IV. i
lîctt eiriuaiveflMBt au cervami, à l'orgaiiifiinô ; rien ne «f se II e â notre èlre réel, à notre âme : que, par les signes. Le Uen, la oslatioa, appartiennent au temps. £t, le temps est exclusif aux signes.
— c ... et, continue Condiliac, avec tout ce qui peut y avoir quelque rmpport. De là il arrive que non-seulement la conscience nous donne ^MDMieiiiee de no» perorptiont ...»
— La conscience n'est pas un être et ne donne
neu. La conscience est la connaissance : de soi ; des
iïâodifications du soi; du soi raisonnant; et, avant
'^s si^s , il n e}U8te : aucune espèce de connais-
«îuices.
— <r ... mais encore^ continue Condiliac, si elles se répètent, elle nous tomreiit;.. »
— La conscience est donc un être qui raisonne ; V avertir, t'est raisonner? Et nous, nous compre-
'^sonsTavertisBeiiienit; ce qui est aussi raisonner. Et, ^%Hili celasana signes^? De pai'eils raisonnements, sont
\aaB h faire à des^ enfants qui admettent : que. Dieu
<sl au ciel ; en la terre ; et,, en tout lieu.
-7- « •«..que nous les avons déjà eues,, continue Cendillac^.et nous les ait connaître comme étant à nous,, ou- comme alTectant ,. malgré leur tiriété et leur succession, un ôlrc q^i' est con^tanuneut le môme nouê, »
— Et tout cela, sans mémoire, sans signes, sans raisonnement? N'est-ce point là abuser : de la simplicité de cet»^. qui ont la bonté: d/aceeptev, de pareilles folies ?
2 SCIENCE SOGIÎLC.
pas encore dans le temps. Condillac dit lui-même*, qu'avant, le développement de la mémoire des signes; avant, rétablissement des signes; une sensation de mille ans ne diffère pas d'une sensation d'un moment. Or, l'attention se compose essentiellement dedem moments : la sensation ; et, la connaissance que Toa a cette senfiation: Awiot^fe temps : L'attfflition nlfeiisie pas.
4" Appeler />e?ï5ee5 : des sensations, qui n'existent pas encore dans Te temps.
h"" Donner le nom d'idées : à des sensations, qui n'existent pas encore dans le temps.
6"* Juger de l'homme, qui n'existe pas encore dans le temps ; par Tliomme, qui existe dans le temps.
7** Accorder à l'homme, qui n'existe pas encore dans le tompa; de la inémoire^ sous le nom de rémmiicenœ^ après avoir dit : que, la mémoire n'existe pts avant les signes.
— €c Lorsque, dit Condillac, les ohjcts attirent notre attention... »
— Voilà, la confusion reprochée au n** 6. Avant te signea, il n'y a : ni attention; ni perception; ni conscience. A cet égard, mille expériences confirment ce raisonnement ; et, ces expériences, Condillac les connaissait.
— ((.... les perceptions^ continue Gondinac, qu^ils occasionnent o ■0U9 st: lient avec le seatiinent dh notre être... »
— C'esl< faiia. Aârant les aigaefr, les sensations se
SCIRNCB SOCIALE. 5
mot déimite? C'est : rCeanstait pas encore, qu'il fallait dire. Car, tel est l'état de l'entant avant le développe* ment du verbe ; à moins, que vous ne le fassiez raisonner, comme Descartes, dans le ventre de sa mère. Toute la question, de l'origine du langage, consiste à Bavoir : comment se fait cette liaison ; que, vous commencez par supposer. C'est là, l'artifice des philosophes, depuis leur origine : supposer résolu ; ce qui est ^n question.
— «... je ne faaraig recoimattre, conlinue Condillac, que ce qui in*est rivé hier soit arrivé à moi-même (1). Si, à chaque nuit, cette liaison lit interrompue, je commencerais , pour ainsi dire, une nouvelle
"^ie (2), et personne ne pourrai! me convaincre qae ieiTiot d*aujourd*hui
^^t le mot de la veille. »
— Si, cependant, il vous était prouvé : que, votre '^oi est éternel ; il faudrait bien que vous convinssiez ^ue votre moi existait la veille ; et, s'il vous était prouvé : que le mal-être, dans cette vie d'aujourd'hui, est la conséquence de mauvaises actions dans votre vie d*hier ; et, que vous éprouvassiez du mal-être ; vous sauriez : que, votre moi a mal agi dans une vie antérieure ; et, vous agiriez bien dans cette vie ; sachant : que, le bien-être ou le mal-être, du même moi, dépend : du bien ou mal agir, dans cette vie.
