‹ Science sociale (volume 2)Chapitre 33 sur 55 · IT · texte numérisé non relu

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18 SCIEffCB SOCIALE.

— • « Peut-être, continue Gondillac, me denundem-t-OB qui leur «a^ pris à reconnaître les cris qui sont les signes naturels de la douleur il'npériencc (i). Il n'y en a point qui nVitéprouvé de la douleur deboms hcuro, et qui, par conséquent, n'ait eu occasion d*en lier le cri avec le seoliment (2). 11 ne faut pas s'imaginer qu'elles ne puissent fuir qu'autant qu'elles Buraifnt une idée précise du péril qui les menace; il suffit queles cris de celles de leur espèce réfeillcnt en elles le sentiment d'une doolev quelconque. »

— Réveiller le sentiment d'une douleur qu'on n'éprouve pas I quel jargon! Et, comment trouvez-vous la douleur quelconque ?

— A Ou voit, continue Condillac,que si, faute de mémoire, lesbéteine peuvent pas, comme nous, se rappeler d'elles-mêmes et à leur çréles perceptions (5) qui sont liées dans leur cerveau (4), l'imagination j sapplce parfaitement (5) ; car, en leur retraçant... »

— Que signifie ce leur : où, il n'y a pas de mémoire intellectuelle ? Absolument rien que le cerveau. Appelez sensibilité , les mouvements du fer devant l'aimant ; et, le fer aura une personnalité comme la bète. Le fer se coupe en deux, direz-vous. Et la bête ausffl, •**] voyez le polype. C'est une jolie chose qn'une sensibilité qui se coupe en deux 1 C'est dommage que nos matérialistes n'aient pas cette propriété. Ils se mettraient en hachis : pour jouir davantage.

(1) n vaudrait mieux : ne point tant parler d'expérience; et, «n fà» davantage.

(2) Et, les bétes qui ne crient pas ; qu'en rerez-vous?

(3) Et pourquoi pas : les attractions et les répulsions, renomreléeiftf la mémoire organique ?

(4) Est-ce que des attractions et des répulsions sont plus (BBkHm à lier : que, des perceptions?

(5) Sans aucun doute. Mais cette imagination n'est autre : qa«b ^ cerveau; ou, la force vitale qui le constitue.

sasBCB socuui. 19

— « Gu^ eo lear retraçant l^s percf^ioM ■^■ft des «èycts continae Coodillac, elle les met dans le cas de se coadûrc «viwiit ees obfets tous les yeux, et per-là de ftmrf^tr à |)1bs proflipleineiit et plus sùreaieat <pe m&im ae fiit— r ^■ct^acipls mêmes avec le secours de la raisoo. «

— Très-bien ! Mais, la raison n*est que la sensibilité, en exercice au moyen de la mémoire ptelleclaell?. Du moment, que cette mémoire n'existe pas ; la sensibilité est complètement inutile. Un cerveau, on ensemble d'attraction et de lépulgion nommé force ri^o/r. dont le résultat est la conservation de Tensemble. pendant un espace de temps nommé rt>^ est aussi suffisant que possible.

— « NoQS pooTons , continae Coodillac , rfiiguti en bovs ^oetf «e rkose di semblable dans les occasions on la léflexion serait trop leaie m

— Nous avons déjà dit : qu'ime malice, de ces Messieurs, est de séparer la réflexion du raisonnement ; comme ; si réfléchir n'était pas raisonner; et comme, si raisoQser, n'éiait pas réfléchir, llaisonoer, c'est comparer; et, comparer : c'est^ réfléchir.

— « .^ pour nous £itrc échapper à nn danger, continae Gwdillac. A la vue, par exemple^ d*uo corps prêt à nous écraier, Tiniagination nons retrace lldée de la mort (1), ou quelque chose d'approchant (?, ; et cette idée (5) nons porte avniièt à éfiter le roup ^i nons meonce. Noos péririons iufailliblf ment si dans ces moments nons n^sTions que le secours de la mémoire el de la réflexion. »

(0 Et, A<mU cela : sang raisonner... Comme c'eal joli! (2) Quelque chose d'approchant, est : plus joli encore. (3} Une iJce, sans signes ; sans raisonnement. C'est, toujours 1resjoli!

