‹ Science sociale (volume 4)Chapitre 14 sur 79 · AFFAIRE DE CLASSIFICATION · texte numérisé non relu

AFFAIRE DE CLASSIFICATION

— Nos lecteurs voudront bien remarquer : que , sentiment de V existence j sensibilité^ et âme, sont, au sein

de la science, comme vis à vis du sens commun , des expressions parfaitement synonymes.

— «Nous ATons classé, continue le professeur, la sensitive parmi les plantes; nous aTons refusé la sensibilité aux plantes; donc la sensitÎTe n'a que de rirritabilité et point de sensibilité. Il n^t a pas d* autres raisoxSf et foilà où se bornent les connaissances de Tbomme. Il pourrait cependant y avoir de la sensibilité chez les plantes ; mais nous n'en avons point de preuves, comme nous n'avons point de preuves de la sensibilité des loopbjtes. 9

— Et, comme M. de Mirbel a dit plus haut : que, la chaîne est ininterrompue depuis le zoophyte jusqu'à rhomme, il s'ensuit : qu'il n'y a pas de preuves que jusqu'à l'homme, exclusivement , il y ait sensibilité. Cet aveu, d'un homme aussi distingué, est déjà quelque chose.

— «Il y a, en effet, continue le professeur, des êtres que l'on peut placer a yoloxts comme animal ou comme plante. Ces distinctions sont essentiellement relatives aux caprices des classificateubs. »

(MiEBEL, 8 avril 1837.)

— Si nous exceptons la section de mathématiques, l'homme le plus clair de l'Académie des sciences est , selon nous, M. de Mirbel.

Ainsi le matérialisme est basé sur un caprice ! £t , le caprice est toujours : un résultat de l'ignorance ; quand, ce n'est pas un résultat de passion.

— « Qu'est-ce que la végétation?

c Cest la reproduction successive de nouveaux organes et des ^némes tndtvidfM. Cest une transformation successive.

c En remontant à Torigine , rien ne distingue la végétation de l'animalisation.

« Il y A des animaux sans sexe , comme des plantes. 11 y a des animaux

qui n*ont pas un pins grand nombre d*orgaiies que les diinpigaons. L'ovologie est la même de part et d'autre.

« II y a des animaux qui se propageât par boutures, comme les plantes. 9

— Ainsi, s'il y a sentiment d'existence, sensibilité ou âme, chez les animaux; en faisant une bouture animale, on fait une âme. En présence de la série continue, du matérialisme, c'est évident.

•<- a L'bydre, continue le professeur, peut être coupée en une multitude de pièces, et chacune devient ua animal entier, comme une feuille devient un arbre.

«t DBriRtnVBHBHT, RIBN NI StfàMU LIS AinSAUX DES TSftiTAITX. »

(MiRBBL,8atTiM837.]

— Nos lecteurs commencent-ils à croire : qu'il y a impossibilité absolue à ce que leurs enfants, s'ils ne sont complètement stupides , aillent s'asseoir sur les bancs des écoles supérieures : sans devenir matérialistes?

Après cette réflexion, reposons- nous un instant: nous ne sommes pas au bout de notre examen.

scieucb sociale. 83

— a II y a UNITÉ dans îa nature depuis fkiouE jusqu'à Thommb. La loi (rtttraction est universelle pour les minéraux y pour les végétaux, pmir Us animaux. Tout dahs la nature bst attraction. »

(Gboffrot Saint-Hilairb , 15 novembre 1834.)

— Est-ce clair ?

— a 11 y a UN principe universel de la matière et des manifestations de la matière par elle-même. »

(Geoffrot Saint-Hilairb , 15 novembre 1854.)

— « Les êtres se dÎTisent en organiques et inorganiques. « Les êtres organisés sont doués de la faculté de vivre. »

— Faculté de vivre ? Le dix-neuvième siècle reconnaît : des facultés^ là où il y a des mouvements apparemment spontanés ; et des propriétés j là où il n'y a pas apparence de mouvements spontanés. Et, comme il en est de la distinction des mouvcnrents réellement spontanés, d'avec ceux qui ne le sont qu'illusoirement ; comme il en est des nerfs et des systèmes cérébraux, pour distinguer les végétaux des animaux, il s'ensuit : que, les facultés ne sont nullement distinguées des propriétés. I^ dix-neuvième siècle appelle , cette manière indéterminée de s'exprimer , un langage positifs et ceux qui s'en servent des hommes positifs ! Et le dixneuvième siècle se croit supérieur aux siècles qui l'ont

précédé ! !

— « Parmi les êtres organisés, les uns , continue le professeur , sont pourrus de sensibilité , sont appelés a reckercber le plaisir, à fuir la douleur; ils doivent pouvoir s» transporter, ils doivent choisir leur nourriture, ils ont un Centre de vie,

c Les plantes au contraire n'ont pas le sentiment de leur existence. Elles absorbent sans volonté. Elles n*ont point de centre de vie. »

— Où donc commence la volonté ; et, où finit-elle ? La science doit le dire, sous peine de mort sociale. Nous le dirons.

— « Entre les animaux et les végétaux, les uuances, continue le professeur, disparaissent. 11 y a même des naturalistes qui prétendent : que, des plantes se métamorphosent en animaux; et, des animaux en végétaux. »

— Pourquoi pas , si les uns et les autres ne sont qu'organisme ?

•— Cl La meilleure définition, continne le professeur, qui ait été donnée de la différence des êtres, quoiquelle n^ait rien d'absolu, est de Liimée. Mineralia crescunt. Vegetalia crescunt et vivunt, Animalia crescuni, vivunt et sentiunt. En effet : les nuances croissent et décroissent par gradations insensibles. Dans la kature il n'y a uen db tsan- CBi. »

(Auguste Saikt-Hilaiee, 6 avril 1840.)

— Encore une fois : où donc commence la jolonté ; et, où finit-elle ? 11 faut le dire, ou sinon : il n'y a pas de volonté i^éelle. Aussi, telle est la conclusion du matérialisme.

— « Personne ne sait au juste, personne ne connaît la place qu*occupc un végétal dons la série des êtres. U est même probable qu'on ne le saura jamais. Les anciens avaient divisé les êtrc« en minéraux, végétaux et animaux. Les modernes, nu contraire, divisent les êtres en organiques et inorganiques. Ils ont raison. »

— Et les générations spontanées ! et Tapparilion successÎTe des êtres sur un globe naguère incandescent 1 elles doivent compter cependant. Alors, que devient la division : entre l'organisme et Tinorganisme ?

~ « Les corps organisés, continue le professeur, se maintiennent par force d'affinité et ne se régénèrent point. Les corps organisés se maintieQoent par notrition.

« Â mesore que la science progresse, nous Toyons les différences en-> tre les régétaux et les animaux disparaître. Chez les mammifères même, le cenreau est composé comme le végétal le plus simple. Il en est de même des ganglions, des nerfs, etc. 11 y a longtemps qu^Aristote a dit^ et après lui Boerfaaave : que, le végétal n'est qu'un animal retourné ; et, vice versd.

