‹ Science sociale (volume 3)Chapitre 80 sur 102 · SOUVERAINETÉ. — AUTORITÉ · texte numérisé non relu

SOUVERAINETÉ. — AUTORITÉ

La science sociale , rendue rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun, établit :

Que, la souveraineté, l'autorité , soit illusoire, soit réelle, comprend essentiellement : la règle des actions , tant sociales qu'individuelles; et, la sanction de celte règle;

Que, la souveraineté, l'autorité est le sine quâ non : d'existence sociale; d'existence humanitaire : puisque, l'absence de règle, tant pour les actions individuelles que pour les actions sociales ; et, l'absence de toute sanction de cette règle; équivalent : à l'anarchie; à l'agonie sociale; à l'agonie humanitaire;

Que, toute souveraineté , toute autorité , repose essentiellement : soit, sur la croyance; soit, sur la force brutale : quand, la souveraineté ne peut plus reposer sur la croyance ;

(1) Voyez nos deux volumes intitulés: Delà souveraineté.

SCIENCE SOCIALK. 617

soit, sur la science, rendue rationnellement incontestable, visà-vis de tous et de chacun : quand, la souveraineté ne peut plus reposer : ni, sur la croyance; ni^ sur la force brutale;

Que, la règle des actions , tant sociales qu'individuelles, est toujours essentiellement relative : à l'espèce de souveraineté;

Que, la sanction de la règle est toujours essentiellement relative : à l'espèce -de souveraineté ;

Que, l'acceptation sociale de la souveraineté, sine qiiâ non de puissance souveraine, est toujours relative : à la force, masquée de sophisme , pour la première espèce de souveraineté ; à la force brutale , pour la seconde espèce; à la démonstration, rendue rationnellement incontestable , vis-à-vis de tous et de chacun, de la réalité de la science, pour la troisième : quand, la nécessité sociale oblige : à chercher, à trouver, et à accepter cette démonstration ; sous peine : de mort humanitaire.

La société actuelle, au contraire , proclame : non pas explicitement ; mais implicitement :

Qu'elle n'a pas l'ombre d'une idée claire , sur la valeur des expressions : souveraineté ; autorité.

En effet , pas deux individus ne sont , à cet égard , en communauté d'idées. Les uns, attribuent la souveraineté à Dieu; en donnant : à la valeur du mot Dieu; à la valeur de ce que Dieu ordonne; à la valeur de la manière dont Dieu sanctionne; autant de valeurs différentes : non-seulement qu'ils sont d'individus; mais autant que ces mêmes individus ont, successivement, de passions différentes. Les autres attribuent la souveraineté à la force ; en donnant : à la valeur du mot force; à la valeur de ce que la force ordonne; à la valeur de la manière dont la force sanctionne; autant de valeurs différentes : nonseulement qu'ils sont d'individus; mais, autant que ces mêmes individus ont successivement de passions différentes. Il n'est qu'une seule chose sur laquelle tous sont d'accord ; c'est : que, la souveraineté de la science, rendue rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun ; donnant la règle des actions tant individuelles que sociales ; et la preuve de la réalité de leur inévitable sanction ; est une folie infiniment supérieure : à tout ce que Bedlam et Charenton , ont jamais pu renfermer.

Un certain nombre se sont néanmoins réunis pour aftirraer :

que, la souveraineté, l'autorité était la peste de la société; que, des règles d'actions et des sanctions étaient indignes d'hommes libres; que, rnbolitiôn de l'autorité; que, l'anarchie enfin; était le beau idéal de bonheur humcinitaire ; que , tout , sans qu'on y touche, irait au mieux, nécessairement; et, que le maximum possible de liberté, était : I'automatisme.

Et, ces Messieurs, prouvent leur dire : très-logiquement. La souveraineté, basée sur la croyance, est, disent-ils, devenue impossible : en présence de l'incompressibilité de l'examen ; la souveraineté de la force brutale^, conduit l'humanité à la mort; et, la souveraineté de la science est impossible. Donc, l'absence de souveraineté ; l'absence d'autorité ; l'absence de toute règle ; l'absence de toute sanction ; I'anarchie, basée sur I'automatisme, peut seule constituer : la liberté; I'égalité; la fraternité. C'est clair : comme, les idées de la société actuelle.