— « La réminiscence , continue Condillac, est donc produite pak* la liaison que conserve la suite de nos perceptions. »
(i) Ceetf précisément là ; ce qui constitue : la Don-eiiatenee dans le temps.
(2) G*esty précisément, ce qui arrive à chaque mort ^
4 SCIElfCI SOCIàLS.
— « La conicîence , continue GomfiUac , considérée ptr rapporta m nouveaux effels , est une nouvelle opération qui nous sert à chaque iaitant (i) et qui est le fondement de Texpérience. Sans elle chaque moamt de la vie nous paraîtrait le premier de notre eiieteeee... »
— C'est vrai. Alors, essayez donc de faire cette (^ ration; ou, que cette opération se fasse sans signes; les sourds-mue ts-aveugles de naissance sont toujours aa premier moment de leur existence : jusqu'à ce que k verbe, la mémoire, soient développés en eux, parle tact.
— « ... et, continue Gondillac, notre comuissance ne t^éteodrait jt- mais au delà d'une première perot^tien (2). Je la nommerai rMiif- * cence. »
— Qu'importe le nom ; si, c'est la mémoire qaevoi%.. décrivez. C'est-à-dire : que, voiw refusez à l'homme la mémoire et le raisonnement, avant l'usage des ei gnes ; et, que vous lui accordez : la mémoire, sous le ;• nom de réminiscence ; et, le raisonnement, sous le ' nom de conscience; ce qui suppose l'usage des signes; . puis, vous lui faites inventer les signes. En vérité: . cette invention ne mérite pas un brevet.
— > « n est évident, continue Gondillac, qae si la liaison qui est eaiit les perceptions qae j'éprouve actuellement, celles que j*éprouTais hier|l le sentiment de mon être, était détruite... »
— Que signifie cette escobarderie, dans l'emploi du
(i) Autre confusion : de Phomme qui existe dans le temps; avecedsi qui n*y existe pas encore.
(2) C'est vrai ; et, c'est ce qui existe avant le développement da Tecbe.
8GUI1ICB «OCIACE. 7
cations. fLe temps n-est aatre : que, la connaissance de cette liaison.
— « Mais, continue Condillac, la langue ne me fournit paa de terme dont je puiste me servir, et il est peu utile pour mon dessein d'en imaginer (I). Il suffira d'avoir tait remarquer de quelles idées simples la no* linn complexe de cette opération est composée. »
— Tout cela est du verbiage, qui n'a pas le sens commun; et, c'est de ce verbiage, dont le dix-huitième siècle [s'est enthousiasmé. 11 n'y a pas d'idées simples, et pas d'opérations, avant le verbe. Dans tous les cas, il n'y a qu'une opération, le raisonnement Le reste appartient à l'organisme ; et, n'est opération : que, figurément.
— «Le progrès des opérations dont , continue Condillac , je viens de donner Tanalyse et d'expliquer la génération, est sensible (2). D'abord il n'y a dans l'âme qu'une simple perception (5), qni n'est que l'impression <|u*elle reçoit ala présence des objets. De là-naissent, dans leor ordre, 1rs trois autres opérations (4). Cette impression , considérée comme avertismant t^âme de sa présence (5) , est ce que j'appelle conscience (6). Si la connaissance qu'on en prend (7) est telle qu'elle paraisse la seule percep-
(1) Comment ! vous faites une distinction que vous croyez utile ; et, vous ne la fixez point par des noms ? Vous ne voulez donc point voms en servir? Alors, elle est inutile.
(2) Si, sensible signifîe : contraire à rcxpéiience; et contraire au raisonnement; le mot sensible est bien placé.
(3) C'est faux ; il n'y a qu'une sensation, qui n'e^t pas encore dans le temps.
(4) Eweore une fois, il n'y a pas d'opération, avaat le verbe. Jusqae-là, l'organisme seul est enjeu. Lii, où Von croit qu'il eiitte de l'attenUon réelle, leœrveauseul es en jeu ; il .n'y a qu'une opération tipparentB.
(5) Tout eela est du verbiage, noua le répétona.