« Les végétaux et les animaux se nourrissent des mêmes éléments. « La circulation ne sépare point davantage les végétaux des animaux, ainsi qu'on Ta prétendu. Dans le Charcu il y a mouvement giratoire du liqaide nutritif absolument comme chei les insectes. Il y a, d'ailleurs, des animaox sans circulation : le polype par exemple. « La nutrition ne sépare pas davantage les animaux des végétaux. « L'homme lui-même, comme le végétal, commence par une utriculc. El, remarques que les organes ne préexistent point dans cette utricule. Ils se forment par une végétation réelle. « Les métamorphoses des insectes sont de véritables végétations. « La génération ne sépare pas davantage les végétaux des animaux. « Si, un végétal montrait de la sensibilité, personne n'hésiterait à U placer parmi les animaux, sous le rapport de la génération. Le fœtus du mammifère, de l'homme même, est d'abord un œuf, comme chez le végétaL Et, s'il y a des boutures dans une série végétale, il y en a de même dans la série animale.

«LJnnée avait séparé les végétaux des animaux, et c'est encore là l'opinion du vulgaire.

• Qu'est-ce donc que la sensibilité?

« C'est la PBOPRiÊTÉ des êtres vivants : de recevoir des impressions. »

— Ainsi la sensibilité est une propriété ! Or, toute propriété est une qualité ; et, loule qualité est essentiellement matérielle. Voilà la sensibilité dérivant de la matière. Tout le matérialisme est là*.

86 8CmOB SOCIALE.

— • « Mats, eoniiauê le profinMettr, il y a teufil^iUU animale et seaubilité organique. Qu*est-ce qui différencie ces sensibilités?

«r La première implique : conscience de soi-même,

« Et, cependant, combien de choses, en noua, dont noos n'aTons pas conscience! L'assimilation, par exemple, la circulation, etc.

a La sensibilité animale est relative au cerveau, à la moelle, épiuière, aux nerfs. »

— Est-ce clair?

— a La sensibilité organique, conttntte le professeur, est relative aux ganglions.

« Les plantes ont la sensibilité organique, dira-tH>n, elToilà le Tégétal sépaté de Taniinal.

« 11 o*en est rien,

« Plusieurs animaux n*ont rien de relatif à la sensibilité animale.

a Les mouTeroeots ne peuvent même rieo décider. Les végétaux ont des nouTenients.

« la sêusilnlUé animaU est doac une expressiou vague qui n# sépare nuUemwU Us végétaux des animaux.

« La conscience ne sépare point diwantage les animaux d^s végétaux. Les polypes coupés en mille morceaux n'ont pas plus conscience de leur existence que les végétaux* »

— Et, comme la conscience de Texistence est évidemment absolue ; qu'on a conscience de son existence^ ou qu'on ne Ta pas; et que Ton va du polype jusqu'à Vhomme par degrés insensibles : concluez. Ceci n'est pas encore une preuve : qu'il n'y a sensibilité réelle que (ihez Tbonime. Mais cela prouve déjà : qu'accorder la sensibilité au singe ou au champignon sont également des préjugés.

-*• « // eti est de même de la wAonté, continue le professeur. »

— Voilà une science qui ne sait même pas où il y a volonté. Et, comme la morale est exclusive à la vo-

SCIBMCE SOCIALB. 87

kmté; voilà une science qui ne sait pas : là, où il y a moralité ; là, où il y a humanité.

— « L'iBBiTABiLiTi, Continue le professeur, us si distingue kdllb- HDnr Di LA YOLOMTÉ. Une goutte diacide irrite toute une branche de sensîtive, et lui fait représenter une volonté. La sensation de Tacide se propage de proche en proche.

a Eoiio, il est des animaux qui n'ont ni cenreasy ni nerfs, ni locomotion.

« AbSOLUHBHT BISH m tàtAVE les VéGÈTAUX DES ANIMAUX. D

— C'est comme si vous disiez : rien , absolument rien ne sépare l'homme des animaux. Affirmez-vous, qu'une pareille science puisse être base d'ordre social? Si vous l'af&rmez, je vous en fais mon compliment.

— « U fiml eonelore, continue le professenr, qne les yégétaux et les aoïmanx forment un seul et même règne, qui se divise en deux branches, ayant le même point de départ, et s^éloignant par des transitions insenwibles. il 7 a mille cas oè des naturalistes disent : tel être est un végétal; tandis qne d'autres natuAlîstes, iGALsnEirr ihstruits, disent t que ie même être est un animal, n

(MiBBBL, 1 avrUiSÀO.)

— Ce qui prouve : que , la science est infiniment savante 1 1

— « Dans ma dernière leçon, j'ai conclu : qne, les végétaux et les mimaux ne pouvaient être séparés d'une manière absolue, d

(MiBBEL, il avHH 840.)

— Vous avez conclu, et avec raison : que, la prétendue science actuelle ne pouvait faire cette sépararation ; mais, conclure de là, à l'impossibilité de démontrer la réalité de la séparation absolue, entre rhomme et le reste de la série, n'est : que de la vanité hnpertmente.

— « Les aociens disaient : qu'il y arait trois règnes. On a reconnu qu'il est impossible de séparer les animaux des végétaox. Aussi, depuis Lamarck, on ne reconnaît que le règne organique et le règne inorganique. Encore, beaucoup de saTants ont voulu faire disparaître cette division, en disant qu'elle n'est qu*une apparence. »

(Bêiard, 9 avril i840.]

— Et , les générations spontanées sont la preuve : que, cette division n'est qu'une apparence.

— « Je n^admets point de différence enlrc les matières organiques et les matières inorganiques, d

[Dvuàs, iZ avril iSÂO.)

— Voilà qui est parfaitement logique.

— a Les corps organiques et inorganiques sont-ils contemporains sur le glohe? Non.

« Comment sont nés les corps organisés?

« Avant de résoudre celte question, nous dirons : que, les sciences n*ont AUCUN airpoiT avec les croyances religieuses, »

— Cpmme Texamen , ou le raisonnement, est une science ; la plus difficile des sciences ; ou plutôt, la seule science; il suivrait des doctrines du professeur : que, croyances religieuses et préjugés seraient absolument synonymes. Cela peut avoir été vrai jusqu'à présent. Mais, il est également vrai : qu'en époque d^incompressibilité de l'examen ; on ne base point une société sur une instruction semblable. En présence de Tincompressibilité de Texamen, les croyances religieuses doivent être remplacées par la science religieuse^ sbcs peike

DK MORT SOCIALE.

— « Ce sont là, continue le professeur, deux champs de Tintelligence parfaitement différents.

SCfBMCB SOCULB. 89

« Cela posé, nous diront : que les corps organisés ont apparu primitiiementet snccessirement par les seules forces de la matière. Le singe et enfin l'homme ont apparu les derniers. »

(BÊRAftD, 9 avril 1840.)

— Et rhomme aussi, par ks seules farces de la matière! Eslrce clair?

— « L'architecte est encore à l'œuvre, il naît encore d^es étoiles. »

(ÂRAGO, i8matl84i.]

— En disant Tarchitecte , le professeur se riait de ranthropomorphisme. Mais , son panthéisme valait-il mieux?

