ASSOCIATIONS PARTICULIÈRES
— « Ainsi, d'après la définilion du Code, continue M. Proudhon, une société de commerce qui poserait en principe la faculté pour tout étranger d'en faire partie sur sa simple demande et de jouir aussitôt des droits et prérogatives des associés même gérants, ne serait pas une société :... »
— Pourquoi donc ne serait-ce pas une société? Certes, ce ne serait ni une société nationale; ni, une société de commerce; ni. une société domestique; mais, ce pourrait fort bien être : la société soumise à la raison ; la société générale ; la société humanitaire; la société réelle; ou, plutôt : la société, sans épitliète : au seiu de laquelle, chacun en naissant, en ferait partie : sur sa simple demande tacite, exprimée par sa qualité d'homme, de jouir aussitôt des droits et prérogatives des associés, même gérants : le tout, selon les règles, incontestablement déterminées, par le souverain réel : la raison.
— «... les tribunaux, continue M. Proudhon, en prononceraient d'office la dissolution, la non-existence. »
— Et, avec juste raison ; en tant : que, société particulière ou domestique. Mais, en tant : que société générale; que voulez-vous que puissent y faire les tribunaux, eux-mêmes, sujets du souverain? Vous voilà retombé dans la question mère. Quel gàcliis! Et, d'où vient ce gâchis? De l'assimilation : du souverain aux sujets; de la société générale, renfermant tous les individus; aux sociétés particulières, n'en renfermant chacune que quelques-uns; de la propriété collective enfin, appartenant à tous ; aux propriétés individuelles, appartenant à tels ou tels (1).
(1) Rien, dit M. Arago , n'est plus danjiercux, dans les sciences, que r.Rs ASSIMILATIONS. Coins (l'astronoviic, '?.G février 1845.
— « Ainsi encore, continue M. Proudhon, un acte de société dans lequel les contractants ne stipuleraient aucun apport, et qui, tout en réservant pour chacun le droit de faire concurrence à tous, se bornerait à leur assurer réciproquement et le travail et le salaire , sans parler ni de la spécialité de l'exploitation, ni des capitaux, ni des intérêts et des profits et pertes; un pareil acte semblerait contradictoire dans sa teneur, dépourvu d'objet autant que de raison, et serait, sur la plainte du premier associé réfractaire, annulé par le juge. »
— Et, encore avec juste raison ; en tant : que, société particulière ou domestique; parce qu'une pareille association, ne peut être : que, générale; établie par le souverain; et, qu'une société sujette, doit lui être soumise. Mais, comme société générale, dérivant de l'autorité réelle, ce serait différent. L'association mutuelle, dont M. Proudhon vient de parler, est relative : à la domination du travail sur le capital ; à la domination de l'homme sur la richesse ; est relative, à la souveraineté de la raison dominant la force. Et, cependant, encore est-elle basée, quant à la matière^ sur le capital collectif. Mais, la raison ne peut être souveraine ; ne peut dominer la force : d'une part, tant que dure lignorance .sociale sur la réalité du droit; d'une autre, tant qu'une force, quelconque, peutètrela base : d'un ordre ; plus qu'éphémère. Et, une force brutale ; ou, même masquée de droit ; peut toujours dominer : tant, qu'une anarchie, toujours croissante, ne vient point : rendre le règne de la vérité, absolument nécessaire. C'est, seulement alors : que, l'harmonie entre le socialisme et l'individualisme; devient possible.
— (( Des conventions ainsi rédigées, continue M. Proudhon , ne pourraient donner lieu à aucune action judiciaire. »
— Toujours, avec juste raison ; parce que : disposer dos propriétés individuelles, possédées selon la loi, ce serait anéantir toute propriété individuelle ; faire du communisme absolu; de l'anarchie; ou plutôt, de l'absurde.
Je viens de prononcer li^ mot cninnmiiiswc. (Test, encore
là : une expression indéterminée, source d'une logomachie effroyable, d'où dérivent, actuellement, toutes les anarchies possibles. 11 est temps : de dompter cette hydre; et, d'en faire jaillir la vérité : au bénéfice de tous.
