‹ Science sociale (volume 3)Chapitre 63 sur 102 · SANS VIDE · texte numérisé non relu

SANS VIDE

— Ces gens-là déraisonnent. C'est, évident comme la lumière du soleil. Mais, cette lumière fait mal aux albinos; et, si, dans leur caverne, vous voulez faire arriver des rayons lumineux; et, que vous ne soyez point en force ; soyez certain : que vous serez dévoré.

Vouloir, par le seul raisonnement ; et, avant que l'anarchie ne l'y ait fo'cé sous peine de mort sociale; convaincre une pareille société d'albinos : qu'elle doit adorer la lumière; est une utopie, élevée -. à la dernière puissance possible.

Concevez-vous , maintenant : pourquoi la science sociale , quoique rendue rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun, doit être, pour l'actualité, complètement inutile? C'est, que pour bien voir, il faut une vue non cataractée; et, que pour raisonner juste, il faut un cerveau, non paralysé : par les préjugés.

— « Lorsqu'une doctrine d'ordre, de paix et d'union se présente, dit Basliat, elle a lieau avoir pour elle la clarté et la vérité, elle trouve la

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IJBRE ÉCHANGE.

La science sociale, rendue rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun, établit préalablement :

Que, le travail n'est pas libre : tant, qu'il est sous la domination du capital ;

Que, le travail reste sous la domination du capital : tant, que le sol et les capitaux acquis par les générations passées restent aliénés ;

Que, le sol, et les capitaux acquis par les générations passées , ne peuvent entrer utilement à la propriété collective : tant, que l'ignorance sur la réalité du droit n'est point, socialement anéantie ;

Et, qu'aussi longtemps : que l'ignorance sur la réalité du droit n'est point anéantie, les nationalités sont indestructibles.

La science sociale établit ensuite :

Que , si avant l'anéantissement des nationalités par l'anéantissement de l'ignorance sociale sur la réalité du droite le libreéchange se trouvait intronisé :

La nationalité la plus forte : par sa population, par sa situalion, par son capital, par son industrie, par sa suprématie maritime, par sa diplomatie, parle nombre et l'exploitation de ses prolétaires , ruinerait promptement toutes les autres nationalités; et qu'il en résulterait une anarchie universelle, en étouffant la concurrence des autres nationalités, par le bon marché de ses produits relativement à l'élément travail ;

Que, la première nationalité qui proclamera théoriquement et établira pratiquement la souveraineté de la raison , rendue incontestable vis-à-vis de tous et de chacun, souveraineté sous laquelle : le salaire est au maximum possible des circonstances; et, l'intérêt du capital au minimum possible aussi des circonstances; devra, sous peine de ruine sociale, empêcher le commerce, les échanges des individus que cette souveraineté régit , avec les individus restant encore sous la souveraineté de la force. Alors, c'est le gouvernement do la société libre, qui f^it les échanges avec les gouvernements esclaves ; et , toujours au profit des individus de la société libre.

Que, lorsque, par l'anéanlissement de l'ignorance sociale sur la réalité du droit, les nationalités se trouvent nécessairement anéanties, par l'unité de droit ; le libre échange se trouve instantanément établi : au profit de tous et de chacun.

La société actuelle, au contraire, proclame :

Que le travail est libre ; surtout depuis 1789.

A la vérité , M. Michel Chevalier chante sur toutes les gammes : que les prolétaires français sont plus esclaves que les nègres esclaves de la Caroline et de la Virginie. Mais, la société actuelle dit : que M. Michel Chevalier est un fou; et, que ne pouvant l'envoyer à CharentoU;, elle l'a coffré dans l'Académie des sciences morales et politiques.

La société actuelle dit encore :

Que, la domination du capital sur le travail est une sottise.

A la vérité M. Dupont-White affirme : que,

— « L'entreprise du capital sur le salaire est ua fait nécessaire et FATAL, le fait qui pénètre, domine et dégrade toute libre production. »

— Mais aussi , si M. Dupont-White n'y prend garde , la société actuelle pourra bien , un de ces jours, le forcer d'aller tenir compagnie à M. Michel Chevalier. Je le plaindrais, s'il n'avait dit : que la domination du capital est un fait fatal, nécessaire, qui dégrade toute libre production ; au lieu d'avoir dit : que ce fait n'est relatif qu'à la souveraineté de la force brutale. La libre production devient ainsi une utopie pour toute la vie humanitaire. Puis, voyez comme c'est révolutionnaire, en présence de l'examen. Alors, les pauvres, en immense majorité, disent: Puisque nous ne pouvons vivre en dehors du bagne social, sous la protection de la justice, tâchons d'en sortir sous la protection de la force. Nul doute, que pour des conservateurs, M. Dupont-White ne mérite le pelage vert, comme disait Charles Nodier. Il y a bien encore un publiciste qui a osé dire

— « Si l'on jette un coup d'oeil sur les destinées des diverses nations, on recule d'épouvante, et l'on élève alors la voix pour défendre les droits de la raison et de l'humanité . En effet, que voit-on partout? le bien-être de tous sacrifié, non au besoin, mais au caprice d'un petit nombre. »

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— Quant ?i ce publiciste, je ne sais trop si la société actuelle oserait le claquemurer dans l'Académie des sciences morales et politiques.