(0) Il n'y a pas de conscience avant le développement du veille N (7) On ne prend, ni ne regoii, aucune 'espèce de conBaissanee; vrant le développement du verbe.
6 SCIENCE SOCIXLV.
— Avant les BÎgncB, avant le temps, îl n^y a pas de perception ; et les sensations n'ont de liaiéofn, en tant que perçues, que parla mémoire des signes. T(mjours, le même système : supposer résolu, t^timest en question.
•*- « Bans les chapitres suivants, continue Condillac, les dfets de estH liaison se développeront de plus en plus (4). Mais si Ton me demande comment elle peut elle-même être formée par Valtention (2) , je répofldi que la raison en est uniquement dans la nature de Tâme et da corps. »
— C'est, répondre comme le Médecin malgré M : Et, voilà pourquoi votre fille est muette. La mémoire, fit ce qu'il plaît, à Condillac, d'appeler réminiscence: est si peu, dans la nature de l'âme et du corps ; qu ui homme, élevé dans Tisolement, n'a jamais ni réminiscence ni mémoire. Condillac savait cela. Chez lui c'est donc : mauvaise foi ou foUe.
— a AGu, continue Condillac, de mieux analyser la réminiscence, 2 faudrait lui donner deux noms : Tnn en tant qu^élle nous fiait reconMMft notre être ; Taulre en tant qu'elle nous fait reconnaître les perceptia» qui s*y répètent; car ce sont là des idées bien distinctes. »
— Mais, c'est absolument la m)ème chose. Noos reconnaissons notre être, par la mémoire qui lie ces modifications ; et, la connaissance de cette liaison n'est autre : que, la connaissance de la répétition de modifi-
(1) Dans ce cas, il n'y a que le premier pas qui coûte; c'est toujours: comme, saint Denis portant sa tête.
<3) £iioore tme foÛc. Avant le verbe, TaUmitioa «'existe pw. QuaDd l'attention existe ; la mémoire des signes est déjà en action.
€jm parle. C est, qu'en effet, cette figure est fort sotte. Dès lors, si ce n'est la conscience, c'est l'âme. Alors, ^'oilà l'âme qui raisonne avant d'avoir des signes. Dans ce cas, il n'est pas difficile de lui faire prendre l'usage des signes. C'est, comme si on présentait, à un pi^anisme qui aurait faim, l'aliment vers lequel il serait attiré. Le malheur, de ces beaux raisonnements de Condillac; c'est, qu'ils sont : directement contraires à l'expérience.
Il n'est pas une page de VEssai sur Vorigine des connaissances^ où il n'y ait mille erreurs. Nous laissons, à ceux de nos lecteurs qui voudront relire Condillac, le soin de les découvrir; et, d'en avoir pitié, flous allons marcher plus rapidement.
— « 11 est impossible, continue Condillac, de bien dislinguer le point qui sépare Timaginalion de la mémoire. Chacun en jugera par lui-même lorsqu'il Terra quel jour celte différence , qui est peut-être trop simple pour paraître essentielle, va répandre sur toute la génération des opérations de Tàme. Jusqu'ici, ce que les philosophes ont dit à cette occasion est si confus, qu'on peut souvent appliquer à la mémoire ce qu'ils disent de riroaginalion, et à l'imagination ce qu'ils disent de la mémoire. »
— Tout cela, est : parler pour ne rien dire. Avant le verbe, il n'y a rien d'actif. L'imagination passive n'est autre : qu'une fonction du cerveau. Après le Verbe, la mémoire rappelle les signes conventionnels; l'imagination les signes naturels ; ou, pour ne point employer de figures, les objets. Un amant voit, physiqtiefnent, sa maîtresse absente, par l'imagination, par le cerveau ; il la voit, moralement^ par la mémoire servant au raisonnement. Tout le reste est bavardage.
8 8G1BNCB SOCIALE.
Uon dont on ail conscience , c'est attention (i). Enfia, quand eUeieftU connailre (2) comme ajant déjà affecta Tàme (3), c'est réminisceooe. »
— Le mot réminiscence, signifie : mémoire; ou, ne signifie rien du tout. Quand l'homme, chez Iquel le verbe n'est pas encore développé, rêve ; c'est, le cer\^eau qui fonctionne et rien de plus. Alors : rêver, ou pisser au lit, c'est toujours fonctionner. Dans le dernier cas, c'est l'appareil urinaire ; dans le premier, c'est le cerveau.
