AU PRÉSENT TITRE
« Riea b'est plas pernicîeox qne !« métliode de BL Nîcole. Car enfin, s'il pouyait nne fois persnader le monde qu*xl est impossible de TBCuvBft LA. TÉaiTX PAR LA TOfE DE l'ekamexc , comme il y traTaille de tonte sa force, il verrait bientôt qu'il ii*a travaillé qu'à établir le Pyrrhonisme , et par conséquent qa*à miner la religion. Cfaacan ferait alors ce raisonnement:. il est impossible de troa- ▼er la vérité par la Toie de Texamen. C^est de qooi M. Nicole nous a convaincu. U est évident qu'on ne saurait la trouver par la vole de l'autorité, et ceci est tout autrement certain que le reste. Quel autre parti y a-t-il à prendre que de renoncer pour un bon conp à l'espérance de jamaîf connaître cette vérité que tant de gens cherchent, et qu'il paraît bien que personne ne saurait trouver? C'est là reflet naturel de la méthode de M. Nicole , d'où l'on peut conclure combien elle est peraiciense. Car enfin rien n'est plus opposé à la religion que le Pyrrhonisme. C'est l'extinction totale, non-seulement de la foi, mais de la raison, et rien n'est plus impossible qne de ramener ceux qui ont porté leur égarement jusqu'à cet excès. Ces paroles , dit Bayle , sont d'un habile homme (la Placette, Traité de la conscience) , qui a m^ dite longtemps, qui possède à fond l'art de raisonner , et qui a fait à M. Nicole plusieurs objee- • tiens nouvelles. Car non -seulement il montra qu'afin d'employer avec prudence la voie de l'autorité, il iaut connaître quelle est l'Église qui possède l'autorité; mais aussi qne les raisons de M. Nicole nous conduiraient nécessairement à la doctrine de la probabilité dans toute son étendne*
2S SaiSOI 8WIALS.
Ce «lernier point serait fort coof raire k M. Jficole, qui a combattu si solidement le dogme de la probabilité. L'antre embrasse une infinité de discussions. On ne peut connaître o& réside rautorité qa*en examinant quelles sont les marques de rÉglise qui la possède. U faut savoir le nombre précis de ces marques ; U faut savoir non-tenle» ment qu'il y en a tant, maU encore qu'il n'y en a pas davaniage. 11 faut savoir si ceux qui en comptent cent sont plus raisonnables qne œax qui en comptent qninse, ou douse, ou six, on seulement quatre. Quand on aura fixé le nombre des marques, il faudra examiner si elles con* viennent à TÉglise romaine plutôt qu'à TÉgliae grecque. Tout cela demaude un long travail, et une suite pénible de discussions : de sorte qu'ayant voulu éviter la voie de rexamen , on t'y retrouvé néanmoitu HSCESSAiaxMExrT.
Batls, Dict. Met, et crit,^ art Pélissou.
Du momtot que, par la naissance de la presse, l'examen est devenu incompressible ; c'est-à-dire : du mo* ment que les bûchers, de toute espèce d'inquisition, se trouvent irrévocablement éteints ; l'indispensabilité de Texamen, même pour ceux qui consentent à se soumettre à une autorité quelconque ; par conséquent la
nécessité d'un incontestable critérium de vérité, est suffisamment prouvée : par le passage qui sert d'épigraphe à ce chapitre; et, qui rappelle involontairement : Adversuê negantem principia^ non est disputandum* Passons, dès lors, à la division du travail relatif au présent titre.
Un premier point se présente : c'est de savoir ai l'opinion de M. Auguste Comte, le véritable représentant du matérialisme prétendu scientifique actuel, lequel attache une si grande importance à l'hypothèse de Descartes, est bien fondée. En effet : il serait inutile de
8€IUMX SOCIALE. 87
eoDsacrer de longues veilles sur un pareil sujet, si aupararant, on n'avait la certitude : qu'un pareil temps n'est point mal employé. Et, il serait également imprudent de refuser à cette étude toute espèce d'attention, si, pour s'éclairer sur l'importance de ce même sujet, il était seulement nécessaire d'y consacrer, non pas un an, un mois, un jour, mais une heure.
Apres nous être convaincus : de l'importance qu'il y a de savoir si l'hypothèse de Descaries est une vérité ou une erreur ; il sera bon : si, cette importance peut aller jusqu'à influer sur la probité de la génération qui a^élèire; et, par conséquent sur la possibilité de maintenir la société sur une base d'ordre ; il sera bon , disons-nous, de savoir: si, la génération qui s'élève reçoit, sur les bancs des écoles, une instioiction qui enlève : à chaque individu, toute base de probité ; et, à la société, toute base d'ordre.
S'il venait à être prouvé : que, la génération qui s'élève reçoit une instruction qui doit conduire : non-seulement chaque individu à sa perte ; mais encore la société à sa ruine, il conviendrait de savoir : si , lorsque la jeunesse a quitté les bancs de l'école, les livres, eonstituant l'instruction écrite, servent à neutraliser le mal , que l'instruction orale aurait pu faire à la jeunesse.
Telle sera la division de notre travail, relativement au préseot titre.
28 SCtBItCB 60CULE.
IMP0RTAI7CE DE l'hYPOTHESE DE DESCARTES «
« LMgnorence vaat beftocoop mieux que cette ÙLUsse science qai fait que l'on s'imagine satoir œ qu'on ce sait pas. Car, comme saint Augustin m très-judicieusement remarqué, dans le livre de Futilité de la créance, cette disposition d'esprii est très-blàmable, pour deux raisons: l'une, que celui qui s'est facilement persuadé de connaître la ▼érité , se rend par là incapable de s'en faire instruire; l'autre, que cette présomption et cette témérité est une marque d'un esprit qui n'est pn bien fait : Opinati duos 06 ret ivrpistimum eai s quod diteere non potest qui siài Jam te tcire pettuant : et per ipsa temeritat non bene t^ffècii animi tignum est. Car le mot opinari, dans k pureté de la langue latine, signifie la dispositîoB d'un esprit qui consent trop légèrement à des choses incertaines , et qui croit ainsi savoir ce qu'il ne sait pas. C'est pourquoi tous les philosophes soutenaient tapientetn nikilopinari; et Gicéron, en se blâmant lui-même de ce vice, dit qu'il était magnut ofnneUor, »
Art de penter (Port-Royal), f pftrt.t ch. 3.
— «( Depuis la plante la plus simple , depuis le zoophy te le plus inerte jusqu'à l'homme , la vie présente les degrés les plus divers, degrés qui embrassent les obscurs mouvements vitjiux des orgsr nismes inférieurs, et la faculté de penser det organismet tupérieurt. Je n'ai jamais vu aucune raison de séparer de la vie elle-même les hautes facultés intellectuelles, et d'admettrodans l'homme une force vitale qui ne fdt pas en même tempt raisonnable et pensante. Si, sur la terre que nous habitons, Thomme est l'animal chez qui ces facultés aient acquis le plus grand développement, il n'en est pas moins trai qne ces facultés existent
BGIBNCB SOCIALE. S9
amoindries et rétrédes chez le chien, chex le che* Tal, et ainti dm degrés eh degrés jtitquaux demien organismes où la vie paraît dépouillée de Ms rayons, et réduite, si je pais m*exprimer ainsi, à Tétat de force brute. Mais où est, dans cette série ininterrompue, ie point précis où on montrera qu*une force nouvelle, la faculté pensante^ s'ajoute à la force vitale? Et coinment ne pas voir que la vie est une chose qui se développe, et dont répauouissement natnrel consiste dans ces facultés émineutes dont les animaux supérieurs ^ et enfin l'homme, préientenl la réunion î » Article Maladie^ signé Littrb. Dictionnaire de médecine^ etc., par MM. Adelon, Béclard, A. Bérard, Ph. Bérard, Biet, Blache, Brescbet, Calraeil, H. Cazenave, Chomel, H. CIo- * qnet, J. Cloquet, Coutanceau, Dalmas ,
Dance, Desormanx, Dezeymeris, P. Dubois, Ferrus, Georgel, Gerdy, Guérard, Guersant, Itard, Lagneau, Landry-Beanvais, Laugier, Littré(l), Louis, Marc, Maijolin, Marat, Olivier, Orfila, Ondet, Pelletier, Prunier, Raige-Delorme, Reynaud, Richard, Rocheux, Rostan, Roux, Rattier, Soub^ran, Trousseau, Velpean, Yillermé.
— « Je devais ici m'attacher seulement à expliquer par quel inévitable enchaînement d'opération, soit scientifique, soit logique, Tesprit humain avait pu enfin parvenir, après tant de laborieux essais ■ préliminaires, à coordonner Vimmense série des êtres vivants, depuis Pkamme Jusqu'au végétal, Bif uns SEULE BtiRARCBXE dont U compOfitioD essentielle n'offrit jamais rien tFariitraire, et qui tendit à fixer avec «me rigoureuse précision le véritable degré de dignité biologique propre à chaque espèce. »
Auo. Comte, Philos, positive, L III, p. 607.
Depuis la fia du dix-huitième siècle, l'hypothèse de Descartes, brisant la continuité de la série des êtres, est tombée dans un tel discrédit : que, vouloir mainte-
(1) Peu après la publication de ceï article , M. Lîttré a été nommé membre de Vlnstitut, Académie des inscriptions et belles-lettres.
30 8CIBBICB 86C1ALB.
luoit la remettre en discussion, suffit : pour se trouver immédiatement couvert de ridicule, à un point que personne, pour ainsi dire, ne voudra écouter ce qui pourra être dit sur un pareil sujet. TJn exemple, qui nous est personnel, mettra mieux notre pensée en lumière. Nous émettions quelques arguments, non point en faveur de cette hypothèse, mais seulement pour en démontrer l'importance, vis-à-vis de deux personnes fort instruites, dont l'une était essentiellement chrétienne, et l'autre complètement matérialiste. Nous ferons observer : que, nous parlions à chacune d'elles séparément ; et, que chacune ignorait : non-seulement ce que l'autre pouvait avoir dit ; mais encore, que nous lui eussions parlé à ce sujet. L'amour^propre, ou Tàpropos, n'étaient donc pour rien : dans la conformité de leur manière de voir que nous allons rapporter. « Plutât que de croire que les bêtes n'ont pas de sentiment^ dit « l'honmie religieux, je croirais qu'il n'y a pas de Dieu. » « Moi, dit le matérialiste: Plutôt que de* croire que mon « chien ne souffre point, quand je le corrige , je croirais t qu'ilyaunDieu. » Telle est, en effet, la répulsion générale contre l'hypothèse de Descartes. Telle était aussi la répulsion générale, contre ce qui était considéré comme l'hypothèse de Galilée.
C'est pour combattre de pareilles préventions, que se trouve dirigé le passage cité de Port-Royal : sapientem nihil opinari.
Pour le très-petit nombre de ceux qui voudront bien condamner en eux^ ce que Cicéron blâmait en luimême , nous dirons : qu'à l'époque où parut Thype-
fiemicB soeiALB. SI
thèse de Descartes, tout ce qu'il y avait de plus élevé dms la {^loeophie, et de plus probe dans la religion, ae déclara en faveur de la nouvelle opinion. Il est cependant nécessaire de dire : qu'alors, ce n'était qu'une opinion.