Relativement, à faire entrer à la propriété collective le sol et les capitaux acquis par les générations passées, la société actuelle, et sans peut-être plus de trois exceptions, est persuadée : que, c'est aussi stupide : que, de prétendre faire entrer les habitants de la lune, dans la société du crédit foncier.

11 est encore vrai, néanmoins : que, le même publiciste que nous venons de citer a encore dit :

— « La classe ouvrière ne possède rien , il faut la rendre propriétaire.

« La classe ouvrière est comme un peuple d'ilotes au milieu d'un peuple de Sybarites.

tt II faut attacher ses intérêts a ceux du sol. »

— Or, pour rendre la classe ouvrière, c'est-à-dire la société, c'est-à-dire l'humanité, puisque l'homme seul travaille; pour rendre, dis-je, la classe ouvrière nécessairement propriétaire dans le sol , il n'est qu'un seul moyen , qu'un seul et pas deux : faire entrer le sol à la propriété collective, sans faire tort à aucun individu et en faisant le bonheur de tous. Et, dès que le sol entre à la propriété collective, les capitaux acquis par les générations passées y entrent nécessairement : moins, ce qui est nécessaire pour que la consommation et la production soient toujours au maximum possible des circonstances.

Si, ce publiciste n'y prend garde, la société actuelle, le fera, même malgré lui, entrer à l'Académie des sciences morales et politiques, foyer des conservateurs. Depuis longtemps, ils ont sur le cœur : que, ce publiciste ait pu leur dire :

— « Appelez-vous donc conservateurs tant que vous voudrez , hommes d'Etat à petites vues et à petite portée, nous rirons de pitié; car'

PRÊCHER. LE MAINTIEN d'uN ÉTAT FÉBRILE ET MALADIF, AU LIEU DE CHERCHER

LE REMEDE EFFICACE, c'est le propre de I'ineptie et de la sottise. »

— Et, ce qu'un académicien pardonne» le moins; c'est, qu'on

ooi SCIENCE SOCIALE.

l'appelle soi et ine.'pte : quand même l'injure partirait du l)on Dieu.

Quant, à l'abolition des nationalités'; présenter cette idéeàla société actuelle; c'est-à-dire : à son représentant l'Académie des sciences morales et politiques; c'est, présenter de l'eau à un enragé. Et, cependant, un publiciste du même nom que celui que je viens de citer a dit : Tant, qu'on se battra en Europe, ce sera une guerre civile. Or, ce mot Europe signifie : civilisation européenne ; et la civilisation européenne, c'est le monde. C'est, bien prêcher ; la nécessité d'anéantir les nationalités. Aussi, il n'est point d'injures que les hommes d'État; à petite vue et à petite portée, n'aient jetées à la face de ce dernier publiciste; lorsqu'il a été malheureux, bien entendu; et, le prince des économistes, autre représentant de la société actuelle, s'est halé de lécher les bottes de celui qui avait , par hasard , renversé le partisan de l'unité universelle.

Lorsque , ces Messieurs ont claquemuré M. Michel Chevalier, dans l'enceinte de l'Académie des sciences morales et pooulques; c'est, aussi parce qu'il venait de dire en 1848 :

— « L'Europe est un seul et même peuple dont les différentes nations sont les provinces, et Vhumanité tout entière n'est qu'une seule et même nation qui doit être régie par la loi d'une nation bien ordonnée, à savoir i-A LOI DE JUSTICE, qui est la loi de liberté. »

— Et, le remède a'été efficace. Depuis cette époque, M. Michel Chevalier n'a plus présenté d'eau à ces messieurs. Tout au contraire, il n'a cessé de prétendre : que, le libre échange, au sein des nationalités, est le nouveau Messie devant effacer : tous les péchés de l'humanité. Ainsi soit-il.

Il est évident : que, la société actuelle a horreur de la lumière ; et, que vouloir, par le seul raisonnement, avant que l'anarchie ne l'y ait forcée sous peine de mort sociale, convaincre une société d'albinos qu'elle doit adorer la lumière; est une utopie, élevée : à la dernière puissance possible.

Concevez-vous maintenant : pourquoi la science sociale, quoique rendue rationnellement incontestable vis-à-vis de tous et de chacun, doit être, pour l'actualité, complètement inutile?

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C'est, que pour bien voir, il faut une vue non cataractée; et, que pour raisonner juste, il faut un cerveau, non paralysé : par les préjugés.

— « Lorsqu'une doctrine d'ordre , de paix et d'union se présente, dit Bastiat, elle a beau avoir pour elle la clarté et la vérité, elle trouve i.a

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