— « La botanique géologique nous présente Thistoire de Tapparitlon successive des différentes familles de plantes sur la surface du globe. »

(Brohgniart, 13 avril 1840.)

— C'est évident, c'est palpable aux yeux de la science. Alors, adieu l'anthropomorphisme. Mais, le panthéisme vaut-il mieux ?

— « Dans notre dernière leçon, nous ayons dit : que les êtres organiques et inorganiques ne sont point contemporains; et ([ue, primitivement, let corps vivantM naissent par les seules forces inhérentes à la matièbb.

« Mais y a-t-il encore des générations spontanées?

« D'après toutes ces preuves, nous concluons : qu'iZ y a encore des

générations spontanées, n

(Bérard, 11 at;rtM840.j

— C'est encore évident aux yeux de la science.

— «Dans un corps organisé vivant, l'individualité consiste : dans Tensemble des molécules de la matière vivante qui la composent. »

— C'est raffirmation : que , toute individualité est

90 aciKvcs aoGULB.

phàioménale , matérielle; c'est la nation de toute

individualité réelle.

— « Dans les corps inorganiques, continue le professeur, l'indiTÎdualité consiste : dans Ja molécule intégrante. »

(BiBABD, 9 avril 1840.)

— Voilà des individualités qui ressemblent au bon Dieu UNef FLUsiEUBs de M. Cousin.

— > « Les forces vitales, les forces des corps orgausés, B^ont pas encore été ramenées aux forces physiques, aux forces particulières des corps inorganiques. C'est encore à une force spéciale qu*il finit recourir en physiologie. La sensation et l'intelligence ne peuvent encoeb être rapportées à un simple fait de gravitation, d'cleclricilé ou de chaleur. »

— Quel dommage, en vérité !

— « Il est possible, coutinue le professeur, que sensation et intelli gence dérivent exclusivement de Vune de ces fo|*ces. Mais il n^est nullement démontré qne ce soit à Tune d'elles plulét qu'à feulre, plntdt qu'à leur ensemble »

(Bérabd, 11 avr<H840.)

— Ainsi, sensation et intelligence dérivent : de Tune de ces forces; ou, de leur ensemble. C'est plutôt fait d'affirmer que de prouver : surtout quand l'affirmation doit tuer Tordre social. Et, vous vous étonnez que, la société soit sans morale ? Bonnes gens !

— « Il m't a point DB SÉPABATIOH EHTIB vu OOBPS AHIMiB BT LBS €ORPS

IRAN iHBS, entre les corps inorganiques et les corps organiques. Tous sont des machines à plusieurs courants. Les générations spontanées le prouvent. Et les générations spontanées sont prouvées : par cela seul que le globe a été primitivement dépourvu d*êtres organiques ; et, que les êlres organiques ont apparu successivement. »

(GaevraoT SAmT-HiLAiBi, 21 novembre 1854.)

SCBBCB SOCIÀLt« 91

— Lorsque Descartes osa poser Thypothèse : que, les ADimaux étaient des machines ; toute la sience irréligieuse se révolta, au nom du raisonnement. Maintenant, elle déclare : que, l'homme est machine ; toujours au nom du raisonnement; et cela, sans réfléchir : qu'une machine exclut la Uberté ; et, que le raisonnement implique la liberté.

-* « Les espèces ont varié selon les révolutions du glohe. »

(Flodrens, il octobre 1859.)

— « Il j a eu y ddus la vie, une succession de formes depuis Tétat le plus .«impie jusqu'à TéUil le plus composé. Voilà l'histoire réelle de la »<*rre.

« Dans les couches primitives, il n'y a point de vie.

« Dans les couches de transition^ il y a des traces de zoophjtes et de ■oilusqiies.

« Plus loin, des poissons et point de quadrupèdes.

m Plus loin, des reptiles.

« Plus loin, des mammifères marins.

« Plus loin, des mammifères terrestres.

« Plus loin, l*homme. »

(Flocbirs, 22 octchre 1839.)

— Et rhomme, comme le singe, est apparu : par les seules forces de la matière. C'est toujours la même ekmson.

— > a On adonné le canal digestif comme caractère de Tanimnl. Mais

M B*y » point de cnnal digestif dans Téponge. • Ceen quoi tous conviennent, c'est : que Vanimal est sensible, « Ce en quoi tous conviennent encore^ c'est : que la sensibilité a son

usxKCB detns les nerfs, »

— Oui, comme tous convenaient : que, le soleil tournait autour de la terre.

-^ c Biais, continue le profeiseur* les nerfs disparaissent: bien avant le canal digetlif ; bien avaftt ce qui est nommé animal.

92 SCIENCE SOCIALB.

« En quoi donc consiste ranimalité ?

a Esl-ce dans le mouvement?

a Mais, les plantes cherchent la lumière. Les racines cherchent les bonnes lerres. Et la sensitive a cent fois plus de mouTement que l'éponge.

ff Puis, relalivement au mouTenaent, voici venir une autre difficulté. Dans TEncyclopédie du dix-neuvième siècle, rédigée par M. Edwards, nous trouvons : que les mauvemenU des goophytes ne sont potnf des mouvemenis animaux.

« Encore une fois, en quoi consiste Tanimalité ?

tt Dans les générations spontanées, ce sont tantôt des animaux, tantôt des végétaux. Et nous voyons : les animaux devenir végétaux, ef , réci^ proquement,

« Encore une fois, qu'est-ce que Tanimalité?

« Concluons :

« Il n'y a poirt db division réelle bhteb les deux règbbs. »

(Béraed, 10atTtM8o8.)

— C'est juste. Aussi, ces messieurs sont tous d*accord : que, Vhomme n'est que matière. A-t-elle de l'esprit cette matière ! !

— « Les végétaux présentent des mouvements assez spontaiiés pour afBrmer; quMl est impossible que le mouvement puisse faire distinguer les animaux des végétaux. »

(Beorgniaet, 13 avril i840.}

— Vous vous imaginez peut-être : que, si le mouvement, selon ces messieurs , ne peut faire distinguer les animaux des végétaux ; ils en concluront : que le mouvement ne peut faire distinguer la sensibilité de Tinsensibilité. Allons donc! Est-ce qu'il y a de la logique au sein de l'ignorance? Au sein de l'ignorance, il n'y a que vanité et sophisme.

— u On a vu des monades^ après avoir été doués de vie animale, de» venir des végétaux de première organisation. »

(Db Jussibu, i3 avril 1836.)

-- «Les Tégétaax se reproduisent par boutures. Le cas est plus rare poirles tnimaiiz. »

fBmoHGRURT, 29 avril 1835.)

— «Dans les iofusoires, il y a mouvement; donc, il y a sentiment. Car le sentiment n* est jamais prouva qw par le mouvement. »

(Broussais, 13 avril 1856.)

— En effet, c'est, comme cela, que se prouvait : le sentiment du soleil aux yeux de Platon .