Maintenant, va-tron nous dire : le sentiment contraire à Descartes n'est plus une opinion ; c'est une vérité démontrée et admise par la science, comme aussi incontestable : que, puisse l'être une vérité appartenant aux sciences dites naturelles.
Le sentiment contraire à ce qui était considéré comme l'opinion de Galilée, passait aussi pour une vérité incontestable : et, vis-à-vis des sens prétendus directeurs de la raison ; et, vis-à-vis de l'écriture directrice de la foi. Et, cependant, la prétendue hypothèse de Galilée est devenue : la vérité généralement reconnue ; et, le sentiment contraire, alors réputé vérité incontestable, est devenu une erreur reconnue: et, parla raison ; et, par la foi.
Nous avons déjà prévenu : que, nous ne voulions point soutenir ici l'opinion de Descartes, dans le but de la fwe passer à l'état de vérité; mais, que nous croyions utile d'en démontrer Timportance. A cet égard, deux voies se présentaient : la première était de nous ériger en rapporteur de la question. Avec un peu d'adresse, en cachant les sources où nous aurions puisé nos connaissances, nous aurions pu nous procurer, à peu de frais, un vernis d'érudition ; mais, nous eussions toujours été suspect de partialité. L'autre voie consistait : à choisir, parmi les contemporains de Descartes, un rap-
32 SCIENCE SOaALE»
porteur habile, savant, non suspect de favoriser la nouvelle opinion, et plutôt, s'il était possible, suspect de favoriser l'opinion contraire. Nous avons préféré la seconde voie ; et Bayle a été choisi pour rapporteur.
Avant de laisser parler ce rapporteur nous ferons remarquer :
r Que Bayle est un philosophe sceptique, ou même matérialiste, malgré son apparente soumission à la révélation chrétienne (1) ;
2'' Que dans son Dictiannaire historique et critique^ il s'est ouvertement prononcé contre Topinion de Descartes qui refuse le sentiment aux animaux ;
Z"" Que, par conséquent, Bayle ne peut être accusé de partialité pour Topinion de Descartes.
Maintenant nous croyons devoir prier nos lecteurs de lire et de relire avec la plus scrupuleuse attention la discussion de Bayle, contenue dans son Dictionnaire historique et critique^ 5* édition, Amsterdam 1734, et que nous allons leur mettre sous les yeux. Il est essentiel d'être pénétré de l'importance de cette discussion pour pouvoir profiter de notre travail ; et nous nous faisons un devoir d'engager, à ne pas nous lire, ceux qui croiraient, qu'elle n'a aucune portée sociale.
(0 Dayle, dans mille endroits, se prononce sur la nécessité de la foi, et par conséquent sur le besoin de se soumettre à une révélation. Voici comment il s'exprime à ce sujet : • La raison humaine, dit*il, est trop
faible C'est un principe de destruction et non d'édification :
elle n'est propre qu'à former des doutes et qu'à se tourner à droite et à gauche pour éterniser une dispute, » {DicL hist. et crit>, art. Manichéens»)
Ceux qui ont étudié Bayle savent : que, cette manière de fl^'exprlmer était un passeport relatif à l'époque.
A rartîcle Pereyra^ médecin espagnol du seizième siècle, nous trouvons :
*-.% « La liberté de philosopher avait pour lui un grand charme ;
3 s'en serrait amplement, et jusqu'à Tabus. La matière première dont les sectateurs d*Aristole faisaient tant de bruit, fut Pun des mMistres qu'il se proposa d'exterminer. Ce qu*il mettait à la place do cette matière ne valait guère mi^ux que ce qu'il en bannissait. 11 traita fort mal Gaiien sur la doctrine des fièvres. Mais ce qu'il y eut de pius surprenant dans s(>s Paraàuspf, fut qu^il enseigna que les bêles sont des machines, et qu'il rejela
tAmesensiiive qu'on leur attribue Si ce dogme est fort étrange, il
■e faut pas s'en étonner ; car de tous les objets physiques , il n'y en a poiot de plus abstrus ni de plus embarrassant que l'âme des bétes. Les opinions extrêmes sur ce sujet sont ou absurdes ou très-dangereusbs ; le milieu (lu'on y veut garder est insoutenable »
— Ainsi , et remarquons-le bien , les opinions sur l'âme des bêtes sont ce que lîuyle appelle : ou absurdes; ou ireS'dangeremcs .
34 SC1C2«€K aOCULB.
-^ Voici les commentaires que fait Bayle sm* les faits que nous venons de citer.
Dans notre introduction nous avons déjà dit : que Bayle place toujours ses commentaires en notes sur le texte ; et, que nous imitons cette méthode, parce que nous la considérons comme la meilleure pour tonte discussion qui demande une attention soutenue. Nous le répétons ici, non pour nous excuser : mais , pour donner au contraire l'autorité de Bayle à cette méthode. Quand nous imitons nous aimons à le dire. Maintenant voyons les commentaires de Bayle.
Dans la note C, et à propos des nouvelles de la république des lettres, nous trouvons ;
— « Quelque terapi après on vit paraître dans cos mêmes nourelles
(elles étaient publiées par Bayle lui-même) les extraits d'une lettre que Tauteur (voy. ces nouvelles) avait reçue de Paiis, et qui contenait entre autres choses ce que je m*cn vais copier.
« Il n'est pas vrai, comme vous le dites dans la page 23, que le sentiment de M. Descartes sur Tilme des bêtes, ii%st que de ce temps; car on a disputé de cela autrefois, comme il paraît par ce passage de saint Augustin, de Quantitate animas, cb. 50 : Quod autcm tibi visum est non Cfse animam in corporc vivenlis aniinaiitis, quamquam videatur absurdam, non tamen doctis.^îmi bomincs quibus id placutt dsfdbbukt, neque Dune arbitror déesse.
a L'auteur reçut une autre lettre qui Tavertit que cette opinion <Je M. Descartes était beaucoup plus ancienne que «aint Augustin. Ce fut M. La Ronilcl qui écrivit cette lettre. L'extrait en fut inséré dans les nouvelles du mois d'octobre 1684. Je m'en vais le copier, et pouf la satis-
SCUNCB SOCIALB. 3S
f4eiioB des le^leurt je mettrai en nMrge dwis quels lirres on pAorra trou- Ter les aiilorilés citées. ^ a Ce n*e&t pns seulement du temps de saint Augustin qu'on a douté de rame des bétes ; c'est aussi du temps des Cesarsy c'est-à-dire plus de 300 ans avant ce père de TËgUse. Les stoieiens M parlaient d'autre chose, jusqu^à soutenir dans leurs écoles qu'il nj avait q|ue de ia ressemblauce entre dm action» et celles des bâtes , et que da» les bétes et les hommes il y avait une natwre ab8oluiib»t différenU, Ne TOUS allés pas imaginer, s'il vous plaît, qu'ils ne disaient cela que de certaines actions dont nous n'avons que peu ou point de sentiment; comme de la digestion, de la saoguification, de la conception, etc. Ils Fentendaient aussi des passions les plus vives,, les plus véhémentes et Us plus sensibles, etc. »
— Bayle réfute ces passages, et emploie toute son érudition à prouver : que , presque tous les anciens philosophes ont imaginé: que Tâme des bêtes est rat^ soniiable. U fallait doac, dit-il, qu'ils crussent qu'elle ne différait de celle de Thomme que selon le plus et le moins. Puis il ajoute (note E) :
— ff n faut prendre garde à une chose : qu'on ne trouve pas qoc les ancieiis, lorsqu'ils ont quitté ou Je style poéliquQ, ou le style d'orateur , aient reconnu une véritable difTérence entre l'âme humaine et la matière. Je ne parle pas de la matière crasse, pesante, palpable, mais de celle que les chimistes nomment esprit , et qui est aussi essentiellement corps et matière que la boue et la chair le peuvent être. Selon cela, on ne devait point pen5er que l'âme des hétes et celle de Thomme difforassent aafrement que du phu au moins, et selon divers degrés de subtilité , et par conséquent, on a dû croire que Ut seule disposition des organes est canie que la raison ne se développe pas dans les animaux comme dans rhomme. €mlien sans doute a été de ce sentiment, car il n'a point cru que noire âme filt incorporelle; îf^ ne la distinguait point de la chaleur naturelle et de rharmonîo du tompéramcnt. Je sais bien que plusieurs ont dit que Ti^me de l'homme descendait du ciel ; mais cela ne prouve pas qn^s raient crue immatérielle, outt'e que les stoïciens ont enseigné que toQfes les âmes sans exception d'écoulaient do Ta même source. (Ici survenl' nne foule de citations). Pbuvnîentils donc croire que l'âme des hétes fttt destituée de sentiments? Je ne pense pas qu^ls l'aient cru, etc.»
— Plus loin il dit encore :
— «Je remarquerai que Vossins ne connaissait point d'auteur qui, avant Pereyra, eût i^ou tenu que les animaux ne sentent point. Puis, dans la noie G, il observe (Vossius) qu*il y a des philosophes qui n*ont reconnu nulle distinction entre la pensée et le sentiment. Il fallait conclure de là, ou que les bêles raisonnnient, ou qu'elles ne sentaient point. La dernière partie de rnUernniive, ajoute «t-il, n*a plu à personne que je sache, dans l'antiquité, n
« C'est en Tain , continue Bnyle , qne Ton sVfforce de trouver dans Arislote les semeuces de la doctrine de M. Descartes. »
— Puis, dans la note H, nous trouvons :
— «Le père Pardies a tâché de les y trouver. — Il ne sera pas peut-être inutile, » dit-il, « d^eiaminer un peu quelques endroits d'Âristote, pour voir si dans un si grand philosophe, on ne trouverait point quelque chose qui pût autoriser une opinion, qui parait maintenant si extraordinaire. » Après cela il (le père Pardies) cite ceci, tiré du chapitre IX du livre de Spiritu.
« Que la chaleur soit un effet de la nature , cela ne peut pas souffrir grande diniculté : mais il est difficile de comprendre comment la nature (les corps sait employer si à propos la chaleur, et s'en servir comme d'un infiniment pour donner à chaque chose ce qu'elle doit naturellement avoir , et imprimer sur chacune son caractère avec autant de jusiesse que si ers corps avaient de la connaissance et de la raison. Et certainement il n'est pas possible que toutes ces choses se fassent aind sans connaissance et sans la conduite du raisonnement : mais d'ailleurs on ne voit pas comment on peut attribuer à des causes matérielles la faculté de connaître. D'attribuer tout cet artifice à la force du feu, des esprits, ou (les corps les plus subtils, c'est ce qui ne se peut nullcmeul: mais de dire aifssi qu'au dedans de ces corps, il se trouve quelque principe qui ait cette faculté de connaître, c'est ce qui passe toute admiration. Et nous avons le même sujet d'étonnement à l'égard de l'âme même des animaux, puisqu'eUe est de même nature que le feu et les esprits.