— « La conscience, poursuit CondiUac, dit enqoelque sorte... •
— En quelque sorte^ poufMnsi dire^ etc. caractérisent des figures. Et, les figures, dans les sciences ne sont que du bavardage. Il faut laisser les figures, à ceux qui veulent faire passer les mensonges pour des vérités. Une conscience qui parle est toujours une sotte figure; et, encore une millième fois, il.n'y a pas de conscience ; pas de mémoire ; avant le développement du verbe.
— a ... voilà une perception r continue GontliUac; Tattention, voilà une perception qui est la seule que yoos ayez ; la réminiscence y voilà uoe perception que vous avez déjà eue. »
— Nous venons de nous moquer de cette conscience
A (1)^ Avant le développement du verbe, il n*y a : ni perception; ni conscience; ni attention.
(t) Qui, elto? L'impression? Quel jargon! Connaître ensuite appar* tient au temps; et avant le développement du verbe le temps n'eiiste pas encore.
(3>^ Le déjà appartient au temps, et, avant k développement du verbe. il n*y a pas de temps.
scaaiCB 80CULE. 9
le. C'est, qu'en effet, cette figure est fort sotte. s, si ce n'est la conscience, c'est l'âme. Alors, âme qui raisonne avant d'avoir des ^signes. e cas, il n est pas difficile de lui faire prendre
des signes. C'est, comme si on présentait, à misme qui aurait faim, l'aliment vers lequel il ttiré. Le malheur, de ces beaux raisonnements dillac; c'est, qu'ils sont : directement contraires §rience.
^st pas une page de VEssai sur Varigine des sanceSj où il n'y ait mille erreurs. Nous lais-
ceux de nos lecteurs qui voudront relire Coule soin de les découvrir; et, d'en avoir pitié. [Ions marcher plus rapidement.
est impossible, cootinne Coodilbc, de bien dislio^er le point î l'imagioalion de la mémoire. Chacun en jugera par lai-méme rerra quel jour cette diflerence , qui est peut-être trop timple Itre essentielle, va répandre sur toute la génération des opéra^ Ame. Jusqu'ici, ce que les philosophes ont dit à cette occasion fus, qu'on peut souvent appliquer à la mémoire ce qu'ils disent loalion, et à l'imaginatién ce qu'ils disent de la mémoire. »
out cela, est : parler pour ne rien dire. Avant e, il n'y a rien d'actif. L'imagination passive utre : qu'une fonction du cerceau. Après le la mémoire rappelle les signes conventionnels; nation les signes naturels ; ou, pour ne point er de figures, les objets. Un amant voit, phy- *nty sa maîtresse absente, par l'imagination, cerveau ; il la voit, moralement^ par la mémoire . au raisonnement. Tout le reste est bavardage.
iO 8G1ENCE SOCIALE.
Ck)ndinac, écrit tout un chapitre, eur la liaisaii deB idées; avant d'avoir parlé des signes. C'est, mettre h charrue avant les l^œufs.
— « Je distingue , continue Gondillac, trois sortes de signes : i*^]m signes accidentels ou les objets que quelques circonstances parUcnlièm ont liés avec quelques-unes de nos idées; en sorte qu'ils sont propres i les réveiller (i); ^ les signes naturels, ou les cris (2) que la nature t établis (5) pour les sentiments de joie, de crainte, de donleor, etc.; 3<* Ici signes d'institution, ou ceux que nous avons nous-mêmes choisis, etqsi n^ont qu'un rapport arbitraire avec nos idées. )>
— Ceux-là seuls, sont des signes, proprement dits; et, pour la millième fois, avant les signes, il n'y a pas d'idées ; comme, avant les idées, il n'y a pas de signes. Un signe, est une idée au dehors; une, idée est un signe en dedans.
