‹ Science sociale (volume 2)Chapitre 29 sur 55 · UNE · texte numérisé non relu

UNE

— c La question de l'origine du poûfoir, dit Ballanche, est évidemment la même que celle de Torigine de la parole.... »

— Laissez donc de côté la question de l'origine du pouvoir. Celle de l'origine des langues, est déjà assez complexe : sans, qu'il soit besoin de l'em- Irouiller.

— « Il fout absolument , continue Ballanche, choisir entre deux systèmes : ou l'homme a reçu le pouvoir de créer les langues^ ou cette faculté Ini a été refusée. »

— Créée; refusée; nous voilà dans l'anthropomorphisme jusqu'au cou. Une fois, l'anthropomorphisme admis, la question est résolue. En effet : peu importe, que le Créateur ait mis, dans l'homme, de quoi développer le verbe sans autre secours de lui; ou, qu'il l'ait développé, en lui, après l'avoir formé. De plus, Ballanche dit : qu'il n'y a que deux systèmes; et, il se trompe grossièrement. En voici deux autres indépendants de l'anthropomorphisme : le langage pour se développer, a-t-il besoin d'une âme immaté-

3S2 8CIBNCB SOCIALE.

— Aux îles Marquises, les langues y sont aussi trèsdé veloppées . Nous avons déjà remarqué : que, la féodalité, depuis un temps immémorial, s'y trouve ion point dont on n'avait pas d'idée en Europe. L'ainéca naissant est possesseur de tout. Le père n'est plus qae le tuteur.

Ces exemples tendent à prouver : que, les langues se développent extrêmement vite. Mais, comment et pourquoi? Voilà, ce à quoi il faut répondre; ou, avouer : qu'on ne parle, que pour faire du bruit.

— « Pour los dictions qui sigiiifienl natur^llemont, j^en trcMiTe U ntiM bonne pour les choses qui frappent telienP'Ut nos seus, que cela nom ci* cite à rendre quelque voix (1 ) ; comme si Ton nous fraiipe cela mm oblige à crier, >\ on fait quelque cbose de plaifiint ci-la nous fait rire,cl les voix que Ton rend en criant ou riant sont ^emblalde< en toutes laigucs. Miiii lorsque je vois le ciel ou la terre, cela ne m'oblige pas plaià les nommer ciel ou tvrre qu*en t>>ute autre sorte, et je crois que cesciiit de mômo encore que nous eus<iou8 la justice originelle. »

(Dbscartbs, Lettre au P. JUersennej t. Yl des Œuvres^ p. 88.)

— Nous ne savons trop : ce, que la justice originelle pourrait opérer, en cette affaire. Mais, nous croyons : que, l'auteur de l'automatisme devait avoir plus à dire : sur l'origine du langage.

— ^ Des enfants étant nourris ensemble, continue De8carte«, n'apprea* dront point à parler tout seuls, sinon piat-iTii quêlqtêes mois qu'Us ii- ▼enleront. »

— Que, signifie cePECT-ÊTRE?Et, s'ils parlent quelques .mots, ils apprendront donc à parier seuls ? Est-

(1) Descartes dit qadjue voix et non quelque paroie. Loi vttiSf ■*> paroles, restait dans ki limitoai da rorgauismo. ;

il possible de dire ainsi : le oui^ et, le non^ sans laisseTi seulement : un intervalle de quelques mots!

^> « Hiis, eoatinue Descartes, qui ne seront ni meillenni ni pins proiNi^iêlfli nMret; an contraire , les nôtres ayant été ainsi inventés au

— Les hommes ont, alors, appris seuls à parler. Pourquoi donc commencer par nier cette proposition ? Plus, nier ou affirmer ne suffit pas : il faut prouver.

— « ...ont été depuis^ continue Descartes, et sont tons les jours corrigés et adoucis par l'usage , qui fait plus eu semblables choses que ne saurait lûre l'entendement d'un bon esprit. »

(DucAiTis^ ibid,f p. 120.)

— Comment! l'usage ne dérive point exclusivement de Tentendement de l'esprit ? Mais, il faut être Descartes : pour dire de pareilles choses. Bientôt on dira : que, le soleil a l'usage : de rester au centre de notre monde.

-» « Il 7 a , dit M. Damiron , un langage primitif comme une pensée primitiTe ; »

— Que signifie ce galimatias? Le mot primitif se rapporte-t-il ici au temps ? Signifie-t-il : que, si des enfants sont mis ensemble, ils inventeront un langage; et, que le langage d'enfants, mis ensemble au dix-neu* vième siècle, sera primitif au langage inventé au vingtième ? Dans ce cas, le mot primitif n'a aucune valeur rationnelle, relativement à l'origine du langage. Si, ce mot primitif n'a point cette valeur ; il signifie : que, le langage vient de Dieu j ou qu'il est inhérent à

lu. 23

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l'oRGANisME. Dans ces deux cas, Taction de rhomme, dont ya parler Tauteur, est une action illusoire ;ca

prétendues actions ne sont, alors : que, des résultats de nécessité.

— K Et, continue le professeur^ le langage artificiel.... ut

— Que signifie : cet autre galimatias? Artificid signifie : résultat de raisonnement^ ou, ne signifie rien du tout ? Le lantras^e est donc exclusivement artificiel:

ou, il n'est rien que phénomène; et, ne prouve

absolument rien. L'auteur emploie cette expression: parce qu'il s'imagine : qu'il y a des langages instinctifs ; des pensées instinctives ; ce qui est plus si»gulier encore.

— c( Et le langage artificiel, comme la pensée artificielle^ contioHek professeur, ne sont Tun et l'autre que des conséquences tirées par li li* berté de ces données originelles. »

— Autre galimatias. Est-ce que la liberté est un être ? De plus : la liberté est incompatible , avec l'existence d'une divinité ; comme elle l'est avec le matérialisme, dont l'auteur fait une profession : presque continuelle.

— « L^bomme, continue le professeur, n*inTente pas plus la maiiil^ tation de son esprit que son esprit lui-même ; il la reçoit de la diTinilé.*

— Encore une fois : du moment, que la divwti existe; l'esprit de l'homme n'est plus rien : qu'ai phénomène. Que, des théologiens législateurs prècheat

— « Et MÏùn, coBtinae Ballanche, il a pu graduellement inventer la parole. »

— Ce qui doit être évité, avec le plus de soin, dans la solution d'une question ; c'est, d'y faire entrer un élément absurde. Alors, toute solution réelle devient impossible. Une fois, qu'il a été admis : qu'il est possible de penser sans paroles ; ce qui est aussi absurde, (jue de dire : qu'il est possible de parler sans penser ; tout, ce qui ressort d'une pareille hypothèse, ne peut être : que, du galimatias.

— « Admettons, reprend Ballanche, quant à présent, et sans examen, ces deux systèmes à la fois, et partageons les hommes en deux grandes cluses : d*après ces deux manières d'envisager la production de la pensée. Tune sera composée de tous ceux qui ne peuvent penser qu'avec la pa* rôle, l'autre sera composée de tous ceux qui ont la faculté de penser indépendamment de la parole.

vJe suis loin sans doute d^admettre, quant à moi, la séparation de lapa- '^e et de la pensée ; mais il ne s'agit point de mes propres expériences... »

— C'est possible; mais, ce dont il s'agit : c'est,

Je raisonnement ; c'est, de sens commun; et, le sens

^Ommun exige : de ne pas prêter, à ses adversaires,

^^^s idées absurdes : quand on veut, de bonne foi, ré-

^udre une question. Si, même les adversaires avaient

^€s idées absurdes ; il faudrait : ou, commencer par

1^8 guérir; ou, raisonner indépendamment d'eux. Le

tait rationnel ; le fait non absurde ; est : qu'il est aussi

impossible de penser sans parler ; que de parler sans

^nser. Ce point une fois établi, la question se borne

à savoir : si, l'homme qui naît sans penser ni parler;

peut, dans certaines circonstances, penser et parler;

— «... à condition, continue M. Daroiron , de s'y accommoder. M du don de l'expression, il en use à sa manière ; il en aboie soBunt, oiii jamais jusqu^au point de Taltérer jusqu'à sa source dans son principe. •

— Ce galimatias, passe tous les précédents.