« On voit par ce passage, c'est le père Pardies qui parle, qu'Ârîslote avait très- bien connu la difficulté qu'il y a d'attribuer aux corps et aux bctes des connaissances. Mais ce qu'il n'a fait que proposer ici par voie d'admiration, il semble qu'il l'ait assuré nettement en un autre endroit, où , en parlant des animaux, il dit ces paroles expresses : De tous les aiitmaux il n'y a que Vhomme seul qui ait la faculté de penser, Ei fguoi^ que les autres animaux soient pounms de mémoire , et capables de dûcipline , il n'y a pourtant que l'homme qui puisse se ressouvenir. Par
SeiSMCE SOCfALB. 37
<êt paroles^ qa'Aristole a répétées mot à mot dans un auire enilroît, il seable qu'il ait accordé aux bêtes la connai$5anc6, piiisi]u*il Ir s reconnaîi ptmrrnes de mémoire ; et que s'il les prive de connaissance, ce n^est que de cette sorte de connaissance qui se £iit avec une réflexion particulière, dans les délibérations et dans les reclicrcltes que nous faisions pour nous cesMUYenir. Mais il est certain qu'Aristotc a distingué autrement la mémoire et la réminiscence ; car^ selon lui, la mémoire ne consiste que dans une image {Dt Àlem. et Remin., cap. i) et une représentation imprimée sur la substance de l'endroit du corps où est le sens commun, à pen près de même que les figures sont représentées sur de la cire par Timpression des cacbets; de sorte qu*avoir la mémoire de quelques cboses, c'est avoir les figures des choses ainsi représentées (Ibid.). Au lieu que la réminiscence emporte, outre cela, une certaine perception de l'esprit, qoi &it qu'en se ressotwenant on sait cela même qu'on se ress(Aivient : ce qui est commun à toutes sortes de pensées^ puis(|u*il e$t impossible de penser tans savoir que Ton pense. Ainsi Aristote distant que les hôtes ne se reisonviennent nullement, et qu*il n*y a que Tbomnic qui ait la faculté de se ressouvenir, il ne faut point trouver étrange s'il a dit aus^i que Thomme seul entre tous les animaux était capable de penser (i) Ce pbilosopbe a donc cru que les bètcs n'avaient point de véritables pensées. 11 ne reste après cela, sinon qu'Aristole ait reconnu que les bêtes étaient des automates, et qu'houes ne se mouvaient que par machine et .par des ressorts préparés. Et c'est aussi ce qu'il a dit bien clairement; car voici comme il parle, expliquant comment se font les mouvements des animaux :
a Comme ces machines qu'on appelle automates , dit-il [de Animal, motionej cap. vu), dès lors qu'on les remue tant soit peu d'une certaine manière, font incontinent leurs mouvements par la force des ressorts débandés, ainsi tes animaux se meuvent de même, ayant des os et dos nerfs comme autant d'instruments disposés par l'industrie de la nature ^ qui font en eux ce que font sur les machines les pièces de bois et de fer arec leurs ressorts. 11 dit la même chose ailleurs [de Gen, anim., cap. i) : il peut se faire, dit-il, que dans les animaux une chose en meuve une autre, et que leurs corps soient comme ces merveilleux automates : car en elTct ils sont composés de membres qui ont cette faculté même lorsqu'ils sont en repos, de pouvoir faire certains mouvements aussitôt qu'on les y ilétermine. Et comme dans ces machines il n'est nullement besoin que quelqu'un y louche actuellement quand elles font leurs mouvements, pourvu qu'on les ait auparavaut touchées : ainsi on en peut dire autant des animaux, •
(i) Nous prions nos lecteurs de donner toute leur attention û celle discusaon du père Tardies sur ce passage d'Aristole.
S8 8CIEKCB 80GULB.
— Bayle, midgré la clarté de ces cîtatMim, nie qu'Aristote ait affirmé que les bêtes étaient des machines. Nous renvoyons à l'ouvrage pour juger de la faiblesse de la réfutation.
Revenons au texte.
-— « Oa D*e8t pas mieux fondé , dit Bajle , quand on nous renf oie au ly* livre des Tusadanes de Cicéron ; cl au témoignage de Porphyre , d« Proculus, etc., il n*y a nulle conformité entre le dogme des automates et ce que di<en( les anciens auteurs. »
— Et à la note I, il njoule :
— « Un savant prélat, qui a écrit contre Descaries, l'accuse de n'avancer aucune doctrine que Ton ne voie dans lc<t auteurs qui Tont précédé. Voici ses preuves à Tégard du dogme de l'àme des bêtes :
«Quid hoc est vero^ quod apud Ciceronem (Cic, Tusc.j lib. IV) legîmu.« , bostias simile quiddam facere perturbationem animt , in perturbationes non incidere , quod \m eveniant solum ex aspernatione rationis, qua cjirent bestiffi. Quid aliud» iiiquam, suadet hoc nobis, qunm beUias raera esse automata? Nani si perturbationibus carent, neque herum diligit canis , neque lupum ovis reformidat : imo, nec cibum appetunt, nec dolorem fugiuut, nec mortem liment; sed ex coarto cecae materias motu id facere videntur, quod non faciunt. Scrihit conceptis verbis Plutarchus (Plutarch., de Placit, philos,^ lib. V, cap. zx) credidisse Diogenem brutas animantes, neque intelligere , neque sentire : quod et confutavit Poi^ phyrius (Porphyr., de Ahst. ab anim,, lib. Hl). Sciscit Proclus animalia tantum rationalia anima esse predita ; additque decrelum esse a Platone, animam vere esse eam quœ rationc poUeat, estera simulacra animarum. Ât nemo doctrinam banc vel tradidit aperiius, vel fusius propugnavit, quam Gomesius Pereyra. » (Pelrus Daniel Huetîus, Cens, phiL cartesianx, cap. viii, pag. 208, edil. Paris. 1689.)
— Bayle réfute encore , et longuement , et , selon nous, faiblement, ce passage du savant prélat.
SCIfiNCB SOCtALK. 39
— Arrivons. maintenant à l'article Rorarîus, où, eette discussion est continuée.
Rorarîus était nonce du pape Clément VII à la cour de Ferdinand roi de Hongrie. 11 fit un o\i\rage dans lequel il entreprit de prouver : non-seulement que les bêtes sont des animaux raisonnables, mais aussi qu'elles se servent de la raison mieux que Thomme.
— « Ce livre, dit Bayle, n'est pas mal écrit, et il contient quantité de faits singuliers sur rindastrie des bêtes et sur la malice de l'homme. Cettxi)ui concernent l'habileté des animaux embarrassent tout à la fois les de M. Descartss et les sectateurs d*Âristote, etc. «
-T- Et à la note B, Bayle ajoute :
«— Q Cé^ ne demande point de preuve k l'égard des cartésiens ; il n'y a penonne qui ne connaisse qu'il est difficile d'expliquer comment de poKi machines peuvent faire ce que font les animaux. Prouvons donc fealemeot que le péripetéticien se trouve dans un embarras extrême quand il Ctut doiMef raison de leur conduite. Tout péripatéticien qui entend dire fue les bétes ne sont que des automates , objecte d'abord qu'un chien batCo pour s*étre jeté sur un plat de viande, n'y touche plus quand il voil son maître le menaçant d*un bâton. Mais pour faire voir que ce phénomène ne saurait être expliqué par celui qui le propose , il suCfit de dire que fi l'action de ce chien est accompagnée de connaissance , il faut né" tessairement que le chien raisonne; il faut qu'il compare le présent avec le passé , et qu^il en tire une conclusion ; il faut qu'il se souvienne et des coups qu'on lui a donnés et pourquoi il les n reçus ; il faut qu'il connaisse qae s'il se nuûi sur le plat de viande qui frappe ses sens, il ferait la même action pour laquelle on l'a battu , et qu'il conclue que pour éviter de nouveaux coups de bâton , tl doit s'abstenir de cette viande. N'est-ce pas
un ^rîtable raisonnement? Pouvez-'vous expliquer ce fait par la Mmple lupposilion d'une &me qui sent, mais sans réfléchir sur ces actes« maî« sans réminiscence , mais sans comparer deux idées , mais sans tirer nulle conclusion? Examinez bien les exemples que Ton compile et que Yom. objecte aux cartésiens, tous trouverez quMls prouvent trop, car ils prouvent que les bétes comparent la fm avec les moyens^ . . • Ainsi toutes les disputes contre les disciples de M. Descartes sont une peine perdue ; on n*a besoin que de l'adresse dont Peroyra se servit. Vous reconnaisses, disail-ii à ses adversaires, que les animaux font plusieurs choses qui ressemblent a ce que fait Pànic raisonnable, et que néanmoins leur àme nVst point raisonnable. Pourquoi donc me dcfendcz-vous de soutenir qu'ils font plusieurs choses qui ressemblent à ce que fait Tâme sen&iiivo, sans que leur âme soit sensitive? Je ne m*étonne pas que M. Descartci cl ses seciateiirs ne se soient pas prévalus de Tendroit du code de Justinicn où il est dit que les bêles sont incapables de faire une injure , vu qu^elles ne sentent point. (Nec enim potest animal injuria fecisse, quod sensu caret« Voyez Grotius, Flor, spoi's, ad jus Justinianeum, p. 124, edit. Amstel, 1045). Il e^t manifeste que le mol sensus dans cette loi se doit prendre pour dessein^ intelligence. »
— Revenons au texte.
— « C'est dommage, dit Ba^le, que le sentiment de M. Descaries soit si difficile à soutenir , el si éloigné de la vraiseinblance j car il est d'ailleurs avantageux à la vmie foi, et c'est YuMqu$ raison qui empêche quelques personnes de s'en départir. Il n^est poiol sujet aux conséquences trèS'dangeretÂses de Topinion ordinaire. Il y a longtemps qu*on a soutenu que TAme des bêles est raisonnable. Les philosophes de Técole se trompent fort si , en rejetant cela , ils se persuadent qu^ils éviteront les suites fàcbeusi'S de l'opinion qui donne aux bêtes l'âme sensitive. Ces messieurs ne manquent ni de distinctions, ni d'exceptions, ni de hardiesse à décider que les actes de cette âme ne passent jamais certaines bornes qu*ils leur prescrivent ; mais tout ce verbiage confus et impénétrable ne sert de rien pour établir une difféi^ence spécifique entre Vdrne humaine et cifUe-làj e$ il n'est guère apparent quHls puissent jamais inventer une explicatiom meilleure que ce qu'ils ont allégué jusqu'ici, »
— Arrivons aux notes qui servent de commentaires à ce texte.
La note C est relative à la phrase : le sentimeiH de M. Descartes... est très'avantageuw à la vraie foi.
