‹ Science sociale (volume 5)Chapitre 36 sur 70 · SGISIIGB SOGULR · texte numérisé non relu

SGISIIGB SOGULR

trice ; elle est plus, elle est leur mère ; et, les soigae : cooune ses enfiuQitfi.

Sous la domination rationnelle, l'intérèl du ciq^Ual étant au (dns bas; et, les capitalistes portant leurs capîlaiix aiisL trayaillears, pour les faire valoir; conme, ks pndétaires vont actuellement porter leurs bras aux ca|MtalisleSy pcMir les prier de les faire valoir ; le gouv^memeat n'anra qaà ofMr des capitaux, à un prix modéré ; et, les capitalistes concourront avec le gonvernement, pour donner leurs capitaux aux travailleurs, à un prix plus bas que le gouvernement. '

Sous la domination rationnelle, les salaires étant au maximum possible des circonstances ; il est très-peu d'individus, qui auront besoin de crédit ; et, le gouvernement ne fera qu'intervenir : pour maintenir Tintérët , au minimum possible.

Sous la domination rationnelle , ce qui a été prêté par l'État ; et, ce qui a été donné en dot; est prélevé à la mort : sur l'héritage du défunt.

Sons la domination rationnelle, personne n émigré pendant l'époque de transition ; et, personne ne veut aller dans la lune, quand les nationalités ont cessé d'exister ; parce qu'alors chacun sait : qu'il est au mieux possible des circonstances.

Les danses àe l'État, comme crédits avancés aux iadividas, sont très-fiûbles.

Dépemeê relatives €mx vidUariêj mur malades , aux incapables dô travailler^ etc.

Sons la domination rationnelie, n'ouUkz pas : qa'U n'y a point de mineurs de vingt et un ans, dans la société des individus; ces mineurs appartiennent : à la société collective, dont nous avorowpaglé.

Sous la donûaation rationnelle, le salaire étant tonjoors

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au maximam possible; il n'est presque pas d'individu, qui ne se mette eu état de vivre : sans travailler péniblement; sans travailler plus que pour s'assurer le repos dans sa vieillesse. Car, alors les épargnes des riches ne se font plus aux dépens des pauvres, ainsi que le dit J. B. Say : puisqu'il n'y a plus de pauvres; et alors, il y a de quoi économiser. Chacun 9 tiendra à honuear (alors encore honneur et devoir sont synonymes) d'être le moins possible à la <:barge de ses frères. Puis, quand il s'y trouve, il sait : que, c est un droit qui lui appartient; et, il en jouit : sans d^sboBAeur.

De plus, les affections de famille ne sont point, alors, de «impies sentiments, toujours dominés par des passions victorieuses; mais, des raisonnements dominant les passions, parce qu'alors il y a : une raison pour les dominer.

En outre, quand les établissements matériels, rdatifs à cette branche de dépense, sont achevés en quantité snfûsaute ; et, ib le sont promptement, par le très-petit Bemhve d'années que chaque individu consacre à la société, en retour de réducation et de Tinstruction qu'il lui doit; le fonds courant, nécessaire pour leur donner ce que demande le«r {riein exercice, est peu considérable ; et l'État, au besoin, pourrait y consacrer : un milliard.

Dépenses d* administration.

Les employés seront infiniment moins nombreux ; mais aussi ils seront infiniment mieux rétribués. Quand, le salaire des individus, travaillant pour eux-mêmes, est an maximum possible des circonstances ; le salaire, de ceux <[ui travaillent pour les autres, doit, à plus forte raison, se trouver aussi : au maximum des circonstances.

Que vous faut-il à cet égard ? Aves-vous assez de deux, 4rois, quatre, cinq cents millions ? Prenez.

Vous partflt-il, maintenant : que, le gouvernement suocombera : sous le faix ?

Votre budget de recette sera trop considérable ; etj le gouvernement en abusera.

Ah! le gouvernement en abusera...

Et pourquoi, s'il tous plait ?

Qu'un gouvernement abuse de la richesse :

Quand, le droit est incertain ou nié ;

Quand, Vauarchie est aux portes ;

Quand, le despotisme et la corruption sont absolument nécessaires, pour ne point périr;

C'est inévitable : et, le gouvernement qui n'en userait point, ce qui n'est point en abuser alors : serait un sot.

Mais :

Quand, le droit existe ; et, que chacun le connaît;

Quand, la sanction religieuse est socialement démontrée; et, que chacun sait : que, sa situation sociale est la meilleure possible ;

Quand, la corruption ne peut plus agir que sur les sots; et, que c'est, surtout, au corrupteur qu'elle est nuisible ;

Quand, le despotisme et l'anarchie sont devenus socialement impossibles ; et, que les despotes, ainsi que les anarchistes, sont universellement considérés : comme des fou$, dont il faut avoir pitié; comment, voulez-vous que le gouvernement abuse de la richesse ? Est-ce que, sous la domination rationnelle, les fous : sont au pouvoir ?

Comment sera organisé votre gouvernement?

Si, je voulais organiser un gouvernement : je serais un sot. Sous la domination rationnelle, la raison organise le gouvernement. Et, je m'en rapporte à vous-mêmes; voici, ce que dit la raison :

En époque d'ignorance, sur la réalité du droit ; le gou- Tememeut est nécessairement législateur, direct ou indirect. Alors, le droit est l'expression de la loi.

En époque de connaissance, sur la réalité du droit; le gouvernement cesse d'être législateur. Alors, la loi est l'expression du droit.

En époque d'ignorance, sur la réalité du droit ; le gouyemementest, nécessairement, l'expression d'une force : soit transformée en droit , tant que Texamen peut être comprimé ; soit brutale, lorsque cette compression est devenue impossible.

En époque de connaissance, sur la réalité du droit; le gouvernement est, nécessairement , l'expression de la raison, rendue incontestable : Tis-à-vis de tous et de chacun.

En époque d'ignorance, sur la réalité du droit ; le gouyernement, nécessairement le résultat d'un arbitraire quelconque, plus ou moins bien adapté aux circonstances, doit être basé sur une foi , imposée par une éducation : dominant l'instruction.

En époque de connaissance, sur la réalité du droit ; le gouvernement, nécessairement le résultat de la science, doit être basé sur l'instruction : dominant Téducation.

En époque d'ignorance, sur la réalité du droit ; le gouveniement est le ];>ilote.

En époque de connaissance, sur la réalité du droit ; le gouvernement est le gouvernai], dont le timonier est : l'étemelle raison.

En époque d'ignorance, sur la réalité du droit ; rien de plus facile : que, de formuler un gouvernement, plus ou moins bon ; toute la difficulté, alors, consiste à le faire accepter : soit, en s'emparant de l'éducation, quand celle-ci peut encore dominer l'instruction ; soit, en soumettant les actions, sous le joug d'une force brutale; quand, l'instructien ne peut plus être soumise : & l'éducation.

En époque de connaissance, sur la rétlké du droit ; le

gouverHement , seul possible , se trouve foramlé : par la science , une par essence ; toute la dîffieullë, alom , coesiste : dans son acceptation ; et, celle-ci ne peat etoît Uea : que ^ par la nécessité sociale , imposant ce gouv^'aenient , sous peine : de mort humanitaire.

En époque dlgnorance» sur la réalité du droit; rien, n'est pins facile que de faire comprendre ; ou, de faire paraître comprendre : la boabé du gouvernement établi. QiUMid, il est basé, sur uue foi acceptée; chacun, croit eomprcadw cette bonté ; quand, il est basé, sur la ferce brutale : chacun, fait semblant de le comprendre : comme, le meiDenr possible.

En époque de ocmnaissance, sur la réalité du droit; emôs, avant que cette connaissance soit vulgarisée socialement; présenter, aux opinions, la fcurmule du gouvernement rationnel, avant que la nécessité sociale ait anéanti les fanions, dans le sein de la vérité ; est une œuvre, à peu près inutile ; et, qui ne peut être comprise : que, par une trèsfaible minorité.

Ce n'est poiùt la formule, du gouvernement rationnel, que nous voulons présenter ici ; mais^ une simple esquisse. L'exposition sommaire de la science sociale, que noua dwnoBs à la fin de ce volyme, prouvera : que, vouloir dmmer cette conclusion-formule ; avant, que la .sdence en ait iaiposé les prémisses ; serait : une émkieiite folie.

En époque de oonnaissai^e, sur la réalité du droit : lorsque, la loi est l'expression du droit éternel, qui rend la Id immuable ; lorsque , celte lai (se trouvant vulgarisée , par réducatiott commune; et, confirmée, par Tinstructioa commune ; sous la protection : de la dictature de transitiea des fractions sociales à l'unité humwitaire) ; cette loi, dîfrje, àetieM la eanscience et le guide de chactm; le gwivemanent; n'est plus qoe l'exéeuleBr et le soutien de la k»; il n'est plus législation; il est : ADBUiHsxmiLTiOir.

Lorsque, réducation et riastrudtkai «nt été ooaummes ;

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lorsque, la richesse est nëoessairemeiU répartie, sekHi le mérite ; lorsqu'enfia tout paupérisme j tant iatellectuel que matériel, se trouTe anéanti, par Tintronisation de réterneUe justice ; tont citoyen, qui n'est ni sot ni fou, ni ignorant ni méchant, doit coi^ribuer : à Vexécution, au soutien de la loi y à l'administration de la société, dans la mesure de ses capacités, reconnues : par ses pairs. Voilà, pour la théorie*

n existe, en outre , une condition pratique : nécessaire, à Texercice rationnel des droits politiques.

La société rationnelle est Tensemble des familles collectives, hiérarchiquement oi^anisées; dont, la commune, cité première, est l'élément social, ayant elle-même, pour éléments : les familles domestiques.

Or, pour contribuer, rationnellement, à l'administration de la commune, de la cité, famille collectiTe élémentaire; il faut connaître : la famille domestique ; et, pour la oonnaitre, il faut , soi-même, être, ou avoir été : chef Ae fàmiile.

Pour jouir de l'exercice rationnel des droits politiques, il faudra donc : être, ou avoir été maue. La&mille collective ne doit être administrée : ni, par des eunuques; ni, par des sultans.

Lorsque les ccmununes, dtés pranières, familles coUeotives de premier ordre , se trouvent circonscrites dans des limites, qui peuvent contenir : tout, ce que la société générale doît contenir eUe-méme; lorsque, les cités de second, de troisième, de quatrième et de cinqaièoxe ordre ; dont, la dernière renferme l'humanité tout entière ; se trouvent établies ; un maire, chef du pouvoir exjécutif ; et, un conseil, sous sa présidence ; suffisent : à VadmintstcatioB.