— Et, qu'est-ce que c'est : qui n'est, ni mémoire ni réflexion ; ou mieux, qui n'est pas raison ; si, ce n'est : la force organique nommée instinct? Mais, ici, Gondillac ne se servira pas du mot inslincL 11 lui serait demandé ce qui sépare l'instinct de la raison ; et il ne pourrait le dire. Ce, qui sépare l'instinct de la raison; c'est, la sensibilité développée ou le verbe. Aussi, avant

' de parler de l'instinct, Condillac met un paragraphe de répétitions. Puis il continae.

— «En suivant, poursuit Gondillac , les explications qae je Tiens àt donner, on se fait une idée nette de ce qu*on appelle instinct (1). G*cst une imagination... »

— Et, qu'est-ce qu'une imagination ; où, il n'y a pas de raison ; si ce ji'est un cerveau ? si ce n'est une force vitale, un mécanisme, un automatisme enfin? L'homme lui-même, qu'il ait une âme ou qu'il n'en ait pas, n'est-il pas, avant le développement du verbe, un pur mécanisme, un pur automatisme ? Supposez : que, chez un homme élevé dans l'isolement, la sensibilité réelle soit supprimée ; et qu'il conserve toutes les attractions et répulsions organiques, se centralisant dans le cerveau et se réveillant par les yeux, les oreilles, la peau, etc., à propos des objets qui sont en rapport avec ces attractions et ces répulsions ; qu'y aura-t-il de changé ? Absolument rien, sinon : que, vous pourriez ensuite mettre ce prétendu homme en société, sans que le verbe vînt à se développer. Et, cependant, que serait cet

(1) C*esty ce que nous allons voir.

SCISHCB SOCULB. SI

homme ; si, ee n'est mie machine Tirante ; un automate vivant? Us sont singoliers ces Messieurs, tant prêtres qne philosophes, reconnaissant nn créateur, qu'ils disent infiniment juste. Ils lui font faire : des êtres souffrants ; et, n'ayant aucune espèce de menalité. Si, Yaucanson en axait fait autant : il aurait été roué par la justice humaine ; et certes, cette justice alors aurait mieux valu : que, la justice de Dieu.

-~ « Cest une imaipoatioii qui, à Foccasioii cTwi oljjely ccnXîmut CobdilUc, réTeille les perceplioos... »

— Encore une fois, et mille autres ; si, c*est nécessaire ; il n'y a de perception : qu'après l'existence des signes ; et, avant cette existence, une sensation, même pour l'être qui en est capable, n'est autre, quant à la conservation de lorganisme : qu'une attraction ou une répulsion. Supposez : que, la sensibilité réelle se trouve anéantie ; nous le répétons : il n'y aurait absolument rien de changé.

— € ... qoi, continue Condillac, y sont immédiatement liées, et par ce moyen dirige, uns le secours de la réflexion , toutes sortes d*animaux. »

— Une imagination qui dirige ! Nouveau galimatias, résultant du figuré pris pour le propre. Au propre, diriger suppose le raisonnement. Où, il n'y a pas raisonnement, la direction n'est que figurée. Quedirait-on, de celui qui énoncerait sérieusement : que , le soleil dirige les planètes ; et, que la terre dirige la lune ?

22 SaETTCE SOaALB.

]1 en est de même de rimtOgination ou cerveau, dirigeant les bêtes.

— « Faute, continue Condillac, d^avoir connu les analyses que jevifiu de faire, et surtout ce que j'ai dit sur la liaison des idées, les pb'dosophet ont été fort embarrassés pour expliquer l'instinct des bctes. »

— Nous approuverions, peut-être, l'orgueil de Coi>dillac, s'il avait raison; chacun, sait ce qu'il vaut: quand, il vgut quelque chose. Mais, pour s'enorgueillir, il faut avoir raison; sinon : ce n'est plus : qu'une sotte vanité.

— « Il leur est arrive , continue Condillac , ce qui ne peut manquer toutes les fois qu'on raisonne sans être remonté à l'origine des closes. *

— Que signifie ce galimatias ? Les origines sont exclusives aux formes de la matière ; aux corps. Condillac, s'imagine-t il : que, des âmes réelles, peuvent avoir des origines? Il faut être fou, pour dire des choses pareilles ; ou, encroûté de préjugés; ce qui est la même chose.