— a La transformation successive des espèces est irrécusable. Goethe doit être placé à la tête des philosophes pour Tavoir reconnu. »

(Gboffrot Saint-Hilairb^ 9 mai 1835.) .,J

— C'est-à-dire : la transformation du singe en bomme; et, sans doute : de Thomme en singe. C'est le Credo de la série continue; il serait digne d'être honoré : du quia absurdum,

— « /I y a des mouvements spontanés : dans les graines polliuiquesy et dans les corps reproducteurs des confcrves , analogues aux mouvemeots SPONTANÉS des animalcules infusoires. »

— Et comment distingue-t-on , s'il vous plaît, la spontanéité réelle de la spontanéité apparente ?

La spontanéité appartient à la sensibilité, à l'intelligence ;'ou, le langage n'a point poiur but : de communiquer la pensée. Dès lors, voilà les végétaux sensibles et intelligents : qualités qui , du reste , sont inséparables.

^ « 11 y a, continue le professeur, des mouvements chez les végélaux, dans toutes les parties, moins la tige et les racines, sous l'inlluence : « 1° De la lumière ; c ^ Des agenls pondéiables;

94 SGUUfCB SOCUIf.

« 5^ De U troHTAiiBiTi.

CI U y a DioaTements sfohtanês dans les éUmioes et let pialtk àes beris, des passîflorts, des capaeiaes , etc., etc.; — dans les feuilles de rhedisamm giraos» etc. »

( BaoRGRiAftT, 25i«M i855.)

— C'est toujours la spontanéité réelle , qui ne peut appartenir qu'à un être absolu, éternel, confondue avec la spontanéité apparente, relative, temporelle, phénoménale, apparente, par essence.

— « La diflerence des végétaux aux aoûmaux, est que, cfaea les végétaux, il n*j a ni sensibilité ni locomotion.

« La sensibilité gît dans le système nerveur» »

Blaintillb, 24 mar^ iSoS.

— Est-ce clair?

^- « Les animnSy continoe le professeor, s*éloigneBl des végétaux, en raison que la sensibilité s'augmente.

(( Le degré de sensibiUtéy arrivé jusqu*à l'intelligencej est un caractère zoologique, »

— Est-ce dair? Concevez qu'il faut être bien wt: pour n'être point matérialiste ; en recevant le bonnet de docteur.

scrancv soculb. 95

-- « La mkvon r'e8t pas ixcLusifB a l'aonv. •

(BLAiHvfLLB, 24 mars i835.)

— De mieux en mieux ! I

— « Le gaaglkm hémtsphériipK^ qai paraît être le siégé âê VintelU' gttK€y est plus développé chez les poissons. »

(Blainvillb, 3! mars 1855.)

— Que Dieu soit loué ! les poissons ne sont point tout à fait sans intelligence. Nous verrons bientôt : que, les huîtres ont aussi une assez belle part d'intelligence.

' — « Le* singes sont les animaux les plus rapprochés lie rhomme* Le premier, après rhomme^ est le Irttglodyte. L» premièrea éditiona dm Liaséa plaçaient le troglodyte parmi le genre bumatii. »

(laiMmB Gkwfboy Saisi-Hilaub, 20 mat 1857.)

— Vile , une statue à Linnée I comme on en a élevé une à Broussais.

— ff Quel rang doit occuper l* homme dans la classification?

« L'homme a toujours cru que tout avait été créé pour la terre ; que, 'ur cette terre, son hahitatiou, tous les êtres avaient été créés pour lui ; •la il était le maitre et le domîiiateiMr ; enfin, que lut-mèiBe était d''une n^ara UmtèfaU différente ei stipériemre.

« loin cBLà m fbAajgb. »

' — Il n*y a que rhomme matière qui ne soit pas un préjugé ; il n'y a que le raisonnement réel, sans un raisonnement réel, qui ne soit pas un préjugé. Ce qui n'est pas un préjugé, c'est : que les citrouilles raisonnent.

— « Linoéc, continue le professeur, homme religieux, se mettaot audessus de ces préjugés, a placé l^homme à la tète de son ordre des primates avec les singes. Il en fait le genre homo. U avait encore désigne le chimpanzé sous le nom d*homo troglodytes. Cet ordre des primates doit être rétabli; et celui des bimanes^ établi par les naturalistes du dishuitième siècle» doit être supprimé. »

— Bravo ! à bas , la supériorité de l'homme ! Vive l'égalité dans le néant ! !

— « L'existence du langage n'est pas un caractère indicatif de la supériorité de l* homme sur les animatuc, »

— Sans aucun doute ; vous allez voir que les chiens parlent.

— « L'état de domesticité de quelques-uns de ceux-ci montre, continue le professeur, qu'ils ajoutent des sons acquis aux sons de la nature. Le chien (loup, renard, chacal) hurle naturellement ; c'est en domesticité seulement qu^il aboie. L* aboiement est cif langage acquis. L'aboiement a des nuances selon la personne ou Tanimal après lequel le chien aboie. »

— Résistez donc à des pareilles preuves de matérialisme. Et le serin, qui siffle la Marseillaise-; yespère que cela vaut l'aboiement du chien.

^ « En comparant, continue le professeur, l'homme et les aaimaiiz, tous le rapport des facultés intellectuelles, on voit que ceux-ci ont, COMME LUI, les facultés d*observef% de connaître, de raisonner, de géné^

nUter, d^akner'k des degrés différents. On connaît chei eax le sentiment ^ la cofucknce et même le sentiment de la propriété, n

(IsiD. GioFFBOT Saiht-Hilairb, 42 décembre 1837.)

— J'en suis charmé. Je craignais : que, le communisme ne pût gagner les animaux. Quant à la cons* cience des animaux, cela doit faire compensation : pour ceux des hommes qui n'en ont pas.

— c Les proportions des membres du troglodyte sont celles de riiommf. Dtiis les races humaines inférieures, les membres antérieurs sont plus longs que dans la race caueasique. Un peu plus long conduit au troglodite. Le poil du troglodyte est peu abondant. Sur Tavanl-bras, les poi't se dirigent, comme chez Thomme, de Tépaule au milieu du bras, et du poignet au milieu du bras , contrairement à ce qui est dans les autres aainaux.

« Par V intelligence, le troglodyte est plus près de Tliomme que l'aruig.

a Selon BnfTon, cet animal peut apprendre tous les actes humains. Ils «iveai es iroupe, se serrent de pierre et de bâtons pour se défendre contre les nègres et contre les éléphants. Ils aiment les négresses , les enlèvent. On cî(e même des métis qui en sont pro venus. Il ne doit pat être affirmé que cela soit impossible. »

— Et, quand ce serait possible, à quoi cela servirait-il? Si l'homme et le singe sont également matériels, il ne serait pas plus étonnant de voir Thomme et le singe faire des petits, qu'il ne Test pour le serin et le chardonneret. Et, si l'homme n'est point complètement matériel ; et que le singe le soit ; il s'agirait de déterminer : si , le petit de l'homme et du singe, est un homme ou un singe : ce qui ne serait pas plus difficile que de savoir actuellement : si l'homme n'est qu'un singe avancé ; et si le singe n'est qu'un homme

attardé .

98 SCIBKCB SOCIAtE.

•— • n est rrès-essemiel pour la pstcboloois» eontiaiM lé profenenr, de comparer VinttUigenc^ du troglod^ auMC VinUUigenf de Vkomme. »

— Oui, à supposer que ces êtres soient intelligents réellement . Mais, là, précisément, est la question.

