‹ Science sociale (volume 4)Chapitre 79 sur 79 · II · texte numérisé non relu

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370 SOUfCB 80GIALI.

lent; et mdine,, si l'homme a une existence rédle. M. BlaDqui y a-t-il bien réfléchi ?

Après a'voir parié des Juifs, comme fondateurs da commerce moderne, dignes ancêtres des bour^^is actuels, M. Blanqui traite : des Tilles hanséadqnes et des communes , yrais gouvernements bourgeois. Avant d'arriver à ce que M. Blanqui doit en dire, nous croyons devoir donner sur ces gouvernements, prétendus libres, du moyen âge, Topinien, aussi clairement exprimée que possible, de M. Gnizot, chef dn parti des prétendues classes moyennes ; et, sous le régime duquel et desquelles (1), la France se trouve actuellement.

— «Vous auriei grand tort, Messieurs (dit M. Guiiot, HUt. dt fa civilis. en France ^ t. IV, p. 291) , si tous vous représcnliei le régime intérieur d'une commune, une fois bien conquise et bien constituée» conune un régime de paix et de liberté; hikh n*em était plus loih. La commune défendait au besoin ses droits contre son seigneur a^ec dévouement et énergie ; mais dans Tintérieur de ses murs, lee dissensions étaient extrêmes, la vie- continuellement orageuse, pleine de violence, d'iniquité ei de péril. Les bourgeois étaient grossiers , emportés , barbares, pour le moins aussi barbares que les seigneurs auxquels ils avaient arncbé leim droits (2). Parmi ces éciiefins, ces maires, ces jurais, ces magistrats de divers degrés et de divers noms institués dans l'iutérieur des communes , beaucoup prenaient bientèl l'envie de dominer arbitrairement, vi^teas* ment, et ne se refusaient aucun moyen de succès, La population inféneore était dans une disposition habituelle de jalousie et de sédition brntale contre les riches, lea chefs d'ateliers, lej maUres de ia fortuné ei dm travail. Ceux d'entre vous qui ont un peu étudié l'histoire des républiques italiennes savent quels désordres, quelles violences y éclatiient continuellement, et combien la véritable sécurité, la vÉaiTAm umnÊ lenr forent toujours étrangères. Elles ont eu beaucoup de gloire, elles ont énergique-

(1) Lorsque ce passage a été écrit, M. Guizot était, en fait, le directeur de la politique francise.

(2) Pour la bourgeoisie actuelle , voyei les prisons du MoftI-Sttiil» Michel.

SCQDIGH SQClALiT. 3T{

mflBi latte MDtrfr leurs adversaire» extérieurs , l'esprit liumaiv s'yeit dé* ployé aivee naencfaeise et un éclat nierTeilletiz>; TmâsMéiaù social' prcpr^ ment dit en a été déplaràble : la vie humain» [y manquait étrangemetd m BOHSna, m asroa, ds unxrÂ. Celait qd régime infiniment' phis tnrliiilent , pâu»préettîrr, plnsi ini^n» qne. cehû* de» répuMiiiaes de Vau*^ cieime Crrèce^ qni cependust ii*onl été «coup ses des modèles ni de lionne orgsttisatÎDn peÛliqae ni de bien-être toctak

« Ek bien! Messieurs, s'il en était ainsi dkas^les républiques d'Italie, où le développement des esprits et de rintelli^encQ des aflaires était heaucenp pins avancé qu'ailleurs , jugea de ce que devait être l'état intérienr des communes en France I J'engage eeor d'entre tous qui Tondraient Itt connaître d'un peu plus près a lire , soit dans les documents originaux , soit seulement dans les lettre» de H. Tliierry, l'histoire de la commune de Laon; ils Terrent a quelle» interminables vieissitudas; à quelles horribles scènes «TanorcAte^ ébe tyranné»^ d» Uaence^ de crcMifii«f, de pHlage, une eoMMiMifie ums était m prois. La liberté de ce tems n'àTsit guère partout qu'une lugubre et déplorable histoire (t).

a Ces TÎolences, cette anarchie, ces maux et' ce» pénis tonjonr» renaissants , ce mauvais gouvernement , ce triste état intérieur des communes , appelainet sans cesse Vintervention étrangère; àirsi le veut la forcb des CB08SS. On arait conquis une charte communale pour te délivrer des exactions cl des violences des seigneurs y mais non pour se livrer à celles des maires et des échevins. Quand après s'être soustraits aux exactions Tenues d'en haut, les bourgeois de la commune tombaient en proie an pil-^ lage et aux massacres d*en bas , ils cherchaient un nouveau protecteur, nne nouvelle intervention qui les sauvât de ce nouveau mal. De là ces recours fréquents des communes au roi, à quelque grand suzerain, à celui dont l'autorité pouvait réprimer les maires , les échevins , les maaivaio magistrats, ou faire rentrer dans Tordre la populace; et de la, en revanche, la perte progressiTe ou du moins l'extrême affaiblissement des liberté^ communales

« La liberté y é|ait A orageuse, si redoutable, que les hommes la prenaient bientôt, sinon en dégoût, du moins en raaaaua, et cherchaient à tout prix un ordre politique qui leur donnât quelque sécurité, but essentiel et condition absolue de Vétat social,

« Quelle fut la première cause de la . décadence des républiques italiennes? Je rappelle souvent leur histoire , parce que c'est le meilleur moyen d'éclairer celle des communes françaises. Par des circonstances qu'il serait trop long d'expliquer ici, c'est en Italie seulement que le prin-

(1) La prétendue-liberté beargeoLso est taujours la même : dans vous

LSS TBVP8 ; DAKf XOUS LU UMVX.