— (r Je yeux dire , continue Condillac , qu'incapalHes de prendre lu juste milieu (1), ils se sont égarés dans les deux extréraîCés. Les ans oat mis Tinslinct à côlc ou même au-dessus de la raison... »

— Et certes, si les animaux sentent, ce qui serait la preuve du matériaUsme, ils auraient bien raison, s'ils pouvaient avoir raison sans raison. Ce sefait au

(1) Si, c'est là, Torigine du célèbre juste milieu ; nous la! en foisoos complinient.

SGIBKGE SOCIALE. 23

Hioins une eiâptence de malheur^ adoucie par le contiDoel oubli des souffrances. Dans ce cas, il vaudrait infiniment mieux : être chien, que philosophe.

— •... let antret, continue Condîllac, ont rejeté Tinstinct et ont pris les bètes poar de pars automates, i»

— Assez ! Mais, vous perdez donc la tête? L'instinct est, précisément : Texpression derautoraatisme. Où, il n'y a pas de raison, il ne peut y avoir qu'automatisme : quand même, Tautomife aurait dix mille âmes, au lieu d'une. Le sot, dit la Bruyère, est un automate. Voilà, le mot automate pris au figuré. Le propre de ce figuré est une bête , qu'elle ait une âme ou qu'elle n'en ait pas, pour autant qu'on ne lui accorde pas le verbe. Si, une bête a le verbe, c'est un homme. Si, la bcte souffre, elle est un homme.

— « Ces deux opinions, dit Condillac, sont également ridicules, pour ne rien dire de plus. »

— Dites, dites : ne vous gênez pas. Nous ne nous gênons pas pour vous dire : que, vos affirmations sont plus que ridicules ; ce qui signifie : absurde ; et, nous faisons plus que vous ; nous vous le prouvons.

— «La ressemblance , continue Condillac , qu*il y a entre les bétes et nous, prouve qu elles ont une âme (1) , et la différence qui s'y rencontre prouve qu'elle est inférieure à la nôtre. »

(i)C6 soDt de pareilles preuves, qtue Ton objectait à Qalilée; les sots : n'en ont jamais d'autres.

24 SCIENCE SOCULB.

— Voilà, la phrase qui a valu, à Gondillac, Vapothéosé des philosophes du dix-huitième siècle ; et cela : parce qu'elle est la base du matérialisme. Nous la pardonnerions, à Condillac, s'il avait été matérialiste. Mais, donner, de gaielé de cœur, la preuve que Ton n'est qu'un sot; est, d'une sottise, dont il serait difficile de trouver beaucoup d'exemples.

— « Mes analyses, continue Condillac, rendent la cbose sensible, puisque les opérations de Tàine des bêtes se bornent à la perception (1), à la conitcience (2), à Tatienlion (3), à laféminiscence (4) et àuneimtgioalion (5) qui n*est point à leur commaRlenient... »

— Et qu'est-ce donc qui est à leur commandement? Avant le verbe , il n'y a pas de volonté ; et , il n'y a commandement, que là où il y a volonté. Alors, pourquoi dire que les âmes des bêtes opèrent? Opérer est exclusif aux volontés. C'est , fonctionner qu'il fallait dire ; et , le fonctionnement est exclusif à la matière.

— « ... et que la nôtre , continue Condillac, a d^autns opératioMt dont je vais eiposer la génération. »

— 11 faut convenir : qu'avoir des opérations est une singulière expression. Ce barbarisme^appartient, san& doute, à la langue philosophique.

(1) La perception, avant la verbe, est une sottise.

(2) La conscience, avant le verbe, est une sottise.

(3) L'atteution, avant le verbe, est une sottise.

(4) La réminiscence, avant le verbe, est une sottise.

(5) Avant le verbe, une imagination, qui est autre chose que le oer* veau, est une sottise.

Dation n'est antre : que, la mémoire organique ; et celle-ci est du domaine des physiologistes ; et, non du domaine des bavards.

— « ... parce qae, continue Condillac, il se procurera un plus gnnd nombre de moyens pour Texercer. v

— Oui ; et, si vous exercez le cerveau, plus que ses forces ne le permettent ; vous ferez un idiot.

— « Yoilà^ continue Condillac^ où Ton commence à aperceroir It supériorité de notre âme sur celle des bêtes. »

— Il n'y a de supériorité et d'infériorité : qu'entre des choses matérielles. L'immatériel, s'il existe, n'a ni plus ni moins. 11 faut être anthropomorphiste, pour débiter de pareilles folies. Nous le répéterons mille fois : aussi longtemps que l'anthropomorphisme existe diez un homme, guérissez-le de cette maladie, avant de raisonner avec lui sur autre chose ; ou, abandonnezle : tout ce que vous diriez serait inutile.