Le maire et le conseil sont nommés : à la majorité des voix. Le vote universel , appliqué à la nomination des indîridus aj^^ielés à administrer ; est, alors, aussi hiérarchique; qu'il est anarchiqoe : lorsqu'il est appliqué, à la formation des lois.

i60 SCIENCE SOCIALE.

Le maire, et le conseil , font les règlements de localité; dans la latitude : laissée par la loi ; et, Içs règlements d'administration générale.

Les maires , et les conseillers des communes formant la cité de second ordre; nomment : dans leur sein; ou^ parmi ceux qui ont déjà exercé ces mêmes fonctions ; le maire et les conseillers de la cité de second ordre. Pour contribuer, à l'administration d'une cité de second ordre ; il faut avoir été jugé digne de contribuer : à Tadministration, d'une cité de premier ordre.

Il en est de même, pour les cités d'ordre supérieur, jusqu'à la cité humanitaire.

Voilà : pour la décentralisation, pour la diversité, pour les localités.

Yoiei : pour la centralisation, pour l'unité, pour la généralité.

Le maire de la cité générale, nomme, pour chaque cité immédiatement inférieure : un commissaire de gouTcrnement, chargé, seulement, de surveiller : l'exécution de la loi; et, des règlements d'administration générale.

Le commissaire, de chaque cité immédiatement inférirare; nomme, sous sa responsabilité : des commissaires, pour chaque cité immédiatement inférieure : à celle, où il se trouve établi.

Et, ainsi de suite : jusqu'à la commune.

Chaque commissaire, sous peine de responsabilité, doit : avertir les cités, qui s'écarteraient de la loi ou des règlements; et, en prévenir : son supérieur immédiat.

C'est , l'harmonie : entre les élections, par eu bas, sans responsabilité ; et, les nominations, par en haut, avec responsabilité ; qui constitue : la bonne administration.

Ce, que je dirais de plus, actuellement, serait complètement inutile; et, p6u1>-être nuisible. Néanmoins, je crois pouvoir placer ici, et sans inconvénient : deux passages de Leibnitz. Voici le premier :

— « La Térité , dit-il , est agréable aox esprits, et il n^y a rien de si difforme et de si incompatible avec Tentendement que le mensonge. Cependant il ne lant pas espérer qa*ou s^applique beaucoup à des découvertes, tandis que le désir et Testime des richesses ou de la puissance portera les hommes à épouser les opinions autorisées par la mode, et à chercher ensuite des arguments, ou pour les faire passer pour bonnes , ou pour les farder et couvrir leurs difformités. Et pendant que les différents partis font recevoir leurs opinions à ceux qu^ils peuvent avoir en leur puissance, sans examiner si elles sont fausses ou véritables, quelles nouvelles lumières peut-on espérer dans les sciences qui appartiennent à la morale ? Cette partie du genre humain qui est sous le joug devrait attendre an lieu de cela , dans la plupart des lieux du monde , des ténèbres aussi épaisses que celles de TÉgypte....

« Je ne désespère point que, dans nn temps ou dans un pays plus tranquille, les hommes ne se mettent plus à la raison qu'ils B*ont fait. Car, en effet, il ne faut désespérer de rien... Supposons qu'on voie un jour quelque grand prince qui, comme les anciens rois d* Assyrie ou comme nn autre Salomon, règne longtemps dans une paix profonde, et que ce prince aimant la vertu et la vérité, et doué d'un esprit grand et solide, se mette en tête de rendre les hommes plus heureux et plus accommodants entre eux et plus puissants sur la nature, quelles merveilles ne ferait-il pas éa peu d'années ! Car il est sûr qu'en ce cas on ferait plus en dix ans qu'on ne ferait en cent et peut-être en mille en laissant aUer les choses leur train ordinaire. »

(ATotioeauâP tizais swr l'entendement humain^ Hv. IV.)

— Voici, le second :

— « La marque de Thonnête homme et de l'homme d'honneur chei eux (les matérialistes ) est seulement de ne faire aucune bassesse, comme ils les prennent. Et si pour la grandeur ou par caprice, qnelqu'im versait un déluge de sang, s'il renversait tout sens dessus dessous, on compterait cela, pour rien, et un Érostrate des anciens ^ ou bien un Don Juan dans le Festin de Pierre, passerait pour un héros. On se moque hautement de l'amour de la patrie, et on tourne en ridicule ceux qui ont soin du public ; et quand quelque homme bien intentionné parle de ce que deviendra la société, on répond : Alors comme alors. Mais il pourra arriver à ces personnes d'éprouver elles-mêmes les maux qu'elles croient réservés à d'autres. Si l'on se corrige encore de cette maladie d'esprit épidéroîque, dont les mauvais effets commencent à être visibles, ces maux peut-être seront prévenus; mais sî elle va croissant, la Providence corrigera les hommes par la révolution même qui en doit naître : car, quoi qu'il puisse arriver^ tout tournera toiyours pour le mieux général au bout

462 scflBifCE soaiULE.

du compte, qooiqne cela ne doive et ne poisse irrirer sans le cbàthneDt de ceux qui ont contribué même au bien par lem actions nsnTaises. «

— Si, ces deux passages irons ant donné la migraine; je vous demande pardon : pour Leibnitz.

Maintenant, ce que je vais ajouter^ ne sera : ni nuisibk ; ni inutile.

K, vous avez un Charenton à guérir; pour guérir ce Charenton, il faut commencer : par être le plus fort. Sinon, le gouvernement passe aux fous. Et, c'est peu amusant.

Pour guérir im Charenton, il faut done avoir : des gaordefous ; des camisoles de force; des douches ; des triques; des knouts ; ou des baïonnettes ; et, suffisamment : selon, que le Charenton est plus ou moins grand ; et, que les fous sont plus OQ moins : enragés.

Fût-on même, aussi sot que le dictionnaire; il serait permis de donner, au directeur d'un pareil établissement; le nom : de dictateur.

Mais, pour dire : qu'il y a deux espèces de dictateurs ; et, les spécifier; il faut être moins sot : que le dictionnaire.

Soyons moins sot : que le dictionnaire !

La première espèce de dictature est celle : de la force, dominant la rais(«.

La seconde espèce est celle : de la raison , dominant la force.

En époque d'ignorance sociale, sur la réalité de la raison ; vous eonoevez : que , la société ne peut être dielatear ; et, qu'on individu seul peut Tétre.

En époque, dlgnorance sociale et dlncompressîbîlifé de l'examen; la dictature, de première espèce ^ change aussi souvent de dictateur : que, la girouette diange d'aire de vent, pendant la tempête.

Et, avant que Fignorance soit soaALEM£iiT évanouie; le :, même de seconde espèce^ doit enectf^ ètie on

homme; jusqu'à ce que : l'ignorance soit^ sggiâlemekt, anéantie. C'est, seulement alora : que, le dictateur peut : abaisser, sodalement^ ses faisceaux devant la raison ; et, de- Tenir : son .premier sujet.

Vous voyez : qu'avant , la domination sociale de la raison; le gouvernement doit encore résider, exclusivement, dans un homme; et que, l'essentiel est : que, cet homme soit dictateur de la seconde espèce ; c'est-à-dire : qu'il soit fort ; et qu'il connaisse : la réalité de la raison.

Alors : qu'il soit le Grand-Turc ; le Grand-Lama ; le Grand-Mogol ; ou , l'empereur de la Chine ; peu importe : absolument.

Quand, la domination, de la raison, existe socialement; quand, tous connaissent la vérité ; alors, et je le répète : La commune : a un maire; et, un conseil administratif; L'arrondissement, idem; Le département, idem; Les ensembles de département, idem ; L'humanité, idem.

Voilà, pour aller de bas en haut.

Et, le maire de l'humanité, a des commissaires de pouvoir exécutif responsables, auprès de chaque ensemble : de département;

Et, ces conuiissaires, nomment des commissaires de poovoir exécutif responsables : pour chaque département ;

Et, ces commissaires , idem : pour chaque arrondissement.

Et, ces conmfssaires, idem : pomr chaqne commune. Puis, c'est fini par là.

Mais, faut-il que je sois sot : pour vous parler de ces ehoseiklà!

K, je TOUS ai convaincus, j'en suis bien aise. Sinon : allez ^ous promener; ou bien , envoyez-moi an dictionnaire. J'aime mîenx le premier.

464 SCIENCE SOCULB.

Et la dette?

Et la dette? Là-dessus, je voas renvoie aux économistes. Je puis vous assurer, qu'à cet égard, ils ont dit : de trèsbonnes choses. Je pourrais, même, tous les répéter icL Mais Je trouve : que, pour aujourd'hui, ce serait vous parler calcul différentiel et intégral. Quand, vous aurez étudié les sections coniques; nous commencerons à vous en dire : quelques mots.

Je soumets, la présente observation , à la critique de M . Odilon Barrot.

Je passe à la lettre d'un homme illustre, qui, à la révolution de 1B48, qu'il a singulièrement accélérée par ses œuvres ; s'est, pour ainsi dire, trouvé revêtu d'une puissance dictatoriale. C'est, nommer : M. de Lamartine. Yoid la lettre, qu'il m'a fait l'honneur de m'adresser.

« Monsieur^

c< Les travaux et )^s affaires m'ont empêché de tous lire jusqu'ici avec Fattention que méritent le sujet et récrivaiu. Je ne voudrais pas émettre un avis léger sur une matière grave. La société est formée de tant d*éléments divers, insaisissables à l'homme, que je la crois plus ronjYiE de u MATURE que TœuTre de nos systèmes... »

— 11 est certain : que, si ainsi que le prétend M. de Lamartine : la vie est partout comme l'intelligence; si, toute la nalurt est animée; si, toute la nature sent et pense; si, partout où est la m, là amsi est te sentiment; si, la pensée a des degrés^ inégaux sans doute j mais sans vide; si enfin, il n*y a qu'une seule nature; il est incontestable, vis-à-vis de la raison supposée exister : que, non-seulement la prétendue société, qui ne Test pas du tout (puisque société réelle implique liberté) ; mais encore, M. de Lamartine et nous tous, j compris les chiens,

les chats, les choux, les oignons et le cristal, sommes Fœuvre de la nature; et tous : des rouages du grand automate, TuiavERs (I).

II me parait, cependant : que, M. de Lamartine n'a pas toujours pensé être un automate. Par exemple, lorsqu'il écrivait dans VHistoire des Girondins :

— « Le mouvement est Tessence des révolutions : les ralentir c'est les trabîr ; »

il croyait bien être libre, en énonçant cette proposition ; et, ne s'imaginait pas : qu'elle sortait de son cerveau; comme le vent sort d'une caverne.