Et, voilà : ce, que la prétendue science actuelle, inculque à la jeunesse : et, par l'éducation ; et, par l'instruction.

Vouloir faire raisonner, contre son éducation, l'immense majorité des hommes; avant, que le besoin ne les porte au raisonnement; c'est, vouloir : que, sans appui, un grave vienne à se soutenir, au milieu d'une atmosplière centripète.

Concevez-vous, maintenant : pourquoi, la science sociale, quoique rendue rationnellement incontestable , vis-à-vis de tous et de chacun, doit être, pour l'actualité, complètement inutile? C'est, que pour bien voir, il faut une vue non cataractée; et, que pour raisonner juste, il faut avoir un cerveau, non paralysé: par les préjugés.

— « Lorsqu'une doctrine d'ordre, de paix et d'union se présente, dit Basiiat, elle a ])eau avoir pour elle la clarté et la vérité , elle trouve la

PLACE PRTSE. »

— Et, pour ceux, chez lesquels la place se trouve prise :

— « Leurs yeux, dit M. Guizot, ont pour ainsi dire la faculté de s'ouvrir ou de se fermer, selon leurs déirs. Ce qui est clair leur paraît obscur ; ce qui est prouvé devient incertaix ou même faux. Ils vivent plongés dans leurs propres ténèbres; et quand la lumière essaye de pénétrer, elle leur est à la fois insupportaple et douteuse. »

— Ces deux passages sont admirables. Il n'y a pas de démonstration d'erreur qui n'en offre des milliers d'applications. Je l'ai déjà dit mille ibis : l'anarcliie, seule, peut abaisser les cataractes de l'igaorance sociale. Jusque-là, toutes les démonstrations possibles sont inutiles. Mais, il est du devoir, de celui qui les possède, de les présenter au public. Je remplis ce devoir ; le reste : ne me regarde pas.

spirituel et temporel.

La science sociale^, rendue rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun, établit :

Que, le spirituel, c'est la religion ; c'est-à-dire : la règle et la sanction des actions tant individuelles que sociales; règle et sanction, devant dériver désormais : non plus, de croyances, diverses selon les temps, les lieux, les circonstances; mais, de la science, une et éternelle par essence ;

Que, le temporel n'est que le corps de la société; dont, le spirituel est l'âme;

Que, vouloir séparer : le spirituel du temporel ; c'est, vouloir séparer : l'àme du corps;

Que , vouloir que la société , puisse , séparée du spirituel , marcher réellement; et , avoir d'autres mouvements, que ceux d'une décomposition putride ; c'est, vouloir : qu'un cadavre ne soit pas un cadavre.

La société actuelle, au contraire, proclame :

Que, l'ordre, vie sociale, exige : que , le spirituel soit séparé du temporel ;

Que , la règle ; et , la sanction des actions , tant individuelles que sociales, n'appartiennent point à la science, à la raison rendue incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun ; mais, à la raison des majorités ; c'est-à-dire : à la force brutale.

C'est, proclamer : que, la communauté de religion; c'est-àdire : la communauté de règle et de sanction, n'esf point nécessaire à l'existence de l'ordre, vie sociale ; c'est dire, en d'autres termes: que, I'unitk n'est point l'essence de l'ordre, vie sociale.

Cependant, la Mennais avait dit :

— « L'unité est Tessence de Tordre car l'objet de l'ordre, est d'unir; et la société même, dans sa notion la plus générale, n'est que la réunion d'êtres semblables. Où il n'y a pas d'unité, il y a séparation, opposition, combat, désordre et malbcur.

« Pour qu'il y ait unité sociale, il faut que cliaque partie soit ordonnée par rapport au tout; cbaque individu par rapport à la famille; chaque famille par rapport à la société particulière dont elle est membre ; chaque société particulière par rapport à la grande société du genre humain ; et le genre humain lui-même par rapport à la société générale des intelligences dont DiEces/ le suprême monarque, »

— Il est évident : que, la lin de cette plirase signifie :

— «... à la société des intelligences, toutes également sujettes : de l'éternelle JUSTICE, DE l'éternelle RAISON. »

— Mais, tant que la science n'a point démontré : la réalité de l'élernelle justice ; là réalité de l'éternelle raison ; la réalité de la règle des actions et la réalité de l'inévitable sanction de la règle ; la vanité dit :