-~ a Ctr, d*un côté, continue Condillac , il est constant qu'il ne ddffnâ point d*elles d*atlacher leurs idées i des signes arbitraires... »

— D'abord, et pour la millième fois : il n'y a pas d'idées sans signes, pas d'idées sans âmes. Supposer des idées, supposer une âme aux bêtes et rester sans démontrer qu'elles en ont ime, est d'un mauvais logicien. Les bêtes ont-elles tout ce qui estnécessaire pour

— Et, quand cela commence-t-il ; quand personnene nous apprend à parler? Comment cela commence-tril? Et, pourquoi cela ne commence-t-il pas chez les bêtes? Vous dites : que, l'âme des bêtes ne peut parler : parce qu'elles ne peuvent parler. Voilà de belles raisons I

— (c ... on Toit, continue Condillac, se former la mémoire (1). Celle ci acquise, il commence à disposer par lui-même de son imagination...»

— Bien. Mais , comment s'acquiert- elle cette mémoire ; et, pourquoi les chiens ne Tacquièrcnt-t-ilspas? Ils ne l'acquièrent pas, dit Condillac, parce que leur âme est inférieure à la nôtre ; et leur âme est inférieure à la nôtre, parce qu'ils n'acquièrent pas la mémoire. (Vest puissamment raisonner. 0 dix-huitième siècle!

— «... et, continue Condillac, à lui donner un nouTel exercice. Car, par le secours des signes qu'il peut rappeler à son gré, il réTeille, oo du moins il peut réveiller souvent les idées qui y sont liées. Dans la suile» il acquerra d'autant plus d^empire sur son imagination, qu'il inventera da- ▼antage de signes... s>

— Que signifie ce gah'matias? Que, plus il aura de signes; plus, il aura de signes? Si, ce n'est cette tautologie ; cela, ne signifie rien du tout ; ou, plutôt : c'est absurde, (^.ar, si le cerveau ou la mémoire clinique est faible ; plus, vous augmenterez le nombre des signes ; et, plus tôt : l'homme deviendra /ou. L'imagi-

(1) Nouvelle tautologie.]

corde une sensibilité, une âme aux bètes ; et, tout ce qu*il faut pour parler moins Tâme; puis, qu'on avoue qu^elIes ne parlent pas, tout en continuant à soutenir : qu'elles ont une sensibilité, une âme ! cela n'est permis : qu'à Charenton.

— c Leur corps, ponrtuit Gondillac, n'est- il ptt aussi propre au langage d'action que le nôtre? »

— Alors, concluez, donc ! Et, pourquoi ne conclut-il pas ? Parce qu'il s'est mis dans la tète : qu'il pouvait y avoir des âmes de plusieurs espèces. Et, pourquoi croit-il cette calembredaine? Parce qu'il parle sans avoir d'idées claires; ou, comme il le dit, sans avoir d'idées; ou, ce qui est plus clair, sans avoir donné aux mots : des valeurs précises et non absurdes.

— € Plusieurs d'entre elles , continue Gondillac , n'out-elles pas tout ce qn*il faut pour rarliculation des sons? »

— Quelle folie nouvelle 1 Gondillac sait bien : que, la voix n'est pas nécessaire à l'existence du verbe.

« Pourquoi donc , continue Condillnc , si elles éUient capables des

mêmes opérations que nous, n'en donneraient- elles pas deç preutes? »

— Fçivquoi? Parce que l'opérateur n'y est pas. Il faut être aveugle : pour ne pas^le voir.

— « Ces détails, continue Gondillac, démontrent comment Tusage des dliïérentet lortes de signes... »

28 scieucb sociale.

inventer des signes moins l'âme ? Voilà ce qu'il faut examiner. Si, elles ont le tout moins Tâme ; et, qu'elles n'inventent point de signes ; voilà une preuve par l'absurde, une preuve indirecte : qu'elles n*ont point de sensibilité; point d'âme. Reste, ensuite, àtrouverh preuve directe : qu'elles n'ont point de sensibilité, point d'âme ; et, pour l'avoir, cette preuve , il n'y a qu'à démontrer : que, partout où il y a ce que vous conveneï exister chez les bêtes, plus une sensibilité, une âme; le verbe se développe nécessairement. Faites cela et vous aurez prouvé : que, les bêtes n'ont pas d'âme; n'ont pas de sensibilité.