Et, lorsque, immédiatement après la riévolution de 1 848, qu'il avait provoquée ; il s'est efforcé, par tous les moyens possibles, d'enrayer cette révolution; nul doute encore : que, M. de Lamartine ne se croyait point un automate; et, nul doute encore : qu'il n'eût complètement changé d'opinion, pour ainsi dire du jour au lendemain : car, la trahison et l'imagination de M. de Lamartine, sont aussi incompatibles : que, le crime et la vertu.

Certainement encore, M. de Lamartine se croyait libre, quand il disait :

— a La voit de la vérité qui tombe dans des cœurs corrompus , res* semble aux sons qui retentissent danç les tombeaux , et qui ne réveillent point les cadavres. »

— Car, s'il s'était cru un automate ; il aurait su, si un automate'peut savoir : qu'un automate n'est qu'un cadavre, vis-à-vis de la vérité ; et, que la vérité, au sein du matérialisme, est : une éminente sottise.

(1) Le 22 mars 1848, M. Proudhon disait au gouvernement provisoire : A Laissez la lumière se faire toute seclb. Vous aurez bien mé- « rite de la patrie. »

Tous les panthéistes : veulent que, l'univers soit un grand automate. Chacun neyeut d*exception fque, pour lui-même. Mais, si les conseils ne peuvent frapper que des automates, h quoi les conseils serviront-ils?

466 SCIENCE aOCIALB.

Par exemple : dans la phrase suivante, M. de Lamartine admet complètement rautomatisme; dont, la nécessité absolue est Texpression.

— « Le tempi, dit-il, est le grand expiateur^des choses humaines;... >

— ^Je voudrais savoir : s'il est aussi le grand expiateur : des choses canines.

•— « . . .mais hélas! continue M. de Lamartine, il se venge en atbcclc, et il lave, avec les larmes et le sang d'une femme , victime du trône , le$ torts et les oppressions de vingt rois. »

— Alors, ce temps est un véritable brigand; et, si ce temps a un auteur ; c*est, alors cet auteur, qui est le brigand véritable."

C'est, sans doule de ce bon Dieu ; qui venge, sur Tianocence, les infamies du crime ; que, M. de Lamartine Ta parler.

— « Une conscience sans Dieu, dit-il, c*est un tribunal sans juge. La lumière de la conscience n*est autre que ta réverbération de Tidée de Dieo dans Tàme du genre humain. Éteignes Dieu, il fait nuit dans l'hoBaM. On peut prendre au hasard la vertu pour le crime et le crime pour l« vertu. •

— Le bon Dieu de M. de Lamartine, comme le bon Dieu de M. Comte, s'évanouit : devant la moindre lueur de raison. Aussi, MM. Comte et de Lamartine ont-ils horreur de la raison, considérée comme souveraine. Éclatez plutôt !

— « L'âme humainei » dit M. de Lamartine...

-— Je vous demande pardon, Monsieur ! je voudrais savoir : si, Tàme des chiens est moiM rebelle, à la raison,

SafiNCB SOGIÀLB. 467

que Y Ame humaine? Dans ce eas^ j'aimerais mieux être chien. Je poursuis :

— « L'àme humaine a besoia de suraatorel. La raison sêule ne suffit pas pour expliquer sa triste condilibn ici-bas. »

— Il me parait, Monsieur, qu'au lieu de dire : la raison ne suffit pas pour. . . vous auriez mieux fait de dire : 11gnorance est insuffisante pour... Mais, continuez !

-^ « Il lui faut» ajoute' M. de Lamartine , du merveilleux et des mystères. Les mystères sont Tombre portée de l'inlini sur l'esprit humain. Ils prouvent Tinfini sans l'expliquer. »

— Il HÎe semble à moi : que, ce qu'ils expliquent k mieux, c'est : l'ignorance humanitaire.

Si, vous voulez une nouvelle preuve, de lamabililé du bon Dieu de M. de Lamartine ; il va vous la donner.

— • Dieu, dit-il 4 a mis ce prix à la germination et à l'éclosion de ses desseins sur Thomme. Les idées Tégètent de sang humain. Les révéTatioBs descendenl des écbafavds. Toutes les religions se diTioisent par les iiiartyrt»9

— Eh bien ! j'avmie : que, le bon Dieu de M. de Lamartine me parait ne pouvoir être aimable : que, pour des Polynénens.

Maintenant, vous comprenez : comment^ M. de Lamartine

conçoit : qae/Ia société va toute seule; c'est-à-ffire : comme

une machine. Gda doit être : soit, qu'il n'y ait qu'une

lenle nature, dont la fatalité est l'expression; soit, quil

■'jat qu'uBbo» Dieu; v<mgeant les infinnies du erime, rar

llnnocence; et, s'amusant des tortures non méritées qaH

loi fait subir.

Je continue la lettre, que M. de Lamartine m*a fiûtrbon-

neur de m'éerire.

-r « Elle (la société) me parait, dit M. de Lamartioe, reuembler aa granit qu'on voudrait décomposer grain par grain. »

— n est évident : que si, ainsi que le prétend M. de Lamartine : la vie est partout comme l'intelligence ; si, toute la nature est animée ; si, taule la nature sent et pense; si, partout où est la vie, là aussi est le sentiment^ et la pensée, à des degrés inégaux sans doute ^ mais sans vide; si, enfin, il n'y a qu'une seule nature ; il est complètement inutile de chercher, dans cet ensemble, des différences réelles d'unités. Alors, un grain de granit et un homme sont des parties équivalentes, d^un tout formant un dieu : qui n'est ribk du tout.

— - a Mais en ce moment, continue M. de Lamartine, je n'ai aucun loisir pour étudier ces mystères. Je me borne à espérer des améliorations politiques. »

— Je conçois : que, dans le système de la nécessité absolue, le plus sage, si sage il y avait alors, serait d'espérer, n'importe quoi, en regardant son nombril. Mais, quand an nom de la liberté, on a osé porter la main sur le timon du pouvoir l'on a certainement des idées claires, nettes, arrêtées, sur ce que Ton s'imagine devoir constituer : ce qu'on appelle des améliorations.

Essayons de deviner quel est le système, auquel H. de Lamartine se rattache.

En parlant des suites de la révolution de 1 789, il dit :

-— « Le principe du pouvoir fut sensiblement déplacé. La royauté avait fini par croire que le dépôt du pouvoir lui appartenait en propK. Elle avait demandé à la religion de consacrer ce RAPT aux yeux des peuples, eu leur disant que la ttbanrib venait de Dieu et ne répondait qu'à Dieu. La longue hérédité des races couronnées avait fait croire qu'il y avait un droit de règne dans le sang des races royales. Le gouvernement, au lieu d'être fonctionj était devenu possession ; le roi maître, au lieu d'être chef.

« Ce principe déplacé, déplaça tout... »

{Histoire des Girondins.)

— Soit! Nous voyous : que, M. de Lamartioe u*est point légitimiste. Mais» pat quoi M. de Lamartine veut-il rempla* cer la royauté absolue? Est-ce par une royauté constitutionnelle ? Examinons !

L'essence des gouvernements constitutionnels est des Assemblées plus ou moins souveraines. M. de Lamartine aimet-il les Assemblées? Voyons !

— « Les Assemblées, dit M. de Lamartioe, toujours indécises par leur nature, adoptent avec enthousiasme les propositions dilatoiref , qui les soulagent de la nécessité de se prononcer. »

[Id., lit. XXX.)

— c Les corps délibérants, dît ailleurs M. de Lamartine, timides et indécis par lemr nature^ veulent : qu'on leur apporte de la forte et non pas qu^on leur en demande. Il faut se présenter à eux après le succès. Us le sanctionnent tocjoubs. Avant on pendant le combat, ils ne sont propres

qn^à déconcerter la victoire, n

(/6id., liv. XI.)

«^ « L'Assemblée législative, dit encore M. de Lamartine , nommée en haine de l'aristocratie et en défiance du peuple, et choisie parmi ces parti» ■OTors et MODiais , qui ne sont dans les temps de crises que les négations du bien et du mal,... v

— Vous voyez : que, dans la proposition sociale, M. de Lamartine a horreur des termes moyens et modérés. Je ne sais : si j les extrêmes valent beaucoup mieux. Le tout, pour Tépoque d'ignorance sociale et dlncompressibilité d'examen, me parait un ensemble : qni ne vaut rien du tout.

— « .... n'eut, continue M. de Lamartine, dans les éléments qui h composaient, ni l'esprit politique des hautes classes, ni l'àme patriotique du peuple. L'Assemblée constituante fut la représentation de la pensée de la France ; la Convention fut la représentation du dévouement passionné des mas<es ; l'Assemblée législative ne représenta que les intérêts et les ▼anités des classes intermédiaires. »

— Allons I M. de Lamartine n'est t ni absolutiste, ni constitutienneL Supposons, qu'en dehors de la souveraineté

ralionnelle, il puisse y avoir autre chose, par exemple : dujgiroodinisme, c'est-à-dire du bourgeoisisme. Yoyoïis : si, M. de Lamartine est girondin ou boui^eois.

— « Le parti des 'girondins, dît M. de Lamartine , entrait en sc«iie avec l'audace et Tunité d'une conspiration. C'était la bourgeoisie triomphante, euYieuse, remuante , éloquente , l'aristocratie du talent Toalant conquérir, exploiter à elle seule, la liberté, le pouvoir et le peuple. »

— Ici M. de Lamartine parait répudier la bourgeoisie.

Voyons ailleurs !

— a Les girondins, dit M. de Lamartine, n'étaient que des démocrates de circonstance. Robespierre et les montagnards étaient les démocrates de principes. Les premiers n'aspiraient qu'à renverser les vieilles aristocraties de rËglise, de la noblesse et de la cour, pour les remplacer par les aristocraties plus modernes de Tintelligence, des lettres et de la fortune. Le bouleversement social provoqué par les girondins s'arrêtait anx premières couches de la société. Un trône, une Église et une noblesse une fois supprimés an sommet de l'État, ils voulaient garder tout le reste. Leur génie et leur orgueil satisfaits, ils j)rétendaient arrêter la révolution, poser la borne de la démocratie derrière eux, et laisser subsister en bas toutes les inégalités, toutes les injustices, au-dessus desquelles ils se seraient élevés seuls par le mouvement qu'ils auraient imprimé. s>

(Histoire des Girondins, liv. XXXL)

— C'est décidé : M. de Lamartine n'est point bourgeois. M. de Lamartine est-il montagnard? Voyons encore!