372 SCIBNCE SOCIALE.

cîpe commaBal s^est élevé à k hauteur et à la clarté d'an régime poHiiqu€ (1) ; c'est donc là qu'on en peut reconnaître la vraie nature et saisir toutes les conséquences.

« Qtt*arriYa-t«il donc en Italie ? La liberté politique j succomba sons propres eicès, tadti ni pomroia raocuiBi la SBCvaiTÉ sogialb. Ces tnrbulentes républiques tombèrent rapidement sous le joug d^nne aristocratie fort concentrée et de ses chefs. C'est 4à l'histoire de Venise, de Florence» de Gènes, de presque toutes les cités italiennes.

a La même cause coûta aux communes françaises leur orageuse liberté, et les fit tomber sons la domination exclusive soit de la royauté , soit des grands suseratns qu'elles avaient pour protecteurs.

« Telle a dû être, Messieurs, telle a été en France la marche des

destinées communales Les libertés communales périssent

Toujouas par l'une des causes que je vais mettre sous vos jenx : par la force d'un adversaire trop inégal, ou par l'ascendant d'un protecteor trop redoutable, ou par une longue série de ces désordres intérieurs qut décou^ ragent la hùuirgeoitie de sa propre liberté^ tt lui font acheter à tout prix

UR PEU d'oEDRE IT DE EEPOS. »

— Ce tableau de l'anarchie, dans laquelle tombe nécessairement toute société bourgeoise, est digne de la plus haute admiration *, mais, en même temps, il fait naître un étonnement égal : de ce qu'un homme, pouvant reconnaître ainsi tous les \ice8 du système bourgeois, soit devenu capable : de s'en faire le protecteur. Ce sont là des inconséquences, dont il est impossible de trouver la source, ailleurs que dans les passions de l'individu ; passions qui, souvent, suffisent : pour subjuguer la plus belle intelUgence.

Revenons à M. Blanqui et à ses bourgeois.

— a On a pu juger, dit-il, par les ordonnances que nous avons citées, de l'état d'anarchie où se trouvait la société européenne à la fin du don-

(t) En Italie, le principe bourgeois était sourerain; et, encore il était limité: par le principe religieux révélé. Que ne doit^il pas être, eu France ; où, il est, maintenant, débarrassé de toute contrainte ?

SCIEMGB SOCIALE. 373

zième et au treiiième siècle. Il n*y a de repos et de stabilité que pour la propriété foncière; elle seule résume toutes les jouissances, tous les privilèges y toutes les libertés. Mais déjà s'élève à côté d'elle là iichb8SB ■OBiLiiRE , créée par le travail de la démocratie (i ) ^ et c'est en vain qtt*ou lui refuse dans l'État le rang qu'elle ambitionn e et qu'elle va bientôt occuper. »

— Ainsi M. Blaoqui en convient : c'est, la richesse 'mm bilière^ qui est la rivale de la richesse foncière; et, non le peuple, toujours destiné à être exploité, aussi longtemps : que, la liberté sociale n'est point absolue.

— « La législation s^humanise , dit M. Blanqui , à mesure que les vilains (les habitants libres des villes, des bourgs, les bourgeois] acquièrent des richesses. »

— Et douze lignes plus bas le professeur ajoute :

— « Il y aura des maîtres et des apprentis , comme il y avait des seigneurs et des vassaux , et une glèbe pour l'atelier , comme il existe une glèbe pour Tagriculture. Nul ne conçoit le travail libre ; il faut absolument que l'ouvrier travaille pour un maître, comme un paysan pour un suzerain. »

— 11 faut convenir : que, voilà de singulières améliorations législatives pour l'ouvrier. Il n'avait qu'un maître, le seigneur ; maintenant, il en aura mille : le seigneur et les boui^eois.

(1) Les économistes ont de singuUères expressions! Vémocratke signifie peuple qui gouverne , peuple qui est maître. Or , appeler des esclaves démocratie^ c'est dire d'un valet qu'il est le maitre. Ensuite la richesse mobilière rivale des nobles n'avait pas pour expression le travail ; elle était, au contraire], le résultat de l'exploitation .des travailleurs par le capital. Est-ce que les travailleurs sont devenus libres, par Témancipation des bourgeois? Mais, c'est égal. Avec de pareilles fariboles, on se fait passer, pour cfémocra/e, aux yeux des badauds.

— « La hiémrcliie, coBéiniie.M. Blamqui, n'y fût pu moios lèvèic (dftiw.JeB eorporfttMf) «joe dafM In rangs élerés , et les saigiieBrs des iUafMH n'étaient pax plus respectés de lenrs Tassnn qne les maîtres de knrs apprenlis. Les liabitodes de dororaotion passèrent bien TÎte ém cfc^ MiSB aux ateliers ; il y eut un despotstme de boutique à côté de b tyrannie des manoirs. «

— Et plus loin :