SaSNGK SOCIALE. 41
— • Ce q«i porte les cirtéstens a dire «(ne les bêles sont des automates est, dit Bayie, que selon eux toute matière est incapable de penser. Us ne tt conlentent pas de dire qu'il n*y a que les substances spirituelles qui paissent faire des réfleiions, et enchaîner une longue suite de raisonneneals, ils soutiennent que toute pensée^ soit qu'on la nomme réflexion, méditation , progrès du principe à la conséquence, soit qu*on la nomme tentation^ i¥¥Uigination, instinct , est d^ine telle nature, que la matière h plus subtile et la plus parfaite en est incapable, et qu'elle ne peut se (ronver que dans les substances incorporelles (1). Par ce principe il n*y a point d'bomine qui ne se puisse convaincre de Timmortalité de son âme; cbacun saît'qu'il pense, et par conséquent, s*il raisonne à la cartésienne, il ne peut douter qu'en tant qu*il pense il ne soit distinct du corps; d'où il s'ensuit qu'à cet égard il e^t immortel ; car la mortalité des créatures ae consiste qu'en ce qu'elles sont composées de plusieurs parties de matières qui se séparent les unes des autres. Voilà un grand avantage pour h religion ; mais il sera presque impossible de le garder, par des raisons fàilosophigues , si l'on accorde que les hétes ont une àme matérielle qui V^t avec le corps ^ nne &me, dis -je, dont les sensations et les désirs sont la cause des actions qu'on leur voit faire.
a Les utilités théologiqnes du dogme de M. Descartes ne se bornent pas a cela , continue Bayle ; elles se répandent sur plusieurs principes importants que l'on ne saurait soutenir avec quelque force dès qu'on admet dans les bêles Vàme sensitive. Si saint Augustin a soutenu ces principes, quoiqu'il reconnût cette espèce d'âme dans les bêtes , et s'il ne s'est pas mal trouvé de la liaison de ces deux cboses , il a été plus heureux que *age. Des principes qu*il a soigneusement examinés et sûrement établis , il suit manifestement que lss bétes n'ont point d'ams , atn^ï que le fait 90îr Ambroise Victor (*î) dans son sixième volume de la Philosophie chré^ tienne, ( Mnllebrancbe, Éclaircissements sur le VI* livre de la recherche de la vérité^ p. 380, 581.) L'auteur qui me fournit ces paroles, continue Bavtc, suppose que ce saint docteur , sachant trop bien distinguer' Tàme des corps, pour penser qu'il y avait des âmes corporelles^ admettait ane ftme spirituelle dans les bêtes (3). Or , voici l'échantillon qu'il nous
(1) Le mot instinct ne signifie rien, ou au moins est complètement indéterminé. Le mot incorporel est donné ici pour immatériel , et c'est une erreur. Les forces sont incorporelles et ne sont point immatérielles. Le calorique est incorporel et n'est point immatériel.
(2) C'est un faux nom que s'est donné «n pore de l'Oratoire. {Note de
(3) 11 esLcertain^ quoi qu'en dise le père Mallebranohe, que saint Aupstin a cru que Vàme des bétes était sensitive et corporelle. Vita brutorum^ dit-il Ans le 4*' chaprde la Connaissance de la véritable vie, es^ tjfiritus vitalis constans de aère et sanguine animalis, sed scmsibilis ,
iS sGiENûB saouu«
(Ion ne des prîticif>«« fue «Aifit Àu^stin seuleuAÎt, tt ^ui sont mcomp»libles avec l*àiiie de» bêles :
« QuelqueoHiiis de ces princifies de saint Augustin sont que ce qni n*a jamais pécbé ne peut point soufinrde mal; or, sekia lui, «léme la douleur est le plus grand des maux, et les bète<i en souffrent. Que lo plus uoble ne peut avoir pour fin le moins noble; or , selon lui , l'âme des bêles est spirituelle et plus noble que les corps, et néantnoius elles n*ont point d'autres fins que ces corps. Que ce qui est spirituel est immortel , et Tàine des bites , quoique spirituelle , est sujette à la mort. It y a bien d''autres semblables principes dans les ouvrages de saint .4iigustin, dont on peut conclure que les hâtes u*out point d &mc spirituelle telle i]U*il l'admet en elles. (Malebranche, ÉclaircissemêtUs, etc., p. 38 1 , à la marge. )
« Je ne suis pas trop persuadé, continue Bajle, que saint Augustin ait GWi que Tàmc des botes est une substance incorporelle; mais, quoi quoi qu'il en soit, le s^ïcond principe qu'on nous donne ici en exemple est incompatible avec l'opinion de ce grand docteur ; car ce qui conuak est plus noble que ce qui ne connaît point; or, pour le moins, s*iiiii Augustin attribuait du sentiment à Tàme des bétcs. Il la croyait donc beaucoup plus noble que le corps ; il soutenait donc d'un côté que le )«lu6 noble ne peut avoir pour sa fin le moinsi noble ; et de pNutre , que l«Ame des bêtes, plus noble que leur corps, n'avait d'autre fin que leur corps. Cela, dires-vous, importe peu à la religion. Vous vous trompe», repondra- t-on; car toutes les preuves du péché originel , empruntées des maladies et de la mort, à quoi les |>ctit8 enfants sont assujettis , totnbent par tmre dès que vous supposes q%u les bêtes ssktbrt ; elles sout sujettes à la douleur et à la mort , elles u'oat pourtant jamais péché. Ainsi vous raisonnez mal quand vous dites: l^es petits enfants endwent du mal et meurent; ils sont dowc criminels; car vous supposes un faux principe, et démenti par la condition des bètes , savoir , que ce qui n'a jamais péché ne peut point souffrir de mal. C'est néanmoins un principe de la dernière évidence; il coule nécessairement des idées que nous avons de la justice et de la lionté de Dii'u ; il est conforme k l'ordre immuable j i cet ordre dont nous concevons clairement que Dieu ne s'écarte pas. L'âme des bHes confond cet ordre et renverse ces idées si distinctes ; il faut donc demeurer d'accord que les automates de M. Descartes favorisent extrêmement les principes selon lesquels nous jnjieons de l'être infini , et par lesquels nous soutenons Porthodoxie. »
— lâsez ce qui suit, continue Bayle. (C'est une cîla-
MKMKmtAm habens , intdiêetu earens , cum came morims , in suru evanescens, Voy. aussi le cbap. xxih de Spirétu H Anknu. {Noie de Jkifie,)
SOIEHCI SOCIALE^ 43
tion des Nouvelles de la république des lettres. Mars 1684.)
— « On intéressa d'abord la religion dans cette cause (dans la dispute contre Descaiies concernant Tâme des bétés) par Tespérancrt que les anticarté«iens conçurent de ruiner par là les machines do M. Descartes ; mats on ne saurait asseï dire te bien qu'il en est venu aux sectateurs de ce philosophe. Car ils croyaient avoir montré qu*en donnant aux bétes une âme capable de connaissance y on ruine toutes les preuves naturelles de V immortalité de notre âme. Us ont fait voir que leur sentiment n'avait point de plus opiniâtres ennemis que les impies et les épicuriens, et qu'on ne saurait faire plus de dépit à ces méchants philosophes , qu*on les dé«- 'Si^rmant de tontes les fausses raisons qu'ils empruntent de Tâme deft bétes , pour conclure quH n*y a entre elles et notts que la différence du plus au moins. C'est une chose assurée qn*îl n^y a point de gens qni affectent plus que les impies d'approcher les bétes de la perfection de l'homme. VoîH comment In secte de H. Descartes a mis hi religion dans ses intérêts Mais elle ne s'est pas contentée de cette ration ; elle s'est élevée jusqu'à la miture de Dieu pour y chercher des arguments invio» eibles contre la connaissance des bêtes , et ou peut dire qu'elle 'y en a troQvé d*assez bons. L'auteur de la Recherche de la vérité en a répandu le pbn dans quelques-uns de ses ouvrages. Le père Poisson, de VOratoire, a traité à fond de celui qui c$l fondé sur ce principe de saint Augustin, qne Dieu /tant juste , la misère est une preuve nécessaire du péché, d'oik il s'ensnît que les hèles n'ayant point péché , ne sont point sujettes à la misère ; or elles y seraient sujettes si elles avaient du scntimeut , donc cu.ts ir'oirr point db sbktkekt. »
— Bayle continue :
— « Vous trouYerex k la suile de ces paroles relirait d'un livre {la Bête transformée en machine; Paulcur s'appelle d'Armanson), où Ton montre que si les bélcs ont une àme connaissante, il s^ensuit :
« 1® Que Dieu ne s*ainie point lui-même ;
« 2^ Qu*il n*est point constant;
« 5o Qu il est cruel et injuste.
« 11 ne 8*aimerait point lui-même, car il eût crée des âmes capables de connaissance et d'amour sans les obliger à Vaimer et à le connaître , il les eût créées pour être dans l'état du pécbé , et par conséquent il le$ au* rait dispensées de la loi de Tordre^ qui est pourtant la loi souTeraiue et indispensable. L*étal du pédié est de s'arrêter nui créatures comme à sa dernière fin; c*est ce que font les âmes desbêlps, selon l'opinion com* mune. Selon la même opinion , ces âmes retournent dans le néant dès que les bêles cessent de vivre ; où est donc la constance de Dieu? 11 crée des &mes et il les anéantit bientôt. Il n'en use pas de même à Tégard de la matière, il ne la détruit jamais; il conserve donc les substances moins parfaites « et détruit les plus parfaites. Cela est-il d'un agent sage? L'âme des bêtes n*a point pécbé , et cependaut elle est sujette à la douleur et à la misère ; elle est soumise à tous les désirs déréglés de la créature qui a pécbé. De quelle manière traitons-nous les bêtes? Nous les faisons s'entredécbirer pour notre plaisir; nous les égorgeons pour nous nourrir; nous fouillons dans leurs entrailles pendant leur vie pour satisfaire notre curiosité y et nous faisons tout cela en conséquence de l'empire que Dieu nous donne sur les bêtes. Quel désordre que la créature innocente soit assujettie à tous les caprices de la créature criminelle! 11 n'y a point de casuiste qui croie qu'on pècbe en faisant combattre des taureaux contre des dogues, etc., et en se servant de mille ruses et de mille violences à la cbasseetàla pêcbe pour détruire les animaux, ou en se divertissant à tuer des moucbes , comme taisait Domitien. N'y a-t-il pas de la cruauté et de l'injustice a soumettre Tâme innocente â tant de malheurs? On se délivre de toutes ces difGcultés par le dogme de M. Descartes. Je m'en vais donner la liste de quelques ouvrages qui ont été publiés en faveur de ce sentiment. »
SCIENCfî SOCIALE. 45
— Ici suit l'énumération de différents ouvrages. Puis Bayle ajoute :
— « On pourrait maître lo livre du père Pardies sur la counaiisance des bêles parmi ceux qui ont été faits pour ropinion de M. Descartes; car on y trouve les raisons des cartésiens proposées très-fortement et ré-* faiées très- faiblement. Je crois néanmoins qu'il ne se négligea point dans la deuTÎèmo partie de son ouvrage, et qu'il y fit tout ce qu'il put pour soutenir Taucienne opinion. Mais ayant fait ainsi tout ce qu'il pouvait pour représenter fidèlement le beau côté de la nouvelle^ il a donné lieu à quelques-ans de soupçonner qu'il n'avait pas eu un véritable dessein de com* battre M. Descartes. Rapportons le sentiment d'un de ses confrères. »
« Il n'y a rien de plus séduisant que les expositions que fuît le père Pardies dans son livre intitulé De la connaissance des hétes, où, mettant le cartésianisme dans toute sa force sur ce point, il va presque jusqu'à convaincre ses lecteurs : que non-seulement il n'est point besoin d'àme pour marcher, pour boire, pour manger, pour se plaindre, mais encore pour parler et pour parler aussi longtemps que le fait un prédicateur dans un sermon d'une heure, ou un avocat dans un long plaidoyer. Ce livre a fait placer son auteur parmi les péripaléticiens, pour un prévaricateur qui était cartésien dans Tilme, quelque application qu'il ait apportée à réfaler le cartésiauismc dans la seconde partie de son livre , à défendre l'ancienne philosophie sur l'âme des bétes. »
— La note E est relative à ces paroles du texte : les philosophes de Vécole se trompent fort si, en rejetant cela^ ils se persuadent quils éviteront les suites fâcheuses de ropinion qui donne aux bêtes rame sensitive. Voici des extraits de cette note.
