‹ Science sociale (volume 3)Chapitre 35 sur 102 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

Le 25 février 1848, j'écrivais à M. de Girardiii :

— « Les utopies vont s'égorger muluellemont. C'est seulenioiit après « leur iBort que je puis paraiire. Attendons! »

(Voyez ma lettre de novembre 48, à M. E. de Gir,a-din, insérée en partie dans le journal la Révolution démocratique et sociale, interrompue par la mort de ce même journal, le lo juin 18i9.)

— Dans cette mèiiic lettre, ggrtie déjà insérée dans ce journal, je disais encore :

— « Vous vous êtes souvent étonné : de ce que je n'aie point trouvé à » puLlier mon travail. Rien, n'est plus simple cependant. Je vais vci;s K l'expliquer.

.c D'abiid, je suis prolétaire. Je ne puis imprimer par moi-mê:i : , « qui n'ai souvent ; que, du pain et de l'eau pour me nourrir.

« Vous concevez ensuite : que, je ne trouverais pas un éditeur assez « sot, pour imprimer un ouvrage qui condamne tous les partis.

«' Reste la presse périodique.

« Mais, cette presse n'est autre : que, l'ensemble des partis. Si, un des « journaux accueillait mon travail; il mourrait. Et, c'est ce qui vous .1 « fait reculer.

« Vous concevez eu outre : que, je ne pou\n.is me présenter aux par- « titans de Tancienne société. Quant, aux partisans de la nouvelle, ils se « divisent : en po/(7(Q'"Mes; et, en socîait5/e5. Les politiques, se basent sur le « vote universel. Comment voulez-vous : que, ceux-ci me protègent? Je « suis, ou j'ai élé lié avec la plupart d'entre eux. Tous m'estiment. « Mais, tous me regardent comme un fou. En voici la raison :

« Vous savez, leur ai-je toujours dit : que , pour moi, la monarcbie, « sous quelque forme qu'elle puisse se masquer , représente l'ancienne « société; et, que je considère cette sociélé, comme condamnée à mourir, « dans les convulsions de l'anarcbie. Aussi, j'adore voire république, « ayant pour expression \e vote universel : parce que, pour moi, c'est le <( beau idéal : de l'anarcbie, de cet enfer social; dans lequel, l'ancienne « société doit expier ses crimes. Ce sera seulement : lorsque, les mouar- « cbies et les républiques se seront rendues également impossibles ; que, « le besoin d'ordre, par la vérité, pourra se faire sentir ; et, alors, mort narcbie et république seront identiques : la monarcbie de la raison ; Il et la république de tous. »

« Vous concevez , Monsieur : que, les républicains m'auraient eu en 0 horreur, s'ils ne m'avaient estimé. Ils se contL'utaient de dire : C'est « un fou; mais, c'est un honnête homme.

« Aurais-je mieux fait de m'adresser aux socialistes'? Voyons!

M Le Saint- Siuionisme : c'est, le despotisme d'un homme.

<i Le Fouriérisme : c'est, le despotisme des passions.

<< Le Communisme : c'est, le despotisme de la folie (1).

« L'absence de communauté et de propriété : c'est, le despotisme de la (( logomachie.

« Le reste : c'est, le despotisme du galimatias.

« Que voudricz-vous : que j'eusse été faire dans celte galère?

« Et, cependant, les socialistes ont raison. L'avenir est à eux; mais, à <? aucun d'eux. L'avenir est : à la vérité.

(l) Ik s'agit ici du communisme absolu. Nous avons déjà dit : que , dans un sens indéteroiiné, tout le monde est comraunibte et individuaiiritc : sans le savoir.

« Tous les socialistes s'époumonent à crier : union! L'union, en dehors a de la vérité incontestablement démontrée , comme constatant l'identité « possible : entre l'intérêt de tous et l'intérêt de chacun; et, cela, quand a la foi n'est plus possible! Il faut êlre fou, pour y penser; archifou; a plus fou, à soi seul; que, tous les fous de Bedlara et de Cbarenton « réunis.

« Notez, néanmoins : que, tous je les estime, les aime et les respecte. « Tous, ont en vue le bien de l'humanité. C'est, tout ce qu'il est permis « d'exiger d'eux. Car, si les bonnes intentions sont obligatoires ; la science « ne l'est pas; surtout : en époque d'ignorance. »

— Ce que je disais alors, fin de 1848, je le répète aujourd'hui. L'union, en dehors de la vérité incontestablement démontrée, comme constatant l'identité possible : entre l'intérêt de tous et l'intérêt de chacun ; et, cela, quand la communauté d'idées par la foi n'est plus socialement possible î Il faut être fou, pour y penser ; archifou ; plus fou, à soi seul; que, tous les fous de Bedlam et deCharenton réunis.