— « Les corporations ne présentent plus qu*une vaste arène où se G- ▼rent d'ignobles cembals mercantiles au profit de la féodaUié mcmvdk, qui exploite, sous le nom de compagnoos et d'apprentis » les malhenreiix échappés à la glèbe du servage. Le Uionopolc eoTahit la société industrielle. On limite sévèrement le nombre des métiers, pour assurera quelques privilégiés les avantages de la maîtrise. Des obstacles artifici^ sont opposés au génie qui devance l'âge, et des lenteurs interminables froloogent, sous le nom d'apprentissnge, l'enfance de l'homme. Cet apprentiesage lui-même n'est qu'un esclavage déguisé, mais c^est encore de l'esclavage. Pendant toute sa durée, le malheureux apprenti est la propriété de son maître^ investi du droit de le faire trarailler^ iitaB a covm m BATON. Il y a des vices rédhihitoires pour lui cnmme pour les animanx. Tantôt ce temps de rudes épreuves dure huit années, tantôt il se termine eu bout de sept , et l'apprenti s^élèvc à la dignité de compagnon. C*est l'efiranchi de ce temps-là, le mulâtre de ces colonies inlérienres. Tel qui evait fait à Rouon eiaq ans d'apprentissage et autant de compagnennnge^ ae pouvait entrer dans une communauté de Paris eu de Bordeaux sans redevenir apprenti ; exigence aussi absurde que le serait celle qui eblig»-

I rait un ofOcier à redevenir soldat en changeant de corps.

a On a trop oublié les longues souffrances de la classe ouvrière sous le régintc de monopole et d'exploitation. Ce qui les rendait plus horribles, c'est que tes tyrans ^sorlaimt des aîeliers et se raeulvaient impilejnblas en raison même de l'origine qui leur était commune avec les appKutîs. Quand venait pour un compagnon Theure de passer maître, il rencontrait pour juges ceux qui étaient intéressés à l'écarter comme rival. Us lu>d»mandaient un chef-d'œuvre pour prouver son talent, mais un chefd'œuvre exécuté selon certaines règles, afin que son génie fût contraint de s'arrêter à la hauteur de leur médiocrité.......

« Ainsi Louis IX avait cru fonder l'ordre, et ses successeurs préparèrent ^anarchie industrielle. »

— Qu'il nous soit permis d'interrompre M. Blan-

SCfBNCC SOCIALE. 375

^ui; et, de lui faire observer : qu'il n'y avait rien à^anarchique dans les corporations, puisqu'il dit luilaiéine : que, c'est une hiérarchie du maître à l'ouvrier. Cette organisation était, effectivement, presque aussi despotique, que celle qui existe actuellement. Aufisi, aixnonfi-nous à voir M. Blanqui mettre à jour : toute l'horreur de la situation des ouvriers sous le ré- . gime mi-bourgeois des corporations. Quand nous arriverons au bourgeoisisme moderne, au bourgeoisismc émancipé, M. Blanqui, malgré lui, se trouvera forcé, par jsa conscience, de proclamer lui-même : que, le sùKT DES ouvRiCBS A DE BCACcoup EMPinÉ. Lorsquc, le pouvoir nobiliaire existait; il protégeait quelquefois les ouvriers contre les bourgeois, ne fût-ce que pour éviter une révolution. Lorsqu'il n'y a plus eu de classe supérieure, pour mitiger le despotisme de la classe alors moyenne, qui est ainsi devenue supérieure ; les bourgeois, qui au moins nourrissaient les ouvriers et en avaient l'obligation, leur ont donné la liberté... de mourir de faim ; ou, de se suicider.

Mais, laissons parler M. Blanqui; et, reprenons sa phrase.

— « Ainsi, dit-il, Lonis IX arait cru fonder Tordre, et tes tnceewenrs préparèrent Tanarchie industrielle, malgré Toppression absolue sous laquelle gémissaient tous les travailleurs subalternes. Qui croirait que les femmes avaient été exclues de la corporation des brodeurs? Lis compa-

61V0NS HB pouvaient SB MABIBB AVAMT D* AVOIR OBTENU LA M AÎTEISB , et,

comme nous Ta vous dit, cette jnai Irise était pour eux la terre de Chanaan ^u\\ leur était permis de voir, mais rarement d'aborder. Outre Texéculion du chef-d'œuvre et les doubles lenteurs de l'apprentissage et du compagnonnage , des frais énormes attendaient l'audacieux qui voulait dépasser la frontière : enregistrement , droit royal, droit de réception.

droit de police, droit d'ooTerture de boutique, honoraires du doyen et de» jures , salaires de l'huissier et du clerc de la communanlé , gratifications aux maîtres appelés i la cérémonie, rien n*y manquait, et souvent le malheureux compagnon ne pouvait passer maître £iute du capital nécessaire pour jeter une proie à ses juges. Que de sombres désespoirs ont dû agiter l'àme des Irayailleurs pendant cette longue période d'oppression! »

— Ce tableau est horrible... Eh bien! M. Blanciai va s'efforcer de le justifier en partie. Par l'embarras qu'il éprouve, à établir une pareille justification, on s'aperçoit qu'il va se trouver forcé d'avouer : que, les ouvriers, sous le bourgeoisisme pur, sont plus malheureux encore. Il affaiblit l'horreiur, que doit inspirer le premier tableau ; pour, que le second paraisse : moins horrible.

— « Cependant, dit M. Blanqui, au travers de leurs nombreuses Tictssitudes, les corporations organisées par saint Louis dans «une pensée d'ordre, de discipline et de probité , ont produit des résultats tr^-dignes de Vattentii>n des économistes et des hommes à^État. »

— Voyons ces dignes résultats.

