IV
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faut : que^ le qualificateur existe. Le temps est un dérivé du verbe ; et, non le verbe un dérivé du temps. Avant le verbe, il n'y a pas de temps ; il n'y a : qu'éternité.
— « ... il nY ft plus de Terbe, » conlinue M. Cousin...
— Dites : il n'y a pas encore de verbe ; et, vous serez dans le vrai.
— « ... il D*y a plus de Terbe, continue M. Cousin, expression de Faction de l'existence. »
— Très-bien! Le verbe est, en effet, l'expression de l'action de l'existence ; et, il est impossible de mieux dire. Mais, pour que l'existence, l'âme, puisse agir; il faut : qu'elle soit unie à un organisme, etc., etc. — Voilà, ce qu'il fallait expliquer. Il fallait, surtout, ajouter le mot réelle : au mot existence. Car, si un phénomène, un arbre par exemple, est une existence réelle; quand cet arbre tombera et criera; il aura parlé.
— « n n'est pas plus au pouvoir de Dieu , continue M. Cousin , qu*il n'appartient aux sens et à Timagination de nous en suggérer la moindre idée. »
[Fragments philosophiques y t. U, p. 74.)
— Dire : que, quelque chose n'est pas au pouvoir de Dieu ; parce que cette chose est absurde ; c'est dire : que. Dieu est incompatible avec l'absurde. Dès
lors, dire : que, Dieu est un et plusieurs (1), c'est affirmer : que, Dieu n'existe pas. C'est M. Cousin qui le dit... et nous y souscrivons... pour le sens de ces messieurs.
Malgré, toutes nos critiques déjà faites; et, que nous ferons encore ; nous répéterons : que, M. Cousin est celui qui a le moins mal raisonné, sur l'origine du langage et sur le langage. Nous ne laisserons rien échapper de ce qu'il a écrit sur ce sujet. Ses erreurs sont utiles, en ce qu'elles donnent occasion de les signaler. Kcoutons-le de nouveau.
" « Nous ne saorioiu, dit-il , trop insister sur cette erreur singulière (le Condillac. Séduit par un amour excessif de la simplicité,..^ »
— La simplicité, en fait de raisonnement, c'est : la clarté ; l'incontestabilité ; l'absolu ; la vérité. Et là, il n'y a pas d'excès possible ; parce qu'il n'y a ni plus ni moins. Où, il y a plus et moins, il n'y a point : clarté; vérité; simplicité. Condillac n'est simple: que, pour ceux qui ne réfléchissent pas. Quand, on ])rend la sensation pour point de départ des connaissances réelles; on prend le double pour le simple; et, la simplicité va se promener.
— « ... il substitue ici, continue Bf. Cousin, dans Texplication duCâlt, la cause extérieure à la cause intérieure, qui est seule la réelle ,.•• »
— Vous le voyez, M. Cousin vous dit : que, les causes extérieures, la matière, ne sont que causes il-
(1) Définition de M. Cousin.
lasoires ; et, que la cause réelle est l'âme. Toute la philosophie est là. Il n'y a plus qu'à prouver : que, cela est.
— «... et s* arrête, continue M. Cousin, à un principe qu'il aurait reeeuia pour conséquence,.- »
— C'est, que Condillac était beaucoup meilleur logicien que M. Cousin. Si, vous ne dites pas, comme Condillac, queThomme doit tout à la parole; vous êtes obligé de dire : que, la parole est due : à une âme, unie à un organisme ayant ime mémoire; et, à la société ou au non-isdement. Dès ce moment, vous reconnaissez : que, les chiens doivent parler. Condillac a vu le précipice ; et, n'a pas voulu s'y jeter. M. Cousin ne le voit pas ; ou, ne veut pas le voir. Arrangez-vous comme vous voudrez : ou, les chiens ne sentent pas ; ou, ils doivent parler.
— « ... s'il avait, continue M. Cousin, creusé un peu plus aTant. »
— Eh bien ! M. Cousin ; voyons si vous, vous allez creuser. Allons, courage ! le champ est libre.
— « Pourtant, poursuit M. Cousin, Texplication de Condillac a fait fortune ; on a répété partout après lui que si Thomme pense, c'est qu il a des signes,... »
— Et, l'on a bien raison; si, l'homme pense: c'est, qu'il a des signes. Sans signes on ne pense pas. // faut penser sa parole avant de parler sa pensée.
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•^ a ... et que si Tanimal ne pense pas, continue M. Cousin, c^est qu'il est privé de signes, d
— C'est encore parfaitement vrai. S'il sentait : il aurait des signes.
