‹ Science sociale (volume 2)Chapitre 54 sur 55 · IV. la · texte numérisé non relu

IV. la

prochaines ou éloignées. Si J'anthropomorphisme existe ; il n'y a qu'une cause, l' anthropomorphe; et, le raisonnement le réduit à rien du tout. Si, les ftmes existent; il n'y a de causes réelles, prochaines ou éloignées : que, ce qui en dérive. Si, je donne un coup à un capucin de carte, placé devant dix mille autres, je sais la cause de la chute : du dernier comme du premier. Tâchons donc de parler clairement !

— « Il est absurde , ponrsait M. Cousin , de dire que Thomme ne pense qu^au moyen des signes, ...»

— Faites bien attention, lecteurs 1 M. Cousin va dire des folies ; mais, de ces folies qui ne sont jamais dites : que, par les plus belles intelligences. Nous le répéterons mille fois, M. Cousin est une des plus belles intelUgences qui aient jamais existé. C'est dommage qu'il l'ait pervertie par sa vanité. S'il avait su douter, jusqu'à ce qu'il sût, il serait arrivé à la vérité.

— «... si i*on n^a joute, continue M. Cousin, qu'il n'a des signes que parce qu'il pense. »

— Toute l'erreur de M. Cousin gît dans cetle phrase. Si, M. Cousin avait dit : « Si l'on n'ajoute • qu'il n'a des signes que parce qu'il sent et qu'il est « en société. » 11 aurait été exempt de reproches; et, il serait arrivé à la vérité ; et, il aurait vu la vérité, pour ainsi dire : sans le vouloir. Et, pourquoi a-t-il commis cette faute ? Par l'indétermination des termes.

veloppés. Nous donnons ici des détails qui seront inutiles, pour plusieurs de nos lecteurs. Mais, nous les prions de nous pardonner : en faveur de ceux pour lesquels ils ne le seront point.

— • Poarquoi, continae M. Cousin, l'animal ne pense-Uil pas? •

— Allons I voilà la question bien posée. De Maistre dit : qu'une question, bien posée, est plus d'à moitié résolue. C'est vrai. Si donc, M. Cousin ne la résoud pas; il y aura de sa faute. Car, son intelligence est assez belle pour la résoudre.

— « Parce qu'il n'a pas de signes, dit-on , contimie M. Cousin ; mais pourquoi n*a-t-il pas de signes? >

— Très-bien ! de mieux en mieux 1 Allons 1 du courage! vous touchez au but. Le malheureux! il va virer de bord !

— « Parce qu'il ne pense pas, continue M. Cousin ; et il ne pense pas parce qu'il ne veut pas ; . . . >

— Eh non! Monsieur Cousin. II ne pense pas

parce quil ne sent pas. Si, dans la solitude^ il sentait dans l'éternité : dans la société, il sentirait nécessairement dans le temps. 11 penserait par nécessité intellectuelle ; et, c'est seulement alors : qu'il aurait une volonté. Nous le prouverons... Mais, alors, et nous le répétons : cela sera inutile. Tant mieux ! on ne sait^ bien : que, ce que Ton apprend soi-même.

— « ... c*est-à-dire^ cootinue M. Gousio, qu il ne prodnil pu Tolofttaîrement (1) , et par conséquent, ce qu'il fait (2) n'étant pas un eflet qaMl puisse distinguer de sa cause, ...»

— Quel galimatias ! N'était»il pas plus simple de dire : ne sentant pas, il est incapable d'établir des signes; incapable d'établir des signes, il est incapable de penser ; incapable de penser, il est incapable de vouloir. Dès lors, tout ce qu'il fait, il le fait nécessairementj illusoirement^ il ne' fait pas, il parait faire.

— - « ... il est toujburs^ continue M. Cousin , sous la loi de Taffeetioa Ipassive. ■

— C'est dommage; car, une affection active serait bien jolie ! A l'article Affections le dictionnaire dît : « terme de philosophie, qualités qui surviennent à un « corps soumis à l'action d'une cause. » M. Cousin devrait noys donner son dictionnaire.

— « n n*a pas , continue M. Cousin , et par conséquent il ne conçoit pas rintention et ne peut attacher une intention métaphysique. . . »

«— C'est encore bien dommage I Mais, il paraît qu'il y a des intentions physiques. Ce doit être une bien belle chose qu'une intention physique. M. Cousin en aura probablement mis en bouteille. Nous donnerions bien des choses pour en voir une. Quel jargon!

(1) Voilà,, un c'est-à-dire, qui équivaut à Texplloitioii du Médecin malgré lui.

(2) Voilà, une .ooathuioBy digne d» r«zoiiel

Est-il permis de faire un pareil salmigondis : de choses bonnes ; et, de choses mauvaises.

— « ... et ne peut attacher, contiaue M. Cousin, une intuition métaphysique à un son. »

— Le son immatériel se trouve probablement dans la fiole à côté de l'intention physique. Tenez, lecteurs ! vous nous tueriez plutôt que de nous empêcher de rire : quand^ un grand homme nous dit une bêtise. Que voulez-vous? c'est une maladie.

— a L'homme, poursuit M. Cousin, est essentiellement une force libre : ... »

— Voyez-vous ces deux mots : qui hurlent de sç trouver ensemble I C'est, comme si vous disiez : l'homme est essentiellement de la matière qui n'est pas matière. £t, pourquoi l'animal n'est-il pas aus^i : de la matière qui n'est pas matière? Sera-ce parce qu'il est matière qui est matière ? L'argot est cent fois préférable : à un pareil jargon.

— « ... là est, continue M. Cousin, sa dignité ,. . . >»

— Si, sa dignité équivaut à la définition de sa réa^ lité; sa dignité est d'un beau poil.

— « ...Torigine, continue M. Cousin^ ou du moins la condition de toutes ses connaissances. •

— 11 y a diablement de conditions pour avoir, même une seule connaissance.

— « ... c'eit-i-dlre^ cootinue M. Gousîo, qu'il ne produit pu toU»tairement (1) , et par conséquent, ce qu*il lait (2) n'étant pas un eflet qn^il poisse distinguer de sa cause, ...»