— a Rien n'est plus divertissant, dit Bayle, que de voir avec quelle autorité les scolastiques s'ingèrent de donner des bornes à la connais* sance des bétes. Ils veulent qu'elles ne connaissent que les objets Singuliers et matériels^ et qu'elles n'aiment que l'utile et l'agréable , qu'elles ne puissent réfléchir sur leurs sentiments et sur leurs désirs, ni conclure nue chose d'une autre. On dirait qu'ils ont fouillé plus heureusement dans les facultés at dans les actes de l'&me des bétes que les plus experts auatomistes dans les entrailles des chiens. Lenr témérité est si grande, que quand même le hasard aurait voulu qu'ils trouvassent la vérité, ils seraient indignes de louange et même d'excnse. Mais donnons-leur quartier
46 SCUUfCS SOCULfi.
lànletsu» , aceor4oas*l6«r tout ce <|tt*ilf suppMeat , qu'en etpèreot-iU ?
S* imaginent-ils que par ce moyen ils oUiendront d'une personne qui sait raisonner qu'on doit convenir que Vdme de V homme n*est pas de la même espèce que celle des bêtes? Cette prétention est chimérique. Il est évident à quicon<|tte snil juger des choses que toute substetnce qui a quelque sentiment sait qH*elle sent ; et il ne serait pas plus absurde de soutenir que Tame de l'homme connaît actuellement un objet sans conoaltre qa*eltc le conaait , qutl est absurde de dire que TAme d*uu chien voit un oiseau Mns voir qu'elle le voit. Cela montre que tous les actes des facultés scnsitfves sont de lenr nature et par leur essence réflexifs sur eux-mêmes. Le père Maignan, qui malgré toutes ses lumières a croupi dans les erreurs et dans la crasse de Técoie à l'égard de l'&me des bètes, avoue pourtaqA que pour sentir une chose il fant connaître le sentiment que Ton en a. » IJ quod vocamus senttre, » dit-il, a non est sine cognilione cjus rei qiise dicitur sensibilis : cum autem nihil externum sit per se sensibile; scci tanlum per snam actionem ; adeo<|uc actio ejus sit primnrio sensibilis : et cum insuper nos non dicamur alictijiis ngcntis actionem senlire, si ca dum in nobis fît, omuino latcat nos; coiisequeiiter id quod vocamus senitre, non est sine cognitione actionis quœ fit in nobis scntientibus ; imo quia scntire nihil aliud ex parte senltentis dictt, prœter eam cogni> tionem, consequens est ipsum seutirc, qualenus se tenet 6x parle scntientis , con»istere in eo quod est agnosccre se palî , quod coincidit cum eo quod est ognoscore actionem tn se receplam, seu pnf^sionem suam.» (Emmiiniicl Maignan, Philosophia naturae , cap. xxiv.) Il fnnt donc dire que la mémoire des bêtes est un acte qui les fait ressouvenir du passé, et qui leur apprend qu'elles s'en souviennent. Comment donc ose-t-on dire qu'elles n'ont pas le pouvoir de réfléchir sur leurs pensées ni de tirer une conséquence ? Mais encore un coup, ne disputons point sur cela. Pennettoos à ces philosophes de bâtir Irès-mal leurs suppositions; ser- Tons-uous uniquement de ce qu'ils enseignent. Ils disent que Pâme des bôles aperçoit tous Us objets des cinq sens externes ; qu'elle juge qu'entre ces objets il y en a qui lui conviennent et d'autres qui lui sont nuisibles, et que, en conséquence de ce jugement, elle désire ceux qui lui conviennent et abhorre les autres ; et que pour jouir de l'objet qu'elle souhaite, elle transporte ses organes au lien où il ett; <t qu'afin de fuir l'objet qu'elle abhoirey elle éloigne ses organes du lieu où ii est. Je conclus d« loat cvLa qiie si elle ne produit |)oini d'autres actes aussi nobles que ceux dft notre &me, ce n'est point sa faute ^ ou qu'elle soit d'une naiure moine |>ariaile que Tâme de L'iionime : c'est seulement que les organe» qu'elle anime ne ressemblent point aux udtrea. Je demande à ces messieurs s'ik trouveraient bon qu'on dît que l'ime d'un heoune est d'une autre espèce à l'àg^ d« Iseirte-cinq ans qu'à l'âge d'un naisy ou que l'âme d'uiifii»néitifue, d'un hébélô,, d'un vieillard qui tombe ea eii£âiKA, n!e4 pu» substantiellement aussi (Mirlule que i'âflM 4'wi iMbile bomma? Ib m»
SCtCfHSB SOCIALE. 47
jdV^MÎent sans dotil« cette pensée comme une erreur très-grnflsière , et il»fenrient bien; cnr it est »ûr qno la même âme, qm dans les enfants ne M, que sentir, métiite et raisonne d\inc manière solide dan« un homme fait; et que Ta même ftme qui fait admirer sa raison et son esprit dans mi grand homme, ne ferait que radoter dans un Tieillard , qu'extravaguer dans un fou, que sentir dans nn enfant. On serait dans une erreur creuse si l'on prélentlait que l'&me de Ttiomme n'est susceptible que des pensées qui nous sont connues. 11 y a une infimlé de sensations, et de passions, ftd*ltlces dont celte âme est très-capable, quoiqu'elle n'en soit jamais n^ kciée pendant cette vie ; si on l'unissait à des organes différents des ■Atres, elle penserait autrement qu'elle ne fait aujourd'hui, et ses modiicaiions pourraient être beaucoup plus nobles que celles que nous ëproiito»(. S'il j avait dtfs substances qui dans des corps organisés eussent une suite de sensations et d'autres pensées beaucoup plus sublimes que Ic^ BÔliie«, pofirrait-on dire qu'elles sont d'une nature plus parfaite que notre imc? Non, sans doute ; car si noire àuie était transportée dans ces corpslà, elfe y aurait cette raènic suite de sensations et d'autres pensées beauanup plus aubliufies que les nôtres (i). Il est aisé d'appliquer ceci a rânio des bêles. Ou nous avoue qu'elle sent les corps , qu'elle les discerna , qu'cHc en soulioile quelques-uns, qu'elle en abhorre quelqncs-autres. 6*es4 ttasez ; elle est donc une subslance qui pense, elle est donc capable de la pensée en général ; elle peut doue recevoir toutes sortes de pen- 'fées, elle peut donc raisoimer, elle peut connaître le bien Itonnêle, les umirersaux, les axiomes de la métaphysiifue , les règles de la morale, etc. Car, comme de et que la cire peut recevoir la figure d'un carliet, il s'ensuit manifestement qu'elle est susceptible de la figure de tout eacitel, il faut dire aussi que dés qu'une dme est capable d'une pensée j Me est capable de toute pensée. It serait absurde de faire ce raisonne- BMnt : ce morceau de cire n'a reçu Vefnpreinte quê de trois ou quatre eackeHj donc il ne peut pas recevoir l'empreinte de mille cachets. Ce mvrretM d'étain n'a jamais été une assiette, donc il ne peut pas éfre une assiette, et il est d'une autre nature que cette assiette d*étain que je tfois M. On ne raisonne pas mieux quand on assure qui* Vdme du chien n'a jamais eu que des sensations^ etc., donc elle n'est point capable des idées de morale et des notions de métaphysique. D'où vient qu'un morceau de rire porte l'image du prince et qu'un autre ne la porte pas? C'est à cause du cachet qui a été appliqué sur l'un et non pas sur l'autre. Ce morcenu d'ctnin qui ne fut jamais une assiette, le sera dès que vous le jetterez dans le- moule d'une assiette. Jetez de même cette àme de béte dans le moule des idées universelles, cl des notions des arts et des science.^, je veux dire unissez-la à un corps humain bien choisi, ce sera l'âme d'un
(1) Nous prions de nouveau nos lecteurs de bien se pénétrer de toute cette note de Bayle.
48 SCIENCE SOaALB.
habile homme et non plus Vdme d'une bête. On voit donc que les pbilo- 80phc9 de Técolo sont hors d'clal de prouver que Tàme do Thomine et TAine des bèlcs soient de différente nature. Qu^ils disent et qu^ils répètent mille et mille fois : celle de V homme raisonne , et connaît Us universauXf et le bien honnête, celle des animaux ne connaît rien de tout cela: nous leur répondrons : ces différences ne sont que des accidents, ei ne sont point une marque d'une distinction spécifique entre des sujets, Aristoie et Cicéron, à l'âge d'un an, n^avaient point eu dépensées plus sublimes que celles d'un chien , et s'ils eussent vécu dans l'enfance trente ou quarante ans, les pensées de leur dme n'eussent été que des sensations et des petites passions de jeu et de gourmandise ; cest donc par accident qu'ils ont surpassé les bétes; c'est à cause que les organes dont leurs pensées dépendaient ont acquis telles et telles modifications, à quoi les organes des bétes ne parviennent pas. Vdme d'un chien , dans les organes d' Aristoie ou de Cicdron, n'eût pas manqué d'acquérir toutes les lumières de ces deux grands hommes,
« Celte conséquence- ci est Irès-fausse : une teUe âme ne raisontie peu et ne connait pas ies universaux , donc elle est d*une nature différente de l'âme d*un grand philosophe ; car si cette conséquence était bonne , il faudrait dire que l*âme des pelils enfants n*cst pas de la même espèce que celle des hommes faits. A quoi songez-Tous donc , philosophes pé-> ripatéticicns , lorsque vous osez prétendre que Tàme des bêles ne raisonne pas et qu\>llc est substmtiellement moins parfaite que les âmes qui raisonnent? Il faudrait premièrement que vous prouvassiez que l« défaut de raisituncment dans les bétes procède dVne imperfection réelle et extérieure de leur àme ^ et non pas des dispositions organiques dont elle dépend. Mais c*est ce que vous ne sauriez jamais prouver ; car il est cl«iir qu*un sujet qui est capable des pensées que vous donnez à Tàme des animaux est cat)ablc du raisonnement et de toute autre pensée : d'où il résulte que s*il ne raisonne pas actuellement, c'est i cause de certains obstacles accidentels et externes» je veux dire à cause que le créateur de toutes choses a fixé chaque &me à une certaine suite de pensées, en U faisant dè|)endre des mouvements de certains corps. C'est ce qui fait aussi que les enfants i la mamelle, les fous et les frénétiques ne raisonnent pas.