— « Ces signes, continue Condillac, ne sont point nécessaires pov l'exercice dos opérations qui précèdent la réminiscence, car la perceptiss et la conscience ne peuvent 'm.-mquer d'avoir lieu tant qu'on est éveillé; et Tattention n'étant que la conscience qui nous avertit plus particolièfvment de la préseiice d'une perception, il suffît pour l'occasionner qu'sa objet agisse sur les sens avec plus de vivacité que les autres. Jusque-là) les signes ne seraient propres qu'à fournir des occasions plus fréquentes d'exercer Fattentiun. »
— Et, comme avoir attention, conscience ; avoir des idées; c'est, raisonner; il s'ensuit: que, l'homme parle comme il respire, physiologiquement. Il était inutile
(1) Quand on mêle ainsi le propre et le Ûgiiré,on est certain dei^ rer. Voilà le monde physique tout entier devenu signe,
(1) Ceux-là ne sont pas plus des signes, proprement dits, que ht autres. Puis, que signifie le mot cris? La respiration en foit-dli partie?
(3) La nature n'est pas an être.
' SGIENCB SOCIALE. 1 1
d'éenre des volumeB, pour établir cette proposition, qui n'a que deux défauts : celui, d'élre contraire au raisonnement ; et, celui d'être contraire à l'expérience.
— « Mftis, continue Gondillac, supposons un homme qui n'ait l'usage d'aucun «igné arbitraire, etc. (1).
« Quant aui cris naturels, cet homme les formera aussitôt qu'il éprourera les sentimenis auxquels ils sont affectés. Mais ils ne seront pas , flès la première rois, des signes i son égard, puisque, au lieu de lui réveiller des perceptions, ils n'en seront que des suites.
a Lorsqu'il aura souvent éprouvé le même sentiment et qu'il aura tout aussi souvent poussé le cri qui doit naturellement l'accompagner, l'un el l'autre se trouveront si vivement liés dans son imagination^ qu'il n'entendra plus le cri qu'il n'éprouve le sentiment en quelque manière, n .
— En quelque manière est une expression, qui n'est employée : que, lorsqu'on n'a pas d'idées claires; ce qui, selon Gonâillac, est n'en pas avoir. Lorsque, avant le verbe, un cri instinctif vient frapper le cerveau, il y a attraction ou répulsion. C'est une éternité qui succède à une éternité. Il n'y a là : ni perception, ni attention, ni réminiscence, ni conscience. Avant le verbe, l'animal seul est enjeu; et, non point l'homme.
— « C'e^ alors, continue Gondillac, que ce cri sera un signe. Hais î! ne donnera ded'cxerciee à l'imagination de cet homme que quand le hasard le lui fera entendre. Cet exercice ne sera donc pas plus a sa disposition que dans le cas précédent.
« Il ne fiiudrait pas m'op poser qu'il pourrait à la longue te servir do ces cris pour se retracer à son gré les sentiments qu'ils expriment. Je répondrais qu'alors ils ce^^seraient d'éf re des signes naturels dont le caractère est de faire connaître par eux-mêmes, el indépendamment du choix que uouii en avons fait, l'impression que nous éprouvons en occasionnant quelque chose de semblahle chez les autres. Ce seraient des sons que cet Lomme aurait choisis, comme nous avons fait ceux de crainte, de joie, etc. Ainsi il aurait Tusage dcf quelques signes d'institution... »
(1) Noos avons déjà réfuté ce paragraphe.
12 SCIENCE SOCIALB.
— Ainsi, Condillac admet, contre le raisonnement et Texpérience, qu'un homme isolé peut avoir : des signes d'institution. Alors, pourquoi écrire des tolumes?
— - ff ... ce qui est, continue Condillac, contraire à la supposition daos laquelle je raisonne actuellement.
« La mémoire^ comme nous Pavons vu , ne consiste que dans le pouvoir de nous rappeler les signes de nos idées ou les circonstances qui les ont accompagnés. »
— Condillac profite ici du vague qu'il a laissé exister entre les valeurs des mots : mémoire et imagination. Quand on veut être clair, on ne laisse pas de vague. Nous voyons : qu'un chien reconnaît, ou parait reconnaître, son maître, son chemin; qu'il ne fait pas une action pour laquelle il a été battu, etc., etc. Que cela se fasse, avec ou sans raisonnement, nous disons: le chien a de la mémoire. Si, maintenant, nous voulons distinguer : une mémoire relative aux signes, au verbe, au raisonnement ; de la mémoire, qui est commune au chien, à l'homme, qui n'a pas le verbe; nous pourrons appeler la dernière : mémoire organique; et, la première : mémoire intellectuelle. Nous reconnaîtrons encore : que, toutes les deux s'exercent par le cer\ eau ; et, que sans cerveau, il n'y a : ni mémoire organique; ni mémoire intellectuelle. De plus, sans mémoire organique, il ne peut exister : de mémoire intellectuelle. En parlant ainsi, il n'y a rien de loor che.