•— « Aussi, continue le professeur, il ii*j a pas de langue si corroopii qui ne soit encore une langue et ne conserre jusqa^u boat ses qailitéi essentielles. »

— Cela signifie qu'une langue est une langue.

— « Nous avons , dit le philosophe , nous avons dans nos orgsneso certain fonds de signes de pensées.... »

— N'est-ce pas que c'est joli 1 des signes de pensées qui sont dans des organes 1 0 Molière! pourqiK» donc es-tu mort?

— «... que nous devons, conlinne le professeur, cultiTer, et qns W cultivons plus ou moins bien, mais que nous ne saurions pas plus détroii* que nous ne saurions le créer.

« Et maintenant, si Ton considère sous le point de Tue de Thiitoire cette question du langage , et que l'on se demande comment s'estforo^ la langue des premier» hommes, comme ils sont nés hommes faits (nstt supposons du moins cette vérité admise].... »

— Ces premiers hommes, nés hommes faits no© rappellent : la création d'un vieux monde, inventée par M. de Chateaubriand, et, que nous avons citée aa chap. II, g 1 du présent livre.

— «... qu'ils n*ont point en leur enfance, continue le professeor, net tout d*abord leur jeunesse, et, pour mieux dire, leur virilité; ils ont eff dès le début, et en vertu de la même loi, la pensée et Teipressiou, laj«gement et la proposition. La même cause qui motlait mk joa kor

■e(l]; etux qui croient à l' homme la puissance de faire des lois (2); ecBX qai par conséqueni sont obligés d'admettre un contrat primitif. »

— Voilà, un par coméquent; singulièrement placé. RenToyez donc le contrat primitif à côté de la cause première; et, replongez-les tous les doux, dans Tabsurde dont ils sont sortis. Tout contrat est un raisonnement; et, tout raisonnement, considéré comme contrat, n*a de base que la force : soit de sophisme, «oit brutale; lorsque la vérité, Tincontestabilité n'est pas démontrée. Après, tout contrat se trouve basé sur ^a vérité; et, alors, la force sociale s'y trouve nécessairement unie.

— « Ceux-là, continue Ballanche, pensent que les libertés d*un peuple ^^ésultrnt de ses droits et non point des conccs^sions des princes (3) , non Casque d*élats antérieurs; ils pensent que l'iiomme fait une sorte d*actc libre en entrant dans une association polilique, et qu'à cet instant, qui est «ne fiction convenue, il cède une partie do ses droits, pour jouir de certeins anutages qu'il n*aurait pas sur la société, comme par exemple celui delà propriété. Dès lors il n*y a plus de législateurs, il n*y a que des rédacteurs d'un contrat synallagmatique; liors de là tout pouvoir est une nsurpation (4)

« La question de l'origine du langage a souvent occupé les philosophes depuis quelques années. Les uns ont regardé le problème comme insoluble, les autres ont établi des hypothèses plus ou moins probables (S).

(1) L'expression état abstrait, signifie ici : conséquence; quel abus de langage !^ (1) Ditas donc : de raisonner ; et, nVmbrouillcz pas la question!

(3) Est-il possible de résoudre une question : quand, on fait de pafftUs écarts?

(4) Encore ium fois^ qu'a de conuaiu : ce verbiage de Contrat sociai; ayec Torigine des langues? Est-ce donc, de celte manière, qu'il est pos-

: de rcBOudn Le» questions?

(5) Remarquons : que, voilà encore un auteur contemporain^ de liMiU-

358 SCRNCB SOCIALB.

— Au lieu cité, nous avons fait remarquer : qu'il n'y avait pas de sensations générales ; et que toutes les sensations sont complexes par essence. Confondre un raisonnement avec une sensation , sans distinguer : si, la sensation existe dans le temps ou dans ^éte^ nité, est une erreur qui conduit à mille autres. Sentir dans le temps c'est raisonner ; et alors une sensation est toujours un raisonnement. Mais, sentir avant le développement du verbe, n*est point raisonner. Un enfant qui vient de naître sent et ne raisonne pas. le chien sent-il? Première question. Avant de l'avoir résolue, il est impossible de savoir d'une manière tftcontestable s'il a des signes ou s'il n'en a pas. ReQla^ quons, ici : la justesse du reproche que M. Cousin vs faire à M. de Tracy : parce qu'il rCest pas capable ditil, etc. Là est le cercle \icieux. Pourqcoi n'est-il pas capable ? \ oilà, ce qu'il fallait dire, dans la supposition qu'il y eût des sensations générales ; et , ce pourquoi équivaut : au pourquoi l'animal n'a-t-il pas de signes ?

— R Mais, continue M. Cousin^ comme l'animal ne poomit (tire cette opération sans signes, il s'ensuit, etc. »

(M. Cousiir^ loc, cU.)

— Nous reprendrons cette citation en examinail si ks animaux parlent. Nous ne la mentionnons ici : que, pour faire remarquer à nos lecteurs : que, cette question n'est soluble, d'une manière rationnellement incontestable : que, par la recherche de savoir : «i» les animaux sentent.

soomes dans un siècle ; où, pour faire accepter : qœ, rhomme n'a pas le pouvoir de faire sa langue ; il fant le prouver; et, l'auteur est loin : de donner aucune preuve.

^ « L'homme, poorsuit Ballanche, étant nécessairement un être social... »

— Comment, est-il possible : qu'un homme d'esprit, fasse un pareil cercle vicieux? Qu'est-ce qu'un être social? C'est, un être qui parle. M. Ballanche, va en conclure : que, dès lors, il parle nécessairement; ce qui signifie : qu'il parle, parce qu'il parle.

— « .... U en résulte, continue Ballanche , qu'il a été, dès Torigine, doaé du sens social, de la parole... »

— Est-ce qu'un enfant, qui vient de naître, est un être social? Dites oui, M. Ballanche; on vous dira : qu'il ne parle pas. Dites non, on vous dira : que, l'homme avant de parler, était comme l'enfant.

Maintenant, est-il permis, à un homme habitué à réfléchir, d'appeler la parole : sens social. Nous savons : que, des gens d'esprit se sont servis de l'expression sens moral; mais, quand on veut imiter, ce ne sont pas les sottises, qu'il faut prendre pour modèles. Un sens est un organe. Au propre, c'est le cerveau ; au figuré, ce sont les parties de l'enveloppe qui y communiquent. La parole, n'est pas plus un sens : que, la course.

— «... car, continue Ballanche , la parole est nécessaire pour la société.... »

parce que c'est absurde? Ou bien : est-ce, parce que c'est une proposition : matérialiste ?

— <f G*est par la communication des peosées d'autriii que VtéuA eo acquiert el devient lui-même pensant et raisonnable, b

(BuFFON , Discours sur la nature des animam,)

— Est-ce que pensant et raisonnable sont deux? Et, les premiers êtres humains qu'il y a eu sur le globe, comment ont-ils parlé? Quand on soulève des questions : ou, il faut les résoudre clairement, incontestablement ; ou, il faut avouer son ignorance. Sinon

Ici nous laissons le lecteur tirer la conclusion.

— « L^inlelligence, dit M. de la Mennais, ne se développe quediaslt société , à l*aide du langage que Thomme reçoit des autres hommes..*.'

— Et, les premiers êtres humains, qui ont paru sur le globe ; comment ont-ils parlé ? Dieu, dira M. de la Mennais; car, à cette époque, il était chrétieO) Dieu, dira-t-il, a révélé le langage. Très-bien. Nous allons voir.

^ « . . des autres hommes, continue M. de la Mennais, avec ses premièrei pensées ou les premières vérités. Hors d'elle, il végète et meurt daosioa ignorance native; borné à de simples sensations, il ne peut acquérir d'idées ; et quand il en acquerrait.... n

— M. de la Mennais met ici en doute : ou, que riiomme peut avoir des idées sans signes ; ou qa il peut avoir des signes hors la société. Ces deux hypothèses sont fort singulières. La dernière nierait : la nécessité de la révélation ; pour Texistenee du verbe.

