SECONDE OBJECTION
a Si, au moyen d'une démonstration incontestable- « ment rationnelle, le monde apparaissait avoir dû, « nécessairement^ rester esclave pendant une aussi lonc gue suite de siècles; sans aucun espoir fondé de ce jamais voir le règne de la liberté, luire à nos yeux : « ce qui paraîtrait devoir être, dans le cas que la « liberté «ociale ne pût exister que d'uae maiûère <« ABsoLTiE ; une pareiUedéinoBStration, serait la preuve « la plus évidente : de l'absence de tout ordre morale de « l'absence de toute justice étemelle; et, la force brutale, « appuyée sur le mensonge, sur le sophisme, deve- « nant alors le seul droit possible ; il faudrait en con-' « tïlure : que, la série continue des êtres, ou le maté' « rialisme^ est seul la vérité ; ou, ce qui est encore la « même chose : qu'il n'y a pas de vérité. »
Ces deux objections, renfermant dans leur énoncé, tout ce qu'il est possible de présenter contre laidoctrine que nous prétendons être la seule véritable ; nous allons les examiner.
344 SCIENCE 8OGUI1B.
Première oLjeetioa.
nous Avons EXISTÉ SOUS LE DESPOTISME JUSQU'EZI 1789. MAIS DEPUIS CETTE EPOQUE , LA PARTIS DE L^HUMARTEÉ, REGENEREE PAR LA RÉVOLUTIOK FRANÇAISE, EST MAIS- TENANT EN ETAT DE LIBERTE.
«t Je Toos dis qoe les Cobdéisies, les Stniigisle^ les Atwoodistes , les Crawfondxstes , ne sont <|k des sections dn capitausmi , da wigghisiu. le Tons dia avec raison qae tant qa*il y aura des hommes intéressés k exploiter le fravai!, ei dispo^ tant de la forée, le traTail sera exploité. La loi opprime le paarre; la loi est faîte par le rick. Dans cette question, tons les opprimés ont le BHénie intérêt. Les Irlandais doÎTcnt sympathiser
avec les chartistes d* Angleterre
Qne tons ceux qni soaflrent s^nnissent, aencct leurs rangs, et le travail Iriompherm de ses oppics* senrs. »
O'CovxrBLL aux chartistes, Northem^tmr dn 23 décembre 1843.
— Quel moyen choisirons-nous pour démontrer : que, depuis l'origine sociale, la liberté n'a jamais existé ? Il en est des milliers ; mais, parmi tous, il en est toujours un meilleur que les autres. Nous croyons le trouver, en examinant : l'auteur le plus affirmatif sur l'existence actuelle de l'état de liberté; l'autmir
SCIEHGB SOCIALE. 345
considéré sur cette matière comme Tun des plus instruits de l'Europe ; et, lequel, sous le rapport de liberté ou de despotisme, a fait, pour ainsi dire, l'histoire du monde. Nous voulons parler : de M. Blanqui ; et, de son Histoire de VÈconomie politique.
— « 11 m^a semblé^ dit M. Blanqui , que TécoDomie politique des anciens n'avait pas d'autres prétentions que celle des modernes. Dans toutes les révolutions, il n'y a jamais quê deux pabtis en présence : celui des gens qui veulent vivre de leur travail, et celui des gens qui veulent vivre du travail d'autrui. On ne se dispute le pouvoir et les honneurs que pour se reposer dans cette région de béatitude oi^ ie parti taincu ne laisse jamais dormir tranquille les vainqueurs. Patriciens et plébéiens, esclaves et affranchis, roses rouges et roses blanches , cavaliers et têtes rondes, libéraux et servîtes, ne sont que des variétés de la même espèce; c'est toujours la question du bien-être qui les divise , chacun voulant, si jV^e me servir d'une expression vulgaire , tirer la couverture à soi au risque de découvrir son voisin, n
— Jusqu'à présent M. Blanqui, considéré comme économiste, a été un problème pour tous les partis. Cette incertitude du public, à son égard, prouve : qu'il est un honnête homme ; qu'il dit la vérité à chacun d'eux :,dès qu'il la voit ou croit la voir. S'il les mécontente tous ; c'est, qu'en général, la vérité seule ne permet pas de contradiction ; et, en particulier : que, M. Blanqui considère l'économie politique ancienne et nouvelle, au seul point de vue de la production des richesses, abstraction faite de leur rapport à la consommation, abstraction faite de la justice ou de l'injustice de leur répartition. Il s'est trompé aussi sur un point, immédiatement le plus important après celui que'nous venons d'énoncer; c'est de croire : que, depuis l'origine sociale, il y a eu lutte : entre ceux qui
M6 «nmcB «nuis.
wBuieiit vme 4e Imt travafl; et, oeuL qd Tedenk wi- Tre du travail d* autrui. €ette Intte^ eolre cevx qui ODt et ceux qui s'ont pas^ n' a même pas encore commencé ; quoiqu'elle soit bien près d'éclater. Jusqu'à présent, il y a eu exclusiveiD^nt lutte : entre deux espèces de forts prétendant à Texploitation des faibles, inertes, abrutis, et, pour ainsi dire, indifférents : sur l'espèce qui les exploitera. La première espèce se compose de ceux qui veulent exploiter : les travailleurs de leur propre nation par le droit divin, par la domination du sol; et, les travailleurs des autres nations par la force brutale. La seconde espèce se compose de ceux qui veulent exploiter les travaifleurs de leur propre nation par le droit des majorités, parla domination du capital ; et, les travailleurs des autres nations : par la force d'une concurrence faussement dîte libre ; d'une liberté faussement dite de l'industrie et du commerce. Les premiers sont les nobles; les seconds senties bourgeois. Aussi M. fiianqui, au lieu de mettre dans son énumération escla/œs et affranchis^ aurait dû dire : libres ou iwbles; et affranchis ou bourgeois. Alors, il aurait eu, en réalité, l'analogue de patriciens et plébéiens. Ivs- ^'à présent, encore une fois, les esclaves n'ont jamais agi que 'comme instruments. C'est, seulement à partir d'un avenir prochain, qu'ils entreront dans la lice ; et, peut-être, sommes-nous les premiers esclaves qui osons élever la voix.