— - «... et, de l'aotre, continue Gondillac, il parait certain que cette impuissance ne Tient pas uniquement de Torganisation. »

— Comment ! il paraît? Vous, qui êtes si affirmatif, sur ce qui est en question ; vous doutez : sur ce qne vous connaissez le mieux. Vous savez : que, pour parler il suffit d'être sensible. On fait parler des sourdsmuets-aveugles et privés d'odorat dès la naissance ; et, vous mettez en doute : que, le chien puisse parler : s'il a de la sensibilité, s'il a une âme? Mais, il faut a^oir été rendu fou, par l'éducation, pour raisonner ainsi! Qu'un matérialiste dise : les bêtes ne parlent point, par la même raison qu'un chien ne fait pas une toile d'araignée ; ou, qu'une araignée ne chasse point les lièvres ; à la bonne heure ; il n'y a rien à lui dire, sinon à lui prouver : que, Thomme est sensible ; et , que le chien ni l'araignée ne le sont pas. Mais, que l'on ac-

8C1BSCE SOGULB. 29

[M>rde une sensibilité, une âme aux bêtes ; et, tout ce {u'il faut pour parler moins l'âme; puis, qu'on avoue iju'elles ne parient pas, tout en continuant à soutenir : ^*elles ont une sensibilité, une âme ! cela n'est permis : qu*à Cbarenton.

— « Leor corpt^ poarsuît Condillac, ii*est-il pas tassi propre ta k»gmg« «Taetion q«e le nôtre? m

— Alors, concluez, donc I Et, pourquoi ne conclut-il pas ? Parce qu'il s'est mis dans la tète : qu'il pouvait y avoir des âmes de plusieurs espèces. Et, pourquoi croit-il cette calembredaine? Parce qu'il pai'le sans avoir d'idées claires ; ou, comme il le dit, sans avoir d'idées; ou, ce qui est plus clair, sans avoir donné aux mots : des valeurs précises et non absurdes.

— « Hliitieors d'enlre elles , contione Condillac , n'out-elles pas tout ce ^*il laiit poar rarticulalion des tons? »

— Quelle folie nouvelle 1 Condillac sait bien : que, la voix n'est pas nécessaire à l'existence du verbe.

« Pourquoi donc , continue Condillac, si elles éUient capables des

mêmes opérations que nous, n'en donneraient- elles pas dcç preuves? »

Kporquoi? Parce que l'opérateur n'y est pas.

11 faut être aveugle : pour ne pas.le voir.

— « Ces détails, continue Condillac, démontrent comment Tosage des dilTéreaUi tories de signes... »

— Voilà le da capo ou la ritournelle. Alors, nous vous répéterons : qu'il n'y a qu'une espèce de signes proprement dits : le verbe.

— a ... concourt, continue Condillac, au progrès de riintgiBa1î<n, de la contemplation, de la mémoire. Tout cela Ta encore se déyelopper dtss le chapitre suivant. »

— Allons ! du courage ! C'est', cependant, bien ennuyeux : que, de réfuter des folies.

-— « Aussitôt, poursuit Condillac, que la mémoire est formée. •• a

— Oui; mais, comment se forme-t-elle ? Pour vous, la mémoire c'est le verbe. Le verbe vient donc sans le concours de l'âme, puisque vous avez dit : qu'avant la mémoire, l'âme est dans la dépendance de tous les objets qui agissent sur elle ; et, vous allez le répéter. he verbe vient donc : comme une envie de teter? Alors, pourquoi les bêtes ne pensent-elles pas : comme elles tettent ?

— «... et que Texercice de Timagination , continue Condillac ^ eits notre pouvoir... »

— Qu'est-ce que cela signifie notre pouvoir? Qui est le nôtre ? Vous dites : qu'avant la mémoire, l'Ime est dépendante ? Où il y a dépendance , il n'y a pas di pouvoir.