— f Que seraient-elles, cootinue M. de la Mennais, en comparaison des ▼éritéi innombrables que possède rhorome en société? »

(If . iife LA MnmiiSy Nouveaux Mélanges, Paris, i826, p. 240.)

~ Irmambrable est excellent. L'homme ne connaît pas encore une seule vérité ; s'il en connaissait une seule; celle-là, lui servirait de critérium, pour distinguer la vérité de Terreur; puisque : la vérité est

— < La question de l'origine da pouvoir, dit Ballanche, est évidem- ■Hent la m£ine que celle de Torigine de la parole..., »

— Laissez donc de côté la question de l'origine du pouvoir. Celle de l'origine des langues, est déjà assez complexe : sans, qu'il soit besoin de l'embrouiller.

— • ff D faut absolument , continue Ballanche, choisir entre deux systèmes : ou rhomme a reçu le pouvoir de créer les langues , ou cette faculté loi a été refueée. »

— Créée; refusée; nous voilà dans l'anthropomoiv phisme jusqu'au cou. Une fois, l'anthropomorphisme admis, la question est résolue. En effet : peu importe, que le Créateur ait mis, dans l'homme, de quoi développer le verbe sans autre secours de lui; ou, qu'il l'ait développé, en lui, après l'avoir formé. De plus, Ballanche dit : qu'il n'y a que deux systèmes; et, il se trompe grossièrement. En voici deux autres indépendants de l'anthropomorphisme : le langage pour se développer, a-t-il besoin d'une âme immaté-

rielle ; ou bien : Torganisnie seul , déveloi^t-il le langage ?

— a Dans le premier cas , continue Ballanche, TiaYention da langage serait un résultat nécessaire de la forme même, si Ton peat parler tiosi, de notre intelligence; les langues seraient alors comme un ensemble de signes convenus, devenu graduellement plus ou moins complet^ gndoellement perfectionné , a mesure ^ue de nouveaux besoins se feraient £ii( sentir. Dans le second cas^ Thomme aurait reçu sa langue d*une tradition obscure et mystérieuse, qui remonte d*anncau en anneau jusqu'au bereeat du monde, mais dont la société a toujours été dépositaire. Ceui qui attribuent à rbomme le pouvoir de se faire sn langue, ue disent autre cboie sinon que la pensée naît d^abord en lui, et qu'ensuite il cboisit pour Texpression un signe qu^il adopte... v

— S'il n'y a jamais eu : que, ces deux systèmes, sur l'origine du langage; il faut convenir : qu'ils étaient bien sots tous les deux. Le premier était absurde : comme, faisant penser avant d'avoir des signes ; il eût été tout aussi absurde de faire avoir des signes, avant de penser. Le second était absurde : comme, dérivant de l'anthropomorphisme. De ces différentes absurdités, il était facile : non point de démontrer; mais, de deviner la vérité; quitte, ensuite, à chercher la démonstration. En effet; du moment, qu'il est également absurde . de faire penser avant d'avoir des signes; ou, de faire avoir des signes, avant de penser; du moment, que l'anthropomorphisme est reconnu absurde ; il est évident, il est incontestable : que, le signe et la pensée, se développent simultanément; et, nécessairement; dans ce^ t aines conditions : qu'il s'agit de déterminer.

— a ...ou, continue Ballancbe, qu'il trouve déjà convena. Ceux an contraire qui refusent à Thomme la faculté de se faire sa langue ne disedt

SGIBRCB SOCIALE. 363

Ire cbosa tinon que, par rhabitade de réducation ou par une loi primitiTe qu'ils De connaissent point, ils ne peuvent penser sans le secours de la parole. En un mot, la parole est nécessaire à Thomme pour penser (i)^ et alors T homme n'a pu inventer la parole ; car on ne peut suppoeer un temps oà il ait été sans pensée. »

— Et, pourquoi pas, s'il \ous plaît? L'enfant, qui irient au monde, pense-t-il? Descartes disait : que, l'enfant pense dans le ventre de sa mère. Mais, Descartes a dit : bien d'autres choses, qui ne valent pas mieux. L'enfant, même ayant pensé, et livré à l'isolement : cesse de penser. Pourquoi donc pas : celui qui n'a jamais ni pensé ni parlé ? La question, de l'origine des langues, est bien simple. Pour la résoudre, il suffît de se demander : l'anthropomorphisme est-il réel oui ou non ? Si vous admettez un Dieu créateur, la question est résolue. Nous l'avons déjà dit et nous le répétons : que ce Dieu, en faisant l'homme, mette en lui ce qu'il faut pour parler ; ou, qu'il l'y mette après l'avoir fait ; peu importe. La solution, d'une pareille question, n'a pas plus de valeur : que, beaucoup d'autres faites par Sanchez; celle, par exemple : An virgo Maria^ etc.. .cum spiritu sancto? Si, vous renvoyez le Créateur, avec les oignons d'Egypte; il est évident*: que, l'homme parle nécessairement : dans certaines conditions, qu'il s'agit de déterminer. Voulez-vous vérifier vos théories quelconques par la pratique ? Mettez, dans im parc, deux enfants de sexes différents. 11 n'est pas diflicile de les y élever, de manière : à ce qu'ils puissent prendre les aliments, qui leur seront fournis,

(1) Oui; et qui plus est, la pensée est nécessaire : pour parler.

sans leur avoir appris à parlert Si, lorsqu'ils auront des enfants, ils ne parlent pas : c'est, que rhomme est incapable de penser par lui seul. En faisant cette expérience, vous déciderez deux questions. Si, le le verbe ne se développe pas, l'anthropomorphisme existe ; et, alors, l'âme est nécessairement faite ; est nécessairement matière ; il y a un potier, des cruches, et rien de plus. Si, le verbe se développe il n'y a plus d'anthropomorphisme ; et , l'âme est immatérielle, étemelle : ainsi que nous le verrons bientôt. Dans le premier cas, la vertu est une sottise, un mot, on rien; dans le second; c'est, l'acte d'un être réel, qui est nécessairement^ récompensé.

— • V Et, continue Ballanche, on ue peut eipliquer comment il lara pa créer la parole sans laquelle il ne pouvait penser; »

— Comment 1 on ne peut ? Quelle manie : de toujours déclarer impossible, ce qu'on ne sait pas ! Et, si la parole et la pensée se développent : simultanément.

— cr Oa la parole, continue Ballanche, n'est pas nécessaire à rhoiiunt pour penser ; »

— Voilà une bien singulière alternative. Il y en avait une troisième : le développement simultané du signe et de la pensée. Pourquoi l'auteur ne Ta-t-il point indiquée? Elle était cependant la plus simple; et, la seule qui ne fût pas absurde.

MimcB noStALK. 375

^ttéè le Movanir et la prévision (1). Oui, In pensée même de Dieu, la pMH^ éieituflle (2) et coatemporaine de tous les jours, celte pensée est dtnsie verbe (3). Mais encore n^est-ce là qu^uoe partie du problème. L'iofenlion da MbsUinlif présente une difficulté non moins iusurmon- «dilt.a

— Il faut bieh avoir l'amour des difficultés, pour ea trouver partout. Essayez, donc, de trouver un verbe : qui, ne renferme, pas le substantif. Le verbe hii-Hième être, pris iaolément : est un substantif ; et, le substantif par excellence.

— a Je mis doac obligé , continue Ballanche , d'admettre nécessairement la révéli^jon et la parole. »

— A cet égard, et en votre qualité d'anthropomor^ phiste, il n'y a pas l'ombre d'un doute. Rien, n'est plus étonnant : que, de trouver des hommes , qui parlent du Dieu anthropomorphe comme y croyant ; et, *qui veulent : que la parole vienne de Thomme. Il faut être plus que fou, pour le dire ; et, encore plus fou : ,. pour, ne point, s'en apercevoir. Ou, renoncez à l'anthropomorphisme; ou, croyez : que, tout vient de Dieu, tout, tout sans exception; et, jusqu'au crime.