— « Mais ce qu*il importe d'expliquer, continue M. Cousin , c'est pourquoi rhomme a des signes, et pourquoi l'animal n'en a pas. »
— Bravo, bravissimo, M. Cousin I Vous avez mis le doigt sur la plaie. Allons! dites pourquoi; et, nous vous tiendrons quitte de tout le reste. Toute la philosophie est là.
— a Si Condillac, continue M. Cousin, s^était posé celte ^ifues lion ^ |l aurait compris la véritable origine du langage. »
— Alors, M. Cousin qui s'est posé cette question, va la résoudre. Allons ! résolvez : nous vous écoutons.
— (( Qu'est-ce que le langage? » continue M. Cousin.
— Mais, homme du bon Dieu que vous êtes ! vous Tavez déjà dit cent fois ; le langage, c'est l'existence des signes. Et, maintenant vous allez vous plongepj «t^ nous avec, dans le galimatias par-dessus les oreilles. Est-ce comme cela que vous résolvez vos questions ? Vous avez dojic été à l'école des sibylles ?
— « C'est, continue M. Cousin , le rapport entre deux termes, dont l'un sert d'expression à l'autre. »
— Sert d'expressioo I Dites donc qu'il fait clair e lune. Servir d'expression, c'est être signe. C'est omme si vous disiez : Qu'est-ce que le langage ? Et [ue vous répondiez : C'est le langage. Est-ce pour désister les chiens que vous employez cette tautologie? )n ne vous demande pas, ce que c'est que le langage; m le sait. Il s'agit de savoir : pourquoi rhomme )arle ; et, pourquoi les chiens ne parlent pas ?
— « Or, poursuit M. Cousin , exprimer, c'est produire au dehors... •
— Ainsi, quand le volcan produit la lave au debors, il parle? Ne vaudrait- il pas mieux dire, tout bonnement : je ne sais pas; que , de donner de pareilles explications ? Vous oubliez donc : que, Socrale a été déclaré le plus sage des hommes, pour avoir dit : je ne sais pa^ ?
— • ... c'est manifester, continue M. Cousin, c^est rendre sensible... »
— Quand, vous amoncelleriez les bêtises; en seriezvous plus clair?
— « ... ce qui se fait, continue M. Cousin, par la correspondance clablie entre les deux termes dont l'un est nécessairement invisible, intérieur, immatériel,... »
— Qu'est-ce que vous chantez là? L'invisible est donc l'immatériel. Vous voyez donc la force, qui vomit la lave? Et, cette force invisible, les chiens ne l'ont-ils pas? Pourquoi donc ne veulent-ils pas?
— «... et Tautre» continue M. Cousin, visible, extérieur, matériel. »
— Quel jargon!
" ft Dans le langage dit naturel, » poursuit M. Cousin,
— Allons I encore confondre le propre et le figuré. 11 n'y a pas de langage naturel, il y a des mouvements naturels. Les chiens ont des mouvements naturels, pourquoi ne parlent-ils point ? Allons I ne tergiversez pas.
— a ... c'est la nature elle-même, continue M. Cousin, qm crée cette correspondance;... »
— Vous avez dit , vous-même : que, Fà création est une bêtise, une chimère; ensuite, la nature n'est pas un être ; à moins, que cette nature ne soit votre bon Dieu anthropopanthée ; votre être unique. Dans ce cas, que voulez-vous que fasse l'homme ? il n'est rien du tout. Il ne peut faire que des trous , comme l'aiguille entre les mains du tailleur.
— «... l'homme^ continue M. Cousin, n^y intenrieot pas. »
— Il y interviendra, si vous voulez : comme l'aiguille. ^
— « Dans le langage artificiel, » continue M. Cotisin,...
— Encore une fois, homme du bon Dieul le langage est-il artificiel? Toute la question est là. Si, l'âme
39S SGIEN€£ SOCIALE.
est matérielle, le langage, pmsqu'il existe, est naturel, est une conséquence des lois inhérentes à la matière. Dire : qu'il y a de Tartificiel réel ; c'est dire : qu'il y a derimmatériel. Nous voilà dans le cercle vicieux. Et puis encore : pourquoi les chiens ne parlent-ils pas?
— « ... c*e9t Tcsprit qui crée, » conlmue M. Cousin...
— Créer est une bêtise ; vous l'avez dit. Ensuite, y a-t-il des esprits. Toute la question est là. Puis, le chien qui a de l'esprit comme l'homme, puisque, selon vous, le phénomène est inséparable de la substance; le chien, qui a deTesprit, pourquoi ne parlet-il pas ? Est-ce que le chien a une espèce d'esprit qui ne crée pas ? Tâchez donc de mettre deux espèces d'esprits dans une bouteille! cela fera une liqueur délicieuse.