— Quel galimatias ! N'était»il pas plus simple de dire : ne sentant pas, il est incapable d'établir des signes ; incapable d'établir des signes, il est incapable de penser; incapable de penser, il est incapable de vouloir. Dès lors, tout ce qu'il fait, il le fait nécessairementj illusoirement^ il ne' fait pas, il parait faiee.

— - « ... il est tonjburs^ continue M. Cousin, sous la loi de raffection Ipassive. ■

— C'est (k>mrmage; car, une affection ouUive serait bien jolie ! A l'article Affections le dictionnaire dît : « terme de philosophie, qualités qui surviennent à un « corps SOUMIS à l'action d'une cause. » M. Cousin devrait noys donner son dictionnaire.

— « n n*a pas , continue M. Cousin , et par conséquent il ne conçoit pas l'intention et ne peut attacher une intention métaphysique. . . »

— C'est encore bien dommage ! Mais, il paraît qu'il y a des intentions physiques. Ce doit être une bien belle chose qu'une intention physique* M. Cousin en aura probablement mis en bouteille. Nous donnerions bien des choses pour en voir une. Quel jargon I

(1) Voilà, un c'est-à-dire, qui équivaut à rexplios^on du Médecin malgré lui.

(2) Voilà, unecoadusioBy di^io ûê l!!eioiiel

SCIENCE SOCULE. 357

Est-il permis de faire un pareil salmigondis : de choses bonnes ; et, de choses maavaises.

— a ... et ne peut attacher, eonliaue M. Cousin, une intention métaphysique à un son. »

— Le son immatériel se trouve probablement dans la fiole à côté de Tintention physique. Tenez, lecteurs ! vous nous tueriez plutôt que de nous empêcher de rire : quand, un grand homme nous dit une bêtise. Que voulez-vous? c'est une maladie.

— a L'homme, poursuit M. Cousin, est essentiellement une force libre : ... »

— Voyez-vous ces deux mots : qui hurlent de sç trouver ensemble I C'est, comme si vous disiez : l'homme est essentiellement de la matière qui n'est pas matière. £t, pourquoi l'animal n'est-il pas aus^i: de la matière qui n'est pas matière? Sera-ce parce qu'il est matière qui est matière ? L'argot est cent fois préférable : à un pareil jargon.

^ « ... là est, continue M. Cousin, sa dignité ,. . . »

— Si, sa dignité équivaut à la définition de sa réa^ lité; sa dignité est d'un beau poil.

— « ...Torigine, continue M. Cousin^ ou du moins la condition de toutes ses connaissances. »

— 11 y a diablement de conditions pour avoir, même une seule connaissance.

V 11 faut être un être réel, un être sentant.

2* Il faut être uni à un organisme.

S"* Il faut que cet organisme ait une mémoire.

4® Il faut que cette mémoire soit développée par

l'âge-

b"" Il faut être en société.

6* Il faut que le verbe soit développé.

Otez une seule de ces choses; et, la connaissance

va se promener : la canne à la main.

— a II y a de l'action, continue M. Cousin^ dans toute connaissance,... >

— Le mot action a deux valeurs. Il y a : action réelle; et, action illusoire. Toute action réelle, est relative au temps ; le temps est relatif au verbe. Ainsi, avant le verbe, il n'y a pas d'action réelle. Aussi, la première connaissance, le premier signe, ne dérive pas : d'une action réelle. C'est, seulement par le signe : que, l'âme devient capable d'action. Auparavant, il n'y a qu'action illusoire; action organique.

— « ... et toute action, continue M. Cousin, est essentiellement libre. ■

— Oui, une action réelle. C'est, comme si vous disiez : qu'une action est une action.

— « Le reste , continue M. Cousin , n'est point de l'action , mais du mouTement. »

— Il est impossible de dire mieux. Vous le' voyez,

SCIKNCI-: SnClALE. 359

Messieurs ! en dehors de Taction réelle, de l'action de rame, il n'y a : que, mouvement, matière. C'est, M* Cousin qui Ta dit. La vérité, dit-on, sort de la bouche des enfants. Que signifie ce proverbe? Que, les enfants n'ont pas encore de préjugés ; et, que c'est chez eux qu'il est le plus facile : de reconnaître la vérité. Qu'est-ce qui masque la vérité? Les préjugés. Anéantissez les préjugés, la vérité reste évidente. Ici M. Cousin , sans le savoir ; et, par ce non-savoir ; a laissé paraître la vérité.

— « Notre vraie puisçance, continue M. Cousin, est notre Tolonté. »

— : Toujours de mieux en mieux : notre vraie puissance est l'âme ; et^ notre fausse puissance, est : l'organisme ; la matière ; la force. Force et volonté ; ce qui signifie ici : force et âme; sont ainsi [les antipodes. Voilà M. Cousin disant lui-même : que Tâme n'est pas une force ; et que, par conséquent, elle n'est pas : une force libre.

— « Si rhoDime ne voulait pas, continue M. Cousin, il ne pourrait rien. »

— Trop gratter cuit ; et, trop parler nuit. A quoi bon ajouter, à de belles choses, des vérités de la Pa-lisse? C'est, par trop enfant de dire : que, si l'homme ne voulait pas, il ne pourrait pas. Et, encore ici, l'homme doit signifier Tâme^ pour ne pas dire une folie. Un homme , qui a la fièvre , peut étrangler ce qu'il a de plus cher. Il ne veut pas l'étrangler cependant.

360 SCIBNCE SOCIALE.

Et, si vous ne faites la distinction, n'est-ce pas rhomme qui étrangle?

— «Il ne pourrait^ continue M. Gonsia, que ee ifut peat ranimai ;...!>

— Parfaitement bien! L'homme est donc : une âme, plus une bète. Or, comme Tàme est exclusivement : ce qui sent ; ce qui est capable de penser ; les bètes, qui sont incapables de penser, selon le M. Cousin d'ici, ne sentent donc pas. Allons : M. Cousin! il faut sortir ou entrer. Si, la bête n'a pas de puissance réelle ; n'a pas de volonté réelle ; avec tout ce qu'il faut pour développer la volonté ; elle n'a donc pas d'âme? Et, si elle n'a pas d'âme, elle ne sent pas. Ou, M. Cousin veut-il : que , ce soit la matière qui sente ? Le célèbre Laplace disait, du reste, qu'on ne pouvait affirmer : qu'une salade était incapable de souffrir mort et passion. Écoutez ce qui va suivre : quand, M. Cousin parle comme un enfant, il est admirable.