— « Elles ont, dit M. Blanqui, accoutumé les travailleurs à lapatience» à l'exactitude, à la persévérance. »

— Ainsi les économistes et les hommes d'État n'ont de moyen de faire prendre patience aux ouvriers, à l'immense majorité des individus : que le despotisme le plus barbare.

— « Elles' ont fait renaître , continue M. Blanqui, la sécurité dans le commerce, et donné une impulsion immense à cet élément important de la richesse publique. Dès que les consommateurs ont été certains de n^étre pas trompés sur la qualité et la quantité du produit , ils en ont fait des

demandes considérablef , et procuré par là des moyens de subsistance plus étendus aux classes laborieuses. »

— Ici, encore, M. Blanqui se trompe. Sous le système bourgeois, la multitude de commandée ne fait paâ le bien de l'ouvrier, mai? du bourgeois. Certes, un bon système social, sans gêner en rien la concurrence réelle QUI n'a jamais existé, sait empêcher toute espèce de fraude. Mais aussi, un pareil système décuple les consommations au profit des travailleurs et non au profit exclusif des capitalistes... Comment? En rendant le travail réellement libre ; en établissant la concurrence réelle qui, nous ne pouvons trop le répéter, et nous le prouverons ailleurs, n'a jamais existé (1).

— « Il y avait bien aussi quelques avantages, continue M. Blanqui , dans cette hiérarchie sévère qui faisait du mettre en industrie comme le chef de la famille de ses ouvriers, avec des pouvoirs presque aussi étendus que ceux du père sur les enfants. »

— 11 y a quelque chose de repoussant, à voir faire paradejd'avantages résultant d'un système : qui dégrade l'humanité ; et, que la nécessité sociale pourrait seule faire excuser. Quand, dix mille hommes restent égorgés sur un champ de bataille ; il y aussi l'avantage de fertiliser ce champ. Que dirait-on de celui qui voudrait offrir cet avantage en compensation ? Puis, que dire de l'épithète sévire^ appliquée à une hiérarchie qui révolte? Et, de ce maître dont les pouvoirs sont

(i) Voyez notre théorie générale de Torganisation de la propriété. {Qu'est-ce que la science sociale? t. U.)

'218 SCIEUGS SOCIALE.

comparés à celui du père de famille. Voilà, M.Blanqui justifiant les coups de bâton. Pourquoi, alors^ s'élever contre Pesclavage des nègres ; ils ne reçoivent que des .coups de verges ; et, les maîtres y portent plus d'intérêt, que les bourgeois à leurs apprentis ou à leurs compagnons. Le pouvoir paternel de donner des coupe de bâton, est la caractéristique du despotisme ; et, pour les despotes, les peuples sont toujours enfants.

— « La Hmile fixée au nombre des métiers, continue M. Blanqui, mainfenait k concarrence dans des bornes sans doute un peu étroites , et par conséquent entachées de oMmopole, mais elle s'opposait à ces entrepnaes inconsidérées qui trop souvent donnent aux luttes industrielles de notre temps le caractère d'une guerre à mort, où le vaincu fait faillite sans que le vainqueur fasse fortune, v

— Ainsi, Messieurs les économistes et hommesd'État ne oennaiseent de remède, à ces maux : que, le des» potisme le plus atroce et le plus direct sur les ouvriers. Ils ne voient donc pe^s : que, maintenant, ce genre d'oppression serait aussi inutile; que, le despotisme indirect actuel.

Ausfii longtemps : que, le capital demin^a la société ; les entreprises industrielles inconsidérées : p^sisteront.

Mais, Comment faut-il faire : pour/ que ni le ad, ni le capital ne dominent la société.

Ce n'est pas ici le cas de résoudre cette question. Et, peut-être, avant d'en donner la solution est-il nécessaire : que, M. Blanqui et son académie , soient convaincus, par l'excès du malheur eocial ; que, la domination soit du sol, soit du capital ; soit du droit

SCIBJRX SOCIALE. .^79

divin, 6oit da dioit des mojoràiés, soit des noUes, soit des bourgeois ; conduit nécessairement à ranarelâe : dès, que l'examen est devenu incompressible.

— tt En retardant le mariage (les ouvriers sans capital et sans état , la règle des corporations pouvait passer pour un bienfait (dit M. Blanqui continuant ses éloges) , à une époque oii la paternité ne semblait que le don de créer des malheureux. »

^ — Eh bien 1 nolje époque , de l'aveu de M. Bkmqui, est pire encore pour le peuple. 11 faut donc empêcher les prolétaires de se marier; et il y en a 30 millions selon bien des économistes ; il y «n a 25 milhons seulement pour les campagnes, «don M. Michel Chevalier, professeur d'économie pt^titique et oonseiller d'£tat (1) ; et, selon M. Blanqui, il y en a des milliaus : qui ne mangent pas de psûn ; et, ne boivent que de l'eau. De pareilles doctrines font horreur ; et, certainesaient, c'est le préjugé qui a fait écrire ces lignes à. M. Blanqui 4 elles ne découlent .: ni de son propre raisonnement ; ni de son cœur.

JNous le répétons : c'est par préjugé , par un sentiment iiumanitaire malontendu, tranehons le mot, par ignorance de ùiie mieux, que M. Blanqui loue le système atroce des corporations. C'est, qu'il s'aperçoit malgré lui : que, la situation des ouvriers est devenue : plus déplorable encore qu'elle ne l'était. Mais, laissons-lui terminer l'éloge d'un système : que,

(1) La bourgeoisie est responsable de''inoitié avec le gouvernement, à qiri appartient Tinitiative, de tous les grands projets d'amélioration , do ravancement de vnfGT-ciifQiiiLiiO'MS m trolAtatiibs agbicoms.