— « La politique de Robespierre , dit M. de Lamartine, embrassait, dans ses pians d'émancipation et d'organisation , le peuple tout entier. Tous les citoyens souverains, et exerçant, selon des formes déterminées par la constitution, une port égale de souveraineté ; la justice et Tégatité parfaites, fondées sur les droits de la nature, et distribuant à parts équitables, entre toutes les conditions et tous les individus, les bénéfices et les charges de Tassociation commune ; les fruits héréditaires du travail conservés dans la propriété, base de la famille, mais la loi de successbn et l'équité de l'État frappant sans cesse le riche de charges plus lourdes, soulageant sans cesse le pauvre de secours plus abondants, et tendant sans cesse ainsi à niveler les fortunes à l'exerjple des droits et des castes nivelés; une religion civique, renfermant dans son symbole, exprimant dans

son culte simple, lei dogxss «ATiONireLS (1), les formules morales et les aspiratioos précises qui font croire, espérer et agir l'humanilé; en trois mots, un peuple, un magistrat, un dieu ; la loi divine, autant que possible, exprimée et pratiquée dans une loi sociale : voilà l'idéal de la politique de Robespierre.

« C'était, comme nous Tavons dit, la politique de J. J. Rousseau. Bft remontant plus haut^ on en retrouve le germe dans le christianisme : idéal divin, mille fois trahi par l'imperfection des instruments et des institations qui tentèrent de le réaliser, mille fois noyé dans le sang des martyrs du perfectionnement social, mais qui traverse néanmoins toutes les déceptions, tontes les tyrannies, toutes les époques, tous les rêves, et que rbumanité revoit sans cesse briller devant elle, sinon comme un port, du moins comme un but. » *

— Je soupçonne M. de Lamartine d'être montagnard, au moins en théorie. Je pourrais mémcciter des passages : où, la terreur de 93 est complètement justifiée. On m'objectera peut-être : tout ce que M. de Lamartine a écrit, depois, contre la Montagne; et, ses théories d'améliorations. Qne Tonlez-vous que j'y fasse ? Je dis ce que H. de Lamartine était : en 1847.

— « Une telle politique, continue M. de Lamartine, devait fasciner le peuple. Celte doctrine avait des complices dans toutes les injustices, dans toutes les inégalités, dans toutes les souffrances des classes déshéritées de la fortane et du pouvoir , et dans toutes les espérances généreuses des hommes. Cette double complicité de tout ce qui souffre au présent^ de tout ce qui espère à Tavenir, était la force de Robespierre. Le peuple ne Yoyait dans les girondins que des anibiticiiz, il .voyait dans Robespierre un libérateur. »

— Voilà, une forte tendance vers la Montagne. Voici, qui est plus fort.

— « La Convention, dit M. de Lamartine, s'efforça do créer le siut

•COMKCKISIIB VRAI,...»

— Vous voyez : que, pour M. de Lamartine^ il y a un communisme vrai. Vovons ce communisme!

(1) Les mots dogme et rationnel hurlent de se trouTer accouplés.

— « . . .le seul communisme vrai et compatible ayec la propriété... >

-— YoUà deux mots, communisme et propriité individueUij qui hurlent de se trouver accoaplés ; comme les mots : dogme et rationnel.

— « . . .avec la propriété, cet instinct vital de la famille... »

— Les panthéistes logiques disent toujours : Cinstinctj i au lieu de la raison. C'est juste : Imstinct est l'expression ^ de la nécessité ; la raison est l'expression de la liberté. Hais, voyons : en quoi consiste le communisme vrai.

— «... en soutirant par l'impôt, dit M. de Lamartine, le superflu du

propriétaire à larges doses, et en le distribuant à larges salaires aux prolétaires par la main de TËtal. Elle créa des ateliers pour les ouvrieR manquant d^ouvrage, etc. »

— Vous : vojez que, ce communisme vrai, de H. de Lamartine ; dépasse peut-être : le communisme de la Convention.

Malgré tout cela, je dis : que, si M. de Lamartine est montagnard, en théorie ; il ne l'est point, en pratique. Et voici : sur quoi je m'appuie.

— « On peut, dit M. de Lamartine, attendre un acte de désintéressement sublime d'un homme vertueux , jamais d'un parti en masse. Les

partis ne sont jamais magnanimes, ils n'abdiquent pas, on les extirpe. Les actes héroïques viennent du cœur, et les partis n'ont pas de cœur; ils n'ont que des intérêts et des ambitions. Un corps , c'est l'égoîsme immortel! »

— Eh bien! une démocratie n'est jamais : qu'un parti basé sur la force. Donc, M. de Lamartine, condamnant les partis : n'est point démocrate, n'est point montagnard, au moins en pratique.

•— « Le peuple, dit M. de Lamartine, ne comprend que ce qu'il sent* Les seuls orateurs pour lui sont ceux qui Témeuvent. L'émotion est la conviction des masses. »

— - C'est y comme si M. de LamArtine disait : Les masses ne sont qu'an troupeau : d'imbéciles.

Je conclus : que, M. de Lamartine n'est point démocrate, en pratique.

-^ « La force des masses iodiscîplioées, dit encore M. de Lamartine, est dans leur impétuosité : qui les ralentit les perd. »

— Et TOUS savez tous : si, M. de Lamartine a ralenti l'impétuosité des masses. Donc, etc.

— « Le peuple, dit M. de Lamartine, ne comprend rien aux forces intellectuelles. Une haute stature et une voix sonore sont deux conditions indifpensahles pour les favoris de la multitude. »

— Vous concevez : que, M. de Lamartine ne voudrait pas être soumis à des masses, mises en mouvement par un mannequin habillé ; auquel, on aurait soufQé de la voix ! Donc, etc. Yoici, qui est plus fort.

— « La médiocrité, il faut Tavouer, dit H. de Lamartine, est presque toujours le sceau de ces idoles du peuple , soit que la foule , médiocre elle^méme^ n*ait de goiit que pour ce qui lui ressemble, soit que les contemporains jaloux ne puissent jamais s'élever jusqu'à la justice envers les grands caractères et les grandes vertus. )»

— Vous concevez : que, M. de Lamartine n'aurait pas voulu être l'idole : de la médiocrité.

Je conclus : que, M. de Lamartine, montagnard en théorie, ne l'est point eu pratique. C'est malheureux, quand, chez un homme d'État illustre, la théorie et la pratique sont en désaccord.

Tous venez de voir : que, M. de Lamartine n'est ni, absolutiste, ni constitutionnel, ni girondin, ni montagnard, ni royaliste, ni aristocrate, ni démocrate.

Peut-être, M. de Lamartine appartient : à la féodalité financière ; à la féodalité commerciale. Voyons !

474 scrENCE sociale.

— o Le commerce, dit M. de Lamartine, profite de tout pour s^enrichir, même de la faim ; ce n'est pas son Tice seulement, c'est sa xatcbx. La soif de l'or endurcit comme la soif du sang, »

— Alors, puisque M. de Lamartine n'appartient à aucun parti ; et, qu'il ne veut point appartenir, à la raison qu'il récuse ; je ne comprends point : quelles sont les améliorations politiques, qui peuvent être l'objet de ses espérances. Voyons! M. Proudhon va nous indiquer : quelles sont les améliorations, que désire M. de Lamartine. Écoutons!

— « M. de Lamartine y dans sa déclaration de principes du 24 ocfi>brc 1847, après s'être prononcé pour la monarchie représentative el liérédîtairc, après avoir exprimé son admiration pour la f^yramide det irois pouvoirSj royauté, chambre des pairs, chambre des députés, propose :

— a La souveraineté du peuple, — Exercée par qui? Comment ? M. âe Lamartine ne soupçonne seulement pas l'immensité du problème.

^-~ « Le droit électoral réparti à tous les citoyens, — C'est la loi agraire; c'est plus que cela, c'est l'aliénation de la souveraineté.

— a Les asseniblées primaires nommant les électeurs pour une fonction temporaire^ les électeurs nommant des repié sentants pour un t^mps fimilé. — Représentation à triple élage, conséquence de la pyramide. Que deviendras- tu, 6 peuple ! quand tasouveraineté aura passé parcelle filière?

— « Les représentants j non pas livrés à la corruption des ministres y mais salariés par le peuple pour enlever tout prétexte à leur servilité, '-'Toai citoyen étant censé vivre de son travail, l'indemnité allouée au député e$t une chose juste. Mais le motif donné par M. de Lamartine est pitoyable* En quoi le salaire du député serait-il un obstacle à la corruption ministérielle? Comme si Tbomme vénal était embarrassé de recevoir des deux mains I Â la corruption ministérielle on ajoute uue prime de vingl-cinq francs par jour : je ne vois pas jusque-là de réforme.

— a Les fonctionnaires à leur poste, et non pas dans les chambres ok ils Jouent deux rôles incompatibles^ celui de contrôleurs et celui de contrôUt, —M. de Lamartine établit des incompatibilités, soit; je le prie seulement

de pousser son principe jusqu'au bout Il y a iucompatî-

bilitc entre toutes les fonctions sociales et le vole du budget et des lois.

Votre système représentatif est absurde , vous dis-je : la

contradiction y fourmille partout.

— « Une assemblée nationale^ — Dites une conjuration^ à moins que ce ne soit une confusion.

— n La liberté de l'enseignement^ sauf la police des mœurs, '^ Ce n'est pas de l'organisation.

S(HENG€ SOCIiLC. 47£(

— « La liberté de la presse par la révocation des his de Hptemhre, — Ce n*est pms de rorgâaisation.

— « Une armée permanente et wne armée de réserpe, — Pourvoi faire? Ce n'est pas toujours li de rorgAnisation.

— «( L'enseignement gratuit, ^^^niuii ! Vous voulez dire payé par TÉtat. Or, qui payera l'État? Le peuple. Vous Toyez que reoieignement n*est pas gratuit. -— Mais ce n*est pas tout. Qui profitera le plus de TeRseignement gratuit, du riche ou du pauvre? Évidemment ce sera le riche : le pauvre est condamné an travail dès le herceau. Ainsi la gratuité de Teii- «eignemeiit produira exactement le même effet que les bourses données par M. Guizot aux électeurs : qa*en pensez-vous, citoyens?

« Enfin, camment M. de Lamartine accorde-t-il la gratuité de IVnsei* gnement avec la liberté de renseignement? L'État payera-t-il les iastitatenrs primaires et les ignorantins, les collèges de jésuites et cens de YUniversîtér C'est impossible. Or, si TEtat paye les uns et ne paye pas les autres, la liberté n*exis(epas, puisque IVgalité est détruite. C'est toujours de Texclusion : ce n'est pas de l'organisation et encore moins ^e la conciliation.