— «... c*e8l-à-dirc , continue M. Cousin , que la force universelle de la nature, à l'aide de circonstances extérieures et de ressorts internes, déterminerait en lui des expressions et des mouvements purement organiques, »

— Messieurs I lout notre travail consistera : à vous prouver la vérité, de ce que M. Cousin vient de vous exposer. Jamais, Descartes n'a rien dit, sur l'automatisme, qui eût plus de valeur : que, ce que vient de dire M. Cousin.

— et Parmi ces moaTements , continue M. Cousin , il faut compter le langage primitif, ...»

— Voilà, M. Cousin qui cesse d'être enfant; le icoilà redevenu philosophe ; et , le voilà perdu dans Tindétermination : entre le propre et le figuré.

— a ... tout signe, continue M. Cousin, involontaire et irréfléchi. »

— L'expression ^ign(t involontaire équivaut : à Texpression blanc noir. Un signe, dit le dictionnaire, est l'expression de la pensée; et, ce qui est involontaire, n'est pas une expression de pensée ; M. Cousin vient de le dire. Au propre, un perroquet ne parle pas ; même, quand il dit : bonjour^ Jacot. Maintenant, vous allez avoir : du galimatias ; du philosophisme.

— « Quand ces signes irréfléchis^ continue M. Cousin , seraient aussi riches qu'ils le sont peu,. . . »

— Voyez-vous : le passage d'un ordre à un autre ; de l'ordre de nécessité, à l'ordre de liberté? Et, pourquoi donc le langî^e primitif de la bête ne devient-il pas riche ?

— «... quand, continue M. Cousin , Timagination systématique. . . »

— Quel langage 1 L'imagination n'est pas un être. Le mot imagination a deux valeurs : l'imagination est réelle ou illusoire; active ou passive- Là, où le verbe n'est pas développé; et là, où il n'y a pas de source de

verbe; comme chezrhomme isolé, pomrle premier cas; ou, chezi'animalmèmeeo sociétéfiguree, pour le second; il n'y a que mémoire, imagination illusoire, imagination passive, où la force, la matière, roi^anisme simulent l'activité réelle. Là, où le verbe est développé , là, seulement, il y a imagination réelle. Quant, à l'épithclc systématique : c'est , une philosophade. Du reste ]^f. Cousin, par l'imagination systématique a voulu dire : V esprit de système^ le préjugé. Ce qui va suivre, sauf quelques taches, est excellent.

— « ... leur prêterait, contioue M. Cousio, les caractères dont ilsMil entièrement dépourvus ,,. . n

— Les caractères de la volonté , les caractères de l'âme; et, par conséquent, les caractères du sentiment ; car, l'âme est le sentiment ; ou, ce n'est rien du tout. Suivez bien M. Cousin. Voilà encore Tenfant qui va parler.

— « ... si parfaits, continue M. Cousin, qu^on les suppose, •.. »

— Ce sont les signes des animaux , ne l'oubUez pas.

— " ... considères isolément en eux-mêmes, continue M. Coasin,iU ne (ioi:rraient jamais servir de moyens de rappel ou de communication t la pcii-ice. >

— Qu'est-ce que vous nous chantez, M. Cousin? La pensée n'est pas un être ; les pensées ne communiquent

pas ; ce sont les âmes qui communiquent, au moyen des pensées ; ou , plutôt , des expressions de pensée qu'eHes peuvent émettre et recevoir : par leur union à des organismes. Le langage primitif, qui n'est pas du tout un langage, est transformé en langage réel : partout^ où il y a des êtres réels en contact, ayant déjà ce prétendu langage primitif.

— « Us De seraient même jamais des signes, » pontinneM. Cousin : ...

— Très-bien 1 M. Cousin. Voilà que vous distinguez le propre du figuré. Alors, pourquoi ne concluez-vous pas?

— « ... ils seraient exactement^ continae M. Cousin, comme s*iis irexislaîent pas,. . . »

— Ainsi, quand le chien crie , après avoir reçu un coup de bâton, c'est relativement à la douleur, relativement à l'âme, absolument comme s'il chantait. C'est vous, qui le dites , M. Cousin. Nous, nous le prouverons.

— « ... si^ comme on le dit ordinairement avec asses de justesse, continue M. Cousin, rhomme n*aYaît quelque pensée à leur donner. . . »

— Quel jargon I On ne donne pas une pensée à un mouvement, à un signe figurément dit ; l'âme donne à ce signe, ime valeur ; et, dès lors, ce signe figuré devient : un signe propre ; une expression de pensée ; et, non une pensée. Dites donc alors : que, partout où les signes figurés existent, ainsi que la socii^té qui rend les

364 SCIENCB SOCIALE.

signes propres nécessaires; et, qae cependant les signes propres ne viennent pmnt à être inventés ; c'«r, qu'il n'y a personne pour les inventer; c'est, qu'il n'y a pas d'âme, pas de sentiment; et, qae les signes qm apparaissent, même après des coups de trique, sont, ainsi que le dit M. Cousin, comme sUls n'existaient pas. C'est, un arbre qui crie en tombant.

— «... quelque pensée à knr donnera signifier, conttnne M. Cousio, ou plutôt s*il n*a?&it le pouvoir de se les approprier et de les apercé- ▼oir. »

— Ainsi, où ils ne sont pas appropriés, c'est, qu'il n'y a personne pour les apercevoir. Quand^ le chien crie; c'est, comme s'il chantait. C'est M. Cousin qui le dit.

— « Car, continue M. Cousin, tout ce qui est inaperçu est însignifiaat et nul. »

— Quand, le chien crie; c'est, comme s'il chantait : c'est M. Cousin qui le dit; ne l'oubliez jamais I

— « Or la condition essentielle de toute aperception, continue M. Coosin, est Faction intérieure^... »

— C'est clair ; et, où il h^y a point appropriation des signes, il n'y a point d'action intérieure réelle; il n'y a qu'action intérieure illusoire : la force universelle de la nature j comme dit M. Cousin.