— € Et, coDttnne Condillac, ce poavoir n'a lieu qaVuttnt <£iie, par IV
8€1ENCB SOCIALE. i3
iialogt« des ngnes que nous avons choisis (1) et par l'ordre que nous «▼ons mis enire nos idées (2)^ les objets que nous Tenions retracer tiennent à quelques-uns de nos besoins présents. »
— Il est clair : que, quand on parle, il y a une cause intellectuelle, une raison, un besoin; à moins, qu'on ne soit dans le délire, etc. Alors, la cause est seulement organique. L'expression besoin présent est du reste fort jolie. Un besoin passé serait une chose curieuse, en tant que besoin ; et un besoin futur, une chose tout aussi curieuse. Quand, on présente ainsi à ses lecteurs, des mots qui n'ont pas de sens raisonnable ; il faut, que les lecteurs s'en moquent ; ou qu'ils disent: C'est, si profond que je n'y entends goutte! Et, peu de lecteurs osent se moquer : des grands hommes.
— « Enfin , continue Condillac , nous ne saurions nous rappeler une chose qu^autant qa*e]le est liée par quelque endroit à quelques-unes des ctnaet qui sont à notre disposition. »
— Quel pitoyable galimatias ! Avant le verbe, rien n'est à notre disposition; Condillac en convient. Après le verbe, nos signes sont à notre disposition; et, seulement alors nos actions. Mais, comment a-t-on le T«rbe? pourquoi, les animaux ne l'ont-ils pas ? Parlez
(1) Qu«l giUmatias ! Quand le signa existe, la mémoire intellectuelle àisltj^ei l'axîttenoe de oetia mémoire ioLpliqua : le ponvoir de rappeler le signe.
(2) L'existence des signes n'est autre : que, Tordre qui existe entre les idées; et, encore une fois,. les signes et les idées ne sont : qu'une seule et même chose ; les idées : sont des signes en dedans; et les signes : des idées au dehors.
i 4 SCMNCB* SOGTALe:
donc ! dittis : que vous le savez ; ou, (jue vous ne le savez pas. Vous êtes impatientant!
— a Or, continue Condillac, un homino qui n*a que des sigves accidentels et des signes naturels iweii a point qui soient à ses ordres. Ses be* soins ne peuvent donc occasionner que rcxercicc de son imagination. Ainsi il doit être sans mémoire. »
— Voyez-vous celte tautologie ? Condillac appelle mémoire : le pouvoir de rappeler les signes ; puis, il • vous dit très-sérieusement : que, ceux qui n*ont pas de signes n'ont pas dé mémoire. Et, les badauds scientifiques, admirent ces belles choses !
— Cl De là, continue Condiilac', on- peut conclure que les bêles nonl
point de mémoire... »
— Belle conclusion et digne de Texorde ! CondUbe s'imagine : que, Ins bôles ne pensent pas ; et, il en conclut : quelles n'ont pas de mémoire. MM. tels et tels s'imaginent : qu'elles pensent; et, ils leur trouvent : des mémoires admirables. Tout cela, est parler pour ne rien dire.
— - cr ... etv continue Gondîliac, qfi!eUes n*ont qu.*iiiifi inuiftnatlMidMil elles no sont poiut maîtresses de disposer. »
— Et, qu'est-ee-qibia' e'esi qu'une imaginatien^Aw< on est le maître de disposer? Une mémoire, n'est-ce pa»? Nous voilà retombés^dme la taBiologie.1oiH cela est ennuyeux : pour ceux qui ne comprennent gas.
aCIBNCS. SOGWkLE., i5
C'est, piua ennuyeux encore : pour ceux qui cornprennent* Ce n'est amusant : que, pour les sots^ qui s^'imaginent eompcendre.