— « On me dira , continue Ballanche, ce qai a été dit plusieurs fois,

(1) D*abord, créer est une sottise. Ensuite, le verbe n'est pas un être; et, ne fait rien du tout. Cest, Pâme qui fhit ; si, âme il y a. Sinon : tout se (ait; et, personne ne fait ; car, alors, il n*y a personne.

(7) Vue pensée éternelle, e.^t une bien jolie chose! L'essence de la pensée est d'exister dans le temps. Une pensée éternelle équivaut : à un néant qui se promène.

(3) Avec du galimatias pareil, il n'est pas de sottise : que, l'on ne puisse (aire accepter : à ceux qui ont de la foi.

3*^6 SCriRcfi SOCIALI.

que cVsl un mojea (rii-cninmod« de w tirer d'enhirriii. M*is qu'imporle que ce moyen toit ccumnodel 11 a'igit de aarair ii c'ut la «érilé. ■

— C'est vrai. Mais, quand on \eut arriver à la vérité, par le raisonnemenlj il faut commeiicer : par éliminer l'absurde ; et, le comble de l'absurde; c'est : • l'an Ihropomoi'ph isme .

— a D'abnril, conlioue Ballnnche, je ne inis pas pourquoi Dieu n'mirnlt |>as ilDnaù immi^dialeniptit lu parole a l'humnic dam l' origine, comiaB il lui R donné les aulrei sens, n

— Il est corlain: qu'il n'y a rien à répondre à cet argument. Qui peut le plus peut le moins; et, il n'y a pas l'ombre de doute : que, si l'anthropomorphe existe, la parole vient de lui. Dans ce cas, l'homoK parlerait comme une horloge sonne; et, alorç M. Ballauche aur rait presque raison : d'appeler la parole un sens.

— n Les inventeurs de l'inlalligence , continue Ballancbe , stnieat lei inventeurs de rintelligciicc humaine elle-même, d

— Si, inventer signifie : découvrir; faire usage; l'homme invente l'intelligence. Il faut bien, dès que l'intelligence existe, et qu'elle n'existe pas en naissant ; que, le premier homme, composé de l'homme et de la femme : trouve l'intelligence ; la découvre ; ea fasse usage; ou, que ce soit l'anthropomorphe, qui lui enseigne cet usage. Si, l'anthropomorphe existe, c'est lui sans aucun doute. S'il n'existe pas, c'est l'homme. Voyez, maintenant, s'il exiete. En rai sonnant, il n'est pas difficile de le savoir.

SCIBNCB SOCIALE. 377

— • Pour se dispenser , continue Ballonche, d'adopter une révélation pnoière du langage, on est obligé d'admettre une foule de miracles qui M rrnouTellent tout les jours^ avec la même raison de douter pour l'incrédule. »

— Et pourquoi donc, s'il vous plaît? Citez donc un seul de ces miracles. Ils sont singuliers, ces messieurs. Ils veulent toujours : que, leurs affirmations soient prises : comme des preuves.

*- f Ne vaudrait- il pas mieux, continue Bal tanche, se reposer dans la croyance d*un premier acte de la volonté divine? i>

— Du moment, que Ton fait un seul acte de foi, Telativement à Tanlbropomorphisme; celui-là les contient tous. Ce, qu'il y a de singulier; c'est, que les gens, qui commencent par faire des actes de foi, veulent ensuite raisonner ; et, faire accepter comme principe de raisonnement, ce qu'ils admettent sans raisonnement; et, qui plus est, contre le raisonnement. Du temps passé, ils avaient pour eux : les bûchers. Mais, à présent : que, les bûchers sont éteints ; eomment donc peuvent-ils, s'entendre parler : sans se moquer d'eux-mêmes?

— « Charles Bonnet, continue Ballanche, examine ce que Thomme a I^H être avant quMl eût la parole. Cette supposition absurde... »

— Absurde? Entendons-nous. Dans l'hypothèse de 1 ^anthropomorphisme, Dieu n'a révélé la parole à -Adam, qu'après sa création. Avant cette révélation, -Adam était-il un homme? Si vous dites oui, vous contenez que l'homme existe avant la parole. Si vous

368 SCIEKCE SOCIALE. ~

Autrefois ce n*ëtaîtpas même un problème (1). Il n*éltit pu vwi àuH li pensée d*imaginerque rinvention du langage était au poufoir del'lMflne^

— Cette idée a dû venir : à tous ceux, qui ont ea la force de se dépouiller de leurs préjugés. Mais, comme énoncer ces idées, c'était nier Tanthropomorphisme ; et, que ceux qui niaient l'existence de cette absurdité, étaient brûlés; peu de personnes auront eu : le goût de se faire griller, sans utilité.

— « De ce que les langues, dit Ballanche, sont considérées cwamt )» fignesde nos pensées (2) et comme des méthodes.,, »

— Les langues, ne sont pas plus des méthodes : que, les chiffres ne sont des méthodes. C'est, le raisonnement qui est méthode; et, il y a : bonne et mauvaise méthode ; comme, il y a : bon et mauvais raisonnement. C'est, un très-mauvais raisonnement; c'est, une très-mauvaise méthode; que, de raisonner avec des mots : dont la valeur est indéterminée ; ou, conduit à l'absurde.

— «... il ne faut pas croire, continue Ballanche, que l'homme aitea le pouYoir de faire sa langue dans Torigine. »

CBàllanchb, Essai sur Us institutions sociales, ch. Tn.)

— En général, il ne faut rien croire. Mais, nous

coup de mérite, qui reconnaît : que, la question n*est nuUemefit résolue.

(1) Autrefois, il n*y avait pas de problèmes à résoudre. Trois étiîeit la même chose qu'un ; quelque chose pouvait se faire de rien;' on était criminel, avant d'avoir agi, etc.

(2) Comment, considérées? Mais elles ne sont que cela, qne^cela.

SGBIIGB SOGIâLB. 369

ramnes dans on siècle ; oà, pour faire accepter : que, rhomme n'a pas le pooroir de faire sa langue ; il faat le prourer; et, Tanteor est loin : de donner aucune preuve.

— • L*Wn»e, paofsvl BdUa^, élaal BéceMurcacal ma ète social... •

— Comment, est-il possible : qu'un homme d'esprit, fasse un pareil cercle Ticieux? Qu'est-ce qu'un être social? C'est, un être qui parle. M. Ballanche, va en conclure : que, dès lors, il parle nécessairement; ce qui signifie : qu'il parle, parce qu'il parle.

— « ..•• U en résalte, contioae BalUoche , qu'il a été, dès l'origiiie, doué du sensiocial, de la parole... »

— Est-ce qu'un enfant, qui vient de naître, est un être social? Dites oui, M. Ballanche; on vous dira : qu'il ne parle pas. Dites non, on vous dira : que, l'homme avant de parler , était comme l'enfant.

Maintenant, est-il permis, à un homme habitué à réfléchir, d'appeler la parole : sens social. Nous savons : que, des gens d'esprit se sont servis de l'expression sens moral; mais, quand on veut imiter, ce ne sont pas les sottises, qu'il faut prendre pour modèles. Un sens est un organe. Au propre, c'est le cerveau ; au figuré, ce sont les parties de l'enveloppe qui y communiquent. La parole, n'est pas plus un sens : que, la course.

— « ... car, continue Ballanche , la parole est nécessaire pour la société.... »

370 SCIENCB SO€IALB.

— Ceci est incontestable. Avant la parole il n'y a pas de société. Deux jumeaux, qui viennent de naître, si on fait abstraction du reste des hommes; ne sont point en société.

— «... et l'homme , continue Ballanche, n'a jamais été bon la société, v

— Qui donc vous a dit cela? Voilà encore un cercle vicieux 1 Vous voulez rechercher l'origine du langage; et, pour résoudre cette question, vous affirmez : que, Thomme a toujours parlé. C'est très-commode! Encore une fois : ranthroporaorphisrae existe : oui ou non. S'il existe, la question est résolue ; car, alors, peu importe : que, l'anthropomorphe ait mis la parole, dans la machine avant ou après. S'il n'existe pas; l'homme, est apparu sur le globe, le dernier de tous les animaux ; et, dans ce cas, il y est arrivé avant la parole. Alors, comment la parole lui est-elle arrivée? Voilà toute la question. Théoriquement, nous verrons : qu'elle est facile à résoudre. Ce qu'il y a de singulier; c'est, qu'elle est excessivement facile à vérifier : PRATiQUEMEîST. Pourquoi ne l'a-t-on point vérifiée ? Pourquoi ? C'est, que cela aurait ruiné ; la fausse théorie de l'anthropomorphisme ; et, que toute la société reposait, exclusivement sur cette même théorie.