(M. MicnLGoBVALm, Lettres sur VAmériqûeéu nord, lcttre«xxn.)

les hordes les plus barbares repousseraient comme impitoyable.

— «Noos ne sommes pas consécpieiits, dit-il, lorsque ^ons refusons au fondateur de ce système le trUmt d'hommage qui lui est dû. L'établis J sèment des corporations, si on en exemple les ahus de la /Ucalitéj était en harmonie avec la constitution politique da temps où il prit naissance. »

— M. Blanqui veut-il dire comme nous :

Que, primitivement, le despotisme est le seul moyen d'établir et de conserver Tordre au sein de la société ?

Que, Texcès de mal causé par le despotisme, peut seul conduire à la liberté par l'anarchie, résultat né^ cessaire du gouvernement bourgeois ?

Que, le régime des corporations , par son atrocité, donnait lieu aux bourgeois encore soumis à la noblesse, de rejeter tous les maux du peuple sur cette . même noblesse ; afin de faire triompher le bourgeoisisme, qui alors pourrait rendre le peuple plus malheureux encore ?

Si, tel est l'avis de M. Blanqui ; dans ce cas, nous le partageons. Mais, qu'il le dise alors ; car, nous ne sommes pas assuré : que, telle soit son intention.

— « On avait peu de métiers , continue M. Blanqui , mais on avait les douanes de province à province; peu de production et peu de débouchés. Les douanes intérieures assuraient à la fabrication locale la vente de ses articles, et les couvents offraient le pain et un asile aux compagnons inoccupés. La population était contenue, par le eélihat des religieux et des ouvriers , dans des limites proportionnées aux moyens de sobsislance conlemporains. L*apprenti ne gagnait rien, mais, après un petit nombre d*années^ son entretien tombait à la charge du maître. La concurrence ne faisait pas baisser le prix des salaires , et l'on n'éprouvait pas dans le

SCIENCE SOCIALE. 38 i

commerce ces Yariations de prix brusqaes et fréquentes qui déconcertent quelquefois parmi nous les plus habiles spéculateurs. »

— Ne dirait-on pas que M. Blanqui regrette les corporations? Nous le répétons; c'est, qu'il ne peut s'empècher de voir : que, le peuple est maintenant plus malheureux encore.

— « Nous avons, dit-il, émancipé le iravailj chose étrange ! et sa condition, à beaucoup d'égards^ est ditekub plus anns bt plus prbcaihb. »

— Le voilà donc échappé cet aveu? Il faut que rhorreur de la situation soit bien grande : pour, qu'elle ait frappé M. Blanqui, armé de tant de préjugés. Nous avons émancipé le travail , dit-il , et il est plus malheureux encore. Protégez^nous contre une nouvelle émancipation M. Blanqui I elle finirait par égorger les masses.

Mais, M. Blanqui se trompe. Nous le prierons d'observer : que, ce n'est point le travail qui a été émancipé ; mais, le capital ; et , que le travail a été opprimé : de tout ce dont le bourgeois a été soulagé. M. Blanqui a le malheur de confondre : le travail et le capital. Telle est la source de toutes ses erreurs.

— a C'est, continue M. Blanqui, que nous avons bien imparfaitement eiécuté le grand œuvre de Taffranchissement des travailleurs ; nous avons proclamé la liberté illimitée de produire , mais nous nous sommes refusé la liberté d'écouler nos produits. »

— Il y a mille erreurs dans ce paragraphe*

388 SCIBMQB seciMA.

D'abokl, lom d'avoir affranchi les traTaOIeurs, on a rivé leurs fers, on les a décuplés.

Ensuite; loin d'avoir proclamé la liberté illimitée de produire, cette faculté a été exclusivement limitée : aux possesseurs du capital, au sein desquels se trouve maintenant : la propriété foncière.

Enfin, par la domination du capital, Tabolition des douanes livrerait la production : au plus fort capital, i TAngleterre , qui la donnerait à meilleur marché que toute autre nation ; et, la société française mourrait de faim.

Quand les conservateurs se refusent à Tabolition des douanes ; c'est que l'empirisme leur dit : qu'abolir les douanes c'est abolir le despotisme; et, qu'abolir le despotisme, avant que la liberté soit possible, c'est établir r anarchie; anéantir l'humanité.

M. Blanqui arrive aux républiques italiennes, autres gouvernements bourgeois. N'oublions pas l'admirable tableau que nous en fait M. Guizot.

— « Quel homme da peuple , dit M. Blanqui , n*eût senti son nror battre d'espënnce à l'upect des progrès chaque jour croiisasts de U liberté italienne ! »

— Eh bien M. Blanqui ! vous l'avez cette liberté itaUenne : sentez-vous battre votre cœur ; ou plutôt, croyez-vous que l'homme du peuple doive sentir battre le sien d'allégresse, quand vous même affirmez: que, la condition du travailleur est devenue : phis mde et plus précaire, qu'elle ne l'était sous la domination nobiliaire ?