SCIENCC SOCIAU. A9
« On ne peut, continae Bayle^ songer sans horreur aax suites de cette, doctrine (1) : l'àme de l'homme et Vdme des hétes ne différent point substantiellement, elles sont de même espèce; Vune acquiert plus de lumières que Vautre, mais ce ne sont que des avantages accidentels et dépendants itune institution arbitraire. Cetle doctrine coule nécessairement et inévitablement de ce qui s'enseigne dans les écoles sur la connaissance des kètes. /{ s'ensuit de là que si leurs dmes sont matérielles et mortelles, us AHE8 DKS BOxvEs LE SORT AUSSI ; et quo si Tàuie de l*homnie est nue substance spirituelle et immortelle, Tâme des bètes Test aussi : conséquences horribles de quelque côté que Ton se tourne ; car si pour éviter rimmortalité de l'àme des bêtes on suppose que Tâme de l'homme meurt irec le corps , on renverse la doctrine d^une autre vie et Ton sape les fondements de la religion ( Baylc aurait pu ftjouter : et de tout ordre social)» Si pour conserver à notre &mc le privilège de l'immortalité, on retend sur celle des bètes ( ce qui depuis Bayle a 'été fait par Condillac), dans quel abîme se trouvera-t-on ? Que ferons-nous de tanl d'âmes immortelles? Y aura-t-il aussi pour elles un paradis et un enfer? passeront-elles d'un corps à un autre? seront-elles anéanties à mesure que les bêtes meurent? Dieu créera- t-ii incessamment une tnfinilé d^esprits pour les replonger sitôt après dans le néant? Combien y a-t-il d^insectes qui ne vivent que peu de jours ! Ne nous imaginons pas qu'il suffise de créer des âmes pour les bêles que nous connaissons : celles que nous ne connaissons point sont encore en plus grand nombre. Le microscope nous en fait découvrir par milliers dans une goutte de liqueur. On en découvrirait bien d'autres si on avait des microscopes plus parfiiits. Et qu*on ne dise pas qne les insectes sont des machines ; car on expliquerait plutôt par cetle hypothèse les actions des chiens que les actions des fourmis
(1) Nos lecteurs remarqueront ce jugement de Bayle, et il n'est pas suspect. Noos prouverons bientôt que la doctrine à laquelle Bayle ne peut songer sans horreur est professée dans toutes les écoles, et qu'il n'est pas nn seul adolescent qui puisse être nommé bachelier sans en être complètement imbu. Du temps de Bayle les conséquences' étaient implidlea. De notre temps, la doctrine d*idenlité de nature entre Tintel- Hgeiioe de l'homme et l'intelligence des animaux est professée explicitement.
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et de$ abeilles. Il y a peut-être plus d'esprit et plus de raison dans les animaux invisibles que dans les plus gros (Bayle appuie cette proposition des témoignages de Pline et de Cicéron). Vous allei voir les vains efforts que fait l'école pour établir ane différence spécifique entre Pâme de la bâte et celle de Thomme.
«Ils disent que l'âme des bétes est une furme matérielle, mais queTàme de rhomme est un esprit que Dieu crée immédiatement. Mais comment prouvent-ils cela? Je suppose qu^ils ne raisonnent que sur les principes de la lumière naturelle, sans recourir à TÉcriture ni aux dogmes de la religion, et je leur demande une bonne preuve que Tàme des bêtes soit corporelle et que la nôtre ne le soit pas. Ils m^allégueront la beauté et retendue des connaissances humaines , et la petitesse , la grossièreté et l'obscurité des connaissances animales; et ils concluront qu'un principe corporel bcra capable de produire les connaissances des bôtes , mais non paff les réflexions , les raisonnements, les idées universelles, les idées de rbonnètc qui se trouvent dans l'âme de l'homme; et par conséquent que cette âme doit être d'un ordre supérieur à la matière : elle doit être un esprit. Ne leur disons plus qu'ils assurent témérairenfent que Pâme des bêtes ne raisonne pas (1), et qu'elle n'a point d'i'iécs du bien honnête, renonçons à cette objection ; disons seulement qirîl est mille fois pkis difficile de voir un arbre , que de connaître l'acte par lequel nous le voyons; de sorte que si un principe matériel est capable de connaître une infinité de choses qui se passent au dehors , il sora beaucoup plus capable de connaître ses propres pensées, de les comparer ensemble et de les multiplier. Ainsi les reflexions , et les conclusions , et les absiraclions de rhomme ne demandent pas un principe plus noble que la matière, un fort habile péripatéticien en tombe d'accord. Oyons-lc parler : son aven aéra plus persuasif que mes observations.
« Si une fois vous admettez que tout ce qui se passe de plus admirable dans les bêtes peut se faire par le moyen d'une âme matérielle, ne vîendrèivous point bienlôtà foire le pas, et à dire que tout ce qui se passe en lliomme peut se faire aussi par le moyen d'une âme matérielle?... Si vous mettex une fois que les bêles, sans aucune âme spirituelle^ sont capables de penser, d'agir pour une fin, de prévoir le futur, de se ressouvenir dn passé, de proJiler de l'expérience par la réflexion particulière qu^elles y font, pourquoi ne direz-vou! pas que les hommes sont capables d'exercer leurs fonctions sans aucune âme spirituelle? Après tout, les opérations des hommes ne sont point autres que celle-là que vous attnbuez aux bêtes; s'il y a de
(t) Les péripatéticiens et les cartésiens n'ont pas remarqoé que Yi étant le sentiment de l'existence , et la matière tout ce qoî modifie oe sentiment, une t^me, qu'elle ait appartenu à un homme ou à pins ou moins qu'un homme, ne peut raisonner qu'autant qu'elle est unie à nae organisation, à de la matière.
'SCIEIfCB 80CUL1S. 8l
la dîfiSrence^ ce «*est qne da plus et do moins ; et ainsi tout ce que tous ponma dire, ce sera que l'âme de l'homme est plus parfaite qne rame des bêtes, parce qn*il se ressourient mieux qo*elles , qu'il pense arec plus de réReiion et qu*il préToit avec plus d'assurance : mais enfin vous ne ponrrei pas dire que celte âme ne soit toujours matérielle. Vous direz peut^ être que dans Thomme il se trouve des opérations qui ne sauraient contenir aux bétes, ni procéder d'autre principe que d'une âme spiriluelle: et ces •pérations sont les connaissances universelles, le raisonnement par ieqael nous tirons une connaissance de l'autre^ les idées que nous avons de llnfini et des choses spirituelles qui ne tombent point sons les sens. Mais ceux qui nient qu'il y ait aucune connaissance dans les bêles, ne nient pas poar cela que ces pensées et ces connaissances ne soient en noQs, puisque nous les expérimentons nous-mêmes ; aussi ils ont toujours le même Jroîi que vous de prouver rcsrislence de l'âme raisonnable. Mais d'ailleurs ils ajoutent que toutes ct^s opérations, que vous trouves si extraordinaires, ne difiêrcnt que comme le plus et le moins des opérations qne vous attribuez au^ bètes : et certainement il semble qu'agir pour une fin, profiler de Tespérience, prévoir l'avenir (ce qui, selon nous, con- %ient aux bêtes), ne doit pas moins procéder d^^un principe spirituel que ce qui se trouve dans les hommes. Car enfin , «|u* est-ce qu'une connaissance universelle, sinon nne connaissance qui convient â plusieurs cbosc.« semblables, comme le portrait d'un homme conviendrait à tous les visages qui lui ressembleraient? Qu'est-ce qu^un raisonnement, sinon une connaissance produite par une autre connaissance , comme nous voyons qu'un mouvement est souvent produit par un autre mouvement (1) ? Certes, si l'on admet une fois que la pensée, l'intention et la réflexion peuvent provenir d'un corps animé par une forme matérielle , il sera bien difficile de prouver que le raisonnement et les idées de l'homme ne sauraient provenir d'un corps auimé aussi par une forme matérielle »
(Pardies, De la connahsance des bêtes, num. 49, p. iOO et suiv.)
— Nous ferons remarquer : que, tout le passage précédentn'est point d'un matérialiste, d'un sceptique ; mais, d'un ardent défenseur de la foi.
BevenoDs à Bayle.
— «Je prie mes lecteurs, dit-il, de prendre garde à la malheureuse situation QÙ fc trouvent les scolasiiques par rapport au dogme de l'âme
(!-> Le pote Pardies, au lieu de souvent, aurait dû dire tmgours; car toaC«MMiremenl est t'expreasion d'une force, et la force n'a d'expression que le mouvement.
52 SCIENCE 80CÎALB.
•tnsitÎTe. Us alligneiit contre Descartet les actions les plus sarpreoantes des animaux ; ils les choisissent eiprès pour le confondre plos à coup sûr; puis après cela ils éprouvent qu*ils se sont trop avancés, et qu'ils ont fourni des armes à leur adversaire pour ruiner la différence spécifique qu'ils souhaitent d^établir entre notre âme et celle des animaux. Ils voudraient bien que Ton oubliât tous ces exemples de ruse , de précaution, de docilité, de connaissance de Tavenir, qu'ils ont étalés avec tant d« pompe, afm de montrer que les bétcs ne sont pas des automates; ils voudraient que Ton ne songeât qu'aux actions grossières d'un bœuf qui ne fait que paître. Mais il n'est plus temps d'exiger cela; on emploie ces mêmes exemples â les confondre et à leur prouver que si une âme matérielle est capable de (outes ces choses , clic pourra faire tout ce que l'âme de l'homme produit; il faudra seulement donner à l'âme des bêtes plus de degrés de raffinement: ne faut-il pas que l'on suppose que Tâme d^un chien ou d'un singe est moins grossière que l'âme d'un bœuf? En un mot, s'il n'y a qu'une âme spirituelle qui puisse produire les actions d'un gros lourdaud de paysan, je vous soutiendrai qu'il n*y a qu'une âme spirituelle qui puisse produire les actions d'un singe ; et si vous dites qu'un principe corporel est capable do produire tout ce que les singes fout, je vous soutiendrai qu'un principe corporel pourra être cause de fout ce que font les gens stupides, et que pourvu que l'on subtilise la matière (1) et qu'on la dégage de ce qu'on appelle terrestréités , phlegmes, etc., elle sera cause de tout ce que font les habiles gens.
a 11 se trouve des auteurs qui insinuent que puisque l'âme de l'homme est douée de franc arbitre, et que celle des bêtes est destituée de liberté, il faut qu'il y ait entre elles une difTcrcnce spécifique, que l'une soit un esprit, et que l'autre soit corporelle. Le jésuite Théophile Raynaud publia en 1650 un petit livre qu'il intitula Calvinismus hestiarum religio. Son principal but étiit de prouver que la doctrine des Dominicains réduit
l'homme â la condition des bêtes, en le dépouillant du libre arbitre
Il suppose que le caractère de l'homme, je dis le caractère qui le distingue de la bêle , est la liberté d'indifférence ; car pour ce qui est de la liberté qui ne consiste que dans l'exemption de contrainte ou dans la spontanéité, aucun scolaslique ne penl nier qu'elle ne se trouve dans les animaux. Faisons voir qu'il est Irès-faux qu'une âme douée du libre arbitre soit d'une autre espèce qu'une âme qui ne le possède point. L^âme des enfants et celle des fous est destituée du libre arbitre, et cependant elles sont de la même espèce que Vâmo la plus amplement pourvue de liberté. Joignez à cela que les partisans de la liberté d'indifférence con- Tiennent qu'elle cessera après cette vie , et néanmoins ils reconnussent que l'âme de l'homme est sur la terre la même substance que daoa le ciel
(1) La scienoe actuelle dit : et pourvu qu'il y ait plus de ciieonvola* tions à l'organe cérébral.