— « Remarquons bien , continue Ballanrhe , que la fiinilté de parler n^aiirait point suffi, puisque dès Porigine il a été nécessairement dans la société (1).

l Xi) Toujours le même cercle vicieux.

SCIBRCK SOCIALE. 381

— Ainsi, le Dieu anthropomorphe n'a fait : que, /vrsonniyier notre sensibilité ? M. Ballanche! vous fri- M le fagot. Heureusement pour vous, les feux de l'antbopomorphisme sont éteints.

Maintenant, et puisque la musique est inséparable de h poésie ; écoutons de la musique sur un autre mode.

^ — « Les êtres au-dessous de Thomme , dit M. de la Mennais, soient, ptrQoiTent 1* uni vers, le coonaissent, mais seulement de cette connoissauce rnsfuMie^ etc.

• De leni^ rapports a?ec les choses et de la nature particulière de Atenn d'eux dérive leur langage, expression composée de Taction diiicte des objets de la percepti4in sur les êtres qui perçoivent , et de leur wde spécial de sentir et de percevoir, expression encore de Vinstinct ou It Ténergie spontanée de leur nature même dont il manifeste les lois. Uns pour bien comprendre le langage dans cette classe d'êtres inlermé- Giires entre les êtres inorganiques et Thomme intelligent , il faut desieadre jas4]u*«nx êtres inorganiques eux-mêmes, car t^ ont leur langage, t c'est en l'étudiant que nous parviendrons à nous faire une idée exacte bi langage propre des êtres supérieurs. »

— Ainsi, c'est en étudiant le langage des cailloux ; |ue, nous arriverons : à la connaissance de l'origine la langage de l'homme ; à la connaissance des êtres npérieurs aux cailloux. C'est, la série des êtres : ians toute sa rigueur panthéis tique.

— « Tout corps frappé, continue M. de la Mennais, rend un son, qu'il looa soit ou non perceptible, et chaque corps frappé rend un son divers, i colle ktngue est obscure pour nous, ce n'est pas à cause de son imper- ~ de notre ignorance. »

— Est-il possible de voir, un homme d'un aussi leao talent, faire : un aussi déplorable usage, des ana* ogiès*? Langage signifie : communication de pensées.

— Ces deux questions n'en font qu'une : le langage est l'expression de la société. Là où il y a société, il y a langage ; là où il y a langage, il y a société. Les deux naissent simultanément.

— « Serail-ii même possible, continue Baltanche^ d*inTenler une laogoe sans inventer en même temps Técriture.... »

— M. Ballanche, n'est pas le seul : qui, ait avancé cette proposition hétéroclite. En "vérité, il faut avoir bien du respect, pour des gens, de beaucoup de mérite d'ailleurs ; pour, ne point se moquer : de pareilles propositions. L'inverse, de cette proposition; et, qui plus est, ne valant pas mieux, a été professée : pendant deux années à la faculté des lettres siégeant à la Sorboniie. On y a prétendu, je le répète : que, du temps d'Homère l'écriture n'existait pas.

— «... et, cnntinue Bdllanchc, rinvention de Técrilure peal-elle ac compagner Pinveçlion du langage? l\ me semble que sur cette roule on rencontrerait hïtt^ des dlflicultés. »

— Nous le répéterons mille fois. Aussi longtemps, que Tanthroponforphisme reste élément d'une question ; il n'en peut sortir : que l'absurde.

— « On ne saurait , continue Ballanche, conce? oîr . rinvention d'une langue sans Tinvention au moins simultanée des signei tcrits, » -

— Et, probablement, nos lecteurs ne pourront s'imaginer : qu'il soit possible d'inventer, de pareilles

8CUUIGE SOCIALB. 383

— c En continiiant à s'élever, poursuit M. de la Mennais, dans la série If êtres organiques , on arrive aux animaux moins distants de Thomme.

« Li voix numifesie, exprime les perceptions , les sensations , les voli- My qu'elles résultent originairement d*une cause soit interne . soit ex- «r. Par elles s'établissent entre les êtres les relations qui les unissent, ijpécialenietit celle:» que détermine Tinstinct. Ce par quoi il se manifeste lividuellement est en même temp;* le moyen de leurs communications âproques, et les rapports entre leurs langues... »

— Du moment qu'il a été admis : que, les cailloux irient ; il ne doit plus y avoir de difficulté, pour acrder la parole: aux huîtres: et aux araignées.

*«... et les rapports entre leurs langues, considérées, continue M. de leiinai'*, dans ce qu*ell»'s ont de divers, représentent les rapports entre 'S natures diverses ; d*où il suit que plus les natures sont rapprochées, onséquemment les rapports étroits et nombreux , mieux une espèce )iid la langue d'une autre espère ; et que ces mêmes langues, expriil let rapports de conTenance et de disrunvenanre, les rapimrts rymliiqaes et les rapports hostiles, sont un des moyens par lesquels chaque t; averti de ses relations avec les autres amis, ou ennemis, pourvoit i «nserration. »

— Ainsi, comme c'est, dans les êtres inorganiles, qu'il faut étudier : le langage des êtres oi^anites; et, sans doute vice versa; il faut en conclure : M, si les pierres ne se sauvent point, quand on veut I pçendre dans la carrière; ou, ne mordent point cei qui les en arrache ; c'est qu'elles n'ont ni jambes i dents. Ce n'est pas la volonté, qui leur manque.

*-« Cela posé, continue M. de la Mennais, il devient facile de concelîr forigine du langage chez les animaux. «

— Nous prions nos lecteurs : de lire, avec atten-

— C'est vrai : parole par excellence ; et cela : parce que le verbe, renferme aussi tous les éléments du discours. Une fois, qu'une parole existe; elles existent toutes. Une seule parole est raisonnement; et, toutes découlent du raisonnement. Il est vrai : qu'on fait diablement de sots raisonnements , avant d'en faire un bon. Mais, si on raisonnait bien, dès le commencement, notre monde ne serait, que faiblement : monie d'expiation^ pour parler le langage de M. Ballanche.

— « .•. lien merveilleux 9 continue Ballanche, de tout discourt, cmtient le sentiment même de rexisleiice avec tous ses modes et toutes ses modifications. Le verbe est à la fois la plus haute abstraction.*. »

— -Une abstraction, n'est ni haute ni basse. Âbsti'aire c'est abstraire : et, dans le langage, il n'estrien: qui, ne soit abstraction. Essayez donc I de trouver une expression, qui ne soit pas une abstraction !

— «... la plus forte empreinte , continue Ballanche , de la conscietœ de soi et de la croyance de ce qui nVst pas soi , Teipression la pi* ferme, lu plus déliée, la plus flexible et la plus certaine. »

— Tout cela, est parler pour ne rien dire. Le verbe est tellement l'expression de la certitude, de la vérité : que, vous re savez pas encore : s'il y a des êtres réels; et, encore moins : distinguer les êtres réels, des être» illusoires.

— « Le verbe enfin, continue Ballanche, embrasse tous les temps (1)

(t) Ce serait bien plus curieux, s*il se bornait : soit, au prêtent^ au passé ; soit à Paveuir.

êCIEWCB loftALE. 375

«l«rée !• imvMiir et la prévision (1). Oui, la peoiée même de Dieu, la pana^ éitiarlle (2) et coateroporaiiie de tous les jours, celte peusée est dans le verbe (3) . Mais encore n^est-ce là qu^une partie du problème. L*invenlioii da MdMlantif présente uue difticulté non moins iusurmonlibU. »

— 11 faut bien avoir l'amour des difficultés, pour en trouver partout. Essayez, donc, de trouver un verbe : qui, ne renferme, pas le substantif. Le verbe Ini'mème être, pris içolément : est un substantif; et, le substantif par excellence.