— « ... celte action personnelle et fondamentale^ continue M. Cousin, que les scolastiques appelaient la forme substantielle de Texislettce. »

SCIEMCR SOCULE. . 365

— Eh 1 grand Dieu ! dites donc, tout bonnement : le sentiment. Pourquoi , ne point parler comme tout le monde? La forme substantielle de l'existence I Qui diable Toulez-Yous qui comprenne cela? Dites, \e sentiment de V existence; et, toutes les cuisinières vous comprendront.

— «Ce n*es( pas Taperception , continue M. Coasin , qui nous constitue,.*. »

— Prenez garde, M. Cousin ! Vous allez tomber dans le galimatias.

— « ... c'est bien plutôt nous, continue M. Cousin, qui constituons Taperception. »

— Quel jargon! Dites donc : là, où il n'y a pas d'âme, pas de sentiment ; il n'y a qu'aperception illusoire; là, où il y a sentiment, il y a aperception réelle. C'est, comme si vous disiez: il y a sentiment; là, où il y a sentiment ; et, il n'y pas sentiment ; là, où il n'y a pas sentiment. Il faut éviter de pareilles tautologies, qui ne sont bonnes : qu'à faire gagner les imprimeurs ;

' et, à faire devenir fous des malheureux jeunes gens, qui ne peuvent s'imaginer : qu'un philosophe vienne leur dire : qu'un pain d'un sou, vaut cinq centimes.

— « Où manquerait faction intérieure, continue M. Cousin, défûllirtit Taperceptioo. . • p

— Cela signifie : que, quand le boulanger n'a pas. de pain, il ne peut nous en donner.

— « . • et il n'y aurai! rien pour BooSy > conliniie M. CoiifÎQ.

— Cela signifie eDCore : que, quand vous doonei des coups de bâton à un chien ; s'il crie, c'est comme s'il chantait.

— « En vain Tanlmal en kous poQsserail des cris, » coDtiooe M. Cousin,. . . »

— Écoutez bien! cela devient intéressant. Vous allez voir : combien il est possible d'approcher de la vérité ; et, de faire naufrage sans y aborder. Et cela, parce que lorsque la vérité paraît ; si , vous ne jetez les préjugés à l'eau ; ils font chavirer le navire.

— « ... exécuterait mille mouYements, continue M. Cousiu, ne stchtat rien parce qu'il ne saurait pas, . . . d

— Ceci est obscur : parce que le mot nous, que nous avons souligné, peut avoir plusieurs valeurs. II peut signifier : un animal, purement et simplement, sans avoir d'âme ; il peut signifier : un animal ayant une âme; et, alors, c'est un homme; mais, qui peut être complètement isolé ; il peut signifier encore : un homme, en rapport avec son semblable, avant que le verbe soit développé. La bête , pure et simple, exécuterait ses mouvements, pousserait ses cris par suite de la force universelle, ainsi que le dit M. Cousin. L'homme, isolé, n'attacherait aucune valeur à ses mouvements ; parce qu'il n'existerait pas encore dans le temps ; parce qu'il serait encore incapable de penser.

Quelques lignes de plus auraient suffi pour démontrer : comment la société développe le verbe ; là, où existe le verbe non développé ; là où existent des âmes unies à des organismes.

— «... ne se sachant pas, 9 continue M. Coasin, . . .

— Ne pas se savoir ^ quand on ne distingue pas Tordre d'éternité de Tordre de temps, est une expression qui n'a pas le sens commun. Ne pas se savoir^ signifie : ou, ne pas sentir, n'avoir pas de sentiment; et, alors, c'est n'être qu'illusoirement; ou, se sentir dans l'éternité et ne pas encore se sentir dans le temps ; et, c'est l'existence de l'enfant, avant le développement du verbe. L'animal, le chien, par exemple, qui chasse dans une meute : est-il un animal, qui n'a pas le sentiment de l'existence; ou, est-il un animal, comme l'enfant chez lequel le verbe n'est pas développé? Là est toute la question. C'est, parce qu'il ne la détermine pas ; que, M. Cousin est obscur.

— «... parce qa'il n'aurait jamais ni agi ni touIu, continue M. Cousin, il ne saurait jamais ni que lui, ni à plus forte raison qu*un autre que lui, eût exécuté un mouTement extérieur, encore moins qu'il eût voulu Texécuter, et que ce mouTement réfléchit un sentiment, une idée. »

— D'abord, un sentiment ne se réfléchit pas; ou, plutôt, le sentiment ne se réfléchit pas. Le sentiment est l'âme; elle est, ou elle n'est pas. Ensuite, un mouvement ne réfléchit pas le sentiment ; le mouvement est l'expression de Toi^anisme; et, il n'est Tex-

368 SCIENCE SOCIALB.

pression de l ame : que, lorsque le verbe est développé. Enfin, le mouvement d'un enfant, chez lequel il y a sentiment, et chez lequel le verbe n'est pas développé, n'est pas l'expression d'une idée. 11 n'y a idée : que, là, où il y a verbe développé. Tout cela est nécessairement obscur : parce que, M. Cousin ne sait ce qu'il dit. C'est, un aveugle ; à la vérité, un aveugle fort adroit; qui marche, avec son bâton. Mais, c'est toujours un aveugle. 11 trébuche à chaque instant. M. Cousin devait nous dira : pourquoi les hommes parlent; et, pourquoi les «bètes ne parlent pas. Pourquoi ne le -dit -il pas? Nous le dirons, nous.

— Cl Ce n*est donc pas, poursuit M. Goosin, la poissasce de la pirole et du signe... »

— Allons ! quel est l'imbécile qui ait jamais dit : que, le signe, la parole, étaient des puissances et non des outils? C'est donc bien amusant, de se forger des monstres, pour avoir le plaisir de les combattre ?

— <c ..• considérés en eux-mêmes , continua M« Gonaîn , qui produit les miracles qui doos accablent aujoard*iiiii. . . ».

— Eh 1 M. Cousin ; laissez donc les miracles et les mystèrea de côté. Pour un aveugle, tout ce qui a rapport à/, la lumière est mystère. Ouvrez le» yeux : et les miracles et les mystères s'évanouiroot. Le tout est simple conmie bonjour.

— «... et dans l'éclat desquels, continue M. Cousin, le signe et la parole cachent leur origine. »

— Allons ! voilà du Saint-Esprit tout pur. Mettezvous donc h genoux!