— « ... cVst Tcsprit qui crée , continue M. Cousin , le rapport sur l'exemple que lui offre la nature. »
— A la bonne heure ! voilà des esprits bien dociles ; et, qui profitent bien des leçons qu'on leur donne. Et, c'est à la France, à l'Europe, au monde, que l'on fait avaler : de pareilles calembredaines !
— « Mais, continue M. Cousin , comment parvient-il ainsi à créer? »
— Oui, c'est là le joli de la questio^. Est-ce du premier coup ? Jean-Jacques dit : qu'il faut des milliers d'années. Et, des philosophes avalent ti»utes ces sornettes I
— a Par la puissance d'abstraction^ » continue ML Cousin...
— Et, voilà pourquoi votre fille est muette. Voyezvous cet esprit qui abstrait , qui raisonne , avant d'avoir des signes? Il est bien gentil cet esprit. Mais, il a trop d'esprit j il ne vivra pas longtemps.
— (( ... par la puissance d'abstraction, continue M. Cousin, qui lui est propre. »
— Ce serait plus curieux encore, si c'était par une puissance qui ne lui fût pas propre. Tout cela ne vous ennuie point? Vous avez le cerveau dur.
— « Or, continue M. Cousin , l'abstraction n'est autre chose que Ja
volonté... » '.
— En voilà d'une autre : Tabstraction qui est la volonté. Homme du bon Dieu! vous êtes donc, pour le dictionnaire, comme les enragés sont pour l'eau? Allons, tenez cet homme à quatre; et, faites-lui lire, dans le dictionnaire, Tarticlc abstraction : « Examen « d'une chose séparée de ses accessoires^ de ses par- « ties; séparation en idée; acte de l'esprit qui sépare « une idée de celles qui lui coexistent, etc. » Vous voyez : que, tout cela est raisonner. Et, comment voulez-vous : que, tout cela se fasse sans signes? C'est ennuyeux, très^ennuyeux, d'être obligé : de vous dire ces choses-là.
— n ... u*est autre chose, continue M. Couiin, que la volonté faisant effort... »
— Prenez donc garde ! Cette volonté pourrait attraper une entorse .
— «... que la Tolonié faiiant effort, contiaae M. Cousin, pour séparer ce que la nature a uni et confondu. »
— Où donc loge-t-elle, dame nature ? Laissez donc les figures de côté; et, parlez clair 1 La nature ne fait rien, la nature est une sotte ; ce que l'homme ne fait pas, se fait. A moins : cependant, que tout ne soit fait par votre être unique. Mais, alors, l'homme ne fait rien du tout. Puis : comme, être tout seul; c'est, comme si on n'était pas; votre être unique ne peut rien faire... que, de se promener dans le néant... la canne a la main.
— A C'est donc à la Tolonté, poursuit M. Cousin, qu'en définiiire rhommc doit le langage;... »
— Voilà, toute votre démonstration? Voilà, tout ce que vous savez ? Eh bien! ce n'est pas grand'chose. Il n'est pas du tout malin de dire : que, c'est la volonté qui fait le langage; quand, on se contente d'affirmer. C'est, prouver qu'il faut. D'abord y a-t-il des volontés ? Voilà, par où il faut commencer. Ensuite, s'il y a des volontés, expression des âmes, il faut que le verbe existe : pour, qu'elles puissent exister. Voyons 1 avezvous quelque chose de mieux à dire? Dépêchez vous.
— «... et comme la Tolonté , continue M. Cousin, est le type de la nature humaine,... »
SCIENCE SOCfALB. 395
— Et, pourquoi diable, ne voulez-vous pas : que, les chiens aient de la volonté ; s'ils ont de l'esprit comme nous? Si, comme nous venons de le dire, vous accordiez : que, la volonté dérive du verbe; vous pourriez dire : que, les chiens n'ont pas de volonté, parce qu'ils n'ont pas de verbe. Mais^ alors, nous vous demanderions toujours : pourquoi les chiens n'ont-ils pas le verbe? Dites donc : je ne sais pas. Ce sera bien plus tôt fait.
Ensuite, que signifie ce jargon : la volonté est le type de la nature humaine ? Type signifie modèle, original. La nature humaine est donc une copie? Alors, ce n'est rien du tout. Envoyez-la promener cette nature ; elle ne vaut pas mieux : que, la nature du chien.
^~ « ... il sait que c^esl i lui-même^ continue M. Goasin, irexccllonce de sa nature, que rbomme doit le langage,... »
— C'est-à-dire : que, l'homme parle , parce qu'il parle. C'est joli! très-joli! !