~-« La fraternité en principe et en {n^ettu^iofu.-— Gomment çeia? Es^ ce que Ton décrète la fraternité ?

— m La liberté progressive du commerce et des échanges, — La libeHé progressive du commerce est comme l'extension du droit électoral. Si le commerce ne peut être libre que sons condition, il ne le sera jamais. L^inégaltté des moyens est éternelle, et, sous le régime de la propriété (l)y celte inégalité ne se compense pas (2).

« La vie à bon marché par la réduction des taxes qui pèsent sur les aliments. — La propriété foncière est déjà surchargée, la circulation surchargée, les droits de mutation eicessifs ; il en est ainsi de tous les impôts. Où prendrez-vous cinq cents n^illions que produisent les taxes qui pèsent sur les aliments ?

« Vtie taxe des pauvres^ malgré les calomnies par lesquelles Végoïsme dé^ économistes cherche à décréditer cette institution. — J'ose affirmer à M. de Lamartine que le peuple est sur ce point du même avis que les économistes. Le peuple demande, non une taxe des pauvres, un brevet de perfectionnement de la misère ; il demande qu^il n't ait plus db parties. La taxe des pauvres, c'est de la philanthropie, ce n'est pas de l'or* ganisation.

(1) C'est, je n'en doute pas, sous le régime de la propriété indwiduelle du sol, que M. Proudhon a voulu dire. Car, dans le même opuscule; et, en parlant au gouvernement provisoire; il lui dit: Si vous parlez la main sur la propriété, vous êtes perdu.

(2) Ce qui prouve : que, cette inégalité est socialement compensée ; par l'entrée du sol, à la propriété collective.

— n Les enfants trouvés adoptés par l'État. — Philanthropie! Le peuple demande qa*il n'y ait plus d^enfants trouTés; il veut que toutes les fiUei soient sages, et vous, vous proposez de nourrir aux frais des Tierges les hAtards des prostituées. Â ce régime-là, nous serons bientôt en pletne phanérogamie : alors la famille deviendra ce qu'il plaira i Dieu.

— « L*extinction de la mendicilé, — Oui, au moyen de la taxe.

— « Des asiles pour les infirmes, — C'est de la philanthropie.

•— « Des ateliers de travail pour les v€Uides, — Et sans doute aussi dtf débouchés !

— a la charité sociale promulguée par de nombreuses lois à tous les be^ soins f A toutes les souffrances, à toutes les misères du peuple. — C'est-*dire que pour subvenir à tous les besoins, à toutes les soufiraoces, à toutes les misères, M. de Lamartine ne demande qu'une chose, de l'argent !

— '« Un budget de la libéralité de VÉtat. —Des fonds secreU! de Targent ! •

— « l^n ministère de la bienfaisance publique. — De l'argent !

— « Un ministère de la vie du peuple. — ^De l'argent, de l'argent, loojoors de l'argent, voilà le nerf de la démocratie comme de la guerre. Donnes à la démocratie beaucoup d'argent , et elle fera tout ce que tous voudra. De l'argent pour les députés, de l'argent pour jes infirmes, de l'argeat pour les mendiants, de l'argent pour les artistes, les gens de lettres; poor tous ceux qui seront amis du gouvernement, ou amis des amis du goa* vernement ; de l'argent pour tout le monde , comme des dragées à an baptême. Mais les moyens de se procurer tout cet argent , M. de Lamartine n*en parle pas : c'est la seule chose qu'il oublie.

« Pour couronner ce programme, M. de Lamartine, après avoir dit, en parlant de son Histoire des Girondins : « J'ai commencé ce livre girondin, je l'ai fini montagnard , » publiait dans la Presse, etc

« M. de Lamartine, en un mot, est démocrate (1) ; il l'est par le cœur, par les idées, par la logique , par la philanthropie : il n'est pas républicain.

« Tous les programmes, tous les vœux qui ont été émis dans les soixante-dix banquets qui ont amené la chute de la dynastie, rentrent dans le programme de M. de Lamartine. C'est toujours le même préjugé re-

(1) Voici ce que M. Proudhon, dans le même opuscule, dit : de la démocratie :

— « La démocratie n'est autre chose que la tyrannie des majorités, « tyrannie la plus exécrable de toutes ; car , elle ne s'appuie ni sur « Fautorité d'une religion, ni sur une noblesse de race, ni sur les pté- « rogatives du talent et de la fortune : elle a pour base le nombre, et « pour masque le nom du peuple. >

— Ici je suis, complètement, de l'avis de M. Pix>udhon.

SCIENCE SOCULB. 477

présentatîf, toojonrt le même culte de la multitnde , toajoars le même palliatif de philanthropie.

« Et tout ce qui se fait, se prépare^ se médite au Xuxemhourg, comme l Vhôtel de tille^ est inspiré du même génie.

« La démocratie encouragera la caisse d'épargne, développera Vassu* ratice, créera une caisse de retraite , fera empierrer quelque route et reboiser quelque crête, draguer quelque rivière , reporter quelque terrain ; elle donnera dix millions aux fouriéristes pour expérimenter Vorganisa» tioH du travail sur une lieue carrée, logera aux frais de TÊtat quelque* centaines de travailleurs. Pour cela, elle augmentera le budget de six cents millions, elle s*emparera de la grande et puis de la petite industrie, elle dépréciera les valeurs industrielles et commerciales^ elle tarira la source des capitaux, elle affligera le travail libre, inquiétera le commerce libre, tuera l'enseignement libre, menacera la consommation libre, proscrira le suffrage libre.

« C'est pour cela que la démocratie arrête en ce moment la circulation, pour cela qu*elle fait fermer les ateliers, pour cela qu'elle frappe de nullité les transactions, pour cela qu'elle clôt le marché, pour cela qu'elle met le commerce , Tindustrie et Tagriculture, et l'Etat en faillite. Or^ en matière de gouvernement, tout ce qui résulte logiquement du principe est imputable à Tintenlion.

a ....Autrefois c'était sur l'esclavage d'une caste que se fondait Texistence de la démocratie , maintenant ce sera sur Tesclavage de tout le monde. »

(M. pROUDHON, Solution du problème «octal,22 et 26 mars 1848.)

— Maintenant, je reprends la phrase, de la lettre, qae H. de I^martine m*a fait Thonneur de m* écrire.

-* « En ce moment, me dit M. de Lamartine, je n*ai aucun loisir pour étudier ces mystèses, je me borne à espérer des améliorations politiques

et A OSPBNDRB LÀ SOCIÉTÉ UANS SES BASES.

« Receves, Monsieur, l'assurance de ma haute estime,

« LAMÀRTmB.

tt ^ février 1854. »

— Bien n'est plus grand , plus généreux , plus admirable : que, de défendre les bases de la société. Mais, y a-til, actuellement, deux individus, qui soient d'accord, sur ce qui constitue les Téritables bases de la société ? Non , sans

478 scnsnCE socule.

doute. Alors chacun, en défendant ce qu*il croit être ks bases de la société , ne défend : que sa propre opioîoD. Voyon», néanmoins, en quoi consiste ce que M. de tine croit être : les bases de la société.

Depuis, qu*il est question d'organisation sociale, entendons dire : que, les bases de la société sont : la religion ; la iamilie et la propriété. Voyons : ce que M. de Lstnartine pense de ces bases.

— « La TÎe est partout comme rintelligence , dit M. de Lamartine; toute la nature est animée, toute la nature sent et pense ;.... partout où est la vie, là aussi est lô sentiment et la pensée, à des degrés iné^oTy sans doute, mais sans vide. «

— Nous ayons prouvé, à satiété : que, ce passage renferme la profession de fin pantbéiste, lapins complète qu'il soit possible de faire. Or, le panthéisme est la négation de toute religion. Donc, M. de Lamartine, comme M. de Girardin> nie : que, la religion doive être la base de la société. J'affirme au contraire : que la religion, quelle qu'elle soi^ est la seule base sociale nécessaire; et que, lorsqu'une religion, quelle qu'elle soit, est socialement acceptée comme vraie, c'est-à-dire par tous et par chacon , la société a une base aussi inébranlable qae la religion elle-même. J 'ajoute : qu'en époque d'incompressibilité de l'examen, la seule religion qui puisse être base, plus qu'éphémère, d'ordre social, est : Ja religion rationnelle ; la religion scientifique.

Mais, peut-être, le passage ci-dessus n'est qu*uneT>oatade poétique, à laquelle M. de Lamartine n'attache d'autre valeur : que, celle du style. Voyons.

En parlant de Voltaire, M. de Lamartine dit :

-^ « Son génie n'était pas la force, c*éiùi h lumière. Dieu ne TaTait pts destioé à eiolimier lés oftjets, mais à ks éckmr. Fartonl-où A a»> Irait il portait la jour. La raiaon^ %iiî n'est que liiaûèrey dandt ea faite d*abord son poète, son apôtre après^ ion idole enfin. »

{ïïistoire des Girondins.)

— Or, chacun sait : que^ Voltaire est négateur de toute religion ; et, c'est airec juste raison^ que M. A. Dumas, par la boacbe de son prophète, l'a proclamé : le premier athée de France. Je conclus : que^M. de Lamartine ne reconnaît point la religion comme base sociale.

Quant à la famille, elle est aussi inattaquable que l'humanité ; et, une organisation quelconque de la famille est aussi inhérente à la société; que, la famille elle-même. La liberté absolue, dans le mariage, peut aller : de pair avec le communisme absolu, pour la propriété. Si, M. de Girardin était législateur suprême ; il se verrait obligé d'organiser le mariage; celui-ci, dùt-il n'avoir : que. cinq minutes de durée. Or, toute organisation sociale est la négation : de la liberté absolue des individus.

De plus, nous venons de voir M. Proudhon accuser M. de Lamartine de tendance vers la phanérogamie. SL de Lamartine serait alors un disciple de M. de Girardin; ou, M. de Girardin serait un disciple de M. de Lamartine. Dans ces deux cas, M. de Lamartine ne considérerait point la famille comme base sociale.

Arrivons à la propriété.

— <c Les prolétaires^ dît M. de Lamartine, classe nombreuse, Inaper-* çae dans les gouvernements ihéocratiques, despotiques et aristocratiques, où Us vivent à Tabri d'uuc des puissances qui posséduit lk sol.^ »

-* Yous voyez : que, selon M. de Lamartine, partout ou il y a une fraction sociale, qui possède le sol; le complément, de cette fraction, est esdaye. Pardonnez-moi cette incartade, je vous prie; mais, j*aime à appuyer mon dada : sur Taulorité de M. de Lamartine.