En dehors de la distinction que nous venons de faire, il est impossible : de rien eomprendre aux luttes Bociales, qui ont existé jusqu'à présent. Tantôt les es-
SONDiaB BOQIAUS. ^(7
daTes et les boargeois seront coofonduB comme opprimes ; tantôt les nobles et les bourgeois seroat confondus comme oppresseurs.
M. Blanqui va immédiatement confirmer ce que nous venons de dire de la nécessité de notre distinction, •ea confondant :: la tyrannie ^ecque, qui est bourgeoise ; avec la tyraimie rfvnaine, qui est nobiliaire ; puis de nouveau, avec la tyrannie française qui est bourgeoise ; et en énonçant : que, la tyrannie françaiîse bourgeoise est la pire de toutes ; sans, pour ainsi dire, qu'il s'en doute ; et, sans qu'il lui soit possible d'en donner la
•— c( ¥o]tts, dit M. BlftDqui, les AoinaiM dans les pays oonqais, 6t ks Espagnols dons leurs colonies d^Aœérique : à plus de mille ans de d«stanee nous retronYans la «âme mépris de la vie liumtine , les mèniÊS paradaaes alH»ninal»lei sur la nécessité pour les -uns d*élre exploités par les antres/ C'est quelque chose de plus affligeant que ce qui se passe parmi des animanK^ dont les espèces 4lévoranles vivenl des espèces détorées ^ sans ériger du moins leur voraoité an système, et parce qu'elles aia peu? ent pas £itre autrement. Toutes ces horribles iniquités sociales se sont propagées au travers des Ages, sous des formes diverses, quoique adoucies par le progrès de la raison humaine (1) , mais toujours tivaces au fond et partout soutenues, tantôt avec audace^ tantôt avec hypocrisie. Ici c^est le clergé qui s^empare de tous les biens, et qui daigne faire VmÊmûm an genre fanmain nÈPOflaÉDx (!2), menaçant d^anatkème qnîoon-
(1) Partout où vous trouverez Texpression raison humaine; dites : là, il y a matérialisme, droit de majorité , bourgeoisisme. Partout où vous iroQxerez raison divine; dites : là, il y a anthropomorphisme, droit divin, nobilisme,\ Fénelon a dit : « 0 raison ! raison , n'es-tu pas le Dieu que « je cherche ? » C'est que la raison réelle est essentiellement diib, comme DiBu, qui en est la personnification, riNCABKAisoK.
(2) Que M. Blanqui y prenne garde ! son antipathie , pour le clergé, loi toit éehapper, à son insu, une vérUé /ojtdamenttUe ^ qui détruit complètement le système bourgeois, à savoir : que, la société, pour être libre, doit être organisée de manière : à ce i}ue Vauméne moU inutile. Quel avantage il nous donnerait, si nous voulions en profiter l
348 8G1BNCE SOCIALE.
que oserait (roubfer le repos de la maison de Diea. Plos loin la dime partient aux seigneurs , parce qu'ils sont des seigneurs et qa^il n*j a pas de seigneurs sans dîmes. Les paysans se vendent encore en Russie rtwmnr ustensiles d'agriculture, et Taristocratie anglaise marchande aux painres Irlandais quelques brins de paille et quelques pommes de terre qu'Hs partagent atec le bétail. 9
— Voilà pour la domination du droit divin, du sol, des nobles. Ecoutez ce que va dire M. Blanqui : de la domination du droit des majorités, du capital, des bourgeois.
— « Il n'y a donc pas si loin (continue le membre de T Académie des sciences morales et politiques) de Téconomie politique cascous (i) et lOMAiRB , crueUe , insatiable , inexorable , à réconomie politique de pins d'un pays d'Europe. Dans notre belle France (2) , si riche de pampres et de moissons , plusieurs millions d'hommes mx margent pas de PAm it BOiYBirr DE l'eau. Le sel abonde sous leurs pieds , mais Timpôt pète tor leurs têtes, et le gabelleur, Todieux gabellenr du moyen âge, n*a £iit que changer d'habit. Si Ton décontre une plante nouteile, le tabac par
exemple, la loi en défendra la culture Ces pauyres filles de Lyon,
dont les doigts de fée tissent le satin et la popeline, n'ont pas de chemises ; les canuts qui décorent de leurs tentures magnifiques nos palais et nos temples, manquent souvent de sabots.
« Non, s'écrie M. Blanqui, ce ne sont point là les derniers mots de la Providence ! »
— Ici, M. Blanqui se trouve en contradiction avec un ancien ministre^ qui vient de déclarer publiquement : qu'en 1830, rhumanité, socialement, avait dit son dernier mot.
M. Blanqui, nous le voyons, se contredit déjà; et, se
(1) Voilà le défaut de distinction ; M. Blanqui confond : la tyrannie grecque ; avec la tyrannie romaine.
(2) Ainsi, M. Blanqui, vous en convenez : notre belle France n'est pas libre; ceux auxquels il faudrait faire l'aumône sont dépossédés ? Eh bien ! si le clergé, daignaU faire l'aumône ; les bourgeois, laissent mour rir de fakm^
SGIBMCB 8CCIALB. 349
contredira continuellement. C'est, que tantôt il écrit, sous la dictée, du préjugé bourgeois; et, tantôt sous la dictée, d'une bienveillance humanitaire.
*— « Le caractère dîstinctif de réconomie politique grecque et romaine, c'est, dit-il, TesclaTage; la tendance irrésistible de la nèlre, c'est la liberté. »
— La tendance ? Nous ne sommes donc pas libres M. Blanqui ; car quand on ne fait que tendre vers un but on n'y est pas ; et, quand on n'est pas libre on est esclave. Ensuite, M. Blanqui se trompe encore : la tendance, de l'économie politique ancienne, était, à la vérité, vers l'esclavage domestique, vers le despotisme; la tendance, de l'économie politique moderne, est vers l'esclavage politique, devenu impossible; c'est-à-dire : vers l'anarchie. La Hberté, la soumission au raisonnement, la domination des préjugés, sortira il est vrai du désordre, par excès de mal social ; mais, ce sera, seulement, après une foule d'oscillations : entre le despotisme bourgeois ; et l'anarchie populaire. Alors, seront répudiés : et droit divin, et droit de majorité; et despotisme nobiliaire; et despotisme bourgeois.