— « ... ainsi, continue M. Cousin, que tous les progrès dont le langage est le principe. »
— Le langage. M.' Cousin, n'est le principe d'aucune connaissance. Le principe, c'est l'âme ; son outil, c'est l'intelligence; et, son champ, c'est la société.
— « U ne faut pas dire^ continue M. Cousin', que rbomme est sup4' rieur aux animaux parce qu'il a le langage :... «
— Supérieur ! L'homme est donc de même nature
que ranîmal? CaPi il n'y a d'infériorité et de supériorité, qu'entre choses de même nature. Voilà, M. Cousin, votre panthéisme à nu. Quand on est panthéiste, on devrait cependant savoir : qu'on est incapable de raisonner. Quand , on ne le sait pas ; on est fou, sans le savoir. C'est, du reste, ce qui doit être. On n'est fou : que, quand on ne le sait pas. Une fois qu'on le sait; c'est, le commencement de la sagesse.
— «... il faut (lire, continue M. Cousin, qu*il 9 le langage parce qu*il leur est supérieur. »
(Cours d*hist, de philosophie tnorale, 3^ leçon, p. 112.]
— C'est-à-dire : que, les animaux ne parlent pas, parce qu'ils ne parlent pas. Et, voilà : ce, que M. Cousin appelle une démonstration. C'est encore bon : à mettre en bouteille.
Pauvre M. Cousin I il n'a rien expliqué. Et il le sait bien, il va vous le dire.
— « llerdcr, s*écrie-t-il , a recours à dos explications mystiques en contradiction avec la théorie générale et l'esprit de son ouvrage. Ainsi, pour avoir fait riiomme trop passif ci presque exclusivement sensitif^...»
— Eh ! M. Cousin ! laissez dire Ilerder. S'il a un tort, c'est de ne pas dire exclusivement sensilif. Que diable ! voulez-vous donc que riiommo soit autre chose que scnsitif ? Sensitif, c'est : raisonnable. Et, l'homme n'est que cela, rien que cela, il ne peut cire que cela, il ne sera jamais autre chose que cela, et il n'y a que cela... de réel. Est-il nécessaire d'ajouter : dans le temps?... Feriez-Aous une chicane; si, on laissait ce dam le temps ^ en ellipse? 11 faut donc tout vous dire?
SCIKNCB SOGIAÎI^, .'^97
— c ... il ne sait plus, continue M. Gonini, c»inineQt résoudre le pro<hlcme des langues^... »
— Et VOUS, M. Cousin, le savez-Tous? Tout â rheure vous allez dire que non. Si, vous saviez cela, vous sauriez tout. Après cela, il n'y a plus rien à savoir... en morale. Faut-il encore Tajouter? Ne peuton le laisser en ellipse? Il faut donc encore : tout vous dire ?
— «... et, comme Rousseau et depuis M. de Bonald, continue M. Cousin , il le résoud par le Deus ex machina, o
— Eh bien ! M. Cousin ; c'est, la moins mauvaise solution qu'il soit possible de donner. 11 n'y a que la bonne : qui, vaille mieux.
— A L'institution du langage, selon Herder, poursuit M. Cousin, est d'institution divine : cela peut être;... »
— Comment cela peut être ? Vous n'en savez donc rien? Alors, que diable nous parlez-vous de solution? Dites doncye7i'en sais rien. Ce sera plus tôt fait; et nous ne serons pas obligé, à chaque instant, de vous donner des camouflets.
— «... mais, continue M. Cousin, ce n'est pas moins un contre-sens dans Touvrage de Herder , où tout est expliqué humainement. Si Dieu intervient dans cette difficulté , il faut le faire intervenir dans d'autres difficultés qui ne sont pas moins grandes , et c'en est fait de l'idée fondamentale du livre. »
(Introduction à l'histoire de la philosophie, p. 349.)
— M. Cousin a raison. Une fois que le bon Dieu
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intervient, en quoi que ce soit; il n'y a plus que lui. Et, comme il n'y a que lui ; il n'y a rien. Alors, c't^iî bientôt fait (1).
(1) Nous aurions voulu intercaler ici, Texamen des expressif ns r* ■< ou langage^ idée, mémoire^ durée; examens qui appartiennert, an ch-: pitre cinquième ; et, que nous publierons séparément ; chapitre eonstitc >l> ' TiixAUEN DR l'éclectisme. Mais , cette intercalation n*étant point, ivi, absolument nécessaire, nous nous bomoDS à Tindiquer, au lecteur.