— et . . .qui possèdent le sol, dit-il, et ont leur garantie d'existence au moins dans leur patronage ; classe qui , aujourd*bui, livrée à elle-même par la suppression de leurs patrons et par ri^nyinuALiSKi , est dans une oonditton fom q^dle n*o Jamais été;,,. »

— Encore pardon , lecteurs ! Yoas Toyez : qae, selon H. de Lamartine , le peuple n'a jamais été aussi malheureux : qu'il l'est, depuis l'organisation sociale de 1789.

— « ... classe^... continue M. de Lamartine, qui a reconquis des DBom STÉRILES SANS AVOIR LE NÉCESSAIRE^ et remuera la société jusqu'à ce que le 80CIALIS1IE ait SUCCÉDÉ à Todieux individualisme. »

{Voyage en Orient.)

— J'en demande mille pardons à M. de Lamartine; mais, l'individualisme n'est autre: que l'expression de l'homme; n'est autre : que le raisonnement. L*ordre ne peut pas consister : à détruire Vindividtuilisme. L'ordre consiste : dans l'harmonie entre l'individualisme et le socialisme ; Touloir, anéantir l'individualisme ; c'est, vouloir anéantir toote propriété individuelle ; c'est, vouloir établir le communisme absolu. Est-ce en se faisant l'apôtre du communisme absolu; que, M. de Lamartine se figure : défendre les bases de la société?

Mais, encore une fois , ceci; peut-être, est une nouvelle boutade poétique. Voyons !

— a La Convention s'efforça de créer le seul comnmisiiB vrai, etc. ■ (Voyez plus haut.)

— Est-ce que M. de Lamartine s'imagine : que, vouloir conserver le paupérisme; vouloir nourrir, etc., etc., les pauvres aux dépens des propriétaires ; et, vouloir les faire travailler, dans des ateliers nationaux , toujours aux dépens des propriétaires ; ce soit là : défendre les bases de la société? A cet égard, j'en appelle : à M. de Lamartine laimème.

Je sais : que, M. de Lamartine pourrait me citer des pas* sages*, en complète opposition avec ceux que je viens de présenter à ses critiques. Mais, un homme d'État, un homme qui veut défendre les bases de la société, qui veut mettre

SaBNCE SOCIALE. 481

raccord au aem de la société ; devrait commencer : par se mettre d'accord avec lui-même. Je sais que M. de Lamartine a dit :

— « Il faot que le bot des partis soit vague et indécis, comme les passions et les chimères de chacun de ceux qui les composent, »

— Mais, les partis ne peuvent conduire qu'à l'anarchie; et, M. de Lamartine est digne : d'être un homme d'ordre. Désormais, quand il écrira, il aura un but, qui ne sera ni vague ni indécis ; et, il saura se mettre à l'abri : des chimères et des passions de l'époque.

En présentant ces observations à M. de Lamartine , je suis certain qu'il verra dans ma franchise, l'expression de mon admiration : pour son t^ilent, pour sa bonne foi , sa probité. J'ai traité mon ami M. de Girardin, avec la ïùème franchise ; et, cela ne l'a pas empêché de me continuer son aroitiéw Je n'ai jamais eu l'honneur de voir M. de Lamartine ; et^ je suis persuadé : que ce que je viens d'écrire, ne diminuera, en rien, la haute estime, dont il a eu la bonté de me donner l'assurance dans sa lettre.

Passons à un autre témoignage d'estime, dont j'ai été infiniment flatté. Il est de M. A. de Gasparin :

« MOIfSIÉÙIy

« Votre livre m*a été adressé à Orange, où je n'hahite pas. Il s'y est tfréfé longtemps, et Tient enfin de me parrenir.

« Je m*empresse de tous en remercier, et de tous dire qu'ayant parcouru les cent pages du second volume que vous m'aviez indiquées^ j*ai conservé de cette lecture un sentiment de véritahle respect pour la droiture courageuse aTec laquelle vous poursuivez la vérité.

« Mais vous ne serez pas très-surpris si j'ajeute que sur plusieurs questions graves nous sommes aux antipodes. Vous êtes socialiste (dans un tens très-élevé, je le reconnais) et je suis tout simplement iiiDiviDtAUSTE tniiAL. »

— Qu'il me soit permis de déplorer ici, une fois de plus, les tristes effets des logomachies; qui, dans notre époque, V. 31

48S sasncB soatAM.

ont généraieiMiit lin ; même, en^ele» pcraoïmes fn «ot le pli» d^instrnetien et de Iwmib ioî. Pur exempte : qm

sîgaifie individualiste? C'est, si je ne me trompe : parkMm des individus, des individualités. Et, que signifie libéral? (Test, si je ne me trompe encore : partisan , and de la liberté. Eb bien ! lequel, vis-à-vis de la raison, est le plus invidualiste , le plus libéral : tie iL de Gasparin , partisan de l'anthropomorphisme^ négation des individualité et de la liberté ^ou de moi, démontrant la réalité des iadividu»lités, la réalité de la liberté? Si, maintenant, nous nous plaçons sur le terrain social , le pseudo-individualisme^ le pseudo-libéralisme de M. de Gasparin, conduisent la société à l'anarchie, mort on agonie sociale ; tandis que rindividualisme réel, la liberté réelle, relatifs : non plus à une foi^ mais, relatifs k la science; oonduisent la société à l'ondie, vie sociale. Si, H. de Gasparin me fait l'honneur de relûce les pages 221-223 de mon premier volume; il y verra : que, pour tous les temps possibles, l'ordre social, c'est l'hannonie : entre l'individualisme et le socialisme ; entre lespcopriétés individuelles et la propriété collective.

— « Vont prétonéei, coatinve M, de- Gasparin, n<mv amener k la propriété coUectiTe, eije n'aifet qu!en TactteB ptnDiUMUe.M »

— Nouvelle logomachie entre M. de Gasparin et moi. Sans aucun doute. H» de Gasparin ne vent point l'anarchie de M. Proudhon ; il ne veufc point exiateB sans anfewté, sanskns. EbMe» M'ebéisssaee àrarotonté, anxloisr, basée : soit; sur une foi commone; soit, sur la science commune; est une soumission commune ,. une soumission coUectue^ tandîfit 41M k coBséovalioQy de la Mbesté sociale, assne la Mbfe actkmdes indhridus : dans le oerdé, tracé parUt raison. I2st-ce que Ml de Gasparin voudrait, de la liberté des passions ?

— « B( je crois, eontinae H. de Œasparm^ que rftat se mêle debeas' coap'ttop drdiMer. w

— NoiiMlk logoamdlie sw le mofi État. Sous, la doirv«- Tsincté dte la fcrcc ; l'État ert cxcltfsmment composé dès forts. Et, cela doit être alors. Car, si alors , il était composé de tous ; l'anarchie, serait la suite inévitable : de cette composition. Dans ce cas, l'État se mêle, sans doute, de trop de choses pour le» faible». MaÎB, le despotiisme, tant qu'il est possible, est préAârable à ramrelrie ; comme la vie est préfférableà la nKnrt. Sous, tat sMirerainelé de la raison, ani contraire; l'État se ei^mposr de tovs. là;, ator», l'État se mêle ée tout ce qui est relatif à tMi»; en laissant à ehMpie individu, tootess liberté d'actions, toujours, dans le eereîer : trae^ par la raison. Faot^l qv^un père puisse assasfflner : sa femme et ses enfanis ?

— e J'ose affirmer d'ailleur?, continue M. de Gasparin, qm», pat plus que TOUS, Monsieur^ je ne suislioslile aux réformes utiles... v

— NouYcUe logomachie sur le mot réforme. Quand, «a habit est usé jusqu'à la corde; est-il possible de le réformt:. ? Non, il en font un neuf. Quand, les bases de la société sont usées, jusqu'à impossibilité d'ordre; faut-il les réformer ? Non, il en faut de neuves. Eh bien ! les bases de la société, qui existent depuis l'origine sociale, sont : an moral, r anthropomorphisme ; au matériel, l'aliénation du sdi. J'ai prouTé jusqu'à satiété : que, ces bases sociales^ sont de- Tenues anarchiques. Donc, la société ne doit pas être réformée ^rimais^. radicalement renou\elée. Je prie M. de Gasparin r de ne poiivt s'occuper des questions secondaires ; M'ant, d'avoir résolu la question capitale des nécessités sociales. Sî, l'anthropomorphisme et le matérialisme nedoivent pas être anéantis , sous peine de mort sociale ; si, Je sol ne doit point entrer à la propriété collective, sous FEms X)B MORT SOCIALE ; tout cc quc jc dis, ne vaut pas une obolë.

— « Quand, coniinue fil. de Gasparin, je foisais parlb dt- l»€lunfce

des députés^ je ne cessais d e répéter k la tribane que let vnis vateun étaient eeux qui savaient avancer, et qui ne ûtisaient grâce m k ]a corraption nî aux abus.

«. Je crois qu*on peut et qu'on doit faire beaucoup pour ]es classe? paorres... »

— Ce n'est pas le tout d'avancer , il font encore être, dans le bon chemin, sous peine de s'éloigner du but : en raison même, de la rapidité de sa marche. Avancer : vers, le soulagement des classes pauvres; vers, la charité l^le ; c'est, marcher à la mort. Ici, encore; il y a une question préalable à résoudre : le paupérisme, qui croit nécessairement sur une liq^e parallèle à la richesse, doit-il, en prâence de l'incompressibilité de l'examen, être anéanti, sous vexse de MORT SOCIALE? Si, ccla n'est point; tout ce que je dis, ne vaut pas une obole.

— « On devrait, continue M. de Gasparin, les défendre contre les excès de Texploitation industrielle, en réglant, par des conTentions internationales, le nombre des beures de travail, v

— Des conventions internationales devraient bien aussi stipuler : qu'on ne se battra plus ; et que, désormais, ce ne sera plus le plus fort, qui aura raison; mais, le plus faible. Quand uù homme, du mérite de M. de Gasparin, a recours à de pareils arguments; il est bien près de se rendre à la raison. Ici, je dirai à M. de Gasparin : qu'il est complètement socialiste ; et, de la secte de M. de Girardin.

— a ... On devrait, continue M. de Gasparin, les défendre contre une antre exploitation, en proclamant la liberté du commerce,... »

— La liberté du commerce, au sein des nationalités, conduit : au necplus uUra de l'exploitation des faibles. Si, après m^avoir lu, il restait, à M. de Gasparin, l'ombre d'un doute à cet égard ; je m*engage à les lever tous -.jusqu'au dernier.