M. Blanqui, vient déparier en faveur du despotisme bourgeois. Ëcoutons-le, maintenant, il va parler : contre ce même despotisme. C'est, d'Athènes qu'il va être question : d'Athènes, où le capital régnait avec une cruauté, qui n'a pu être dépassée que par la nôtre.
359 sanmr socmuc
— cOn lit dans la PoUUqm d'Aristola (di. nr), dit M. Btufai^ «« paroles remarquables :
« La science du maître se réduit à satoir user de son^esdare. H est le « maître , non parce qu^il est le propriétaire de Fhomme , mais psvce « qu*il se sert de sa chose.... L'esclave fait partie de la richesse de la £h-
« mille. »
— «Xénophon [det Moyens d'augmenter les revenus de VAltiqiÊe] propose, dit M. Btanqai, comme moyen de revenn pour la répablîqae, d'accaparer les esclaves et de les louer au plus offrant, après les avoir marqués au front, de peur qu'ils ne s'échappent. Toute la philosophie des anciens est là , et aussi une bonne partie de leur économie politique. 71 est évident que quand Us philosophes parlent du picpli, t^ entendent seulement dhk bouboboisis noHiauîDi pour qui trmoetitlmt let «lUMises asservies au joug le plus intolérable (i). Leur susceptibililé est eilrème toutes les fois qu'il s'agit d'accorder à un homme le titre de citoyen , c'est-à-dire de le faire passer de l'état d'exploitation à l'état dlndépendance. Il n'y avait pas jusqu'au particulier le plus modeste qni ne po»flédàt un esclave pour l'entretien de sa maison. Les chefs de famille d'ane fortune médiocre en employaient plusieurs à moudre le blé , à cuire le pain, à fiiire la cuisine et les habita. On en occupût plusieurs milUers dans des ateliers pour lesquels Âthèoes était renommée ; mais générale* ment ils étaient astreints aux travaux lés plus durs. On Isr envoyait bfrire à la HstMM avec les chevoêuc. »
— Voilà, où conduit, nécessairement, tout gouver^ nement bourgeois ; que, les asservis aient nom : esclaves ou prolétaires . Faut-il s'étonner : si, les gouvernements nobiliaires, où les asservis sont infiniment moins mal, ont toujours si peu de peine, à subjuguer les gouvernements bourgeois, matérialistes par essence, dont les défenseurs ne peuvent être : que, des soudoyés corrompus et avilis ; tandis, que les soldats du droit divin se croient toujours : vertueux ; et, ennoblis pas le fanatisme.
(i) Ainsi», et de Taveu de H. Blanqui : anni longtemps que des maîtres doivent faire l'aumône à une partie du genre humain dépossédée ; et, que les possesseurs ne sont ni nobiesBe, ni clergé; Il ii*y a ds peuple : qu'une bourgeoisie domiciliée , pour qui travaillent les asservies au joug le plus intolérable.
SGuafis sommj^ 381
Qu'il' noas 9oit permis de ptecer ief qoehitres obser- \ations.
Quand il était demandé aux anciens : si, la société pouvait exister sans eslaves ; ilsr répondiaient non ; sans hésiter. Ils ayaient pour autorité r Lycurgue, Solon, Platon, Aristote, Xénophon ; et, tous les grands hommes, sans en excepter aucun.
Quand il est demandé aux boui^eois : si, là société peut exister : sans qu'il jr art des pauvres, dfes mendiants, des prolétaires, des esclayes politiques enfin ; ils répondent non^ d'une manière aussi absolue que les anciens ; et ils ont contre eux tous les philosophes sans en excepter un ; car, si aucun ne dit comment la société peut exister sans cette espèce d'esclaves, tous affirment : que, cette espèce d'esclavage, est devenue incompatible- avec l'existence de la société. Et, si ensuite il était demandé aux bourgeois : quels sont les hommes les plus logiques^ : des anciens qui , en outre des philosophes, ont eu l'expérience de tous les siècles en Leur faveur ; ou^ des bourgeois^ qua ks philosophes répudient, et qd voient devant eux l'anarchifr prête à les engloutir; que répondraien^ila ? Ce qu'ils répondraient? Us vous enverraient à SaintJfiaheL Les boui^eois d'Âthàn^ et dd Jérusalem étaienft des anges ; ils se eoutentaieni de vous donner à» la eiguë ou de vous, cruei&er.
Plus loin M. Blanqui ajoute :
— «Tant 4titt coméqnent dattrle système des Athéniens : on rançon^ naît aiLdfidan», on m^anail aa deliora; iei pw kt conStoatioos et Im
352 SOIEHGE SOCIALE.
«mendef , aideun par les CAntributions de gaerre oa par le monopole
Personne ne songeait aux ressonrces qu on peut trouver dans le tFavaii.
— Voilà, une erreur nouvelle et immense. Les Athéniens songeaient beaucoup aux ressources qu'on peut trouver dans le travail ; ils ne songeaient même qu'à cela. Jouir des confiscations, des amendes, des contributions de guerre, des monopoles ; c'est, jouir des fruits du travail ; du travail des autres à la vérité. C'est, comme chez nous, ainsi que l'a fort bien dit M. Blanqui : pour les brodeurs et les canuts de Lyon ; pour les millions d'habitants de cette belle France ; lesquels : ne mangent pas de pain ; et, ne boivent que de l'eau.