— « ... les signes, continue Condillac, que ceilo4à fippsili... #

8GiSMGE SOCIALE. 31

— Qui celIe-Ià ? La mémoire ? La mémoire n'est pas xm être ; et, d'ailleurs , elle ne peut exister que par l'âme ; et y l'âme est incapable de rien faire , avant l'existence d^ la mémoire. Puis, à qui se rapporte ce rappelle? Avant la mémoire, l'âme ne peut entendre ; et avant qu'elle n'entende, il ne peut y avoir de mémoire. Tirez-vous donc de ce galimatias !

— « ... «t les idées, continne Gondillac, que celle-ci réfeille... »

— Allons donc j il n'y a pas d'idées avant le verbe; faul-il le répéter mille fois?

— «... commencent, continue Condillac^ à retirer Pâme de la dépendance où elle était de tous les objets qui agissaient sur elle. »

— Ainsi, l'âme était dépendante. Et la mémoire, comment est-elle venue ? La mémoire qui, selon vous, n'est que le verbe? En telant n'est-ce pas? Et , voilà les folies qui ont été admirées : par le dix-huitième siècle ! Soyez donc avide de réputation : pour être classé parmi les fous.

<— « Maltresse , continue Gondillac ^ de se rappeler les choses^ elle j peut porter son attention

c Cette manière d^appliquer de nous-mêmes noire attention , tour à tour à divers objets ou aux différentes parties d'un seul , c^est ce qu'on appelle réflécktr. »

— Ehl non, M. de Condillac. C'est, conmie si vous disiez : que, calculer^ c'est, se servir de douzaines. Se

servir de douzaines est bien calculer ; mais, calculer n'est pas seulement se servir de douzaines ; c'est, 8e servir d'unités , qu'elles soient ou non en douzaines. Appliquer son attention, etc., c'est tout uniment raisonner ou comparer. On appelle réfléchir : comparer des raisonnements. La réflexion est une espèce de raisonnement et rien de plus. A cet égard, vous n'a\iei qu'à ouvrir le dictionnaire ; et , vous auriez trouvé : que, réfléchir signifie : penser mûrement. Mûrement I Eh grand Dieu I jusqu'à présent : la pensée n'a pas encore eu le temps de mûrir !

— « Aiuii, continue Gondillac, on Yoit sensiblemefit comment il réflexion naît de Timaginalion et de la mémoire. »

— Selon vous , la mémoire, c'est l'existence des signes ou le verbe ; et, le verbe n'est autre : que, Texpression de la pensée, du raisonnement, de la réflexion. Puis, vous dites : que, la réflexion naît de la mémoire. C'est, comme si vous disiez : que , la mémoire sort de la mémoire. Jolie manière de raisonner! Si, c'est là réfléchir; c'est une mauvaise réflexion.

— a Mais, continue Gondillac , il y a des progrès qu*ii ne faut pai laisser échapper.

« Un commencement de mémoire suffit pour commencer à nous rendre maître de notre imagination. »

— Cela signifie : que , pour avoir le verbe, il faut avoir le verbe; que, pour avoir une volonté, il faut avoir une volonté; que, pour exister dans le teuips, il faut sortir de l'éternité.

— « C'est assez, poursuit Coodillac, d'un seul signe arbitraire pour pouToir éYciller de soi-même une idée... »

— Le premier signe, est l'expression d'une première idée; mais auparavant il n'y a pas d'idée. L'idée, n'existe que dans le temps ; et, avant le premier signe, le temps n'existe pas encore. Un premier signe suffit, dites-vous. C'est vrai. Mais, comment vient ce premier signe ? quelles sont les conditions nécessaires pour qu'il existe; et, quand les conditions nécessaires existent, apparaît-il nécessairement? Allons, répondez.

— - «... et, continue Condillnc^ c*est là cerlaincment le premier et le moindre degré de 1a mémoire... »

— Cette malice! Vous appelez mémoire l'existence des signes; puis, vous dites : que, le premier signe est le commenceivent de la mémoire . Vous prenez donc Tos lecteurs pour des imbéciles ?

— «... et, continue Condillac, de la puissance qu'on peut acquérir sur son imagination. »

— Même malice que la précédente. Si, vous aviez dit : que, le premier signe est le premier degi'é de la puissance qu'on peut acquérir sur sa mémoire orga^ nique ; que, c'est le commencement de la mémoire intellectuelle ; tout le monde aurait compris.

« Le pouvoir, continue Condillac, qu'il nous donne de disposer de

notre attention. .. v

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