— « Car, continue M. Cousin, ôlei Factivité humaine. • . »

— Ne l'oubliez pas! M. Cousin vientde vous dire: que, l'action humaine réelle dérive : de Tàme; de la volonté ; de la forme substantielle de Texistcnco ; ce qui, pour dire simplement qu'il fait clair de lune, signifie : que l'activité humaine dérive : du sentiment de l'existence, de la sensibilité. Ainsi, Ôtcz le sentiment de l'existence, ou la sensibilité; et, vous no parlerez pas. Ayez sensibilité, mémoire, société, etc., ot^ vous parlerez. Les bètes ne parlent pas. Kilos onl, évidemment : mémoire et société. Elles n*ont donc pas la sensibilité. C'est clair, comme bonjour. Nous rendrons cela plus clair encore, s'il est possible , quand, nous expliquerons ; comment, le verbe se dé veloppe, nécessairement, partout où il y a les conditions nécessaires; et, comment il est possible de re« connaître : que, Tune des conditions manque, nécessairement : quand, les autres existent ; et, que le verbe ne se développe pas. Tout cela, du reste, est tellement clair : qu'il serait honteux d'en parler deux fois,

après l'avoir expliqué une si, les préjugés ne

rendaient aveugle. Galilée a été obligé de dire : que la terre ne tournait pas. Du reste, la vérité ne peut

r^tre acceptée : avant, que les fautes soient expiées. IV. 24

STO SQBlfCE SOCULr.

C'est juste- Fatalité et liberté doivent être habmom- QVES; sinon RIEN.

— « ... et, coûlmue M. Consin, cette pnisttiice mystérieuse. . . b

— Parlez-noufl donc de votre ignorance ; et, non de mystère. Un mystère : c'est un ballon de vaDilé. Dîtes : le ne sais pas ; je suis un ignorant, un sot : cela vaudra mieux. Socrate le disait bien ; pourquoi se le diriex-vous pas?

—>«..• cette puissftoce MjstérieHe , eentiiise M. C^mia, se réAûl i neo. »

— C'est-à-dire : que, les animaux ne sont rien

de réel. Il y a longtemps,^ que nous vous k disoi^s. Vous le dites comme nous. Nous sommes d'accord.

— « Laisseï Tactinté, au contraire » ctotinue BL C«ttiin ; laîwi iiii apercevoir ces cris, ces gestes, quî^ tant qu'ils lui sont étrangers, sont imigmfiamit an eu-mèines. BUe les «perçoîl. »

— Il fallait dcmc eondure et dire : voSà pourquoi l'activité humaiae parie. C'eÔt été in&hnent plus clair que k fameux : « Et, vo% pourquoi votre fille est muette. » La suite de la eonclnrion était : Et voilà peurqiioi les animaux ne parlent pas. S'% avaient mie activité réelle^ une activité indépendante de la force universelle, vue volonté, une foraie substantielle de Fexîsfence, un sentiment de rexuCence, la sensibîlîté enfin, ils parleraient. Ce serait égàerneot plus

SClBIf€K SOCTAU. 37i

clair : que, ce même : « Et Toilà pourquoi rotrc fille est muette. »

— « Bientôt, contkme M. Coasis , eUe iri les répéder libranenf^ ...»

— Très-bien 1 M. Cousin. II n'y a, en effet, liberté : qu'après le déreloppement du verbe. C'est, maintenant, vous qui le dites.

— «... st les «pprofrier, continue- H. Gonin , les rendre significatifs pour elle. . . »

— Pour elle^ et, pour un autre, au moins. Poor elle seule ; par elle seule ; elfe ne ferait ri«i du tout. Le verbe ne se âével(^perait point.

— «... qii les comprend pnree qu'elle les produit, continoo SL Coih

sin, qui les produit puisqu'elle les répète librement* »

— Nous voilà retombé dans la tautologie. Puis, avant d^avoir conclu : que, les animaux ne sentent pas; il vous est impossible de savoir : si, Tâme est immatérielle; et, par conséquent, si Fâme produit réellement, librement, au propre et non au figuré. Si, le chien sent le coup de bâton; il n'y a pas plus d^âme, chez l'homme, que dans le creux de la main. C'est, à prendre ou à laisser.

— « C«r toutb répAitioB Tdbntdre, eoninrae S. Connn^ est une Térittble production. »

-— Four ramoiBr du bon Diett, IdsBeMioïKi donc

tranquille avec votre tautologie ! On croirait entendre les cloches, un jour des Morts !

— « Voilà, continue M. Cousin, les signes inventés : ••• »

— ^Eh bien ! après ? Concluez donc I II faut bien avoir la rage, de] parler sans rien dire; quand, il est si facile de conclure. ^

— R ...ractÎTité, continue M. Cousin, n'a plus qu^à les perfectionner,...!

— Allons ! encore des bêtises. L'activité ne suffit pas. Allez voir des peuplades qui ne comptent pas plus loin que trois , ce qui du reste est bien difficile à croire ; mais, enfin, allez voir des langues qui restent des siècles sans se perfectionner. C'est, qu'il faut plus que l'activité; il faut des besoins. Sans le besoin de la vérité ; sans l'anarchie, causée par MM. les philosophes, M. Cousin en tête ; jamais, la vérité ne serait cherchée ; et, si elle était trouvée ; M. Cousin et ses acolytes la fouleraient aux pieds. Ce sont des philosophes anthropomorphes qui ont incarcéré Galilée ; et, les philosophes panthéistes valent encore moins. Les premiers ont, au inoins, l'excuse de vouloir l'ordre; les derniers, pour s'excuser, n'ont que leur vanité. Belle excuse !

— a ... à les varier, continue M. Cousin, à les unir, à en faire à la longue, pour la pensée,... »

— Eh non ! M. Cousin ; ce n'est pas pour la pensée;

SCIENCE SOCULE. 373

c'est pour Tâme. Que diable voulez-vous donc que la pensée rappelle? La pensée n'est pas plus un être, que la force, qui se trouve dans une bille.

— «... les moyens de rappel, continue M. Goasin, de commonicatioa on même de prodaction altérieare si actifs et si puissants,... »

— Des moyens actifs ! des moyens puissants ! des outils actifs I des outils puissants I Quel jargon figuré. On peut dire : qu'un acide est actif, pour dire qu'il est concentré. Cela est bon dans le règne matériel. Mais, passer ces expressions dans le règne intellectuel, c'est faire du matérialisme ; et, qui plus est, du galimatias!