— « Je mit dose obligé , continue Balianche , d'admettre néceaiairement la réveillon et la parole. »

— A cet égard, et en votre qualité d'antbropomorphiste, il n'y a pas l'ombre d'un doute. Rien, n'est plus étonnant : que, de trouver des hommes , qui parlent du Dieu anthropomorphe comme y croyant ; et, ^î veulent : que la parole vienne de Thomme. 11 faut être plus que fou, pour le dire ; et, encore plus fou : pour, ne point, s'en apercevoir. Ou, renoncez à l'anthropomorphisme; ou, croyez : que, tout vient de Dieu, tout, tout sans exception; et, jusqu'au crime.

— «On me dira, continue Bdllanche, ce qui a été dit plusieurs fois,

(1) D'ahord, créer est une sottise. Ensuite, le verbe n*est pas un être ; «t, ne fait rien du tout. Cest, Tàme qui ftiil ; si, âme il y a. Sinon : tout te lait; et, personne ne fait ; car, alors, il n*y a personne.

(9) Une pensée éternelle, est une bien jolie chose! L'essence de la pensée est d*exister dans le temps. Une pensée éternelle équivaut : à un néant qui le promène.

(3) Avec du galimatias pareil, il n*est pas de sottise : que, Von ne puiii«e faire accepter : à ceux qui ont de la foi.

376 scidicl sociALS.

que c'est un moyen (rèt- commode de se tirer d'embems. Mtu ^'nporte que ce moyen soit commode? 11 t^tgit de savoir si c^est It f^tlé.t

— C'est vjRfti. Mais, quand on veut arriver à la Yérite, par le raisonnement; il faut commencer: par éliminer l'absurde ; et, le comble de Tabsurde ; c'est : l'anthropomorphisme .

•— « D'abord, continae Ballanche, je ne vois [ms pourquoi Diea n*n« rait pas donné immédiatement la parole à Thomme dans T origine, cobum il lui a donné les autres sens. »

— 11 est certain : qu'il n'y a rien à répondre à cet argument. Qui peut le plus peut le moms ; et, il n'y a pas l'ombre de doute : que, si l'anthropomorphe existe, la parole vient de lui. Dans ce cas, l'homme parlerait comme une horloge sonne; et, alor^ M. Ballaoche aur,, rait presque raison : d'appeler la parole un seivs.

— « Les inventeurs de Tintelligence , continue Ballanche , seepiieit lei inventeurs de Fintelligence humaine elle-même, o '

— Si, inventer signifie : découvrir; faire usage; ,| l'homme invente l'intelligence. Il faut bien, dès que l'intelligence existe, et qu elle n'existe pas en naissant; que, le premier homme, composé de l'homme et de la femme : trouve l'intelligence; la découvre; en fasse usage; ou, que ce soit l'anthropomorphe, qui lui enseigne cet usage. Si, l'anthropomorphe existe, c'est lui sans aucun doute. S'il n*existe pas, c'est l'homme. Voyez, maintenant, s'il existe. En rai sonnant, il n'est pas difficile de le 8|tvoir.

— M. de la Mennais nous a dit : que, tout ce que les animaux paraissent faire, est fait : nécessaîlreinent. Quant à l'univers, l'homme en fait évidemment paStie. U s'ensuit : que, tout ce que l'homme fait^ est fait : nécessairement. Dès lors, point de morale. Cette doctrine, est celle du panthéisme ; dans lequel tombe nécessairement : tout anthropomorphiste, qui veut être logicien.

— c Semblable à eux, continue M. de la Mennais, par ses sens externes <t internes, il perçoit comme eux les phénomènes ; comme êtn. il manifeste les impressions qu^il en reçoit, ses impressions Tëriées et tout ce que l'éoergie essentielle de sa nature développe en lui spontanément. »

— C'est-à-dire : comme, chez les animaux : une spontanéité illusoire, dérivant de l'organisme, et, des impressions qu'il reçoit; ce qui est : une singulière spontanéité.

— «c Dépendant , continue M. de la Mennais^, des mêftes lois que le langage des èlres inférieurs, ce premier langage' a le niéme caractère de >icissiTi, et conséquemment de fiiilé, d^unifersalité. Étant donné Thomme dans son intégralité organique, il conslitue Tune de ses fonctions naturelles, nécessaires, comme la nutrition, la respiration. Spontané partout^ partout identique, tous les bommes le parlent et l'entendent aussi i «inelque degré; il exprime les rapports de l'homme avec le monde phénoménal , et sa nature*comme être an^mé (1), doué d'instinct et de la faculté de sentir. »

— De sentir comme les .animaux. Jusque-là, Vhomme n'existe pas encore ; il n'y a que l'animal.

— c Mais, continue M. de la Mennais, Tunivers n'est pas le seul objet de la tiiioa. »

(i) Animé : comme les animavx.

dites non, il vous sera demandé : ce qu'Adam était avant la parole? Un animal direz-vous? D'accord. Eh bien! avant la parole, Thomme est un animal. Larechoche n'est donc pas absurde. Du reste, avant la parole, rhomme n'est pas un animal ; il est : un homme. dans r éternité. Quand il a la parole ; il est un homme : dans le temps.

— « Cette supposition absurde est, continue BalUnrhe, eomne voile jeté sur ]*objet des recherches de cet admirable observateur... Cl* pendnnt on trouve dans sa Contemplation de la nature, au sujet de ronif> out'-ing qui ne parle point^ quoiqu^il présente à Pœil de ranatoaii>te de i grandes conforraités avec ThomaHS , on trouve , di»-je , ces mots : Il M pense donc poiut, car pour penser, il faut parler. )»

— Si, Charles Bonnet avait réfléchi ; il aurait dit: s'il sentait; il parlerait.

•— « L*absurde, reprend Tauteur, est de tout côté dans le systine il rîBveation du langage. »

(Ballanchb, id.f ch. Tiii.)

— Ballanchen'a pas donné l'ombre d'une preuve :de l'absurdité, qu'il reproche à ce système. Le système contraire, est celui de l'anthropomorphisme ; et, pour (quiconque consent à raisonner : l'anthropomorphisme est évidemment absurde.

— a Au commencement, Dieu, poursuit Ballanche, voulut enseigMr b parole i l'homme, pour lui parler au moyen de cette partie. •

— L'ordre social ne peut se baser : que, Bmriw wnction religieuse. Pendant toute répotjpie d'j|

TUdce, la sanction religieuse ne peut avoir de base : qne, Tanthropomorphisme. L'anthropomoq)hisme ne peut exister : sans la révélation du langage. Tel est f ordre inévitable, pour toute espèce d'humanité. H ne feut y avoir de différence : que, dans la durée de la fériode d'ignorance. Lorsque, Texamen devient mtompressible, avant l'époque de connaissance : révélation, création, anthropomorphisme et ordre social, disparaissent : jusqu'à ce que la vérité soit comme. Toyez 1 ce qui arrive à notre époque.

— « Dieu , coniînoe Ballanclie . te doBoa à loi-inèBe m f ue rbomme conoût le nom de Dieu. >

— Que, Ton y réfléchisse bien ; le Dieu des anthropomorphistes n'a pas d'autre base; et, le Dieu des philosophes déistes, est infiniment plus absurde encore; car, celui-ci, est toujours complètement inutile.