— - c Les têtes d*idiots, continue le professeur, sont tout à fait comptables aux tètes des troglodytes.

« Chez Torang des actes spontanés ont été obsenrés, et ils agissent en

raison des faits observée. Un orang a monté sur une cbaisc, pris la clef

et ouvert la porle. Il a voulu arracher les ongles d*un chat. Moi-même

j'ai vu un orang arotr confctenca de ta faiblesse du premier Age. Cet

orang avait notion do la propriété. Quand il prenait une canne, il ne la

restituait qu*à la personne à laquelle il Tavait prise. Une porte conduisait

la cuisine où il jouait souvent^ il prenait la clef, se trompait souvent de

bout, mais finissait par ouvrir la porte. D ouvrait les verroux. Le gardien

* accourcissait la corde dont il se servait pour tirer le penne. L'orang défit

' es nœuds. Le portier fit les nœuds en haut. Alors Torang monta sur les

nœuds et les défit. L'irtkluoenci di l'orako l'importa aua cellb du

GAIDIBN. »

— Toujours pétition de principe. Le singe eslnil intelligent? et, s'il Test, c'est un être moral, c'est votre frère. Et s'il l'est, il a, autant que vous, droit à l'égalité devant la loi. Quand vous tuez un singe, et aussi un chou, vous êtes un assassin. Dès lors , il n'est pas étonnant de trouver au mouton la bosse de l'assassinat.

— « Il est érident, continue le professeor, que refuser les lacnltés intellectuelles aux animaux^ et attribuer toutes leurs actions à Tinstinct, est totalement contre rob«ervatioii. V intelligence des anitnaux est iomi à fait comparable à celle de Vhomme^ et absolumbiit db MAm n ature. »

(IsiD. Gboffrot SAiiiT-HiLAïas, 20 fiMt 1837.)

— Tant mieux 1 Alors, la société n'a qu'à s'euTelopper de son suaire; et, se préparer à mourir. On apprend de belles choses sur les bancs des écoles 1

SCIEMCB 90GlâLE« 90

^ « Si rorftog ne peut varier êe» iatonatioiu, comme Vhommtf c'bst a ausi SE son lamtkt.

a L*oraog-outang se rapproche beaucoup plus de Vhomfne que des otitres singes. »

(Isio* GsofFscT Sauj-Hilu&i, 23 mai 1837.)

— Et, alors, pourquoi ne parle-t-il point par signes ? Le Tcrbe existe par le signe , comme par la parole. Et, nous prouverons : que, partout où il y a sensibilité réelle y centre nerveux et société^ ou mieux absence d'isolement, et conformité d'organisme, le verbe se développe NÉCESSAIREMENT.

— « Parmi les quadrumanes, il y a des singes bimanes. Plusieurs hommes ont le pouce du membre inférieur plus ou moins opposable. La dif^^ f&tnce entre les bimanes et les quadrumanes a été faite, pour donner à Vhotame Va petite satisfaction de vanité , qui le fait se DiSTiKGVn dis ANIMAUX. Vorang est heaticoup plus près de VKomme que des autres singes. »

(fsiD. GiOFWiôv Sairt-Hilaisi^ 3 mai 1837.)

— M. le professeur est modeste; il tient à n'avoir d'autre nature que celle de ht boue. Et, Botez : que, M. le professeur est un des hommes les plus instruits et les plus probes que la science puisse citer. Chez lai, k probité est une affaire de goût , comme, chez le singe, de faire des jgriiBLace&.

— « Pour séparer l'homme des animaux, il faudrait pouvoir faire de Hiomme un règne séparé, cb Qxn a ira tenté iiiutilkiient. »

(bio« GsomoT Sairt-Hilairb, 3 mqi 1637.)

— Et, parce que, jusqu'à présent , cela a été tenté inutilement, même par lui, M. le prof esseur le déclare ini[06sible. C'est peu modeste. Eh LienI ce que

100 SCIMCB SOCULE.

M. le professeur déclare impossible; nous prouverons : que, c'est très-facile.

— «L'ordre des bimanes (homme) doit-il être coDserTé?Non. Il est

BB TOUTE FAUSSETÉ QUB L*HOiniI DIPFAsB PLUS DU SIIIGB, QUB LE SIIfGE DES DElKIBtS QUADRUVÀNBS. Il FAUT HiCBSSAtRBMBffT CLASSER l'hOMBB ATEC LBS SINGES. 9

(TsiD. Geoffroy SAmT-HiLAUE, âSmat i838.)

— Et l'homme avec la boue. Voilà M. le professeur qui redevient modeste. Âh, science de ces messieurs ! combien vous êtes iguorance !

— a La dassiCcation botanique de Linné est généralement connue. Elle est mauvaise. Personne presque n*a connu la classificnlion zoologi- .que de Linné. Elle est la seule bonne.

« Linné avait réuni Thomnic au singe. »

(IsiD. GsoFFROt Saint-Hilaire, il mai 1835.)

— Une statue à Linné; et, une statuette à M. Geoffroy Saint-Hilaire !

— « Le rapport des différentes races à un seul liomme n''a rien de rationnel. »

(Flourbhs, 21 novembre 1839.)

— Soit ! Il n'y a pas de doute : que, les hommes de la lune et ceux de la terre n'ont pas la même origine, quant à l'organisme. Qu'importe ! l'essentiel est de savoir s'il y a clés hommes, absolument parlant; et, s'il y en a, ce que c'est qu'un hœjime réel, et ce qui le distingue d'un singe, homme apparent.

— «Un AnstraUsien diffère plus d'un Caucasien qu'un cheval d'un

ne. »

(IsiD. Geoffroy Sairt-Hilairb, 14 tnailSoS.)

Toujours pétition de principe ; c'est ce qui est à prouver. En outre, TÂustralasien et le Caucasien sont des hommes ; le cheval et l'âne sont des animaux. Alors, la différence n'est que dans l'organisme.

-- « La MACS AUSTRALA81INRB BBT PLUS P1È8 DBS 8IMOE8 QUI DX LA KACI aCCASmKB. »

(IsiD. GiOFFiOT Saikt-Hilaire, 19 décembre \HZ1 .)

— Le gouvernement se dit religieux ; il paye des prêtres de toute espèce ; il exige le serment devant les tribunaux , ce qui implique : qu'il n'admetti*ait point à témoignage celui qui viendrait dire : Je refuse le serment j)arce que je suis matérialiste. Et, cependant, dans ses écoles , de pareilles doctrines sont professées ! ! Quel nom la postérité donnera-t-elle à de semblables incohérences ?

— « Pendant longlemps l'homme a en an tel sentiment de sa stipérîorite, qu'il n'a pas cru qa il pût se classer lui-même dans le règne animal. Linné fut le premier qui y pensa. Pais Camper, Blnroenbach. . . Celui-ci a placé les races sur des bases tellement solides, qu'elles y sont inébranlablct.

c A l'époque où la Bible fut écrite, les races mongole , malaise et américaine n'étaient pas connues. Ainsi elle était aussi conforme que pouible à l'état des connaissances.

