, Gondillac dit :
— « J'avertis que dans mon langage, avoir des idées « claires et distinctes, ce sera, pour parler plus briève*
« ment, avoir des idées ; et avoir des idées obscures « et confuses, ce sera n'en poiol aroir. •
Cette phrase a été faite, par Condillac, jpoor contrarier les cartésiens. 11 né se doutait peut-être pas : que, ni lui-même ; ni l'humanité ; n'arait pas encore eu une seule idée claire ; et, par conséquent, selon lui : une seule idée, ^ous allons voir : comment, Condillac comprend : Tidée la plus simple.
— « La perception , continiie CoodilUc , oa Timpression occasîoimée dans Tâme par Taclion des sens... »
— L'impression occasionnée dans l'âme par l'action des sens, est : une sensation ; et, non une perception. Une perception est un raisonnement.
— a ... est, continae Condillac , la première opération de l'entende* ment. 9
— Que signifie ce galimatias ? L'entendement n'est pas un être ; et il n'y a que des êtres réels, ou supposés réels ; qui sont dits : opérer. Le reste fonctio^^e.
— «L*idée, continue Condillac^ en est telle qu^on ne peut Facquérir p^r aucun discoun. »
— Quand on s'exprime ainsi; c'est qu'on n'a pas d'idée claire. Une sensation est une modification : du sentimeni* de l'existence ; une modification de la seasibilité; une modification de l'âme; si : âme il y a. Une perception est hne sensation liée à d'autres ; une sensation dans le temps; un raisonnement : enfin.
— « Je dislingue ^ continue Condillac, trois sortes de signet :1* les signes accidentels ou les objets que quelques circonstances particulières ont liés avec quelques-unes de nos idées... »
— De cette manière ; tout est signe ou peut être signe. Il n'y a de signes, proprement dits : que, ceux qui représentent une idée ; et, primitivement : signe et idée sont simultanés. Pas de signes, sans idées; pae d'idées, sans signes.
— «... en sorte, continue Condillac, qu'ils sont propres à les réveiller ; 2^ les signes naturels ou les cris' que la nature a établis... >
— La nature n'a rien établi, la nature n'est pas un être ; et, il y a la nature organique et la nature rationnelle. Quand on se sert, ainsi, de mots indéterminés; on n'est clair : que pour ceux qui ferment les yeux.
— (( ... pour, continue Condillac, les sentiments de joie, de craiote, de douleur, etc.;... »
— Voilà les sentiments établis : sur toute la lign® animale. Avant Copernic, Condillac eût affirmé : que . le soleil tournait autoiu* de la terre.
— « 3° ... les signes, d'institution, continue Condillac, ou ceux que ooa> avons nous-mômes chobis, et quin*ont qu'un rapport arbitraire avec dos idées. »
— Ceux-ci, sont exclusivement signes ; seuls, ib sîGNiFiEîîT ; et, quand les autres signifient ; c'est, qu'ik ont été faits signes : par le raiaonnement.
Paris. - Typnpniiliie de Firmiii Ui.lnt ffirw , llls t-i c. me lacùb , ■'"
SCffiNCE SOCIALE