^- « ... qui, continue M. de Gasparin, diminuerait le prix des objets de consommation. »

SCIENCE SOCULE. 485

— Nouvelle logomachie sur le mot prix. Dans mes deax premiers volâmes, et dans mes deux derniers ( 1 ) j'ai expliqué vingt fois : comment, tout prix quelconque, d'objets de consommation, est toujours cher et bon marché eu même temps : X>arce que, chaque objetcontient toujours : travail et capital; et que, lorsqu'un objet est cher relativement 'au capital; il est à bon marché, relativement au travail; et réciproquement. J'ai démontré, en outre : que, sous la domination du capital : plus» les objets sont à bon marché -, et, plus le travail est exploité.

— «i Quant à l'organisation socialiste, continue M. de Gasparin, c^est le despotisme pur et simple, malgré les intentions de ses champions. »

— Je conçois : que, le socialisme de M. de Gasparin : qui veut conserver le paupérisme ; qui veut avancer vers la charité légale, pour soulager les pauvres; qui veut fixer arbitrairement les heures de travail ; qui veut la liberté du commerce au sein des nationalités ; conduise aune anarchie, qui rende le despotisme inévitable... pour aussi longtemps que possible. Hais, que le despotisme puisse exister, sous la domination du droit démontré réel à tous et à chacun ; c'est, ce que M. de Gasparin ne concevra point : après y avoir réfléchi.

— « Gomment, continue M. de Gasparin, empêcherait-on que le salaite actuel ne se transforme en salaire passé ? »

— Mais, on ne lempêchera pas, Monsieur ; puisque, l'impôt frappe exclusivement sur ce salaire, sur cette richesse, quand le travail domine ; comme, l'impôt frappe exclusivement le salaire actuel ou le travail, quand le capital domine. Je prieM.de Gasparin de relire, à cet égard; ce qui se trouve : dans mon second volume, p. 270-274.

(1) De l'oavrage intitulé : Qu'est-ce que la science sociale?

488 SOUSNCE SOCIALE.

»* « Aveft-Tow6 calculé , coBtimie M. de Gttipanfl, tonte rétoadbe d%s

mesures réglementaires et inquisiiorioles qu'exigera bientôt eeUetealAlive de réaliser une égalité contre nature? »

— JerneMÛftcreasér-a^it: pourdéeoumr, la aMiadre uëtesaité de mesure réglemeiitaire et iaçpiisLkMnate. il m*a été impossible d'eo découvrir Tombre. Si, M. de Gaspaiin ^vait eu la bouté de m'eu indiquer uue; il m'aurait reoda service.

£t, quand donc ai-je songé : à réaliser une égalité coa4re nature ? Le plus capable, le moins paresseux gagne plus ; le moins capable, le plus paresseux gagne moins. En vérité, ces Messieurs finiront par me donner trop boBBe opinion de moi*méàie. Quand, des hommes, oomme HH. Barrot et Gasparin, n'ont que de pareilles objections contre un sys • tème, il faut : que, ce système soit basé sur la vérité; et, qu'il cesse de porter le nom de système, pour prendre celui de vérité.

— « Il est possible, continue M. de Gasparin, qu'on ruine ainsi les riches ; mais ce qui est certain, c'est que les pauvres seront plus pauvres que jamais. »

— Gomment! les riches seront ruinés : et, ou ne. leur prend pas une obole ; et, Ton assure la sécurité de lears propriétés ! C'est, le socialisme de M. de Gasparin; qui, non seulement ruinera les riches, par l'anarcliie où il conduit ; mais encore compromettra, fortement, leur existence.

Comment, les pauvres seront plus pauvres que jamais ! quand, chacun a sa part inaliénable, dans la propriété collective : du sol ; et, de la plus grande partie des capitaux pro doits par les générations passées ; quand, les enfants ne seront plus à la charge des parents; quand, les salaires seront au maximum possible des circonstances; etc., etc. En vérité, H. de Gasparin me rendrait fier; si, je ne devinais : qu'il n'a fait des objections aussi faibles ; sans les appuyer sur aucune raison ; que, pour donner de la force à mes arguments.

SGIi:NC£ MOQkÀJM. 4MX

-— « .Je ae Mon» comprendre ii'ailleiin; -coBtiaiia iL de Gasparn, pourç|uoi la propriété du sol aurait uu autre caractère que toute autre ; c*est toujours du travail accumulé^ et par conséquent ce qu'il y a de plus lé^iHiiiKe «umonëe. »

— Gonment, le ad est l'œuvre de l'iuimaMté ! Tous Tojez bien : qae, H. de Gasparin veut me venir

-'— m ^Bn ruinaiit et poarchasflaiil ce tntail lecomulé, Tem découragez leHravail «t f écoMunie, Toift tevt. -»

— Comment ! les salaires sont au maximum possible des circonstances ; et, aussi la production ; puis tous appelez cela : décourager le travail ?

Si, M. de Gasparin avait voulu m'attaquer sérieusement; il aurait dit : vos conséquences sont : que, les salaires, la production, et la consommation sont au maximum possible des circonstances, sous la domination du travail; mais, les prémisses, dont vous tirez ces conclusions, sont fausses : par telles et telles raisons. Et, M. de Gasparin aurait cité, tex^ ttieZIetnetit, mes prémisses erronées. Vous concevez : que, . lorsgu^un adversaire, de la capacité de M. de Gasparin, nen agit point ainsi; c'est, qu'il fait comme le maître : qui, vo-. lontairement, se fait battre par un écolier. Mais, la galerie ne prendra point le change.

«- « Je ne peux, au reste, continue 91. de Gasparin^ entrer ici dans avenue diioiMsion. Mon pregramne, beaucoup ttoies safant qm le ràivo, ne renCememit guère que deux «rtideB :

, « Respect de tous les droits ; « Garantie de toutes les libertés. »

— Bespect de tous les droits, sous quelle sanction s'il vous plaît ? Sous celle de Tanthropomorphisnie ; ou sous cale du matérialisme ?

Garantie de toutes les libertés. &ias doute, œUe des religions; garantie, qui estranémlimeiiientée tswlrn les re-

ligious ; sans doute^ celle da commerce, aa seia des natio-nalités ; nec plus ultra de rexploitation des masses ; sans doute, cellederinsurrectioa, sourcede mort sociale; etc., etc. Vous Toyez bien : qae, ce faux socialisme, de M. de Gaspa* rin, n'est mis en avant : que, pour venir en aide, an socialisme rationnel.

— « En y joignant, continue M. de Gaspario (ce qui ne dépend pu des législateurs), les sentiments de charité que crée TËTangile, je fonderais la vie sociale sur ses vraies conditions providentielles. Tout le monde s^en trouverait bien, et les pauvres plus que les autres. »

— Ici, la plaisanterie doit cesser; et, je suis certain : qne, la bonté de M. de Gasparin me pardonnera ce mode de dis* cnssion. Car, il en découvrira facilement le motif. Quand, M. de Gasparin aura lu mon introduction ; il verra : qae, les sentiments de charité, c'est-à-dire d'amour de l'hunianité, ne peuvent désormais se baser : que, sur la sanction religieuse, scientifiquement démontrée à tous et à chacun.

— « Veuillez croire , Monsieur, continue M. de Gasparin en termi— nant, à toute ma gratitude, ainsi qu'aux sentiments d^estime et de coofidération bien réelle que m*inspire la lecture de votre remarquable tra" .vail.

« À. DE Gaspaeih. »

— Je ne puis que remercier M. de Gasparin de Thonnear qttll a bien voulu me faire; et, je le prie, en grâce, de vouloir bien continuer à m'adresser : ses observations.

La lettre suivante est en opposition complète avec celle de M. de Gasparin.

« Mon CHsa Monsibub Colins,

« J'ai lu vos deux premiers volumes intitulés : Qu'e$t-<e que la scienCÊ sociale? J*ai lu, en outre, les deux volumes suivants, dont vous aveibifii vonln me communiquer les épreuves.

« Pour moi, il résulte de cette lecture :

8CIBNGB SOClÀLB. 489

« 1** Qae le paupérisme est devenu incompatible avec Texistence d*ui| ordre plus qu'éphémère ; -

« 2T Qoe le paupérisme peut seulement être anéanti par l'entrée du sol à la propriété collective.

« A ▼eus bien affectueusement.

<f PliatK VlHÇAED.

• Paris, 28 avrU i854. »

— L'approbation, de mon ami Pierre Yinçard, est pour moi du pins grand prix. Fils de sa propre volonté, il s'est fait lui-même ce qu'il est. Depuis dix-sept années, et alors qu'il était encore enfant, il est resté sur la brèche pour montrer la nécessité : d*anéantii^ le paupérisme.

Luttant contre la misère, dont il pouvait parler, puisqu'il

la subissait; il a supporté, seul, le poids d'une nombreuse

famille; n'a jamais désespéré du salut du prolétariat; et, n'a

X>oint oublié son origine. Ses écrits n'ont eu qu'un unique

but : indiquer les souffirances, généralement peu connues,

des travailleurs manuels ; et, appeler sur elles, Tattention

des hommes intelligents. Ses Études sur les ouvriers de

Paris j V Enquête industrielle qu'il a entreprise dans le Bien"

être universel en sont une preuve. Tous les articles qu'il a

publiés, depuis la Ruche populaire, journal des ouvriers

que son oncle M. Vinçard aine avait fondé en 1 839 ; jusqu'à

ses derniers articles, publiés dans la Presse; ont le cachet

d'un homme, qui connaît les classes laborieuses : parce qu'il

a vécu de leur vie ; et, qu'il n'a cessé de partager : leurs dou*

leurs.

Représentant intellectuel du prolétariat français, il s'est uni au prolétariat anglais, pour tendre vers la société nott* velle : non par la force des révolutions; mais, par le développement des inteUigences.