— « L*HOVMi savh , cootinne BilUnrhe , L'aonc §wct umi lu ami^ >AOz ▲ LB smriMuiT Di L EzisTKHCE, et il oe Ta que par U parole. •

— Comment, est-il possible : d'être, aussi près de la vérité, sans la voir? C'est, que le prestige fausse le }ugement; rend aveugle. Ballanche n'a pas réfléchi que, sentir n'est autre chose : qu'avoir la sensibilité ; qu'avoir le sentiment de l'existence; mais , qu'il y a : sentiment d'existence dans l'éternité ; sentiment d'existence dans le temps ; et, que, cette dernière manière de sentir, n'existe : que, par la parole. S'il avait fait

392 SCIEMCE 80CIALB.

avait seni au développement de l'idée postérieure ; etf ils auraient pi-is ftnc peine inutile : puisque, sur ce su-* jef, chacun a déraisonné à sa manière, sans s'inquiéter : de ce qui avait été dit, avant lui. En général, vouloir trouver de l'ordre, où, il n'y en a pas; est ; non-seulement inutfle ; mais nuisible. Cette fauteexiste : pour, quiconque adopte un système, commei vérité ; avant, qu'il n'ait été démontré comme tel-; Car, où l'oi-dre n'est pas encore reconnu, il est, pour celui qui l'ignore, comme n'existant pas. Une fois tombé dans l'erreur, de prendre un système pour vérité ; on ploie les faits à son système, si on traite de physique; ou, l'on se soumet aux faits historiques. si l'on traite de morale. En physique, tout raisonnement, qui est en opposition avec les faits bien observés ^ est : mauvais. £d morale, tout fait qui paraît en oj^ position, avec un raisonnement rendu incontestable , prouve : que, la conséquence, tirée de ce fait moral, est mal déduite. Les corps tombent avec des vitesses représentées par la série des nombres impairs. Voilà, un fait physique bien observé. Tout raisonnement, <]ueique clair qu'il puisse paraître , et qui les fera tomber, avec des vitesses représentées par la série des nombres pairs, sera mal établi. Au moral, tout raisonnement, une fois démontré incontestable, doit dominer les faits auxquels ils se rapportent. Un raisonnement, facilement rendu incontestable, dit : qu'aussi longtemps, que la vérité ne peut être démontrée, d'une manière incontestable; le despotisme, ou le monopole des développ^ents de rintelligenn, ou la compressi-

bîlité de l'examen, ou resclavage du plus grand nombre : doit exister. Ceci, une fois démontré, lorsqu'un fait moral se présentera comme donnant un démenti à ce raisonnement; soyez certain : que, ce fait est mal observé ; et, qu'une meilleure observation confirmera le raisonnement primitif. La prétendue liberté des Grecs, des Romains, des sauvages, etc., sont de véritables libertés pour rire.

C'est donc, sans rapport à aucune espèce d'ordre chronologique que nous allons examiner, avec quelque détail : ce que Condillac a dit : sur l'origine du langage.

— « Considérons, dit Condillac, nn homme au premier moment de son existence ; son âme éprouve ^d'abord différentes sensations», . »

— Du moment, qu'une seule idée indéterminée, entre dans une proposition ; il est de toute impossibilité, de marcher vers la vérité. Ici, le mot sensation est complètement indéterminé ; parce qu'il y a : sensation dans réternitéj c'est celle qui existe avant lé développement du verbe ; et, sensation dans le temps ^ après que ce développement existe. Cette indétermination fait : que, Condillac va confondre : la valeur du mot sensationj avec la valeur du mot ;)en5ee. Dès lors, il n'y a pas de raison, pour que l'enfant ne puisse parler avant sa naissance. Aussi, Condillac ne dit pas : au premier moment de sa naissance j mais au premier moment de son existence. Voilà, la pensée existant à la conception ; sinon : il devient aussi licite de faire

38â SCIENCE SO€UIJB.

Dès lors, voilà les cailloux qui raisonnent; et, m communiquent leurs utopies.

— « Là, continae M. de la Mennais, où apparaît avec de< formes et] complexes et plus parfaites un commencement d'unité inihkMk^ spontanéité.^» »

— Comment, trouvez-vous : une unité réelle ; une] individualité réelle; une spontanéité réelle ; qui a m commencement ?

— « ., un commencement d*unité indi?idiie1l4*, de spontanéité, àtmi\ continue M. de lu Mennais, dans les plantes et les loophytes, daiisl«iiir| maux même d*un genre plus élevé, mais dépourvus d'orgaoès dn Ml appréciables pour nou», le hmgage aussi commence à subir des modi ttons relatives à la nature de chacun de ces êtres ; cependant ces diffèrent tant de la nôtre... que nous manquons ftresque eotièremeit i moyens de percevoir nettement leur langage spécifîque .. Toujours que les êtres de Torganisation même la plus simple ont avec le extérieur des relations perçues d*eux à un certain degré et d*UDe manière, et qu*à ces perceptions correspond un mode de manife qui constitue le langage propre de cette classe d*étres. »

— Voilà bien le panthéisme , dans toute sa pureté Nous ne reprocherons point à M. de la Mennais d'à voir quitté Tanthropomorphisme pour le panthéis ils sont aussi opposés à la raison , l'un que Ymif^y

et, M. Cousin dit : qu'il est impossible de quitter l'oOf sans aller à l'autre. Ce, que nous reprocherons i M. de la Mennais ; c'est, de ne pas se reconnailn de la secte, dont il porte la bannière. M, Coasîn tout aussi panthéiste, dans ses doctrines, que M.<ïel»' Mennais peut l'être dans celles qu'il professe actudle* ment ; et, M. Cousin aussi se défend d'être pandiéîite- Quand, donc, sera-t-on d'accord : avec soi-mtoie?

SCIENCE 60CIALK. 398.

-"^ Toujours, avant les signes, remarquez-le- bien! ^^Tce qu'un enfant^ chez lequel le verbe n'est pas dé- ^^loppé, peut rêver comme un homme ; et, qu'il voit dans son rêve le chien qui Ta effrayé étant éveillé ; Ck>ndiUac appelle idée : l'image du chien ; parce que le mot idée signifie image. Mais, cette image avant le développement du verbe, n'est qu'une sensation ; et, Une sensation dans l'éternité. Cette image, ne mérite même le nom de sensation, au propre ; que, si l'animal, qui l'éprouve, a le sentiment de l'existence. Car, s'il est une fois prouvé ; qu'un animal peut ne pas avoir le sentiment de l'existence, ou la sensibilité ; il est évident : que la prétendue sensation se bornera à un effet de cause extérieure sur l'organisme ; et, la prétendue image du chien sera une répétition, par un résultat de l'organisation, de ce qui a eu lieu par suite de cause extérieure. Nous ne pouvons trop le répéter : l'indétermination, de la valeur des expressions, est la source : de toutes les erreurs.

•— « Et, continue Condillac, selon que nous réfléchissons (1] sur les opérations que les sensations occasionnent dans notre âme... »

— Comment, dans notre âme? L'âme a donc un intérieur? Prenons que ce soit une expression figurée; et, que vous ayez voulu dire : que, l'âme agit alors. Voilà, donc, l'âme active; avant que les signes n'existent? Et, cependant, Condillac donne des exemples : qu'avant l'usage des signes, il n'y a point action

(1) Toujours sans le secours des signes.

tion, le passage suivant de M. de la Mennais; et,sïu>tout de le relire : lorsque, nous aurons démentie : que, les animaux n^ont point la sensibilité réelle; mais, seulement la sensibilité apparente. Après cette démonstration et à chaque fois que M. de la Mennaii, à propos des animaux, prononcera les mots : seroatùm, être sentant j perception j conscience ^ etc.;. nos lecteurs ajouteront : en apparence; et, ils auront tin tabkou de grand maître.

— « Toute perception , continue M. de la Mennait, toute senstlioi implique une condition organique, une certaine modification de Tappinil neneux auquel est liée la faculté de sentir > . . »

— Pour M. de la Mennaîs, la faculté de sentir est universellement répandue ; c'est, Vinséparabilité A» phénomène et de la substance professée par M. Cousin; et, dont nous avons parlé au chapitre v.