« Afec tout le respect que je porte à la Bible, sa théorie de l'unité hnroaîue se trouTe démentie par le fait. Le Hottentot tient moins de l'homme que de l'orang-outang.

<f ll.y a spécialité d'hommes comme spécialité de climats.

c Les races sont-elles égales?

c La physiologie et le raisonnement conduisent & une conclusion négative. VinieWgence est relative au volume cérébral, »

(Cbbtaubii, 8 mat i841.)

— a Les différences entre les êtres ne sont point des différences abso- Ines. Mais entre les êtres il y a, d'une part plus, d'une antre moif^f . Dans la nature il y a unité de composition, ou tendance générale vers un type commun.

103 SCIBSCl S9CIJLLE.

« On est amené à considérer tous les êtres comoie partie d*un même être, vivant tous d'une vie commune. »

(GsoFFioT SAnrr-HiLAiRB, 10 mai 1838.)

— C'est aussi matérialiste que possible»

— « Le règne animal peut être considéré comme an grand animal qui s'est développé successivement, o

(Smmis, iO janvier 1840.)

— a L'embryon humain passe par tous les états des animaux inférieurs. Dans le premier âge embryonnaire la queue de l'homme est trèsconsidérable*

« C'est un signe d'avance dans l'échelle que la prompte perte de la queue.

« Plusieurs singes, comme Phomme, perdent la queue dans la vie utérine. »

(km. GionaoT SAraT-HiLAiRE, 19 mai 1838.)

— « Jusqu'au troisième mois^ l'homme a une qneue comme le tétard. »

(laiD. Geoffeot SAtifT-HtiAiBB, 23 décembre 1837.)

» — « n n'y a point de différences absolues iptre les êtres; il n'y a que des différences relatives de plus ou de moins. »

(Itto. GBomoT Sâwr-HiLAms, 19 mat 1838.)

— Vous voyez que c'est un parti pris.

— « Il y a des créations d'espèces. Les espèces sont relatives aux circonstances accidentelles.

« Les métamorphoses des animaux inférieurs donnent souvent des espèces différentes, et même des genres différents. »

(Serbes, 9 novembre 1839.)

— « Du jour où le mot espèce n'est plus défini, et U nel^est pas, la zoologie doit être renouvelée. »

— Que Ton fasse bien attention aux paroles du savant professeur. Ainsi qu'il le dit , la zoologie doit être renouvelée ; et, à présent, il n'y a aucune espèce absolument déterminée. Mais, la zoologie sera renou*

vdée, sera déterminée , aéra une science claire : du moment, qu'elle n'aura rapport qu'à l'organisme ; du moment que la psychologie ne sera plus une branche de la physiologie, ainsi que le prétend le secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences ; du moment'que l'Australasien ne sera plus placé plus près du singe que du Caucasien. Alors tout ce que dit M. Isid. Geoffroy Saint-Hilaire de l'indétermination des espèces zoologiques ne sera plus un embarras : parce qu'il y aura une espèce réelle, une espèce absolue, non plus relative à l'organisme , mais à la sensibilité réelle, V homme. Le reste sera des variétés de la matière, des phénomènes, des apparences, queVon^^ourrafigurément diviser en espèces , tout en n'attribuant à l'expression espèce qu'une valeur relative, ainsi qu'on le fait maintenant pour le mot règne.

— « Les espèces, continue le professeur, ne sont que des distinctions relatives. De là vient le renversement continuel des classifications. L'espèce n'est qu'une race dont Vorigine se perd dans la nuit des temps. »

(Isid. Gboffugt Saint-Hilaire, 9 mai 1857.)

— > Les espèces sont-elles fixes? Non. A la fin de sa carrière, BufTon aband^^BBft U fixité de l'espèce. La fixité de Tespèce est maintenant uo principe suspendu par un fil sur le vide. Les espèces sont des races qui diflerent par les différences des causes extérieures.

a La fixité de l'espèce ébranlée, la base de la science est détruite. Alors, e'êtt quê la seiânee éiait illusoiu. J>ans ce eés, il faïut dureher la science ksxlvê. Et, pour la chbbciiir, il faut satoir qu'elle bst a

CUERGHER. 1»

(Isid. Geoffroy Saint-Hilaire, 9 mai 1837.)

— Admirable de vérité. A notre avis, cette profes sien de foi est la plus sublime qui ait été faite, depuis que Socrate, pour avoir déclaré que toute sa sagesse

{04 sr.îENCi: sociale.

consistait à savoir qu'il ne savait rien, fut proclamé, par l'oracle, être le plus sage des hommes.

— a Nous nous résumons : Il t A plusibubs espèces d^hommss, et dans chaqu$ espèce^ plusieurs races. »

(Béeaid, 5 maî 1858.)

— H n'y a qu'une espèce d'hommes, celle relative à l'intelligence ; et si le chien est intelligent, il appartient à l'espèce humaine. Tout ce qui n'est point intelligent^ sensible , appartient à l'espèce matérielle. Les différences d'organisme appartiennent aux variétés.

' ^- « Les organes en marche de développement peuvent s'arrêter. Ches les animaux , cet arrêt forme les espèces. Ches les individus, l'arrêt de développement produit les monstruosités. »

(Séries, 9 décembre 1859.)

— Oui, et toujours dans l'organisme, exclusivement.

— « Les organes se dévcIopy»ent de la circonférence au centre. La préexistence et remboitement des germes sont des erreurs.

u L'épigénèse ou la formation successive des organes est généralement reconnue.

« Haller n'a abandonné le système de ta formation successive des or* gaues^ que par la crainte du matérialisme auquel il croyait que doit conduire l'épigénèse» »

' (Séries, 4 novembre 1839.)

— M. Proudhon , qui nie l'épigénèse, par un motif contraire à celui de Haller,' aurait besoin de suivre les

leçons du savant docteur Serres.

«^ a Le développement des spermatozoaires est centripète comme dans le reste de la série animale» »

(Serres, 6 janvier i840.)

— • < La transformation des êtres est la base de la théorie de Téptgenèse. »

(Serres, 4 novembre 1839.)

— Cela n'a aucun rapport avec la distinction entre la sensibilité réelle et la sensibilité apparente. Toute la question d'ordre humanitaire est dans la possibilité de faire cette distinction.

— « La première loi zoologîque est Je développement centripète des ergtnes. CVst-i-dire que dans l'embryon les parties périphériques se forment avant les centrales. »

(IsiD. Gboffbot Saint-Hilairi, 8 mai i858.)

^- « Dans les commencements de l'organisme, les genres se transforment avec la plus grande facilité. »

(Dx JussiBU^ 15 avril 1836.)

— « La transformation des espèeesy par influence des circonstances, est tctoellement incontestée. »

(Ibid. Geoffroy Saint-Uilaibb, 9 mat 1857.)

-* c M. Lamarck a dit : qu^un animal n'est point fait poim les circonstances ; mais, au contraire, qu'il est fait par les circonstances. »

(IsiD. Geoffroy Saint- Hilairs, 9 mat 1857.)

— C'est vrai, quant à l'organisme. Mais, s'il y a autre chose que l'organisme ; et, si cette autre chose est immatérielle ! Les circonstances n'influent que sur la matière.