— « Les Athéniens , dit M. Blan^iui , manifestèrent de bonne heure leur aversion pour tout ce qui ressemblait à un imp6t personnel, et surtout à Timpôt foncier.... Us recouraient volontiers, même dans les circonstances ordinaires, à la ressource des impôts tndtrecU. »
— Il y a, dans ce passage , tout un sujet d'étude so* ciale. En dehors de l'esclavage domestique, pour l'intérieur ; et, de la domination par la force à l'extérieur ; nécessités de Tépoque d'ignorance ; les Athéniens , comme dit M. Blanqui , étaient conséquents ; c'est-àdire logiques; c'est-à-dire justes. Ils avaient aversion de tout impôt personnel. Cela doit être : une contribution personnelle ne doit s'établir : que, lorsque toute la richesse est épuisée. Sinon, elle est injuste; car, celui qui est riche ne paye rien , ou presque rien ; et, celui qui n'a rien, doit donner sa vie. Ils avaient en aversion
toute contribution foncière ; et, c'est encore juste. Car, si le sol est réparti également, la contribution foncière n'est rien, pour celui qui est riche , en richesse mobilière ; et , elle est tout, pour celui qui n'a en richesse mobilière : que , ce qui lui est nécessaire pour cultiver. Si, le sol est réparti inégalement , la contribution foncière est encore plus injuste ; et, elle revient alors à une contribution personnelle. Quand, Xénophon proposait d'accaparer les esclaves, il était logique ; il l'eût été davantage en proposant : d'accaparer le sol ; c'està-dire : de le rendre propriété collective des seuls maîtres. Cette égalité dans la possession, qui n'est qu'une mauvaise manière de le rendre commun , était , du reste, l'utopie (et nous disons l'utopie, parce que la communauté réelle du sol était impossible alors) , de tous les législateurs de la Grèce ; comme elle l'a été : de Rousseau, de Mably, d'Helvétius, de Condorcet, etc. — Les Athéniens recouraient volontiei's à la ressource des impôts indirects. Et, les Athéniens étaient parfaitement justes. Mais, ici, il y a une immense distinction à faire ; la voici :
« Les impôts indirects sont le nec-plus-ultra de jus- « tice partout où existe l'esclavage domestique ;
a Les impôts indirects sont le nec-plus-ultra de l'in- « justice partout où il y a des esclaves politiques ;
« Sous le règne de la justice , il ne peut y avoir • d'impôt indirect. »
En effet :
Tout impôt indirect porte, exclusivement, sur le travail ; ou, si vous voulez, sur le travailleur ; ou, si vous II. 23
334 SCIENCG SOCULE.
Youlez encore, est personnel : selon l'expreesioD de rassemblée nationale (1789). .
Or, partout où il y a des esclaves domestiques, les maîtres ne travaillent point, dans le sens : de travtf corporel.
Dans ce cas, l'impôt indirect frappe justement : en raison du nombre des esclaves ; en raison de la richesse mobilière ; car, dans un tel pays , la richesse mobilière est toujours représentée par le nombre des esclaves ; et, aux colonies, les esclaves, collectivement parlant, n'ont même pas d'autre nom. 11 y est passé ea proverbe : qu'un bon maître d'habitation se reconnaît: aux soins qu'il a de son mobilier; c'est-à-dire : de ses esclaves.
Remarquons : que, dans ce cas, l'impôt indirect ne porte en rien sûr le bien-être de l'esclave ; car, le maître reste toujours également intéressé à le soigner.
Mais, c'est précisément le contraire : partout où il y a des esclaves politiques, des prolétaires.
Alors , l'impôt portant sur le travail , sur le travail de celui qui n'a rien, et qui doit payer l'impôt avant de manger ; cet impôt est nécessairement pris sur sa vie.
11 est maintenant inutile de prouver : que , sous le règne de la justice , il ne peut y avoir d'impôt indirect. Mais, il n'en e&t pas moins vrai : que , sous le règne bourgeois, il est de toute impossibilité d'abolir l'impôt indirect. Il est même possible de dire : que, cet impôt est la base matérielle de ce règne.
Ecoutons de nouveau M. filanqui. Jl va nous donner
^ saBMQK SOOlàLE. ZSS
un extrait de la Bépublique de Maton ; puis il y ajou* tera des réflexions admirables.
— a Qu'est- ee qui perd les artisans? dit Adimanthe {de la RépM,, lit. II). Et Socrate répond : L'opulence et la pauvreté. — Comment cela?
— Le voici : Le potier devenu riche s'cmbarrassera-t-il beaucoup de son nétier? Non, il deviendra de jour en jour plus faincaut et plus négligent? — Sans doute. Et par conséquent plus mauvais potier? — Oui.
— D*un autre côté, si la pauvreté lui ôte les moyens de se fournir d'outils et de tout ce qui est nécessaire à son art, son travail en souffrira ; ses enfants et les ouvriers qu'il forme en seront moins habiles. — Cela est vrai. — Ainsi les richesses et la pauvreté nuisent également aux arts et à ceui qui les exercent. — Il y a apparence. — Voilà donc deux choses auxquelles nos magistrats prendront bien garde de donner entrée dans notre ville, Topulencc et la pauvreté : l'opulence, parce qu'elle engendre la mollesse et la fainéantise; la pauvreté, parce qu'elle produit la bassesse et l'envie ; l'une et l'autre, parce ({m* elles conduisenl l'État vers une bb-
VOLUTIOR. 9
— Voici, maintenant, les réflexions que M. Blanqui ajoute ; et que , malgré quelques défauts , nous trouvons admirables chez lui.
— « Il faut, dit-il, encore reconnaître ici la compétence parfaite des anciens à examiner les plus graves questions de l'économie politique. Aprjès plus de deux mille ans, nous n'avons pas encore obtenn- la réalisation de l'utopie de Platon, de ce juste milieu économique assurant à chacun une égale répartition des pro6ts du travail. Nous avons toujours de ces potiers enrichis qui négligent leur art, et des ouvriers pauvres auxquels il faut fournir des outils qu'ils sont hors d'état de se procurer. 11 y a donc bien longtemps qu*on y pense , à ces terribles problèmes de l'état social, que let révolutions abordent toujours sans Us résoudre jamais!