6CIE1VCE SOCfALE. K3
M (kns les enfiers. U est donc visible que la liberté d'indifférence n^eit point un attribut essentiel de la créature, mais une concession on une bveur accidentelle dont le créateur la gratifie ; et par conséquent les imes qui n'obtiennent pas cette concession ne sont pas pour cela d'une antre espèce que celles qui la reçoÎTent. C*est donc très-mal raisonner que de se servir de cet argument : l'îime des bétes est destituée du franc arbitre, et Tàme de l'bomme n*en est point destituée; donc, fâme des bétes est matérielle, et Tàmo de Tbomme est spirituelle. Poussons plus avant, et disons que ceux qui admettent Pâme sensitive n*ont aucune bonne raison d'hâter aux bétes la liberté. Ne disent-ils pas qu'elles font cent choses avec uo plaisir extrême, et qu'elles s'y portent en conséquence du jugement qu'elles ont fait de Tulililé des objets, jugement qui a excité en elles l'envie de s*unir à ces objets? Si la liberté ne consiste que dans l'esemptioD de contrainte et dans une spontaniHé qui soit précédée du discernement des objets , n'est-il pas absurde de nier que les animaux soient libres? Un chien affamé n*a~t-il pas la force de s'abstenir d'un mreeatt de viande^ lorsqu'il craint d*ôtre battu s'il ne s'en abstient? N'est-ce pas avoir la force d'agir et de n'agir pas? Son abstinence vient sans doute de ce qu'il compare sa faim avec des coups de bâton, et qu'il les juge plus insupportables que ne Test la faim. Preuex garde à tous les actes humains que l'on attribue à la liberté d'indifférence ; vous trouverez que jamais l'homme ne les suspend ou ne choisit l'un des deux contraires, que parce qu'ayant comparé le pour et le contre , il a trouvé ou plus de motifs de suspension quo d'action , ou plus de moti& de cette action que de celle-là. »
— Laissons encore parler le jésuite qui a écrit contre les cartésiens :
— « U est mal aisé , dit-il (1)^ de séparer ainsi le raisonnement d'avec ia pensée; et il est, ce semble, bien facile de prouver que dès lors qu'une substance est capable de penser , elle est aussi capable de raisonner , qu'elle est pourvue d'une volonté et d'un libre arbitre, et, en un mot, qu'elle est eu état d'agir comme les hommes. Les anciens philosophes et même les Pères de l'Égiise ont prouvé que nous avions un libre arbitre par cet argument général que tout ce qui est capable de connaître peut connaître le bien et le mal , c'est-à-dire ce qui lui est bor ou ce qui lui IST MAUVAIS ; que par conséquent , en considérant ces deux objets, il peut les comparer ensemble, il peut délibérer, il peut se déterminer pour en
(f) De nouveau, nous ne pouvons trop engager nos lecteurs à bienso pénétrer : des vérités énoncées dans cette citation du père Pardies.
64 •cinci Mciui.
choifir Vwa i TeieliisiMi âé l'aatre, en quoi cooMte rmtge de aotrt liberté. Et cela eit si Trai, que la défiDÎtion que ooof reteaeBS encore an* jonrd'htti de la liberté en général ef t celle-ci : Foctitta* agendi cum ratioMf la fSuulté d'agir avec connaissance de cause; ce eum ratUme lignifie cela, a ( Pardies , de la C<mnai$s(mc$ des animaux, )
Nous nous bornons à ces citations, si nos lecteurs le désirent, ils recourront à l'ouvrage de Bayle.
En terminant ce rapport, qu'il nous soit permis maintenant de faire remarquer à nos lecteurs, combien est claire cette définition de la liberté, et combien toute autre est nécessairement obscure. Nous ajoutons, et ce ne sera qu'un corrollaire de la définition acceptée par le père Pardies, que pour la société l'état de liberté consiste à exister sous un ordre rationnel, on cru rationnel ; que la liberté relative existe aussi longtemps que la société croit rationnel Tordre sous lequel elle se trouve : et qu'elle est à l'état de liberté absolue, lorsque l'ordre existant est rendu rationnellement incontestable vis-à-vis de chacun.
Le rapport que nous venons d'extraire du Dictionnaire de Bayle, démontre, de la manière la plus absolue : que l'hypothèse de Descartes, du moment que les sociétés se soustraient au joug des révélations, est d'une importance telle : qu'il faut que cette hypothèse soit portée à l'état de vérité rationnellement incontes* table, ou que le matérialisme soit lui-même reconnu comme une vérité aussi rationnellement incontestar ble, ce qui anéantirait toute possibilité d'ordre social.
Nous savons : que l'hypothèse de Descartes repu-
$CtS!ICV SOCfALB* 55
gne aux apparences : que, ce sont les apparencesr qui dirigent ce que le vulgaire appelle le sens commun -, que cette hypothèse enfin ne paraît point ce qu'on appelle naturelle. Mais nous avons déjà dit, et nous répéterons encore mille fois : qu'il en était de même pour la prétendue hypothèse de Galilée. A ce sujet nous terminerons par une citation d'un homme que la science actuelle considère à juste titre comme une de ses sonunités. « Lorsqu'une chose, » dit M. Arago : (Cours d'astronomie professé à l'Observatoire, leçon du 18 mai 1841) a peut être de deux manières, elle est pmque toujours de la manière qui parait la moins natMrelle.
58 tClBRGB SOCIALE.
La doctrine EnSEIGKEE A LA JEUNESSE, DANS TOUTES LES ECOLES SUPERIEURES j EST QU*IL »*¥ A, EHTRE L*HOMME rr LES DIFFERENTS INDIVIDUS DE LA SERIE DES ÊTRES y QUE DES DIFFERENCES EN PLUS OU EN MOINS.
M Sor cela qirai-je fait? Je me suis ioslnué
dans les cœurs, y jetant d'abord le doote. Q»*est«
ce, disais-je, que le vrai, le bien, le beau, iorûi-
Ue , impalpable, que Ton Tons Tante artificieaae*
ment? Oà le cbercber? o& le troaTer? On toos
learre avec de grands mots, on tous parle d^es-
prit ; aucon de tous sait-il ce que c'est ? Pore
bèttse, piège tenda à Totre innocence. Demtmd^z
plulât au savants ; ils s'y connaissent, ceux'la.
Or, après avoir pénétré, sondé, fureté partout et
' en eux-mêmes , ils ont doctement prononcé cette
sentence souveraine .* sur itotre honvkur rt
Xforna coasciaziCK, voir, il r't a roi irr d'esprit.»
(La Mennais, Antscharpands et Dartands»
Tarlk, Esprit d'avarice, à Boschap,
Esprit de mensonge, p. 161.)
« L*analogte est fondée sur la proàa6ilité que les choses semblables ont des causes du même genre, et produisent les mêmes effets. Plus la similitude est parfaite , plus cette probabilité angmeute. Ainsi nous jugeons , sans aucun douti, que des êtres pou^vus des mêmes organes (]}, exécutent les mêmes choses, éprouvent les mêmes sensations, sont mus par les mêmes désirs. La probabilité que les auhnaux qui se rapprochent de nous par letirs organes ont des sensations analogues aux nôtres , quoiquun peu infé" Heures (2) k delle qui est relative anx individos de notre espèce, est encore excissitemekt grande, et il a fallu toute Tinfluence du préjugé religieux
(1) Des mêmes organes ! Voilà la sensibilité, Tàmo, relative aux organes. C'est le matérialisme présupposé vrai.
(2) Ici» sensation est pris pour sentiment d'existence ou sensibilité,
ëCnNCB 80G1AUI. S7
powr faire penser à quelques philosophes qae les eanutav sont de pars automates. La probaàiUié de texiêteHct du sentimeni décroît à mesure que la similitude des organes avec les nôtres diminue; mais elle est toujours tràs-forte pour les insectes (1). En voyant ceux d^une même espèce exécuter des choses fort compliquées, exactement de la même manière , et sans les avoir apprises , on est porté à croire qu'ils agissent par une sorte d'affinité analogue à celle qui rapproche les moIé* cules des cristaux. Mais un sentimeni ai taché à iomie organisation animale produit, avec la régu* larité des combinaisons chimiques , des combinaisons beaucoup plus fângulières ; on pourrait peutêtre nommer affinité animale le mélange du ffffinités élective» et du êenliment, Quoi^'il existe beaucoup d'analogie entre l'organisation des plantes et celle des animaux , elle ne me parait pas cependant suffisante pour étendre aux végétaux la faeulié de sentir. Mais aiazf «'Avroaisa a la uiuR sxtusca. »
(Laplace, Essai sur les probabilités^ p. 254.)
« Aux limites de la physiologie visiblx, corn* mence une autre physiologie dont les phénomènes, beaucoup plus variés que ceux de la première» . sont comme eux assujettis à des lois qu'il est tièsimportant de connaître. Cette physiologie, que nous désignerons sous le nom de Psychologie^ est SAVs sotrra une coniin^futioti de la physiologie visible (2). » (Laplace, ibid,, p, 219.)
« Je me suis entretenu quelque temps avec l'empereur sur la religion
modifié de telle ou telle manicre. Que peut signifier l'expression de supériorité ou d'infériorité appliquée au sentimeni d'existence. Ce sentiment eet absolu^ il est ou il n'est pas. Les modifications seules sont relativei. Poisson qui , même en mathématiques , n*était pas inférieur à Lai^aoe, a dit : i II n'y a primitivement qu'une vérité absolue^ la pke- CmiOlf DE l'kxistsncb. »
(1) Toujours la sensibilité, r&me, dérivant des organes, de l&matière.
(2) Cette doctrine qui donne le matérialisme comme philosophiquement ineonteslable, comme hors de doute, cette doctrine essentidlSement antisociale , la France vient de lui donner son assentiment légal, en ordonnaut qu'il fût fait une édition nationale des œuvres du philosophe qui eo est l'auteur.