— «Elles ne se représentent une chose absente^ continue Condillac, qu'autant que dans leur cerveau Fimage eu est étroitement liée i un objet firéamL Ce n^est pas la roémoiro qui les conduit dans un lieu qù^ la jreille^ clle& ont trouvé de la nourriture. »
— Condillac s'imagine-tril : que, c'est la mémoire <yit le conduit au restaurant, où. il a dîiié la veille? ow, est-ce lui-même qui a voulu y aller au moyen de la mémoire? S'il: y va, sans mémoire; ce a est pas lui qui y va ; c'est, son cerveau qui y traîne son corps. Otez la mémoire, il n'y a plus de nécessité d'âme ; et, si même alors il y a une âme, dans la bête ; elle y est comme si elle n'y était pas. Voilà, les folies auxquelles on arrive : quand;, on confond l'âme avec les forces vîiiales. Ce que dit ici Condiitac des bêtes, peut se dire également : du mouvement des plantes ; des mouvements électriques, magnétiques, etc.
— a Mais, continue Gondiilac, c^est que le seutimcnt de la faior»,. «
— Et, pourquoi pas aussi bien : Valtraction que le sentiment? C'est donc, le sentiment de la reproduction, qui oblige les plantes aquatiques, à sortir leurs fleurs de Teau pour se féconder à l'air ;,et, les fait ensuite se retirer dans l'eau, pour y mûrir leurs graines?
— « ... est si fort lié, continue Condilbc , avec les idées de ce lieu et ^ cBemîn qui y mène... »
i6 SCIENCE SOCIALE.
— Et, si VOUS disiez : c'est, que « Tattraction de la « faim est tellement liée au chemin qui conduit au lien « où elles ont trouvé leur nourriture, qu'elles y sont « ainsi conduites machinalement, » ne serait-ce pas aussi bon et moins absurde ? Vous voyez : que, les idées n'ont là, absolument rien à faire. Des idées sans signes réels sont aussi stupides , intellectuellement parlant ; que, des signes réels sans idées.
— «... que celles-ci, continue GondilUc, se réveinest aussitôt qa'dlei réprouvent. Ce n*cst pas la mémoire qui les fait fuir défaut les anisaix qui leur font la guerre; mais quelques-unes de leur espèce ayant étéd^ vorées à leurs yeux, les cris dont à ce spectacle elles ont été frappées oat réveillé dans leur âme les sentiments de douleur dont ils sont les sigacf naturels, el elles ont fui. »
— Voilà bien les métaphysiciens , prédicateurs de l'expérience ! Us veulent : que, les autres expérimen tent ; mais, eux, ils sont ignorants comme des taupes, sur le sujet qu'ils traitent. Si, Condillac avait eu une ombre de connaissance en histoire naturelle , il aurait su : que, la souris, élevée dans l'isolement, se sauTe du chat ; comme le chat, élevé dans l'isolement, se jette sur la souris. Tout ce passage fait pitié.
— « Lorsque, continue Coudillac, ces animaux reparaissent, ils retra^ cent ea elles les mêmes sentiments, parce que ces seutiments ayant été produits la première fois à leur occasion , la liaison est faite. Elles reprennent donc encore la faite. »
— Vous connaissez le canard de Rousseau, qui est attiré par le morceau de pain d'Emile. Vous pouvez
hii appliquer le raisonnement de C4ondillac : cet excellent canard de bois, avait des idées I
— « Quanta celles « continue Condillac, qui n'en auraient yu périr ancime de cette manière^ on peut, aTec fondement, supposer... »
— Nous voilà lancés dans les suppositions. Est-ce ainsi que l'on fait de la science réelle ? Remarquez aussi : cet avec fondement qui, pour Condillac, tient lieu de démonstration.
—-«••• qne leurs ps^res, continue Condillac, ou quelques autres... »
— Remarquez l'exactitude de Condillac ; ce qitelqucs autres signifie : leurs tantes ou leurs cousines, nommées tutrices, par conseil de famille.
«... les ont, continue Condillac, dans les commencements , engaipées & fuir avec elles, en leur communiquant par des cris la fr.iyeur qo'elles conservent, et qui se réveille toujours à la vue de leurs ennemis. Si Ton rejette toutes ces suppositions , je ne vois pas ce qui pourrait les |iorter à prendre la fuite. »
— C'est, par cet aveu d'ignorance, qu'il aurait fallu commencer. Il était, cependant, si facile de comprendre : qu'elles ne fuient, pas plus qu'elles n'avancent, pour aller manger. Au propre : fuir et s'approcher^ signifient : agir, par suite de raisonnement ; agir réellement, Dira-tron que le canard du bateleur, fuyait le morceau de pain d'Emile : lorsque, le bateleur voulut punir le jeune métaphysicien ?