Et, comment peut se faire cette union des esprits ; cette communauté d'idées si nécessaire : en présence de toutes les forces de l'Europe, se réunissant pour prétendre dominer la raison ; à une époque : où, aucune raison, pouvant être réellement commune, ne se présente : commeT^pouvant dominer toutes les forces ?

Par une discussion loyale : exemple surtout de toute logomachie ; et, de toute vanité, de toute attaque personnelle. Et, comme la vérité est une, par essence ; pour, que cette union puisse exister ; il faut : que, l'un démontre qu'il a raison ; et, que tous les autres ont tort.

C'est, ce que je ferai.

Jusqu'à présent, je me suis toujours tû sur chaque système particulier; et, cela pour paraître au moins obéir à cette maxime banale et toujours si mal appliquée : il ne faut pas diviser les forces. Jamais, il ne m'est arrivé de dire publiquement un mot : ni, contre le système de M. Louis Blanc; ni contre celui de M. Proudhon. Je les ai appuyés tous les deux, autant qu'il m'a été possible , sans manquer

à ma conscience. J'ai agi ainsi : non, pour obéir au sens de la maxime qu'il ne faut pas diviser les forces — car, laisser des forces divise'es, quand on peut les unir au sein de la vérité, c'est contribuer à les maintenir divisées ; — mais, parce que le moment de pouvoir être écouté , pour tout ramener à la vérité, n'offrait encore aucune chance de probabilité. Maintenant, il y en a une ; et, le danger devient pressant; je la saisis.

Mais, me dit-on de toutes parts : et, M. Louis Blanc ; et, M. Proudhon; vont se ruer contre vous; quand même, vous auriez raison.

Je le nie ; et, je le nierais encore, quand je le verrais; car, l'estime que j'ai pour leurs bonnes intentions me ferait croire : que, ce que je lirais, sous leur nom, dans cette voie, n'est pas d'eux. Certes, ils ne se rendront pas de prime abord ; et, ce serait les injurier : que, de le leur demander. Mais, quand ils seront convaincus, après avoir fait ce qui dépend d'eux pour éclairer leur jugement, eux et moi nous nous rendrons : non, les uns aux autres ; mais tous, à la vérité : n'importe dans quel camp elle ait planté son drapeau.

Résumé.

Les associations particulières, qu'elles soient nationales, ou qu'elles soient domestiques, sont : autonomes, souveraines; ou, elles sont sujettes, subordonnées au souverain.

Il n'y a de souverain possible : que, la force; ou, que la raison.

Tant, que la raison ne s'exprime point scientifiquement; c'est-à-dire : d'une manière incontestable vis-à-vis de tous et de chacun; dans l'intérêt incontestable de tous et de chacun; la force, est le seul souverain possible. Tout, alors, est nécessairement ordonné : pour, le plus grand bien possible des forts.

Tant, que la force est : le seul souverain possible ; le seul

juge possible, au sein des associations particulières, dites nationalités; la force est, nécessairement, le seul souverain possible, le seul juge possible, au sein de chaque association particulière, dite nationale.

Tant, que la force est le seul souverain, le seul juge possible, au sein d'une nationalité quelconque ; vouloir établir des associations domestiques, ayant pour but : de renverser la souveraineté de la force, la souveraineté des forts, à une époque où la souveraineté de la raison n'est pas encore possible : est une utopie, à nulle autre pareille. C'est, établir le combat: entre les forts et les faibles. Si même, ceux-ci venaient à vaincre : ils seraient devenus forts ; les forts seraient devenus faibles ; mais, la souveraineté de la force n'en serait nullement anéantie. De pareilles associations peuvent être honues : pour augmenter l'anarchie; pour exciter les haines .-entre ceux qui ont; et. ceux qui n'ont pas; pour faire sentir h besoin d'un nouvel ordre social. Mais, tout cela n'est que détruire. En présence de l'incompressibilité sociale de l'examen, les passions ne peuvent que renverser. La raison, rendue scientifiquement incontestable, peut seule, alors : édifier.

C'est, seulement : lorsque, la raison est devenue souveraine; lorsque, la force est dominée; lorsque, l'association est devenue socialement universelle ; que, les associations domestiques, seules associations particulières qui puissent exister alors, sont également utiles : et, à la société générale; et, à cliacun des membres qui les composent^ Et, cela, saris jamais nuire alors : à ceux, qui préfèrent vivre en dehors de toute association particulière. Dès^ que le travail domine le capital; les associations particulières de familles; et, les familles isolées; sont également : libres et heureuses.

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