« Il y ft taai 4e rdigioiis différentes, a-t-il coBtiiméy on et modifications dus U religion , qn*!! est difficile de savoir laquelle choisir. Si nne ralîgion existait depnis le commencemeat da nionde, je penserais que c'est la téritaUe (1). Mats dans Tétai oà sont les choses , je pense qne ehacan doit conserver la religion dans laquelle II a été élevé, celle de ses pères. — Qn*étes-vous ? — Protestant. — Votre père Tétaii-il anssi? — Ooi-
Eh UeD ! continues dans cette croyance
« Il existe un lien entre Tanimal et hi diviuilé. VAommt, a-t-il ajouté, n*e«/ tfuun ammal plus pur/ait qttê les autre*. H nùiomne mieux. Mais qne savons-nous si les animaux n'ont pas un langage qui leur est propre? Mon opinion est qu*il y a de notre pari présomption à dire que imm, seulement parce que nous ne les entendons pas. Ua cheval a de la mémoire, de la connaissance et de Taûectioa. Il distingue son mettre des domestiques, bien que ceox-ci soient plus souvent avec lui. JV vais un cheval qui me distinguait de toute autre personne, et qui iodiquaii par ses cabrioles, et ea marchani avec orgueil la tète levée, lorsque j'étais sur son dos, qu'il avait la connaissance de porter un personnage supérieur à tous ceux dont il étaii eutonré. Il ue se laissait monter par aucun antre, excepté un palefrenier qui en prenait soin, et lorsqu'il était monté par cet homme, ses allures étaient si différentes, qu'on aurait dit qu'il était convaincu de porter ud inférieur. Lorsque je perdais moa chemin, je lui jetais la bride sur le cou , et il le retrouvait toujours en des lieux ou avec toute mou intelligence, et mon esprit humain si vanté, je ne pouvais le faire. Qui oserait nier la sagacité des chiens ? U existe nne chaîne entre tous les animaux. Les plantes sont autant d'animaux qui nmngent et boivent; et il y a des degrés jusqu'à tkomme, qui n^est que te plus parfait <2e tous* C'est le même espeit qui ees akime PLUS on MOINS. »
(NAPoiioN en exil, par & O'Meara, Date du Journal d'O'Meara, 9 novembre 1816.)
(1) Depuis le oommeDcemenidunuiode, ranthropomorplufime eiûle; et cependant ranthropomorphisme est évidemmeot nne erreur»
n est un mo jeu de sarof r si la doctrine oralement inculquée à la jeunesse est celle de la série continue des êtres, et ce moyen est unique. Il consiste à suivre les cours des professeurs ; non pomt dans les poUéges, où se donne l'instruction élémentaire et où il n'est guère question que de grec et de latin ; mais , dans les cours d'mstruction supérieure, comme ceux des facultés des lettres, des sciences, de droit, de médedne, du Collège Mjal de France, du musée d'histoire naturelle, etc. ; — et, à prendre des notes, dans lesquelles les propres expressions des professeurs seront fidèlement conser*vées. Et, pour que le résultat soit irrécusable, il faut en outre : que, ces cours aient été suivis a^ecle dessem prémédité de savoir si telle ou telle doctrine est généralement ou particulièrement professée. C'est ce que nous avons fait
Les citations que nous allons donner, comme extraites des différents cours d'instruction supérieure professés à Paris, sont choisies parmi dix mille autres que nous avons, et qu'il est inutile de présenter au lecteur, le peu que nous lui offrons suffisant, selon nous, pour démontrer ce qui est en question. Toutes ces citations ont été prises par nous-mêmes. Toutes nous les avons sur nos cahiers ; nous pourrions nommer vingt personnes qui nous ont vu à ces différents cours, et auxquelles nous les avons montrées à l'instant même où nous les prenions. D'ailleurs, aucun professeur ne les niera. Et, si un seul d'entre eux affirmait qu'il ne professe pas la doctrine de continuité que nous lui attribuoiM, noua nous engagerions volontiers à prendre
00 semas soculb.
de nouveau , et dans son cours même , de nouvelles preuves à l'appui de ce que nous avançons.
Nous répétons ici : que, nous n'accusons point les professeurs, dont nous citons les cours, d'être des matérialistes. Mais , nous disons : qu'ils professent la doctrine de continuité de la série des êtres ; et que, dès lors , le sachant j ou sans le savoir^ ils sont propagateurs du matérialisme.
Faisons maintenant une observation de la plus haute importance, et pour nous-mêmes, et pour nos lecteurs.
Nous allons donner une foule de citations : où, la matière est considérée comme essentiellement active ; où, la vie est considérée comme appartenant essentiellement à la matière ; où, les êtres sont donnés conmie ayant apparu successivement sur le globe, et cela par la seule force inhérente à la matière ; et, nous donnons ces théories comme établissant le matérialisme.
A cet égard plusieurs lecteurs, les uns de bonne foi, les autres de mauvaise foi, nous diront : « Vous « ne croyez donc point : que, la matière soit active par « essence ; que, la vie soit une des propriétés de la matt tière; ni, que les êtres aient apparu successivement « sur le globe , par les seules forces inhérentes à la ff matière ; ou, si vous croyez ces choses, vous êtes ce matérialiste. »
Nous répondons :
Non-seulement nous croyons, mais nous savons : que, la matière n'est point inerte, mais qu'elle est ac • tive par essence ; que, la vie est une des propriétés de
SCIKNCB SOCIALB. 61
la matière ; que les êtres ont apparu successiTement sur le globe, par la seule force inhérente à la matière ; et nous ne sommes point matérialiste. Ces doctrines conduisent seulement au matérialisme : lorsque le sentiment de l'existence, ou la sensibilité réelle, est donnée comme un développement de la vie ; lorsque Tintelligence est donnée comme étant exclusivement un développement de la vie ou de la matière ; lorsqu'enfin^ la série dés êtres est considérée comme continue. Mais, du moment que le sentiment de l'existence ou la sensibilité réelle n'appartient point à la matière ; du moment qu'il est démontré : que l'intelligence est exclusive à l'homme , et ne dérive point exclusivement de la vie ; la matérialité de celle-ci , l'activité essentielle de la matière, et l'apparition successive des êtres sur le globe par les seules forces matérielles pour ce qui concerne la vie, ne sont plus en opposition avec la non-matérialité du sentiment de l'existence ; au contraire, c'est sur ces mêmes doctrines, que l'immatérialité de l'âme se trouve scientifiquement basée.
Quelques personnes, avant d'avoir mûrement réfléchi, nous reprocheront peut-être, d'avoir donné trop de citations sur la série continue des êtres et sur les conséquences matérialistes qui nécessairement sont tirées de cette continuité. Ce sont surtout les personnes les plus à la hauteur de la science qui nous feront ce reproche. Pourquoi diront-elles, et cela nous a été dit mille fois, pourquoi insister autant sur ce que tout le monde sait ? Nous allons nous justifier.
Lorsque dans la science, un fait est passé à l'état
82 scimcB aocuLB.
de Tenté, soit réelleiiient soit illnsoiremeot, la plupart ^des BMantB croient que personne n'est ignorant de la 'vérité de ce màne fait. Si, alors, quelqu'un rassejnUe des preuves qui s'y rapportent, la plupart des savants affirmait : que, e'est perdre et faire perdre du temps. Nous savons, diront-iis :<[ue, la série continue des êtres existe ; que^ les conséquences de cette série continue sont le matérialisme; et, à cet égard : nous savons, ce que toute l'antiquité a su comme nous. Pourquoi donc venir nous parler d'une chose que personne ne met en doute, parmi ce qui n'appartient point au vulgaire? Si , vous ajoutez : que, les conséquences du matérialisme sont terribles pour la société, ils répondent : qu'ils savent qu'il faut une religion pour le peuple ; et que, dès lors vous avez tort de vulgariser la science. Si peur vous défendre, vous ajoutez : que, ce sont les professeurs eux-mêmes qui vulgarisent la science; ils triomphent en disant : Ce qui se dit en chaire, n'est nullement rassemblé en corps de doctrine ; et, c'est pour éviter que la science soit vulgarisée, que nous avons empêché de sténographier nos cours. Répliquerez-^ous : que, M. Auguste Comte a mis toutes les leçons des professeurs en corps de doctrine, ils répondront : que, personne ne lit M. Auguste Comte ; et que, d'ailleurs, il a eu tort de publier son ouvrage. Voilà, pour ceux qui ont le courage de leur opinion, pour ceux qui parlent comme ils pensent.
D'autres affirment : que, le matérialisme social n'est pas incompatible avec l'existence de l'ordre ; et, que le plus câ%bre d'entre eux , M. Guizot a dit : le
6CIB1ICS SOGIALS. §3
TBKHIfflE DE LA PSILOSOHIIE EST l>*AVOin &ENDIJ LA MORALE L\DÊrEKDAl«TC »£ Li fiELlGlON.
Si, inaÎQtmiaat, nous arrivons à ceux qui ont reçu rinstruction philosophique du dix-huitième siècle, et croient qu'il est impossible à la science de jamais dépasser l'encyclopédie, ceux-là nous diront : que, la r^li^on est naturelle, qu'il est aussi impossible d'empêcher l'homme d'avoir de la religion que de l'empêcher de voir la lumière avec de bons yeux ; et, mille autres lieux communs qu'il vous sera d'autant plus impossible de combattre ouvertement, qu'ils n'écouteront jamais ce que vous leur direz. Ceux-là, néanmoins, Usent quelquefois; c'est pour eux que nous avons accumulé nos preuves.
Si, vous parlez aux partisans des révélations ; c'est encore pis. Non-seulement ceux-ci n'écoutent pas, mais ils afjQrment : que^ de nos jours il existe une réacLion religieuse infiniment marquée : bien entendu que cette réaction est toujours en faveur de leur révélation. Quelques-uns d'entre eux lisent aussi quelquefois ; c'est également pour ce petit nombre que nous avons accumulé nos preuves.
Il est une autre classe d'individus, prise parmi celles dont nous venons de parler, classe nombreuse, trèsimportante, nous voulons parler de celle qui prend une part active au gouvernement de la société. La pratique lui a fait connaître : que, le lien religieux est la seule base qu'il soit possible de donner à l'ordre social. Cette classe nomme les professeurs, et croit, avec toute la foi des anciens temps, que ceux-ci donnent à
64 SCIBIICB SOCUtB.
leurs enfants une instruction qui n'ébranle nullement ce qu'elle considère comme le fondement réel de l'édifice social. C'est encore pour cette classe que nous accumulons nos preuves.
Nous dirons enfin, à ceux qui nous critiquent : que, si nous avions été certain d'être lu, nous eussions insisté plus encore : ayant la conviction que, pour beaucoup de ceux que nous venons de nommer, nos preuves, quelque nombreuses, quelque incontestables qu'elles soient, seront insuffisantes •
Nous avons placé, parmi les citations qui propagent le matérialisme, quelques-unes de celles qui sapent l'anthropomorphisme, la création, les révélations, etc. — C'est, qu'en effet, tout ce qui détruit la croyance en une révélation quelconque, conduit au matérialisme : pour aussi longtemps que la science y conduit elle-même ; pour aussi longtemps que la science n'a point démontré qu'il existe : non-seulement des phénomènes, dé% apparences ; mais, aussi, des réalités; et que les réalités n'appartiennent point à lamatière.
Nous ajoutons : que ce travail sur la doctrine enseignée à la jeunesse dans toutes les écoles supérieures, doit être lu et relu avec attention. Tout notre ouvrage sera inutile : pour ceux qui ne l'auront point médité.