— « ... puisipi'ils sont, continue M. Cousin, dépositaires de toale TactiTité et de toute la puissance de l'intelligence Tolonlaire et libre... »

— Encore une fois , quel jargon ! Est-il possible qu'un homme d'autant de mérite dise de pareilles sornettes; et, cela : pour confondre la pensée avec l'âme I

— « ... dont ils sont i la fois, continue M. Cousin, les effets et les instruments. »

— La cause des signes est l'âme. Les moyens de YâmCj pour établir les signes, sont : son union à un organisme, suffisamment développé ; et, l'état de société. Puis, les signes se perfectionnent : à mesure que les besoins l'exigent.

974 SGIBMCB SOOâUE.

•» « Les sîgûeif contiaBC M. GMub, la fttêibf mt fini iMc riai et eox-mèmes. » ;

— Non : il n*y a rien, qui soit en soi-même : que les âmes ; si, âmes il y a. Ici, nous parlons des indiyidnalhés. Les signes et la parole sont faits : comme du beurre et du fromage.

— a Ils ne sont, coatinue M. Goasin, qat ce qae U Tolonté les &it être ;"... »

— Le premier signe naît : de Fâme, imie à mi or^« nisme; et, de la société. La volonté et le temps naissent : avec les ngnes; avec le verbe. Après eela, les signes sont en effet, ce que la volonté les fait être. Du reste, c'est de la tautologie. Dire : que, les signes sont esfientiellement conventionnels ; c'est tout dire. Bien entendu, s'il y a des volontés réelles : ce qui est à démontrer.

— -« ... et mt ceci comme en beaucoup d*aiitren ckmes, ooiHott M. Goiisiu, il est dur d^eotendre partout célébrer les effets quand la cause ^ est ou méconnue ou reponssée. n

— C'est vous, qui repoussez et méconnaissez 'la cause, en accordant : qu'elle n'est pas exclusive à ^l'homme. Si, la sensibilité galope sur toute la série; on a raison de dire : que, si une laitue ne fait pas un poëme; c'est, qu'elle ne parle pas. Demandez, plutôt, à M. le marquis de la Place?

— « Que Von y songe, continue H. Gonsm; !& théorie que nouscomattons ne Ta pas à moins qu^à faire produire riiMÉtfe par k partie;...»

— Yous ne combattez rien du tout* Nier, n'est pas combattre ; et, encore moins vaincre. Pour combattre et vaincre, il faut prouver : que, l'âme, la sensibilité, appartiennent exclusivement àrbomme. Sinon, il est évident : que, Thomme n'est rien que par la parole ; et, dans ce cas, ce n'est : qu'une trèiMnauvaiae bête.

— «... maisThomme de cette théorie, conlbue M. Gousio, n*e8t qii*ane m&chine... •

— C'est vrai. Et l'homme, fait par l'être unique, n 'est-il pas une machine? Jusqu'ici, messieurs les philosophes, vous vous êtes rangés parmi les machines; et, en vérité : c'était justice.

— «... une machine, contînoc M. Cootin, dont se^scrt plas ou moins heureusement le langage... »

— Il doit être bien joli, cet être nommé langage 1 A-t-il des oreilles, pour entendre toutes ces belles choses ?

— ... « qui vient alors, continue lA. Cousin , on ne sait d*où. »

— Il vient du Dieu : un et plusieurs. Il en est la con ^ séquence logique •

— « N'est-ce pas-li, continue M. Gossîa, un yénUfole suicide? »

(Fragm, philos. Pensées déiacMes; langage^i. I, p. 212, 2i5.)

— Tout à fait. Mais, si une âme peut tuer le corps;

elle ne peut se tuer elle-même.., si elle est. Le plus sot des suicides, est d'étudier : la philosophie de ces messieurs .

Nous venons de juger bien séTèrement M. Cousin. Disons néanmoins : que, personne, avant lui, n'a approché autant du but. S'il est coupable, c'est pour ne point l'avoir touché. Il ne tenait qu'à lui de le voir, il n'avait qu'à se frotter les yeux.

Voici un autre morceau également très-remarquable. Nous en signalerons les défauts.

— « Que d'absurdités , dit M. Cousin , n^a-Uon pas entassées sur U question du langage et des signes! »

— C'est vrai ; c'est très-vrai ; nous verrons cela en traitant du verbe. (Voyez au chapitre cinquième.)

— « L'école théologique 9 continue M. Cousin, pour abaisser l'esprit humain,...»

— L'école théologique a toujours eu raison. Aussi longtemps, que la vérité ne peut être connue, il faut abaisser l'esprit humain, puisqu'esprit humain il y a; ou sinon : l'humanité doit aller se promener dans le néant. Et, une fois qu'on ne peut plus abaisser l'esprit humain, qui alors est un esprit fort bète ; il faut : que, ce charmant esprit trouve la vérité ; ou, qu'il aille faire la même promenade.

— « ... prétend, continue M. Cousin, que Dieu seul a pu inventer le «gage. »

— C'est, précisément, pour cela : que, le bon Dieu a été inventé. Une fois que Ton sait , quelle est l'origine du verbe, on n^a plus besoin de lui ; et, du moment qu'on n'en a plus besoin, il s'évanouit. Pasato il pericolOy gabbato il santo.

— « Mais y cootÎDae M. GoasiD , la difficulté n^est pas dVoir des signes. »

— Comment 1 la difficulté n'est pas d'avoir des signes ? Mais, il n'y en a pas d'autres. Voilà, M. Cousin, qui confond des mouvements instinctifs : du corps, ou du gosier, ou du sang, avec des signes. Il a cependant dit, plus haut, qu'il y avait, un abîme : entre des mouvements et des signes.

-— A Les sons, continue M. Cousin, les geste?^ notre visage, tout notre corps expriment nos sentiments... »

— D'abord, avant le verbe il n'y a pas de sentiments au pluriel, de sentiments dans le temps ; il n'y a qu'éternité, sentiment d'existence ; ensuite, ce qui va suivre est pire encore.

— « ... instinctivement^ » continue M. Cousin,...