Le communisme, absolu, estuu idéal absurde; qui, ne reconnaît, aux individus, aucune propriété particulière ; pas même celle du pain, qui se trouve déjà dans l'œsophage ; et, conduit ainsi : à la plus dégradante promiscuité. Cet absurde, si bien décrit par M. Proudhon lui-même, n'a jamais été professé, par qui que ce soit au monde; pas même, parle rêveur Platon. Cependant, en dehors du communisme absolu, ou évidemment absurde, il n'y a de possible : que, des organisations de propriété : plus ou moins bonnes ; plus ou moins mauvaises.
Disons, maintenant, pour élucider cette question ; dont, les passions se sont emparées; que, l'on a donné : le nom de comnmnistes à ceux qui croient : que, la propriété collective doit être la plus grande possible; et, les propriétés individuelles, les plus petites possible; sousla condition : de porter l'excitation au travail, la production, la consommation et le bien-être de tous et de chacun, au maximum possible ; et, le nom de propriétaires, d'individualistes, à ceux qui croient : que, les propriétés individuelles doivent être au maximum possible; et, ia propriété collective aumfnfmwm possible. Il arriveici, ce quiarrive toujours : lorsqu'une questionsociale est longtemps débattue. C'est, que les deux partis ont chacun raison ; selon, le point de vue d'où la question se trouve considérée. Tant, que l'ignorance sociale, sur la réalité du droit, n'est point anéantie ; les propriétaires, qui sont des communistes sans le savoir, puisqu'ils reconnaissent une propriété collective ; ont raison : parce que leur système est seul compatible avec l'existence de l'ordre ; et, peut seul procurer l'ordre ; tant, que l'examen peut être socialement comprimé. Du moment, que cette compression devient impossible; les propriétaires, les individualistes ont tort ; et
les communistes n'ont pas encore raison! Car, leur système est incompatible, avec rexistcnce de Tordre; tant, que l'ignorance sociale : sur la réalité du droit ; et' sur l'inévitabilité de sa sanction ; n'est point anéantie.
Dès, ensuite, que l'ignorance sociale se trouve anéantie; les communistes, qui sont des propriétaires sans le savoir ; puisqu'ils reconnaissent des propriétés individuelles ; ont raison; parce qu'alors -.leur système est seul, compatible avec l'existence de l'ordre.
Le fait est : que, communisme absolu; et, individualisme absolu; sont égalemeut absurdes; que, l'individualisme, en donnant ce nom au système qui restreint la propriété collective au minimum possible, est seul capable de servir debaseàrexistence de l'ordre : tant, que l'ignorance sociale, sur la réalité du droit, n'est point anéantie; et, que l'examen peut être socialement comprimé ; que, le communisme, en donnant ce nom au système qui étend la propriété collective au maximum possible, est seul capable de servir de base à l'existence de l'ordre : dès, que l'ignorance sociale, sur la réalité du droit, se trouve anéantie ; et, qu'en époque d'ignorance sociale et d'incompressibilité de l'examen ; les systèmes individualistes et communistes, sont également : anarchiques.
Nous avons cru ces explications nécessaires, sur l'expression communisme; dontcbacun, malheureusement, se sert : sans y attacher de valeur déterminée; et, ne renfermant rien d'absurde. Nous prions les journaux, de tous les partis, de vouloir bien les répéter ; et, les corriger s'il y a lieu. Nous considérerions leur silence : comme, une adliésion tacite. Cette discussion sera plus utile : que, toutes celles sur des solutions, actuellement toutes également incompatibles, avec l'existence : d'un ordre, plus qu'éphémère.
Dans notre prochain chapitre, nous reviendrons : sur les associations particulières ou domestiques. Il y a encore là : une source continuelle de logomachies.
« Si ions les docteurs de la même ville voulaient se rendre compte des paroles qu'ils prononcent, on ne trouverait pas deux licenciés qui attachassent la" même idée à la même expression... Vous m'objecterez que si la chose était ainsi, les hommes ne s'entendraient jamais. Aussi en vérité ne s'entendent-ils guère ; du moins je n'ai jamais
vu DE DtSrUTE DANS LAQUELLE LES ARGUMENTA-
teurs sussent bien positivement de quoi il s'agissait (1). »
Voltaire. Lettres chinoises et indiennes.
— « Rien n'afflige la dialectique comme l'usage de ces mots vagues qui ne présentent aucune idée circonscrite. »
Pe Maistre. De l'Egl. (jallic., p. 317.
— " On dit des gueux qu'ils ne sont jamais hors de leur chemin ; c'est qu'ils n'ont point de demeure fixe. Il EN est de même de ceux qui disputent