DICTATIJRE, BSCLAYAGB, LIBERTÉ , PILLAGE, ASSOCIATION, AKISTOCRATIX^ DÉ- MOCRATIE, ON Y ATOUT USÉ: l'énigme demeure encore indéchiffrable ; heureuse notre génération si la science lui en donne le mot quelque jour (^)! »
(1) J'ai voulu donner ce mot û M. Blanqui ; j'ai voulu lui en faire toucher la vérité au doigt ot à l'icil. Le boorgeoisifiiiie et rAcadémie
— Nettoyons ces réflexions de M. Blanqui, de quelques taches qui les ternissent.
D'abord , égale répartition des profits du travail est une mauvaise expression ; à une époque où quelques sophistes ont prétendu : que , celui qui travaille peu , doit avoir autant : que , celui qui travaille . beaucoup. C'est , juste répartition qu'il fallait dire : et , ajouter : que, cette répartition ne doit pas être faite à la saintsimonienne, par un père utopique ; mais, qu'elle doit se faire nécessairement : par le seul jeu des institutions.
Ensuite, il faut effacer de l'énumération des essais, faite par M. Blanqui, les mots liberté et association. Car, M. Blanqui avoue lui-même : que, le système de Platon n'a jamais existé ; et, ce système, pour ce dont il s'agit, et quant au matériel (1), constitue essentiellement la liberté. Quant à l'association , M. Blanqui convient également : que, depuis l'origine sociale , et jusqu'à présent ; depuis l'esclave, conservé par le guerrier, jusqu'au canut, auquel le bourgeois arrache la vie au sein de la paix; toujours, il y a eu des esclaves. Or, esclavage et association réelle, association de tous, sont incompatibles (2).
Disons ici : que , les partisans de l'association sont des gens bien illogiques, parlant comme des machines, sans prétendre attacher à ce qu'ils disent le moindre sens précis. Par association , ils entendent : Yorgani-
des sciences morales et politiques avaient rendu M. Blanqui : sourd , aveugle et paralytique.
(1) La juste répartition des fruits du travail.
(2) Voyez : notre Théorie générale des tissociations pariiculièrt4, tant nationales que domestiques. Qd*bst-cbqub la scibncb socialb? t. U.
satiofi sociale juste ^ ratiomwîle; et alors , qu'ils disent donc : organisation sociale juste ^ rationnelle; ou, ils entendent : des associations partielles, arbitraires, indépendantes de l'organisation sociale; et, alors, c'est vouloir organiser l'anarchie. II en est de même : pour ceux qui veulent l'organisation du travail. L'organisation du travail est l'organisation sociale , ou elle ne l'est pas. Si elle l'est , dites donc : Vorganisation sociale; si, elle ne l'est pas ; que sera une organisation du travail ? L'anarchie encore. Il en est de même : pour ceux qui veulent abolir le salaire. Mais le salaire est précisément la rémunération du travail ; ils veulent donc : abolir le travail? D'où viennent toutes ces expressions folles? De bourgeois qui veulent absolument : que, les prolétaires et eux, ne soient pas d'une même nature ; et , qui veulent associer des êtres de natures différentes. Que peut signifier une association entre le travail et le capital ? A-t-on jamais imaginé d'établir une association : entre le galérien et son boulet ?
M. Blanqui paraît très-inquiet de la solution du terrible problème. Sauf l'importance , la difficulté peut s'assimiler à celle relative au problème de Colomb : c'est tout, quand on l'ignore ; ce n'est rien, quand on le sait. Voyons, d'abord, pourquoi ce problème n'a pu se réaliser. Cela, peut-être, mettra M. Blanqui sur la voie de deviner : comment la réalisation finit par devenir ; inévitable.
D'abord, la prétendue utopie de Platon ( 1 ) : ne peut
(1) La juste répartition des fruits du travail, utopie dont lui-même Platon n'a jamais eu d'idée nette.
avoir lieu primitivement : parce que, l'ignorance primitive de l'humanité force d'établir le monopole des développements de Tintelligence , pour que l'ordre puisse exister; et, que ce monopole, ainsi nécessaire, conduit nécessairement ceux qui le possèdent, à ex* ploiter les travailleurs ; pour que le monopole , .base d'ordre , puisse persister.
Une fois, ce monopole, et l'exploitation, qui en est la suite nécessaire , établis ; ces conditions de nécessité primitive ne peuvent être détruites : que, lorsqu'elles sont dévenues des sources d'anarchie, au lieu d'être des sources d'ordre.
Ce dernier cas peut seulement arriver : lorsque, le développement des populations et des communications vient nécessairement, et contre la volonté des maîtres, instruire les esclaves : des injustices qu'ils supportent; et, de la fausseté des sophismes, qu'on leur a inculqués comme vérités : dans le but de justifier l'esclavage.
Quand, ces circonstances existent; et, que la vérité positive n'a point encore d'existence sociale; il y a, nécessairement : des successions continuelles de despotisme et d'anarchie. Et, c'est seulement lorsque les maîtres viennent à se convaincre : que, la société, basée sur des sophismes, leur est plus préjudiciable; que, ne pourrait l'être la société , basée sur le raisonnement ; qu'ils cherchent les bases que la raison approuve.* Quand ces bases sont trouvées, l'utopie dite de Platon, à laquelle, je le répète, le bourgeois Platon n'a jamais pensé lui-même, se trouve réalisée : sous le rapport de la répartition des richesses.
Quant, à la communauté des femmes, qui appartient, sous un autre point de vue , à cette véritable utopie ; communauté, que M. Blanqui se borne à citer : comme un exemple du degré de hardiesse au V esprit de système a pu conduire un des plus beaux génies de V antiquité; nous lui dirons : qu'il peut appeler cela du génie. Mais nous, qui n'avons point ce respect et cette admiration pour les sottises de l'antiquité , nous appelons cela : de l'aliénation mentale. En science sociale, comme en science mathématique : quiconque établit la vérité, a du génie; quiconque conduit à l'absurde, est un fou; et, quiconque conduit au crime, est un scélérat.
Voici, du reste, la proposition du divin Platon : citée littéralement, et nommée hardie : par M. Blanqui.