— Tout ce qui est instfnctif n'est pas un signe proprement dit. Si, les animaux n'ont pas de sentiments, ont-ils des signes proprement dits ? La sensitive, qui ferme ses feuilles, fait-elle des signes ? ^

— « ... et souvent méme^ continue M. Cousin, à notre insu. »

— Est-ce que M. Cousin s'imagine : qu'il y a des signes, proprement dits, à notre insu? Le bonjovff Jacot du perroquet estril un signe ?

— « Voilà , continue M. Cousin , les données piioitiTes dn Uu^gBi les signes naturels... »

— Qu'est-ce que vous dites? Des signes naturek? Voilà, encore deux mots qui hurlent de se trouver ensemble . Signe naturel équivaut : à infini fini ; à Dieu un et plusieurs; à nécessité liberté; à matière immatérielle. Un signe est, précisément, le contraire : de naturel; de dérivant du seul oiganisme. 11 est artificiel, conventionnel, ou il n'est pas. Mais, dira M. Cousin, on se sert de mouvements pour en faire des signes. Et de quoi voudrait-il donc qu'on se servît ? Du néant? Ils sont singuliers ces philosophes 1 Et cela : pour avoir la rage de parler trop vite.

— «... que Dieu a faits^ continue M. Cousin , comme il a (ùi toutes choses, »

— S'il a fait toutes choses, il a donc fait la parole. 11 faut perdre la tête, pour dire de pareilles folies. Une fois, que le bon Dieu fait quelque chose, il fait, comme le dit M. Cousin, toutes chosesj et, l'homme ne fait rien du tout. M. Cousin s'imagine-t-il : que, c'est la truelle qui fait le maçon ? Eh bien 1 s'il y a un bon Dieu; l'homme est sa truelle.

— « Maintenant, continue M. Cousin, pour convertir ces signes naturels en véritables signea... »

SCIBNCB SOCIALE « 379

— Ainsi, les signes naturels ne ea&t pafi des signes ? Pourquoi donc les appelez-vous signes ? Est-ce pour embrouiller ce que vous dites, par la confusion du figuré avec le propre.

— «... et inslitaer le langage , continue M. Goasiu , il faut une autre condition : ..« »

— Une autre condition ! Pouvoir produire des mouvements, est donc une confition du langage; et, par conséquent, de la pensée? L''ime ne peut donc penser : sans produire des mouvements ? L'âme doit donc être unie au mouvement, pour pouvoir penser? L'âme est donc séparée du mouvement; car, si elle était mouvement, elle ne serait pas simple, elle ne serait pas âme? L'âme ne peut donc penser? L'âme n'est donc pas un être pensant ? Qu'en dites-vous?

— « ... il lauty continue M. Cousin, qu*au lieu de Caire de nouveau tel geste, de pousser tel son instinctivement ^ comme la première fois , ayant remarqué iMNif4nème que d*«rdiiiaire lea mouTemeBli eiiérieurs accooipagneotiel ou ielmottiement de rime,. •• •

— Ta, ta, ta, ta, ta; vous voilà parti au galop avec le mors au dent. Mais, cette remarque est un raisonnement; et un raisonnement très-complexe; or, pour raisonner il faut des signes. 11 y a donc des signes, avant qu'il n'y ait des signes? Puis, nous voilà, jusqu'au cou, dans le cercle vicieux : pour lequel M. Cousin paraît avoir tant d'horreur. Et^ tout «cela : parce qu'on veut pader, avant 4'av4»ir pensé. Alors, on Ift-

che instinctivement des paroles ; et, on ne dit rien du tout.

— «... nous les répétions Yolontairemeut, continue M. Cousin , avec rinlention de leur faire exprimer les mêmes sentiments.»

— Et, alors, pourquoi les chiens ne parlent-ils pas ? Selon vous, ils ont des sentiments. Pourquoi diable ne remarqueraient-ils pas , comme yous ; si, on peut remarquer sans signes? Direz-vous, aussi, cette belle calembredaine : que, c'est parce qu'ils ne peuvent articuler des sons comme les perroquets ? Vous imaginez-vous : que, si l'humanité était sourde-muette de naissance, l'humanité n'aurait pas le verbe ? Allons ! M. Cousin, vous plaisantez I

— - « La répétition Tolontaire d'un geste ou d'un son , « continue M. Cousin,...

— Vous le voyez ; vous le dites vous-même : l'humanité, sourde-muette de naissance, parlerait. Pour, que des hommes parlent ; qu'ils soient dans des enveloppes de chiens ou de chauves-souris, il leur suffit : de faire des mouvements ; d'avoir des besoins; et d'être en société. Ce n'est pas plus malin que cela.

— «... produit d'abord par l'instinct, » continue M. Cousin ^...

— C'est, du mouvement, sans doute, que vous voulez parler; et, non de tel mouvement. Alors, il serait très-joli : que, le mouvement ne fût pas produit par

instinct ! Vous ignorez donc : que, l'instinct n'est qu'une force, un mouvement? Il faut donc vous remettre à l'Aj B, C? Tout cela : c'est, parler pour ne rien dire ; ne pouvant dire pour parler.

— « ..-. et sans intention, » continue M. Cousin,...

— Ce serait bien joli : s'il était produit : par instinct ; et, avec intention I Ce serait cela : qu'il faudrait mettre en bouteille !

*— « ...telle est, continue M. Cousin, Tinstitution du signe proprement dit, du langage. »

— Eh bien 1 si cela se fait comme cela ; et, que le bon Dieu ait fait l'homme comme cela ; l'homme est

ia truelle du bon Dieu, qui lui sert à faire le langage. On ne coud pas un habit avec du fil ; on le coud avec une aiguille. De cette manière-là, ou d'une autre, c'est toujours le bon Dieu qui fait le langage ; comme, c'est le tailleur qui fait l'habit ; et, non l'aiguille ni le fil. Mais, encore une fois, pourquoi les chiens ne parlentils pas ? Ne tournez donc pas autour du pot ; et, venez au fait.

— « Cette répétition volontaire, continue M. «Cousin, est la convention primitive sans laquelle toute convention ultérieure avec les autres hommes est impossible. »

— Very tcellj disent les Anglais. Mais, c'est préciincnt ce premier pas, qui est le plus difficile. C'est l'affaire de saint Denis : portant sa tête, pendant deux lieues.