— «... en ce sens , continue M. de la Mennais, qu'il )a détemioe en la limitant. Le même appareil détermine aussi et de la même maaièrs rezercice de la force productrice du mouvement ou de l'action declnquc organe, par conséquent de Torgane vocal. Lors donc qu'une cause intens ou externe réalise dans Vétre sentant la condition inséparable de \t us* sation, cette modification de l'appareil nerveux détermine de sa partoM action correspondante sur l'organe vocal originairement lié, en verHi» la mtUwre même de Vétre, aux organes internes de la sensation. L'iafln nerveux le met en mouvement^ la voix est produite, et la toîx est le retentissement de la nature intime de l'être , parce qu^elle résulte de ssi organisation spécifique, laquelle est elle-même lerésu/Uat, l'expressioa extérieure de sa nature essentielle* »

— C'est-à-dire, que, toutes ces expressions sont absolument nécessaires; ce qui est très-vrai. Alors Ta"

nimal est une machine organique, ayant un organisme : dont les expressions paraissent représenter de la sensibilité. Mais, supposez : que, la sensibilité réelle n'y soit pas. La machine n'en ira pas moins, puisque tout y est nécessaire. Le tout est de démontrer : que, la sensibilité réelle n'y est pas. Cette démonstration faite, le tableau de M. de la Mennais est admirable, nous le répétons. Si, cejtte démonstration ne peut se faire ; le tableau de M. de la Mennais reste le meilleur résumé ; que, nous puissions avoir : delà réalité du matérialisme. Nous acceptons le dilemme^ pour ne le rendre que, résolu.

— « Le phëDomène phyrique de la voix, continue M. de la Mennais ^ radicalement le même que celui du son que rend lorsqu'il est frappé un corps inorganique. . • »

— Il est impossible d'être plus clair ; et de mieux assimiler : l'animal à la pierre. Nous le répétons, le dilemme est bien posé. 11 faut qu'il soit démontré : que l'animal n'a pas plus de sensation que la pierre , et, la pierre : pas plus qu'un pur phénomène de mouvement ; ou , sinon : le matérialisme est démontré.

-»«... en diffère seulement, continue M. de la Mennais, par son caractère spontané et par une plus grande complicaliou. »

— n n'y a pas de différence , quant à une spontanéité figurément dite, dépendante de la nécessité. La pierre, en repos apparent, a des mouvements molécum. 23

làires aussi illusoirement spontanés ; que, ceux de la terre et de ranimai. Si nous n'entendons pas le bod, . le bruit, que tout mouvement produit; et, qui est im langage, selon M. de la Mennais ; c'est que notre orne est trop faible.

— a En un mot^ continae Bl. de la Mennais, la voix est ksonmoèifé par les lois physiologiques^ le soh Aimii. »

— Est-ce claii', de matérialisme ? Le son anind! c'est-à-dire : l'âme dérivant de l'oi^ganisation de la matière.

— - «Et, continae M. de la Mennais, la condition organique cooss^ 1 PONDAHTE à la sensation. . . i»

— Ici, et à son insu ; ou, tout au moins contre principes ; M. de la Mennais énonce clairement : que, la sensation^ chez les animaux^ nest qu'apparente; n'^ qu'une condition organique^ correspondante à la sensa tion.

— «... variant, continue M. de la Mennais^ indéfiniment, comme 1* sensation même ; à chacune de ces variétés correspond nécessairemaAt^ modification analogue dans l'action de l'appareil nerveux sur TorgtM vocal, d*où les nuances de la voix non moins nombreuses que les nuaoces de In sensation, et les impulsions de Tinstinct dans ses rapports ETee ks relations des indîfidus de chaque espèce entre eux et des espèces entre . elles. »

— Tout ce que vient de dire, M. de la Mennais, do langage des animaux peut se dire : du langage des

« Cer lîgMS , continue Gondilltc , ne sont point nécessaires pour

Te^'^icrcice des opértUiaiu qui précèdent la réminiscence. »

— Ces prétendues opérations^ sans opérateurs, sont : Is^ perception; la conscience; et l'attention. Avant l*iasage des signes réels; avant le développement du Verbe; il n'y a : ni perception; ni conscience; ni attention.

— « Car, conlinne CondiUac, la perception et la conscience ne peuvent '^anqoer d'avoir lien tant qu'on est éveillé, etc. »

— Toujours des idées, par affirmation. Voilà le fait cle CondiUac. 11 nous a dit : que, du premier moment Oe son existence l'homme a des pensées ; et, probablement, penser c'est avoir : perception, conscience. I*eut-être CondiUac se réservait de dire, jésuitiquement : que, jusqu'après le développement du verbe, X'homme reste endormi. C'est vrai : jusque-là, il dort dans l'éternité. Il fait, successivement, de bons ou de mauvais rêves ; mais, qui n'ont entre eux aucune liaison.

— «I Mais, continue CondiUac^ supposons un homme qui n*nit l'usage d*QBCun signe arbitraire. Avec le seul secours des signes accidentels, son imagination et sa réminiscence pourront déjà avoir quelque exercice, »

— Voulez-vous être admiré des sots ?. Servez-vous d'expressions indéterminées ; et, soyez affirmatifs : pour ne point fatiguer vos lecteurs par le doute. Voilà, le secret du succès de CondiUac. Au propre, il n'y a imagination ; que, là où il y a un imaginateur ; et, avant

.iOO SCIENCE SOCIALE.

le dévdoppumcQtclu verbe, il u'y en a pas. Appclo^^ imagiaation , ud rSve ou une halIuciDalion -, c'e^as abuser du tangage. Une pareille iinaginalion se nomur^ un cerveau. Vous venez de voir : que, l'imaginalicra de l'homme, sans signes réels, peut déjà avoir quf^= que exercice. Avanl, que l'alinéa soit terminé; Co -^ dillac dira le tootraire.

— « C'esl-n-dirc, coiiliniie Coiiilillnc, qu'à la tue d'un olijel, Ib ]' ^ ception i laquelle il s'cct lié pourra se rcT«illcr, cl qu'il pourra U rec «>i Daltre pour celle qu'il a déji eue. 11 faut cependuiil remarquer que «:«~ ■■'arrivera qu'autarit que quelque cause étrangère lui inetlro tel o1>/< MUS les jeui. Quand il eat nbeenl, l'iionunc que je suppose u'i pain* *' rooiens pour su rappeler de lui-oièmg, puisqu'il n'a i *a disposition ui*cune des choses <]iiî poorraienl Ëlre liécf. Il ne dépend donc point de Je' ' de réveiller l'idt'e qui j eH «lUchéc. Aîaii {'«wrcice d» ion imaginalk" n'tit point ennorc en son pouvoir, u ^

(Cb.p. ly. § 37.) j

— C'est précisément, le contraire de ce qu'il vient J dédire. Le fait est : qu'avant le développement (lea signes, l'homme n'a aucune espèce de pouvoir; c'est une machine vivante, unie à un principe sentant. Alors, ce principe, l'âme, est exclusivement : passif; l'organisme fonctionne.

Fin' DD THOIBIËHE VOLIUE.

— Et, qu'est-ce qu'il voit d'autre que l'univers, s'il vous plêEtt? Dites : nous écoutons.

— « S'il perçoit, continue M. de la Mennais, la lanoière pfayBÎqnt fv les sans qui lui sont communs avecles animaux, il perçoit encore ialérieurement la pure lumière qui manifeste ce que les sens ne peutent alteindre, la lumière essentielle, identique atec la parole. . . »

— Et, pourquoi l'homme, élevé dans l'isolemeot, loin d'avoir l'usage de la parole, n'a-t-il pas même, dans le temps la perception de lui-même ? Pourquoi le sonrd-muet aveugle de naissance, ne l'a-t-il pas davantage, quoiqu'élevé au sein de la société; à moins : que, le verbe ne lui soit communiqué ? Pourquoi , l'enfanl ayant déjà parlé et égaré ensuite dans les bois, perd-il: l'usage de la parole ; la mémoire ; et la cohnaissanee de lui-même ? Cette origine de la parole ; vaut : ceDe delà révélation.

— a ... le yeike infini, continue M. de la Mennais , et dans celle Itraière il voit Dieu, et en Dieu l'immuable, le Trai, les idées, les éternelles, la vision d^^Dieu, etc. »

— Voilà, M. de la Mennais : sur le terrain du myi-j ticisme. Nous l'y abandonnerons. Nous n'aimons poinf] à nous trouver : sur uft sol mouvant.

— « Attribuer au langage, continue M. de la Mennais, une origine i naturelle, la placer dans une révélation autre que celle qui impli^ pensée même, c'est-à-dire la manifestation de son objet et la vision relie de cet objet qui est Dieu, c'est simplement avouer rignoranceeèr**] est de sa véritable origine ou de ses causes immédiates. »

— Tout cela est possible, pour te qui coBcet^]

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