— « Il est impossible : à la science, à la raison, de formuler la règle et d'en démontrer la réalité, ainsi que son inévitable sanction ; alors, séparons le spirituel du temporel; livrons la règle et la sanction au temporel, à la force brutale. Nous prouverons ainsi : que, le spirituel^ Vunitéj n'est point nécessaire. »

— C'est alors, qu'un professeur de philosophie, l'écho de ses confrères, ne craint point de blaspliéraer contre l'unité ; en disant :

— « La chimère de l'unité a coûté assez de sang; chaque doctrine l'a poursuivie à son tour, mais enfin aujourd'hui elle est vaincue. »

— C'est, la conséquence de cette autre maxime, expression de la société actuelle^ et formulée par le même professeur : •;

— a La société est devenue essentiellement et irrévocablement laïque. »

— Et, cependant, M. Enfantin avait dit :

— « Le pouvoir spirituel ( non pas plus particulièrement celui des papes et des prêtres de Memphis ijue de tout autre) est au pouvoir temporel ce que l'intelligence est au corps. »

— Et, M. Guizot, pour prouver l'absolue nécessité de la communauté d'idées sur la religion, le droit, la vie future, avait dit:

— « Il est clair que si les hommes n'ont pas des idées qui s'étendent au delà de leur jiroprc existence; si leur moyen intellectuel est borné à eux-mêmes; s'ils sont livrée au vent de leurs passions, de leurs' volontés; s'ils n'ont pas entre eux un certain nombre de notions et de sentiments COMMUNS autour desquels ils se rallient, il est clair, dis-je, cju'il n'y aura point entre eux de société possirle ; que chaciuc individu sera , dans l'association où il entrera, un principe de trouble et de dissolution. »

— 11 est impossible de mieux parler ; en faveur de la nécessité absolue de l'unité religieuse; unité exclusive du pouvoir spirituel.

C'est, aussi, ce qu'avait reconnu le plus grand homme d'Etat du siècle, quand il disait à Sainte-Hélène :

— « Je clierclie en vain à placer les limites entre les autorités civiles et religieuses; l'existence de ces limites n'est qu'une chimère. »

— Alors, il ftmt: que, socialement, le pouvoir spirituel domine le pouvoir temporel, la force ; où, que le pouvoir temporel, la force, domine la raison, domine le pouvoir spirituel.

Ce dernier choix est l'expression de la société actuelle.

Vouloir, parle seul raisonnement; et, avant que l'anarchie l'y ait forcée, sous peine de mort sociale; convaincre la société actuelle : que, désormais, le pouvoir spirituel, la raison, la science , doivent dominer le pouvoir temporel, la force, la

croyance; est une utopie, élevée : à la dernière puissance possible.

Concevez- vous maintenant: pourquoi, la science sociale, quoique rendue rationnellement incontestable , vis-à-vis. de tous et de chacun ; doit être , pour l'actualité, complètement inutile? C'est, que pour bien voir, il faut une vue non cataractée ; et, que pour raisonner juste, il faut un cerveau, non paralysé : par les préjugés.

— « Lorsqu'une doctrine d'ordre, de paix et d'union se présente , dit Basiiat, elle a beau avoir pour elle la clarté et la vérité , elle trouvk la

PLACE PRISE

— Et, pour ceux cliez lesquels la place se trouve prise.

— « Leurs yeux, dit M. Guizot, ont, pour ainsi dire, la faculté de s'ouvrir ou de se fermer selon leurs désirs. Ce qui est clair leur paraît réellement obscur; ce qui est prouvé devient incertain ou même faux. Ils vivent plongés dans leurs propres ténèbres; et quand la lumière essaye de pénétrer, elle leur est à la fois insupportable et douteuse. »

— Ces deux passages sont admirables. 11 n'y a pas de démonstration d'erreur, qui n'en offre des milliers d'applications. Je l'ai déjà dit mille fois : l'anarchie, seule, {)eut abaisser les cataractes de l'ignorance sociale. Jusque-là, toutes les démonstrations possibles sont inutiles. Mais, il est du devoir de celui qui les possède, de les présenter au public. Je remplis ce devoir; le reste : ne me regarde pas.

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