SCIBMCB SOCULB» 383

— « Jamais les républiques i|e Rome et d'Athènes n'avaient, continue M. Blanqui, joui d'une liberté semblable à celle-là. Â Rome età Âthènef^ on combattait ponr la liberté dequelqnesHms; dans l'Italie, au morenàge^ on défendait l'indépendance de tons. 0

— L'indépendance de tous, M. Blanqui ! avec Taliénation du sol, la domination du capital, le monopole de l'instruction, et l'impôt sur le travail !!! Allons vous n'y avez pas réfléchi. Quand une fois l'indépendance de tous est établie; et, que la vulgarisation de la vérité peut exister ; rien au mcMide ne peut les anéantir. Tout système social qui croule est mauvais.

^ « On prenait les magistrats dans les comptoirs, dans les échoppes, dit M. Blanqui ; on tenait les nobles à distance et en respect* »

— Voilà, le grand sujet d^admiration . Que les nobles soient mis à l'écart ; que le peuple souffre ; et, vive la

liberté du bourgeois. M. Blanqui a horreur xle la

noblesse , comme les enragés ont horreur de Teau. Toute espèce d'horreur, M. Blanqui, est ime passion ; souvent même un préjugé, un fanatisme ; et, toute passion dominante empêche de raisonner. Certes, dans le système rationnel, qui, de jour en jour devient nécessaire; la noblesse héréditaire est irrationnelle et doit disparaître. Mais, jusque-là, tant qu'il y aura à choisir, entre deux maux nécessaires ; entre des nobles ou des bourgeois ; le choix définitif ne sera jamais douteux ; l'anarchie bourgeoise fera toujours préférer : le despotisme nobiliaire.

Mais, voyons les autres avantages des répiibli«-

ques italiennes, qui font battre le cœur de M. Blanqui ; probablement, tout ne se borne point : à un magistrat choisi dans un comptoir ou dans une échoppe.

— « La milice, dit M. BUoqui , tenait lieu d'armée pendant la paix, et Ie« mercenaires i la solde de FËtat ne figuraient <{u*aux dépensée ex* traordinatres de la guerre. •

— Ainsi, les prolétaires gardaient les riches gratuitement; et, pendant ce temps, leiurs familles mouraient de faim. En temps de guerre, des mercenaires défendaient l'État. M. Blanqui croit-il : qu'un État soit bien défendu, par des mercenaires ?

— A Les impôts indirects, dit-il, remportaient de beaucoup en nombre et en valeur sur les impôts directs , et particulièrement sur la conlribntion foncière. »

— Nous l'avons déjà démontré : l'impôt indirect remplace l'esclavage domestique ; et, cette seule affirmation de M. Blanqui suffirait pour prouver : que, les républiques italiennes étaient : des despotismes bourgeois.

Ici, M. Blanqui loue l'affranchissement, presque complet, de tout impôt sur la propriété foncière ; et, ailleurs nous avons déjà montré : qu'il s'est plaint de ce que, chez nous, la propriété foncière n'était pas assez grevée. Ce qui serait injuste, chez nous, aurait donc été juste pour ces républiques ?

— « Les revenus créés par le travail ^ continue M. Blanqui , j étaient rarement atteints par Timpôt. j»

SCIENCE SOCIALE. 38o

— Si les revenus, ou la propriété mobilière ; si le sol, ou la propriété foncière ; ne payaient point ou payaient peu; c'était donc le travail qui payait tout, ou presque tout. Car, l'impôt ne peut être prélevé : que sur le sol, la richesse mobilière ou le travail. L'impôt sur le travail ou l'impôt indirect est en effet ce qui, au matériel , caractérise la tyrannie bourgeoise : du moment que l'esclavage domestique est anéanti. En effet, supprimez alors tout impôt indirect ; et, le gouvernement bourgeois devient impossible.

M. Blanqui appelle le régime 'des républiques italiennes : V émancipation des travailleurs. Sous un pareil régime, voudrait-il naître le fils d'un balayeur de rue ? Eli bien, M. Blanqui I aussi longtemps qu'il ne sera pas indifférent : de naître fils du plus riche ou fils du plus pauvre ; la noblesse de naissance , que vous abhorrez, ne sera^point abolie. Et , en fait de noblesse de naissance, la plus impitoyable : est celle des bourgeois.

Mais, diront les bourgeois, l'ordre social dont vous parlez est impossible ; et, la justice bourgeoise est le dernier mot de Vhumanité. Non , Messieurs , cet ordre n'est point impossible ; et, nous le prouverons. Mais, supposons qu'il le soit : alors , retirez- vous et faites place à l'Âlcoran. Car, le régime le plus absolu est moins cruel : que, l'anarchie à laquelle vous conduisez : nécessairement.

Après vingt pages de louanges sur l'Eldorado des républiques italiennes; républiques que M. Guizot, son collègue à l'Institut, et comme lui protecteur des n. 25

classes moyennes , considère , cependant , comme le cloaque de toute espèce de désordre; M. Blanqui ajoute :

-«- « La puÎMance de leur gouf eroement oe semblait pas avoir d*aatit miiaioD que de protéger les intérêts du travail. »

— C'est absolument comme chez nous : où, des millions de travailleurs ne mangent pas de pain, et ne boivent que de Teau, selon M. Blanqui ; et où, il y a 25 millions de prolétaires agricoles, selon M. Michel Chevalier(l). M. Blanqui croit-il : qu'il ne se serait pas exprimé plus positivement, et avec plus de raison, s'il avait dit : « La puissance de ces gouvernements avait « pour mission : de protéger, de faire dominer le « capital? »

— « Les républiques italieunes, continue M. Blanqui , n'ont pas seulement serri la cause de la liberté , en ravtt^ant las fio&/M rvomikUê d'indépendance des vieilles républiques grecques ; mais, en mettant partout le travail en honneur, elles ont changé la face de la vieille Europe, et préparé Tavénement des doctrines libérales dont nous verrons on jour le triomphe. »

— D'abord, M. Blanqui se laisse éblouir par les mots. Sait-il ce que signifie ruMes rivalités d'indépefidance? Qu'il réfléchisse et il verra : que, ces expressions pompeuses ont exclusivement pour valeur : anarchie.