382 SGIEIfGE SOCIJktH.

— « Or il est absurde y contamê M. Coimi , d*eaipïoyer Dieu fMir foire cette conventien première à notre place. »

— C'est bien vrai . Comme il serait absurde : que, le tailleur fît les trous d'aiguille avec le bout de son doigt. Mais, en est-ce moins le taitteur qui fait les trous ?

— « Il est évident, continne M. Goann^ qat nous 9enU poaToiu &ire celle-là. »

— Àh çà 1 camarade, vous svq^sez doue : que, le bon Dieu a les doigts trop gros, pour pouvoir faire des trous aussi fins qu'on peut les faire avec des aiguilles? Nous pouvons donc faire, ce que le bon Dieu ne pourrait faire? Allons ! vous frisez le fagot.

— (c L^inslitntion do langage par Dieu , continue M. Cousin , recule donc et déplace la difficulté et ne la réaoud paa. Des signes iaventés par Dieu seraient pour nous, non des signes, mais des choses...»

— Très-bien! M. Cousin; parfaitement bien! Il est impossible de dire mieux. Et, comme s'il ya un bon Dieu, c'est nécessairement lui : qui fait les signes, comme le tailleur fait les trous ; vous voyez donc bien ; et, vous dites parfaitement : que, s'il y a un bon Dieu, nous n'avons pas de signes en réalité; nous ne pouvons penser, raisonner en réalité ; c'est-à-dire : qu'alors, nous ne sommes ri&i du tout. Bravo, M. Cousin! bravissimo!

— «... qu^il s^agissait ensuite pour nous, continue M. Cousin, d*éleTer à Tétat de signes en y attachant telle ou telle signification. »

SCTENCE SOCIALE. 3S3

— Pas possible, M. Cousin; pas plus, qu*il n'est possible à une aiguille de faire un trou sans le tailleur. C'est le bon Dieu qui fait tout, vous venez de le dire : il fait toutes choses. Vous aurez beau faire ; tant

qu'il est là^ voua ne ferez rien du tout en

réalité.

— a Le langage , poursuit M. Cousin , est une institution de la vo-^ KHité... »

— Bien certainement, M. Cousin, si volonté signifie l'âme ', et, si cependant il y a des volontés. Pour le savoir, voilà par oa il faut commencer : y a-t-il des volontés ? S'il y a un bon IHeu ; pas plus de volonté que dans le creux de la main. Dans ce cas, c'est lui, lui seul qui est volonté. Ne dites-vons pas qu'il est l'ÉTKE UNIQUE ? Eh bien I concluez donc.

— « ... traTaiilftBi» coitiaiu M. Govaîa , «ht llMlmet et la natilre. »

— La nature et Tinstinct, M. Cousin ; c'est une «ado et mime chose f Tous armez donc bien à embrouiQer les questions ?

«- « Biab, contnne M. Camin^ dlti la Toloiitlf il iCj t plu» de répé^ tition libre possible... »

— Très-bien! Vous voyez donc : que, partout où le bon Dieu se trouve ; il n'y a rien ailleurs ; et, que partout où il est, il n'y a que lui. Vous l'avez dit : il est Vêtre unique , la stAbstance des substances. C'est bien joli : une substance élevée au carré 1 1

— «... d*aucuii signe naturel, continue II. Cousin, il n*y s plus de ▼r&is signes possibles, et la sensibilité toute seule..- »

— Savez-vous bien ce que c'est, M. Cousin, que la sensibilité toute seule ? C'est, Tâme séparée de l'organisme; c'est, la sensibilité dans rétemité. La sensibilité dans le temps , c'est diablement complexe. D'abord, là elle n'est pas toute seule; elle est unie à un organisme ; et, ce n'est pas tout. Il faut : que, cet organisme soit développé ; et, ce n'est pas tout. Il faut : que, cet organisme ait une mémoire; et, ce n'est pas tout. Il faut : que, cet être double puisse faire des mouvements ; et, ce n'est pas tout. H faut : que, cet être double ait des besoins; et ce n'est pas tout. Il faut : qu'il ne soit pas seul; et, ce n'est pas tout. Il faut encore : que, le verbe soit développé. Et, c'est seulement alors : qu'il y a langage et volonté.

— « ... la sensibilité toute seule , continue M. Cousin , n'explique pis plus le langage que rintervenlion de Dieu. »

— Comment 1 l'intervention de Dieu n'explique pas le langage? Mais, vous voulez donc vous faire brûler? L'intervention de Dieu explique tout ; par une bonne raison : c'est, qu'avec l'intervention de Dieu; toute explication est une sottise.

— « Enfin, continue M. Cousin, ôtei la Tolonté,.., »

— Qu'est-ce que vous dites ? Mais, 6 ter la volonté c'est ôter l'âme. Vous perdez donc la tête? La ques-

SCIEIfCS SOCIALB. 385

lion est de savoir : s'il y a des Tolontés; s'il y a des âmes, qui soient des réalités, et non : des calembredaines.

— « ... c*est-à-dire, continue M. Cousin, le sentiment de la personnalité, la racine du^^e est enlevée. »

— Nous voilà, encore, dans le cercle vicieux^ et, cela : parce que M. Cousin passe, sans le savoir, de Tordre de temps, à Tordre d'éternité. Dans le temps : le JE, la volonté, n'existe : qu'après le verbe ; qu'après avoir dit : je. Dans l'éternité : la racine du je ; la racine de la volonté; existe : avant le verbe. Tout cela, est ekir comme boi^oar. Mais, quand on ne distingue pas : e'est du noir,, à couper au couteau.

— tt U n'y a pas de sujet. » continoe ]VLGouAiiiv*«*

— Pas de sujet, dans, le tempsy, c'est vrai. Mais, il existe dans Téternité^

— « ... ni par conséquent d'attribut, p continue M. Cousin ;. ..

— Le sujet, peut exister sans être uni : à des attributs ; à des qualités; à de là matière; et, alors, le sujet est dans l'éternité. L'attribut, isolé du suj^ c'est : la qualification; la nratièrev Mais, la matière n'existe dans le temps ; ces attributs n'existent dans le temps; que^ lorsque Ke temps existe*; et, fe temps n'existe :• que, lorsque le verbe existe. Vousnevojrw donc pas : que, pour qiretles qmlifieatîoiis existent, 9

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