-— « Je propose que les femmes de nos guerriers soient communes toutes à tous; qu'aucune d'elles n'Iiabiie en parliculier avec aucun d'eux; que los enfants soient communs , et que ceux-ci no connaissent pas leurs parents, ni les parents leurs enfants. »
(Hépull.^ liv. y.)
— Plus loin, M. Blanqui cite un long passage : sur l'utilité du gouvernement (^es classes moyennes. En sa qualité de bourgeois, il approuve Platon. Il serait étonnant : qu*une personne, aussi souvent logique que l'est M. Blanqui, pût admettre une absurdité aussi palpable : si, elle n'était la folie de l'époque ; et, si Ton nesa vait : combien, les plus grandes absurdités sont facilement inculquées, comme vérités, par l'édu-
cation, jusqu'au point même de faire admettre : que, trois ne sont qu'un. Evidemment, la classe qui gou* verne est toujours la première. Dire : que, la classe moyenne peut devenir la première ou gouvernementale, sans cesser d'être la seconde, est aussi illogique : que, d'affirmer : que la pointe d'une pyramide peut en être la base. Le gouvernement nobiliaire a trois classes : nobles ; bourgeois ; esclaves ou serfs ou paysans ou prolétaires. Alors il y a une classe moyenne les bourgeois. Quand il n'y a plus de nobles, il n'y a plus de classe moyenne : il y a des bourgeois et des esclaves ; des propriétaires et des prolétaires ; les propriétaires sont ceux qui jouissent de l'exploitation ; les prolétaires sont ceux qui se trouvent exploités.
M. Blanqui arrive à l'économie politique des Romains, et dit :
— « Les Romains conservent , depuis les premiers jours de leur histoire jusqu^À la chute de Tempire , une physionomie toujours égale et des tendances presque uniformes. Placés à leur débnt' au milieu d^Ëlats iodépendants, tels que les Ëques, les Volsques, les Sahins, les Samnites, ils se font conquérants pour n'être pas conquis. Vainqueurs, ils conservent leurs habitudes militaires, dont le principal caractère est le mépris du travail. Le travail à leurs yeux, et dès les premiers temps, est une aiïaire de prisonniers et d'esclaves. »
— Nous ferons remarquer ici : que, M. Blanqui se trompe. Aussi longtemps que lefi Romains ont été un gouvernement purement nobiliaire, où la propriété du sol, par la naissance, dominait le capital; ils ont été vainqueurs et sont devenus les maîtres du monde. Cela devait être : la force domine toujours tant que la
raison oe peut encore dominer. Et^ ce qui distingue le despotisme de la liberté; c'est, que sous le règne de la liberté , la force est subordonnée à la justice. Mais, quand Tempire romain a commencé à se soumettre au capital : il a cessé d'être nobiliaire ; il est devenu bourgeois ; et, il a été la proie des premiers barbares, qui se sont présentés pour l'envahir. Jamais , gouvernement bourgeois ne se soutiendra, en face d'un gouvernement nobiliaire. Est-ce un gouvernement bourgeois qui a sauvé la France en 93 ? Est-ce ijin gouvernement bourgeois qui a sauvé la France après le
Directoire ?
M. Blanqui s'étonne : du mépris des Romains pour le commerce. 11 avait déjà manifesté le même étonnement, en parlant : de Platon , d' Aristote et de Xénophon.
— (T C'est au moment, dit-il^ de leurs premières luttes avec Cartilage qu'on voit aussi apparaître les édits proscripfeurs du commerce. Les peuples commerçants doivent travailler pour nous^ disent-ils; notre métier est de les vaincre et de les rançonner. Continuons donc la guerre qui nous a rendus leurs maîtres plutôt que de nous adonner au commerce qui les a faifs nos esclaves. »
— Comment, M. Blanqui ne reconnaît-il pas la justesse de cette théorie, qui reste incontestablement vraie, aussi longtemps : que la liberté, c'est-à-dire la paix du mande sous le règne du raisannement^ n'est pas encore devenue nécessaire. Une nation où domine le commerce, est nécessairement bourgeoise ; la paix lui est indispensable; si, elle est obligée de faire la guerre, ce ne peut être qu'au moyen de bandes merce-
362 SCIENCE aOCIALE.
Daires. Il est évident : qu'elle doit snecomber, sons un gouvememait militaire quelconque, qu'elle attirera nécessairement, de loin ou de près : pour s'emparer de ses richesses.
On noifs citera les guerres d'Athènes, de Carthage, de Venise, de Hollande et d'autres gouYernemenU bourgeois. Et combien dure leur splendeur?
-— « De la bataille de Marathon à celle de Leucade, gagoée par Tîmolliée , il s*écoula , dit de Maistre (1) , cent quatorze ans ; c^est le diapason de la gloire d'Athènes. »
— Nous ajouterons : que, les nations bourgeoises, primitivement toutes garanties par des côtes maritimes, doivent, au moyen de leurs richesses avoir une période de gloriole, au moyen de leur marine. Mais, cette période dure peu; et,. d'autant moins qu'elles ont plus de richesses : et, pour les corrompre ; et, pour exciter à les asservir.
— « On s'est demandé bien des fois , dit M. Blnnqai , ce qui senit advenu jde la civilisation si Garthage eût triomphé do Rone, et si l'esprit commerçant de la grande cité Teut emporté sur la politique guerrière de son implacable ennemie. Il suffit de dire que Carlliagc était à la fois une
Tille industrielle et commerciale On doit donc regretter A
jamais, etc., etc. »
— Si, M. Blanqui, avec sa belle intelligence, veut bien se donner la peine de réfléchir un instant, en dehors de ses préoccupations, il concevra : qu'il était
(t) Considérations sur la France, p. 7â.
&CIENG£ SOCIALE. 363
presque impossible : que, Rome ne vainquît point Carthage. Ânnibal eut pris Rome ; et Rome n'eût pas été i^incue. Mais, admettons : que , par un cas presque impossible^ Carthage eût vaincu : elle serait devenue gouvernement militaire; ou, bientôt elle aurait été subjuguée ; par un gouvernement militaire né ou à naître. Du reste, si Rome a détruit Carthage ; Carthage a été la perte de Rome. Car, c'est depuis la prise de sa riche rivale : que, la domination du capital a commencé à s'introduire dans l'empire romain; et, par conséquent, la décadence de cet empire.