M. Blanqui nous dit ensuite : que , le déploiement

(I) Et, selon M. Michel Chevalier, les prolétaires agricoles sont plus esclaves ! que, les nègres ssdftTes de la CafoUne et de la Virginie.

SGISIfCB SOCIALE. 387

industriel, le boui^eoisisme des républiques italiennes, a changé la face de la vieille Europe. Cela est vrai : le bourgeoisisme est une phase de Thumanité , néces-

saire au développement de Tintelligence, et à l'anarchie à laquelle ce développement conduit nécessairement, pendant l'époque d'ignorance primitive. Et, ce n'est même que cette anarchie , qui peut engager à chercher la vérité. Mais , en résulte-il : que, le gouvernement bourgeois soit bon d'une manière absolue? Nullement. Et, une fois arrivé à l'époque de l'incompressibilité de l'examen, tout gouvernement bourgeois ne peut être bon : qu'en raison de ce qu'il est plus mauvais.

Quant au triomphe des idées libérales , basées sur la doctrine des majorités déterminant le droit ; nonseulement nous espérons , mais encore nous sommes certain : qu'elles triompheront. Il faut qu'elles triomphent ; car, elles ne sont que l'anarchie ; et, c'est exclusivement de l'anarchie, que peut sortir : le besoin de la vérité.

M. Blanqui arrive à Charles-Quint, à la perte de ce qu'il appelle les libertés des républiques italiennes. Et, à propos des beaux-arts, qui succédèrent en Italie aux fabriques de point de Venise, il s'écrie :

— « L'état éblonissant des beaax-Arts n*a jamais dédommagé Tltalie de la décadence qui tami la perte de sa liberté ; et la diminution eonlînuelle de sa population a suffisamment démontré, depuis lors, que la t6ritable prospérité des États consistait dans les artf utUes plntM que dans les arta glorUux, »

— Il paraît que le savant académicien des sciences

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morales et politiques préfère les arts utiles aux arts glorieux : la peinture en bâtiments à la peinture d'histoire; un air de serinette à une ouverture de Rossini. Cela doit être : telle est Tessence du bourgeoisisme. Quant, à la prospérité des États ; lorsqu'elle existe en réalité : les arts utiles et les arts glorieux i^eçoivent tout le développement dont ils sont susceptibles. Le despotisme bourgeois veut des métiers et des esclaves ; le despotisme nobiliaire veut des beaux-arts et des esclaves ; la liberté a des métiers, des beaux-arts, et point d'esclaves.

Pour ce qui concerne la diminution de population des républiques italiennes, nous en donnerons l'explication à M. Blanqui. S'il la conçoit, il pourra en faire part à son académie, qui aura besoin d'en faire une prochaine application.

Lorsque le système bourgeois a existé dans un pays ; et, que l'anarchie l'en a fait expulser ; tous les éléments d'ordre ayant été détruits, l'ordre ne peut s'y rétablir : qu'en faisant peser le despotisme le plus effroyable sur le capital ; qu'en ramenant le pays à Tétat de barbarie. Si , l'exemple de l'Italie ne suffit pas; voyez la Grèce : où, le bourgeoisisme attique avait tout corrompu ; voyez la Turquie : où, le bourgeoisisme du bas empire avait tout pourri. Avant un siècle, Paris serait comme Palmyre : si, maintenant le despotisme nobiliaire pouvait avoir quelque durée; s'il ne ramenait nécessairement l'anarchie bourgeoise; pour osciller ainsi : jusqu'à ce que les académies, morales et politiques, aient cessé de

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préférer : la peinture dVnseigne, à la peinture (riiisloire.

11 est une secte de matérialistes politiques, ayant toujours, sur les lèvres, les expressions indéterminées : nature, progrès, type, symbole, fatalité, etc. ; le vague est leur élément; ils ont un talent particulier pour vous dire le passé ; quant à l'avenir ils n'en savent pas le premier mot; pour eux, prévoir est Une folie. Ils ont un argument qui, jusqu'ici, a été sans réplique : après la civilisation un désert. Donc, bientôt on cherchera Paris parmi des ruines. Et, pourquoi n'a-t-on rien répondu ? Pai'ce qu'il n'y avait qu'une seule réponse ; et, qu'on ne savait, ou, qu'on n'osait la faire. C'est : qu'après le despotisme , ou plutôt l'anarchie bourgeoise, l'ordre ne peut se rétablir, quand le despotisme nobiliaire est encore possible : que , par un retour à la barbarie ; et que, jusqu'à l'incompressibilité de l'examen , l'anarchie bourgeoise est un développement nécessaire, de tout gouvernement nobiliaire ; comme toute anarchie bourgeoise, conduit alors et nécessairement , à un gouvernement nobiliaire. L'empirisme de M. le maréchal Bugeaud vient à cet égard (1) de laisser échapper imprudemment une vérité, que, pour l'intérêt de son parti il aurait dû taire. Les institutions civiles^ a-t-il dit, affaiblissent les gouvernements. Rien n'est plus vrai : parce qu'en dehors du règne de la vérité, les institutions civiles indépendantes ne sont que des institutions bourgeoises ; et,

(1) Écrit en 1843.

que celles-ci, nécessairement n'ont qu'une durée éphé«mère.

