ANNÉE
— Après cette citation, M. Blanqui ose ajouter :
— « Le gouvernement ne doit pas fermer les yeux à l'évidence et nier les faits inconlestables. On ne guérit de telles plaies qu'en en sondant la profondeur d'un œil sûr et tranquille, sans amertume et sans illusion. »
— Si on ajoute : que, M. Michel Chevalier, en parlant des esclaves des Etats-Unis, les esclaves les plus malheureux qu'il y ait au monde, a osé dire :
— « Les esclaves, ici, sont moiub surchargés de travail, mieux nourris et mieux soignés que la plupart des paysans d'Europe. »
— Et encore :
— « Ici même (les États du Sud) où l'ouvrier des villes et le cultivateur des champs, au lieu d'être, comme au Nord, les souverains du pays, ne sont que des esclaves, il y a plus d'abondance , plus de confort matériel, pour les classes laborieuses, qu'il n'y en a chez nous. Aussi la population noire pullule-l-elle plus ici que ne le fait chez nous la population blanche. Notre paysan fait autant d'enfants que le noir de la Caroline ou de la Virginie; mais chez nous, la mort, que la misère amène par la main, est active à repousser les bras qui voudraient faire concurrence à ceux de leurs pères, et à fermer pour toujours ces bouches qui demandent du pain que leurs parents ne peuvent leur donner. »
— Et, si on ol)jecte encore : que, J. B. Say, le premier des économistes représentant la société actuelle, a également osé dire :
— « Il est affligeant de penser, mais il est vrai de dire que, même chez les nations les plus prospères, une parlie de la population périt tous les ans de besoin ; »
— La société actuelle vous répond : que , MM. Blanqui, Michel Chevalier et J. B. Say étaient des fous, quand ils parlaient ainsi ; et, que s'ils n'avaient été membres de l'Académie des sciences morales et politiques, il aurait fallu les envoyer : soit à Cliarenton ; soit à la Nouvelle-Calédonie.
— Si, maintenant, vous osez ajouter : qu'un publidsle, nommé Louis Napoléon, n'a pas craint d'écrire et d'imprimer en toutes lettres, les paroles sacramentelles suivantes :
« La MISiRE FAIT TOUS LES JOURS PLUS DE PROGRÈS EN FrANCE ; »
— La société actuelle vous répond : que, jamais ces paroles n'ont été ni écrites ni imprimées; et, si vous persistez, elle est toute disposée il vous envoyer : soit à Charenton ; soit h. la Nouvelle-Calédonie.
Vouloir, par le seul raisonnement; et, avant que raiiaitlne ne l'y ait forcé sous peine de mort ; convaincre une pareille î50( iélé des vérités démontrées par la science sociale; c'est, pré- V. 36
tendre, par le seul raisonnement, amener : les mahomélans à traîner aux gémonies, les cendres de Malioniel; ou, les Indous à crachersur la vache. Pascal, par son propre raisonnement, était parvenu à se convaincre : que, pour croire à l'anthropomorphisme, ainsi qu'aux dogmes chrétiens, il fallait commencer par s'abchr. Et, cependant, Pascal est mort sous le cilicè. C'est, qu'à un millionième d'exceptions près, le raisonnement, pour combattre les préjugés, n'a de valeur : que, par la nécessité.
Concevez-vous, maintenant : pourquoi la science sociale , quoique rendue rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun, doit être, pour l'actualité, complètement inutile? C'est, que pour bien voir, il faut une vue non cataractée; et , que pour raisonner juste, il faut un cerveau, non paralysé : par les préjugés.
— « Lorsqu'une doclrine d'ordre, de paix el d'union se présente, dit Bastiat, elle a beau avoir pour elle la clarté el la vérité, elle trouve la
PLACE PRISE