DISCUSSION CONTRADICTOIRE
« Monsieur ,
K J'ai reçu , par la personne que vous en avez chargée , l'exemplaire de voire ouvrage que vous avez eu la bonté de m'envoyer. Une pareille œuvre ne se lit ni ne se juge en vingt-quatre heures, nnais je me suis empressé d'aller au chapitre que vous m'indiquiez, et je ne puis qu'applaudir aux opinions comme aux sentiments que vous professez et que vous d<'fendcz contre M. de Girardiu et consorts.
« Je ne me permettrai qu'une seule observation. C'est que les ouvrages que Ton compose pour défendre des principes ou des institutions qui n'auraient jamais dû être attaqués, font beaucoup d'honneur à ceux qui en sont auteurs et fort peu de bien aux classes auxquelles on les consacre. Elles ne savent pas même qu'ils existent, et quand elles le sauraient, elles ne sont en état ni de les lire ni de les comprendre. Il en résulte que Ton ne prêche que des convertis, que les autres s'en moquent et que le reste ignore ce qu'on a fait en sa faveur , et n'en profite pas. Les opinions, me direz-vous , se répandent, s'infiltrent , on ne sait comment, dans toutes les classes, et peu à peu elles s'en trouvent modifiées , améliorées ou pires, selon la nature de ces mêmes opinions. Je ne le nie pas; mais vous savez, aussi bien que moi, que la pente qui entraîne du bien au mal est rapide, facile à descendre, et la montéequi ramène du mal an bien , pénible et longue à gravir, si toutefois l'on a des exemples qu'un peuple y soit jamais parvenu. Les générations présentes souffrent donc longtemps, et ce ne sont guère même que ceux qui leur succèdent, qui jouissent d'un sort meilleur. Mais dans ce court passage de l'homme sur la terre, c'est toujours chez lui un noble sentiment d'appeler au bien, c'est une consolante espérance que de l'attendre, et, s'il arrive, un grand honneur, une grande satisfaction d'y avoir contribué. Je souhaite bien sincèrement. Monsieur, que votre ouvrage procure tous ces avantages à son auteur, et à ceux qui le liront le bonheur d'être convertis.
« Veuillez agréer, Monsieur, l'expression de tous mes remercîments et de ma considération la plus distinguée.
« Benoiston de Chateaunecf. »
L'approbation, de M. Benoiston de Chàteaimeuf, m'a fait d'autant plus de plaisir : qu il est membre, de l'Académie des sciences morales et politiques.