M. Blanqui reconnaît lui-même : que, celte décadence commença : lorsque la corruption, toujours relative à la domination du capital, devint le grand ressort de l'empire.
Croit-on qu'en 1814, Napoléon fût tombé sans les banquiers de Paris? Croit-on qu'en 1830, le bourgeoiaisme se fût établi sans les banquiers de Paris ? Mais, tout est pour le mieux : le régime bourgeois est une transition nécessaire. Revenons aux Romains.
— « Une traniformation profonde, dit M, Blaoqui, i*opcniit aioii peu à peu, favorisée par l*avéneinent au tronc de cette longue série de candidats italiens, espagnols , gaulois ou balaTCs, poussés au pouvoir par l'intrigue ou les séditions militaires (t). Puis vient le lourdes barbares: depuis les Antonîns , on ne voit plue que des Thraces , des Pannoniens , de.< Dalmates, des lUjriens, se disputer Tempire; il en périt de mortTÎolente soixante en un siècle et demi. Le premier qui ouvre cette série né-* faste, Maiimin, choisi pour sa taille et sa force colossale, grossier, parlant
à peine la langue des peuples qu'il gouverne, etc Ainsi le règne de
rintelligence finit par faire place à la force brutale. »
(1) M. Blanqui aurait pu ajouter : Toujours à Ut disposition du plus gros eapitai.
364 8GIEHCE SOCIALE.
— Aussi longtemps que la vérité n'est pas encore nécessaire, le règne de l'intelligence, pouvant avoir une certaine durée, ne peut exister ; que, par un gouvernement nobiliaire, toujours essentiellement appuyé sur un sacerdoce quelconque, à cette époque seul représentant possible : d'une intelligence conservatrice de l'ordre. La force brutale, nœi masquée par le sophisme ou le fanatisme, est exclusive : au gouvernement bourgeois; à la domination du capital. Nous le répétons : l'histoire entière est là pour démontrer : que, jamais gouvernement bourgeois n'a eu : qu'une durée éphémère.
— « L* économie politique, dit M. Blanqui, ne se charge point d'expliquer les longues saturnales de TEmpire pendant cette période d'infamie et de décrépitude. Qui pourrait se faire une idée exacte d'un tel mouyement de décomposition, compliqué par PesclaYage, par l'invasion, par le mélange des races, des langues, des coutumes, des vices, sorte de chaos social où la science s^arréte? Quelle organisation politique aurait pu résister aux extravagances de monstres tels que Commode, Garacalla, Héliogabale? Quand de semblables êtres paraissent sur la terre, ils ne peuvent y figurer que comme élément de dissolution , et quelque lumière nouvelle ne saurait tarder à sortir de la nuit qu^ils ont faite La philosophie attaquait
les dieux païens ; le scepticisme grec arrivé du pays de Platon faisait déjà la guerre aux vieilles croyances romaines , et désormais les augures ne pouvaient plus se regarder sans rire. En vain chaque métier avait pris un dieu pour protecteur : les matelots, Neptune ; les forgerons, Yulcain ; les laboureurs, Cérès; les vignerons, Bocchus , et les marchands , Mercure. Déjà les dieux avaient peine à se protéger eux-mêmes , et s'apprêtaient k faire place à d'autres patrons plus puissants. »
— Ce tableau, dont la fin est imitée de Parny, est applicable : à l'Europe moderne ; et même au monde entier. Quant, à l'explication de cette époque d'infamie,
ej^plicatioQ qui embarrasse M. Blanqui, il est facile de la donner : en étudiant la nôtre.
L'empire romain embrassait le monde. La force brutale avait produit cette unité; la force des communications a produit chez nous le même effet; et, le monde est actuellement : un^ anarchiquement ; comme il l'était, sur la fin de l'empire romain.
L'empire romain, par absence d'autorité, était de* venu : soumis au capital ; et, par suite, aux prétendues majorités. Des séditions établissaient des pouvoirs : que, d'autres séditions, venaient détruire.
Le monde actuel : est également privé d'o^torité; est également soumis au capital ; est également soumis aux prétendues majorités. Des séditions établissent des pouvoirs nationaux; et, le pouvoir sumational, basé sur le prétendu équilibre européen, n'est qu'une sédition permanente : contre le droit.
Sous l'empire romain, les majorités financières corrompaient la multitude; et, répandant une prétendue instruction, toutes croyances religieuses, alors nécessairement basées sur des hypothèses , s'évanouissaient; le scepticisme s'établissait ;.et, la dissolution de l'empire, la dissolution de toute espèce d'ordre, en était : la suite inévitable.
Tout, dans le monde actuel, est parfaitement conforme : à ce que nous venons de dire : de l'agonie de l'empire romain.
Voici, maintenant, la différence qui existe entre les deux époques.
Sous l'empire romain, l'examen n'était pas devenu
366 SCIBSIGC SOCfALE.
incompressible par la presse; et, alors , nie nouTeUe autorité pouvait encore se former et se baser : sur une foi quelconque.
Maintenant, l'autorité ne peut plus se baser sur une hypothèse ; et, la société ne peut se trouver revivifiée : que, par le règne de la vérité.
Après, l'intronisation du christianisme sur l'empire romain, l'anarchie dure des siècles encore; dure : jusqu'à ce que le dogme de l'infaillibilité, se soit incamé dans un homme. C'est, que toute espèce de foi ne peut dominer, socialement : que, par la force; et, que le règne universel de la force, même quand il est possible, ne peut s'établir quelentemetit.