— « Les animaux et les régétaux convergent et se ramènent en un point ou il est impossible de les distinguer, »

^Blainyille, 10 avril 1858.)

— a II j a gradation continuelle sur Téobelle des êtres. »

(Flourens, 8 novembre 1859.)

— Oui, quant à l'organisme. Maïs l'homme n'est-il qu'oi^anisme? Toujours pétition de principe.

— « Avant It solidification du globe, il y avait des maréea terrestres. »

(GoRBixR, 5jutn 1854.)

— C'est évident comme le soleil : pour quiconque n'est point aveugle.

i06 SCIENCE SOCIALE.

— «Le globe a été primitivement fluide par ie feu« La «pianfîté d'èau

n^est pas la 4,000'' partie du sphéroïde. Un kilograftime d^eau aurait dû

dissoudre 50 k. de solide, d

(PftKiovr, 20 wvewibrê 1836.)

— C'est encore évident.

— « Toute la physique est relative à la matière; la mëtiére aux phé^ nomènes; les phénomènes au mouvemiçnt. Tours la physique kst isl&titk

AU MOUYMBHT, »

[PouiLLET, 6 novembre 1836.)

— Cette citation, et quelques-unes des suivantes relatives à la physique, sont données pour preuves : que, mèioe dans Tétat de la science, la corporéité n'est que phénomène, qu'apparence, qu'effet de force, ou mouvement. Dès lors, et dans l'état même de la science, la matière n'étant que mouvement, modification , la substance, le sujet de ces modifications est à chercher. Nous l'avons dit, et nous le démontrerons : cette substance, ce sujet, est I'ame , la sensibilité de chacun.

— « Si , par nuUérialUé, on comprend corporéité : la matérialité de la chaleur, de l'électricité, de la lumière, ne peut être démontrée, o

(DuLOKG, 31 mat 1836.)

-— « Les fluides impondérables ne sont pas des corps. »

(pELUiTAKy examen ptiblic de médecine, 23 janvier 1837.)

— « Relativement à la chaleur, il y a deux hypothèses

Il y a des objections à Tune et à Tautre de ces hypothèses.

m Ikins tous tes cas, nous n^apercevons que des phénomènes; et, la pliysique est biclusitbmzkt relative aux phénomènes, »

(DuLoicG, 31 mat 1836.)

— Phénomène signifie apparence. Si, comme l'état

SCIENCE SOCULB. 107

des connaissances le proclame, toutes les sciences sont exclusivement relatives à la physique^ prise dans son acception de tout ce qui embrasse la matière ; acception réelle : dès, que la physiologie dérive de la physique et la psychologie de la physiologie ; il n'y a , dans Télat des connaissances, que des apparences.... et point de réalité. Voilà une science , bien savante, en vérité I

— « Nous ne connaissons la matière que par des phénomènes, des ap-

(ÂNDBÀL, 12 novembre 1839.)

' — Même observation que ci-dessus.

-* « Tont phénomène est une modification. Il n'y a de modification 9tte par le mouvemenim v

(PouiLLET, 51 mai 183G.)

— Donc toute matière est force , et tout résultat matériel est mouvement.

— « Tout phénomène provient de mouvement; tout mouvement pravitni de forcé. »

(PouixxETy 6 novembre 1856.)

— C'est évident de vérité.

~ «n faut considérer la cause électrique comme un mouvement , plu* tôt que comme un fluide, d

(BLÀimriLLE, 13 août 1834.)

— Il aurait fallu dire : comme une force.

i08 SGIBM6B SOCIALE.

— - « On donne le nom de force à ce qui prodoit le muitvemerU, »

(DuLONG, 4 décembre 1834.)

— « Nous ne connaissons la matière que par les phénomènes, et les phénomènes que comme étant des effets de force. »

(An DR AL, 12 novembre 1838.)

— J'aime à répéter ces citations : parce que c'est en opposition avec toutes les folies de Descartes : donnant les trois dimensions , comme caractéristiques de la matière.

— « Une loi physique est l'expression concentrée de la discussion des phénomènes j des apparences.

K La cause des phénomènes, des apparencesy se nomme foice, »

(fiiOT, 22 novemlfre 1837.)

— Bravo ! Y a-t-il, absolument autre chose que force? la connaissance n'est-elle qu'un résultat de force I Alors , tout est matière ; tout est physique ; tout est phénomène , apparence ; la réalité est un rêve.

— c La matière n'est pas inerte. Elle est active ^ et contiwiêllement en action,

« la force est inhérente à la matière, C*est I'instirct de causalité qui nous fait séparer Us forces de la matière, »

(fiùUBD, 10 avrU 1838.)

— C'est évident : puisque matière et force sont une seule et même chose.

<-* a Les forces sont-elles séparées de la matière? qu'importe?»

(Armul» 7 novembre 1839.)

SCIENCE SOCIALE • i 09

— Comment qu'importe? Si la lumière, le calorique, etc., étaient séparées de la matière, ce seraient des immatérialités. Voilà, précisément, pourquoi Desc rtes niait rattraction.

110 SClEIfCB SOCULB.

— « Le contact réel n'existe pas. Toute force agit à distance. Dans ce qui se nomme frottement, les parties prétendues touchantes, sont au* DESSUS d*un plan ; tandis, que les parties prétendues touchées sont audessous. H y a des forces répulsives aussi bien que des forces attractives. Sans cela il n*t aurait iiien. »

(LiBRi, 28 décembre 183G.)

— Que Ton fasse bien attention qu'ici , il ne s'agit pas d'hypothèse ; mais, d'une démonstration mathématique^ donnée par un membre de l'Académie des sciences, professant la mécanique rationnelle dans la chaire de l'illustre Poisson. Dès lors , puisqu'il n'y a pas de contact réel, et que les corps sont mathématiquement divisibles à l'infini, il n'y a pas de corps en réalité; et, comme le dit le savant professeur, s'il n'y avait des forces, il n'y aurait rien.

Rien ? Au moins rien de modifiant.

— « La force électro-magnétique n*est ni une force attractife, ni une force répulsive ; mais une force essentiellement eévolutivb. »

(PouiLLBT, 22 avril \9r>l.)

— « Tout est relatif aux forces, au mouvement. Le mouvbhbht luimême EST MATlilE» »

(DuMiRiL, 7 septembre 1836.)

— S'il y a des forces répulsives, et cela doit être où

SCIENCE SOCIALE. iil

il n'y aurait rien, rattraction oa la force attractive n'est point universelle. Elle n'est que mi-universelle. Que serait-elle pour le physicien , qui prétend : qu'il y a aossi des forces révolutives ?

Si tout est relatif au mouvement et que le mouvement soit matière ) la matière n'est que force ou mouvement : selon qu'elle est considérée comme cause ou comme effet.

— t Dans un corps organisé, il y a moaTement ; et ce moaTement se MHinevie. »

(Blairtills, 3 avril 1838.)

— c La vie est an arrangement particulier des molécules de la mattère. •

(Bûuao, 5 avrU 1838.)

— Tout cela est rationnellement incontestable.