M. Blanqui arrive à la réformatien protestante, dont il est un protecteur zélé.

— K La réforraation proteslanlc, dit- il, est une de ces grandes péripéties du développement majestueux de l'humanilé La révolte do

moine cachait une protestation contra l*6zploitatioB de la chrétienté par

Tévéque de Rome Il devint évident que la foudre allait firapper des

institutions que Ton croyait consolidées par le temps, mais que le temps avait minées. »

— Très-bien! M. Blanqui. Mais qu'aveE*vou8 mis en place de l'évêque de Rome? Est-ce le système bourgeois, le système des majorités? Est-ce le protestantisme religieux, politique et social ? Est-ce le scepticisme ? Est-ce le matérialisme ? Est«-ce la balance des pouvoirs et l'équilibre européen : véritables exprès* sions d'anarchie ?

Mais, peut-être, M. Blanqui a voulu dire :

Que, le protestantisme, détruisant tout, estanarchique par essence; qu'il est Arimane incarné; qu'il traîne à sa suite un désordre inextinguible, sinon : par la vérité qui doit l'anéantir ; et, que forçant à la recherche de la vérité, le protestantisme est ainsi : ce qu'il y a de mieux, par cela môme : qu'il est ce qu'il y a de pire. Si, telle est la cause de votre admiration pour le protestantisme; nous la partageons avec vous.

M. Blanqui connaît-il la base morale du protestan** tisme, des majorités, de la souveraineté du peuple, du bourgeoisisme enfin ? La voici : elle a été donnée,

comme cela devait être , par le chef de . la réformation :

«^ « Bgo Martinus Luther, sic tolo, sic jubeo, sit pro ratione voluntas (1). »

— Martin Luther signifie bolrgboisisme. Un noble au moinB vous dit : Dieu a parlé. C'est une raison.

Malgré son admiration pour le protestantisme, M* Blanqui commence par l'accuser.

•— « Le catholicisme, dit-i], aTâit créé cette plaie (le paupérisme) en maltipliant les couvents; le protestantisme Vaggravait en les supprimant : qui l'aurait cru, lorsqu'on se mit à TœuTre ? p

— Qui l'aurait cru, M. filanqui? Quiconque eût voulu réfléchir. Qui aurait cru qu'une révolution bourgeoise rendrait le peuple, plus malheureux? Quiconque aurait voulu réfléchir avant de se mettre à l'œuvre. Heureusement : les transformations sociales ne se font point par réflexion. La liberté, pour l'individu, est dans le domaine de l'humanité; mais, pour la société; la liberté dérive : de la fatalité; de l'éternelle justice.

Voyons maintenant ce que cette grande péripétie, ce développement majestueux de l'humanité, a produit de l'aveu de M. Blanqui.

— « Malheureusement, dit-il, le protestantisme si habile à multipuu LA RicBSSSi (n^ouhlies pas que protestantisme, majorités constituantes, bourgeoisisme, sont une seule et même chose) n'a pas encore trouté le

(1) Ainsi je veux ; ainsi j'ordonne ; moi, Blartin Luther. Que ma volonté, soit la seule raison 1 !

secret de la distribuer avec impartialité parmi toutes les classes qui la f)rndiiisent. Il a brisé le lien qui unissait les nations chrétiennes, et substitué Végoïsme national à Ihamumiê universelle , où tendait le catholicisme. Il n*Y a plus aujourd^iuî en Euro)ie de pensée commune eu é(at de rallier les esprits et les convictions. En industrie, en politiquet en philosophie, en religion, l^s idées flottent au gré du souffle des révolulions. Chaque jour on défait Touvrage de la veille. Les peuples se disputent les débouchés et se font concurrence au lien de s*associcr sous Tempire de leurs besoins et pour l'échange de leurs produits respectifs. Je désire avant;tout d'être juste. Mais je nb puis m'empécher de reconnaître que si le vieux catholicisme n'a pas su se mettre à la tète de la production des richesses, on n^a point a lui reprocher cette sécheresse de doctrine en vertu de laquelle la distribution s'en fait d'nne manière si peu équitable dans les pays protestants. »

— En vérité, et en présence d'une condamnation aussi absolue, nom ne pouvons nous empêcher de soupçonner : que, M. Blanqui n'a loué le protestantisme et le bourgeoisisme : que, pour avoir un passeport politique ; et, qu'il pense, comme nous, qu'ils ne peuvent être un bien qu'en ce qu'ils sont les plus grands des maux. Si nous avions deviné juste, M. Blanqui serait bien coupable : et de sa modestie ; et de sa pusillanimité. 11 est assez fort pour devoir oser dire la vérité. A-t-il donc craint : que, la prédiction de M. de Lamartine : fl Malheureux les hommes qui en tout genre de- « vancent leur temps ! leur temps les écrase, » ne lui fut appliquée ? Qu'importe d'être écrasé I quand on remplit son devoir?

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