Lorsque, l'intronisation de la vérité se fera, au sein du monde moderne, l'anarchie disparaîtra, pour ainsi dire, instantanément ; parce que : cette intronisation se fera par une force suffisante pour s'emparer de l'éducation; que, l'éducation sera basée sur la science réelle; que, l'instruction, donnée à tous avec un égal soin, justifiera ce que l'éducation aura inculqué; et, que par cette justification, l'infaillibilité raticmnelle se trouvera incarnée en chacun. Ce sera, donc, une transition de quelques années , sous une force faisant le bonheur de tous ; et, socialement, une transition de quelques années heureuses, n'est véritablement qu'un instant. La vérité, lorsqu'elle est découverte ; et, que sa nécessité est socialement reconnue ; n'a besoin, pour ainsi dire, que d'apparaître : pour régner instantané* ment.
Voyons : combien l'ordre a de peine à s'établir, au
sein d'une immense société ; lorsqu'une foi nouvelle doit y combattre et détruire : l'anarchie.
— fil II s^introduisait chaque jour, dit M. Blanqui , quelque chose de moins asiatique dans le gouTernement financier et dans les habitudes de Fempire. Les eunuques, les espions, les fonctionnaires de la domesticité se multipliaient outre mesure, et avec eux les bassesses, les délations , le favoritisme. Ce fut alors qne les barbares répandus sur les bords de la mer Noire , aux bouches du Danube et sur plusieurs autres frontières , commencèrent à reconnaître les parties vulnérables de Teropire et à préparer la grande invasion qui devait changer la face du monde. »
— Tout cela aurait pu se prévoir à priori. Dès, qu'il Y avait des barbares aux frontières; c'est-à-dire : des gouvernements non-bourgeois ; ils devaient faire invasion et triompher : avant qu'un gouvernement nobiliaire, pût naître au sein de cette anarchie. Aussi, le christianisme se joignit aux barbares ; et, ce fut par eux qu^il triompha.
— • J*Ai eu la passion d'effacer le nom romain de la terre , disait Atanlphe, successeur d*Âlaric, au moment où la vanité des Romains traitait leurs conquérants de généraux au service de Vempire. »
— Cette remarque de M. Blanqui est la caractéristique des gouvernements bourgeois : lâches et vaniteux.
— ft L*£gliBe chrétiennB, continue M. Blanqui^ rencontra les barbares en roale pour la conquête du monde païen , et elle s'offrit à eux pour auiiliaire. Elle fut acceptée. Elle avait une organisation toute faite, une hiérarchie constituée, des sympathies déjà vieilles dans le cœur des peuples, et elle apparut comme un arbitre intelligent au milieu des cohortes barbares qui ne savaient procéder qoe par le fer et le feu. Le désordre avait bien pu se concilier avec Tinvasion ; il n* aurait jamais pu subtiater
avec na éfablissement régulier. L'Église s'était déjà^emparée des monicipâli tes; la commune romaine avait été transformée en paroisse dont les margnilliers pouvaient être considérés comme les adminislratenrs. Tés furent les premiers points de ralliement du système nouYean, et l'on en a la preuve lorsqn'Alaric, après s'être emparé de Rome , fit mettre en sûreté les vases sacrés des chrétiens escortés par une double haie de Romains et de Goths, le sabre à la main et cbantant des hymnes à la louange dn Christ. »
— Ainsi, les chrétiens s'unirent aux barbares; et, ils agirent fort sagement. Le socialisme, un jour, par Topiniâtreté du bourgeoisisme moderne, pourra se trouver obligé : d'imiter les chrétiens.
L'ordre : par le despotisme de droit divin ; par la domination nobiliaire ou du territoire ; est longtemps à lutter : contre l'anarchie des majorités, résultant de la domination du capital. Peu à peu cependant :
— a La propriété territoriale , dit M. Bianqui, devint îe sfftnboU ai la puissance, et il s'y rattacha, par une suite d'usurpations successives^ aae immense quantité de privilèges dont la plupart durent encore (i), et ne forment pas la moindre partie des complications économiques de notre temps. Qui ne reconnaît facilement la vieille prédominance de la propriété fcodale dans les lenteurs de l'expropriation pour cause d'utilité publique ou pour cause judiciaire, dans le régime vicieux des hypothèques, dans l'assiette des impôts, toute favorable à la richesse foncière^ et dans le privilège électoral, qui gabàntit tous les autrbs? »
— Ce passage est très-remarquable.
M. Bianqui se plaint : des faveurs accordées , par l'impôt , à la propriété foncière . Ces faveurs sont la suite nécessaire : de la domination du capital, qui rejette sur le travail, tout le fardeau du budget destiné à remet) Ceax qui durent encore n'appartiennent plus au sol : puisque k capital domine le sol.
SClBIfCB SOCIALE. 369
placer les produits de l'exploitation par l'esclavage domestique. Les plaintes de M. Blanqui attestent : qu'ici, il voudrait voir la propriété foncière plus chargée par l'impôt. Plus loin, quand il parlera des républiques italiennes, nous le verrons les applaudir : de ce que, chez elles, la propriété foncière a été presque dégrevée de tout impôt. E sempre bene.
Mais, voici qui est plus fort chez le membre de l'Académie des sciences morales et politiques, professeur d'économie industrielle. M. Blanqui ne veut pas de privilège électoral, qui, dit-il du reste avec raison, garantit tous les autres (l). II est donc partisan du vote universel au sein de masses nécessairement ignorantes, lorsque M. Blanqui, professe lui-même être ignorant, puisqu'il confesse ignorer le remède social ; au sein de masses nécessairement irréligieuses, lorsque M. Blanqui, parla protection qu'il accorde à ja tolérance religieuse, professe lui-même, qu'il est ignorant en fait de religion ; au sein de masses nécessairement corrompues, lorsque M. Blanqui, et toute son Académie^ sont incapables de démontrer : si, oui ou non, celui qui corrompt et celui qui se fait corrompre, ne sont pas seuls réellement logiques; au sein de masses qui, nécessairement, seront livrées à l'éloquence démagogique, lorsque M. Blanqui et toutes les Académies du monde actuel, sont incapables de démontrer : s'il y a des vérités ; si le bien et le mal eids-
(1) Garantit!... pour an certain temps : et, jusqu'à ce que ranarchie qui est dans les idées partout où il y a majorité constituante , vienne à passer dans les faits.