— ff Loke a dit qne Dieu pouTait donner la faculté de penser à la matière. Ce n'est point une hérésie, n

(VALsm, !«' juin 1837.)

— 11 est possible que ce ne soit pas une bérésie ; mais, c'est du matérialisme : même en admettant un Dieu donnant^ un Dieu anthropomorphe, ce qui est peu philosophique. 11 serait aussi impossible, à ce Dieu, de donner la faculté de penser à la matière; qu'il lui serait impossible, de faire un bâton qui n'eût pas deux bouts. Il est vrai : que, la Sorbonne a déclaré : que, Dieu pouvait faire cette espèce de bâton.

« Dans le règne organique , comme dans le règne inorganique,

raco^issenienlt aûui que l'a démontré M. Cbe^rtuli se iaii de parf et

d'autre, par juxtaposition. On disait que la ligne courbe était le tjpe de Torganisme. C'est yrai de l'être défeloppé. Mais dans le commencement de la formation, ce sont des lignes droites et brisées, qui font ensuite les lignes courbes. »

(Sbebks, il novembre 1839.)

— « Tout être vivant a d'abord été atlacbé comme germe à un être tÎ- ▼ant. Ce caractère n'est cependant point absolu. Les oi^anisations spontanées font exception.

(c 11 est maintenant incontestable qu'il y a des générations spontanées. Les enloioaires sont une preuve, entre mille autres^ de l'existence de ces générations. »

(BiEABD, 7 avril 4838.)

— Les générations spontanées et les boutures animales sont les deux preuves principales du matérialisme, pour ceux qui admettent la série continue. Dans le premier cas, des âmes sont faites avec de la matière

inoi^anique ; dans le second , des âmes sont faites à coups de ciseau. 11 n'en est pas moins vrai : que, les générations spontanées, et les boutures animales existent. Mais, elles ne peuvent être base de matérialisme : que, sous la protection de la série continue.

— a Les corps organiques et inorganiques n^ont pas la même antiquité sur le globe. »

(BiBARD, 7 avril 1838.)

— C'est évident, puisque le globe a été primitivement à Tétat igné.

— a La matière organique se fait et se défait, »

(Béraid^ 7 avril 1838.)

— C'est encore évident.

<— « L*éeorce du globe n'a point élé faite d'un seul jet. On distingue

SCIBSICE SOCIALE. H3

i'éctvoe prâaordîde et les couchei secondairei où se trooTent une hnneBM quMilîlé de fosiUes. Ce nVst goère que dam lei terrains de transitkMjfoe Ton tronf e des dycotilédones fossiles* t II n'y a point de débris humains fossiles. r>

(CoftDnB,;titn1834.)

— Toute la géologie est en opposition directe avec la Genèse. 11 est impossible de croire à la géologie et à la révélation. Or, on voit les faits géologiques; et, saint Thomas lui-même, se fût soumis à cette branche de la science. Ainsi, dès que Ton croit à la science, on croit au matérialisme : puisque la science est matérialiste. Du moment que l'on sort de la révélation, le seul moyen de ne pas tomber dans le matérialisme, est : de faire faire un pas à la science ; et, que celle-ci vienne à démontrer : que, le matérialisme a été Terreur d'une science illusoire.

— « II y a en un temps où la vie n'existait pas sur le globe.

d La vie a paru sur notre globe dans un état simple ; et, cet état s*est compliqué, peu à peu, jusqu'au point où nous le voyons. »

(Floubbns, 22 octobre 1839.)

— La vie organique, c'est vrai. Mais, si la vie n'est qu'activité, la matière est vivante.

— « Les générations spontanées sont maintenant démontrées, a

(Sebbbs, 4 novembre 1859.)

— « Les générations spontanées ont toujours mêmes formes comme les composés d'atomes identiques ont toujours des formes identiques. )i

(De Jussieu, 7 avril 1856.)

— Tout cela est vrai. Mais, tout cela est compatible : avec rimmatérîalité des âmes.

114 SCIENCE SOCIALB.

— « Les etttx de Greissen d'Islande sortent bouUlantes des soiirees. Renfermées dans des bouteilles, elles déposent des Tégétations. Ce n'est point là un dés moindres arguments en &veur des générations spontanées. »

(GoiDUKB, 17itttfil837.)

— - « Lamnrck, Thielman, Tréviranus et autres, croient aux générations spontanées. Aristole et Needham y croyaient également.

« On a employé de Teau distillée à Tabri de Tair, et on a trouvé des infusoires toutes les fois qu'on a introduit dans cette eau de l'air purgé de toute matière ayant germe , puisqu'on l'ayait fait passer par un tube de porcelaine chauffé au rouge.

Cl Les entosoaires sont d'ailleurs une preuve des générations spontanées. »

(Blàihyille, 30 at;rtH836.)

— Nier les générations spontanées , c'est nier la lumière.

— c( Les entozoairés sont des produits de la nutrition. »

(Andbal, 13 mars 1840.)

— « LaYoisier a prouvé que rien n'est perdu, rpie rien n^est créé; et, que la matière ne fait que se transformer. »

(Dumas, 7 mat 1836.)

— Les créations et les anéantissements sont des faits : qui, ne méritent pas d'être réfutés, par un homme comme M. Dumas.

— « Les êtres organisés apparaissent successivement. Cette succession est facile a saisir. Il en est de même pour les diiïérentes époques soologiques. Dans les terrains primitifs, on trouve déjà des débris d'algoes ; puiSy dans les terrains houillers, 5/6 de cryptogames. Dans nos terrains actuels, il y a 5/6 de phanérogames. »

(Db JussiEO, 29 avril 1836.)

— « En divisait l'âge du globe en quatre époques : la première depuis l'état incandescent jusqu'à la formation des terrains houillers; la seconde, jusqu'aux grès bigarrés; la troisième, jusqu'aux craies; et la quatrième, jusqu'aux terrains de sédiments supérieurs, on trouve que les végétaux, en partant des plus simples et allant vers les plus composés, sont répartis de la manière suivante :

Époques,

Ire. 2«. 5e. - 4i'.

Acotylédonées 6/7, 3/S, 1/2, 1/6.

MûDOcotflédonées 1/7, 1/5, 1/S, 1/6.

DicotylédoDées ^ 1/5, 1/2, 4/6. »

(De Jussieu, juillet 1835.)

— a Dans les couches les plus anciennes, on ne troaYc de fossiles que les Tégétaui les plus simples. En s^éleyant dans les couches les plus récentes, on trouve Torganisation s'élever également. L'homme ne parait fu'aux terrains de sédiment supérieur. En descendant des couches sup^eores aux terrains les plus anciens, on trouve de même les êtres actuellement existants disparaître progressivement, et apparaître des genres et des familles entièrement inconnus. »

(Pbetost^ 20 ai;rtM836.)

— Après cela, parlez-nous donc de créations simultanées!

— tt Les corps organisés prennent naissance sur le globe, à mesure que le glo])e devient propre à leur conservation. »

(GoBDiER, 5 iifjn 1837.)

— «Les organisations spontanées ont lieu parfont où les circonstances *ont favorables. C'est ainsi que se fobhb la première couche orgaeique

Page 1