J'arrive, à une dernière lettre; à celle, qui m'a causé le plus de plaisir ; elle est de notre poëte national, dit -on; et, qui mérite, mieux encore, le titre de poëte humanitaire; lequel réunit, au plus haut point, des qualités si rares, même

490 sciraicc sogule.

séparées^ le jugement, l'tmagmtfHcm, le^ésialéfeflsmiient et la probité. Voici, cette lettre :

(f Monsieur ,

■ II faut avoir soixante-quatorze aas, d'assez mauvais yeux et an sur* croît d^affaires, quand on ne demande plus que le repos, pour ne pas rougir en Tenant, après six mois , vous remercier de l'honneur que Touf aifOE bien voulu me faire de me gratifier d'un exemplaire de Totre Sct^arr sociale,

« J'avais voulu d*abord, Monsieur, me borner à la lecture des diapitrès que tous aviez eu la bonté de m'^ndiquer; mais je fus entraîné à tout lire et même A rêlrre : de là le lonç temps que j*ai rais à tous Tenir offrir mes remerciments.

a Et pourtant , Monsieur, il faut que je tous TaTOue, je me suis perdu dans la métaphysique que j'ai rencontrée en tant d'endroits de tos deux Tolumes. Tout ami que je suis des la Mennais, des Cousin et de tant d^auires, la métaphysique est mon cauchemar. €'est bien mal, n'est-ce pas? Que Toulez-Tous? ma pauvre nature est chose iacomplète. Je n'ai donc pas parfaitement compris toutes les conséquences que vous tirez de certains principes, et toutefois ces principes m.e charment souTent. Et puis. Monsieur, je crains que vos conclusions politiques, ou celles qu'on pourrait tirer de Totre œuTre, ne soient complètement opposées à celles dont je me suis fait le très-bumble serviteur. U faudrait plus de vcienee de dédiietion que je n'en ai pour combattre vos idées. Je suis sur même que TOUS triompheriez sans peine de mes attaques. Je juge de votre polémique par la manière supérieure dont vous rétorquez vos adversaires.

« Hais j'en Tiens à ce qui m'a le plus toaché dans Totre livre : c*est TMu, lionsiear, qui apparaissez presque à chaque page et y faites prendre de TOUS ridée la plus élevée et la plus capable d'inspirer une estime sans bornes pour votre humanité. J'avais entendu dire un grand bien de tous. Monsieur: mais Totre ouvrage a accru en moi cette opinion. Il m*a aussi révélé votre supériorité d'intelligence et de connaissances.

« 11 est beau de se montrer ainsi dans un livre , sans penser même à y laisser trace de soi : car c'est le bonheur de l'humanité qui vous préoccupe avant toute chose.

« Permettez-moi donc, Monsieur, en m'abstetmnt de me prononcer 5W un livre trop au-dessus de ma force d'entendement, de m'en tenir i tous e]q»ivner ae qu'il m'a fait sentir d'estime pour son auteur, et recevex avec mes remerciments. Monsieur, l'assurance de ma considération la plus distinguée. »

■ Votre très-dévoué serviteur , « BsBAHOn.

« iO décembre d8S5. »

La Presse et le Siècle ont bien voulu, à ma demande, donner de la publicité à ce témoignage d'estime, dont je suis fier. A cette lettre, si honorable pour moi, je m'empressai de faire la réponse suivante :

« MoifSIKUR,

« J*ai soixante-dix ans, et j*ai été beureui comme un enfant en recc- Tant Totre lettre. Permettez-moi d'épancher ce bonheur en yoim écrivant : à non ige, les émotions concentrées sont dangereuses.

« J'ai été heureux de voir: que, pour vous, la métaphysique est un cauchemar. Yis-à-vis de tout homme raisonnable^ la métaphysique , considérée comme plus qu'une hypothèse, ne peut être , avant démonstration ratûmneUemeni incontestahle : qu^une folie^ à nulle autre pareille, ft, en parlant de métaphysique, de plus que physique, je me suis CÎ^ primé autrement dans mon livre, j^ai eu tort; et, je Toua en demande pardon, ainsi qu'à mes lecteurs. J'ai cru me borner à démontrer : que, les existences métaphysiques, autres que physiques, étaient nécessaires à Texistence de l'ordre, vie sociale; et que, lorsqu'il n*était plus possible de faire accepter socialemeut ces existences : par la foi ; il devenait absolument nécessaire de les faire accepter : par la scibnce. â la yérité , j*ai promis, sur rhoniieur, d'établir scientifiquement ces existences ; mais, jusqu^à ce que je me f^ois acquitté^ cela ne peut être considéré : que, comme une promesse. « Vous avez parf&itement raison, Monsieur, mes conclusions politiques sont complètement opposées ; à celles, dont vous vous êtes fait, comme vous le dites, le très-humble serviteur. £t, cependant , vous aviez également raison : de conclure, comme vous le faisiez. Le monde entier tous avait dit : qu^il n'y a de sanction religieuse possible : que. basée sur un despotisme^ se faisant accepter comme vérité, au moyen de sophismes. Et, le premier des poètes, aussi grand raisonneur que poëte^ a osé dire : Périsse ce qui n'a de base : que, U Tiolencc et ia*ruse ! Mais, du moment cfue vos prémisses «e trouveront erronées ; vous abandonnerez vos conclusions : car, TOUS ne pouvez être fidèle qu'à la raison ; et, c'est d'elle ^eule que vous TOUS glorifierez toujours : d'être, le très-humble serviteur.

<K Ce qui surtout. Monsieur, m'a rendu bien heureux ; c'est, le témoignage de votre estime. Je fais peu de cas, de gloire et de richesse; quoique, très-pauvre de l'une et de l'autre. Mnis, l'estime d'un homme comme vous^ est le plus grand bonheur : qu*un honnête homme puisse éprouver. a Je suis très-respectueusement, etc. Colins.

« Saint-Mandé, décembre S5. ^)

a P. S. — Rendes à César ce qui appartient à César, Tout mou tra- Tail, dont les deux volumes que vous avez bien voulu accepter» ne sont qu*uiie partie des prolégomènes ; u^est, que l'exposition scienliQque de ce que vous avez établi : dogmatiquement, prophétiquement, figurément, poé^ tiquement : dans vos quatre âges historiques. Pardonnez au pillard ! »

II me reste à dire, maintenant :

a Pourquoi, mes ouvrages resteront, socialement, tout à fait « inutiles : jusqu'à ce que l'anarchie , conséquence nécessaire c( de l'ignorance sociale sur la réalité du droit, mise ea préa sance de l'incompressibilité de l'eiamen , ait rendu néces- « saire, absolument nécessaire : l'acceptation et l'application a delà science sociale, rendue rationnellement incontestable , « vis-à-vis de tous et de chacun. »

A cet égard , qu'il me soit permis d'abord , de me placer sous la protection d'un économiste qui se croyait , et que les siens croient encore , le plus anti socialiste de leur école ; lequel, sans le savoir et à l'insu des siens , était, néanmoins^ plus socialiste : que , tous les socialistes qui le combattaient. C'est, de F. Basliat que je veux parler. Frédéric Bastiat avait reconnu : que la liberté des échanges doit exister, nécessairement : dî», que, le travail est libre. Seulement, n'ayant pu reconnaître : que, la force domine nécessairement : tant^ que l'ignorance sociale sur la réalité du droit n'est point anéantie ; il s'était imaginé : que, la liberlé du travail devait dériver : de la liberté des échanges ; au lieu :> que, la liberté des échanges ne peut dériver : que, de la liberlé du travail. Dans mille «adroils de ses ouvrages, F. Bastiat dit formellement : que, l'organisation actuelle de la société, est aussi opposée à la liberté du travail, que la force Test au droit (i). Ses intentions étaient bonnes y paix à sa cendre !

(1) « Pendant que le peuple français a devancé tous les antres dans (1 la conquête de ses droits, ou plutôt de ses garanties politiques, U n*ea •( est pas moins resté le plus gouverné, dirigé, administré, imposé, en* « travc et exploité de tous les peuples.»

Bastiat, La loi, p. 68.

— Il est évident : que, si le peuple français est le plus exploité de tous les peuples ; il est le peuple où le travail s'y trouve le moins libre.

— « le ne décide pas, se fait dire F. Bastiat, par an de ses interlocuteiin ; je ne décide pas si tous Yojei sous leur Traî jour les fonctions du numéraire et l'économie politique en général; mais de votre conversation il me reste ceci : c'est que ces questions sont de la plus haute impor« tance, car la paix ou la guerre , l'ordre ou l'anarcbie , Tunion ou l'antagonisme dee citoyens sont au bout de la solution. Comment se fait-il qu'en France on sacbe si peu une science qui nous touche de si près, et dont la dififusion aurait une influence si décisive sur le sort de l'humanité? Serait-ce qne I'Ëtat ne la fait pas assbz enseigner? »

— Et F. Bastiat répond :

— « Pas pBÊcisivsNT. i»

— Ainsi, rÉlat fait enseigner Téconomie politique, autant que le désire F- Bastiat. Alors, c'est que l'économie politique, fût-elle même bonne, n'est pas suffisante pour détruire les préjugés de l'organisation sociale actuelle. Voilà déjà F. Bastiat, en opposition avec cette organisation; car, les préjugés dépendent toujours : d'une organisation sociale incapable d'enseigner la vérité.

— a Gela tient, continue Bastiat, à ce que, sans k savoif (1), il (l'Eut ou l'organisation établie par les forte, tant que la force peut et doit dominer) s'applique avec un soin infini à saturer tons les cerfeaui de préjugés, et tous les cœurs des sentimente favorables à l'esprit d'anarcbie, de guerre et de baine. En sorte que lorsqu'une doctrine d'ordre, de paix et d'union se présente, elle a beau avoir pour elle la clarté et la vérité, elle trouve la place prise (2) . »

(1) Ce qui constitue son ignorance.

(2) Descartes avait dit, il y a déjà longtemps :

— « Je vois que les bonnes raisons, ont fort peu de force , pour per-

« suader la vérité. »

— Cela paraît un paradoxe. Mais, en époque d'ignorance, il est beaucoup plus facile : de faire accepter l'absurde ; que, de faire accepter la vérité. Et, c'est facile à comprendre : l'absurde ne blesse que la raison ; et, la Yérité blesse les passions. Cr, pour l'ignorance, les passions sont tout; et, la raison n'est rien.

La pensée de Descartes a été rajeunie par Bastiat. Je me servirai, par préférence, de la formule de Bastiat : parce qu'ea ses quaUlés, de moderne «t d'économiste, il a plus d'autorité : sur les modernes ; et, sur les éco- Aomistes.

494 SCIENCE SOCIALI.

— Voilà Bastial, disant formellenieirt : que, ^ même la dockine, que f expose, est la dotime d'ordre , ayant pour elle la clarté et la vérité; cette exposition sera complètement inutile; tant, que la nécessité sociale, c'est-à-dire l'anarchie, n'aura point forcé : la société à l'accepter.

Je vais mettre la science sociale, rendue rationiidleBieaC îbcontesteble, en rapport avec qoeiqnes peints relatif» à Tor&te social ; et, nous verrons : que, soui tous les rapports, la science sociale doit être repoussée : jusqu'à ce que la nécessité sociale, dérivant de l'anarchie, vienne rintronisen

Je vais examiner ces] rapports dans un ordre alphabétique; je ne laisserai, en dehors, que les rapports relatife : au dmit et à la loi; aux nationalités; à récx)nomie politique; à la philosophie ; à la religion ; à la morale; et, à l'organisation sociale : rapports que j'examinerai en dernier lieu.

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