‹ Science sociale (volume 5)Chapitre 47 sur 70 · GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT

La science sociale, rendue rationnellement incontestaUe» visà-yis de tous et de chacun, établit :

Que, le gouYemement est à la société ; ce, que le cocher est à une Toiture de maître ;

Que, le mattre est le souverain ;

Qu'il y a trois espèces de souverain : la force masquée de sophismes considérés comme raisons réelles ; la force brutale ; et , la raison réelle , rendue rationnellement incontestable, visà-vis de tous et de chacun ;

Que, la force masquée de sophismes, considérés comme raisons réelles, est la seule souveraineté possible : tant, que TexameD est compressible ; tant, que tout bûcher d'inquisition n'est pas anéanti;

Que, lorsque l'examen est devenu incompressible; et, avant que la raison puisse être démontrée comme réelle, vis-à-vis de tous et de chacun ; la souveraineté, de la force brutale, devient seule possible ;

Que, la souveraineté de la raison réelle reste seule possible : lorsque , la nécessité de cette souveraineté se fait sentir, sous peine de mort sociale ; et , que sa réalité peut être incontestablement démontrée : vis-à-vis de tous et de chacun;

Que, chaque espèce de souveraineté a son espèce de gouvernement ;

Que, sous la première espèce de souveraineté , celle de droit divin , le souverain est le bon Dieu, représenté par un pape ;

Qu'alors, le pape est son propre cocher : s'il n'a qu'une voiture ;

Que, s'il en a plusieurs, il les fait conduire par autant de co« chers, nommés rois, pachas, etc., etc.;

Que, si un cocher n'obéit pas à son mattre, celui-ci le fait fouetter ; et, s'il ne s'amende, le met au rang des palefreniers;

Que, lorsque le mattre ne peut plus fouetter les cochers, ceuxci , faute de direction unitaire, courent, comme des fous, dans l'arène ; et, brisent toutes les voitures ;

Qu'alors, arrive, nécessairement, la seconde espèce de souveraineté : celle, de la force brutale, relative : à l'incompressi- V. 34

530 5CIMGK SOCIALE.

biiité de rexamen ; et^ à Tignorance sociale sur la réalité de la raison ;

Que, sous cette seconde espèce de souveraineté, il y a emore plus de cochers renversés, de voilures brisées, et de côtes enfoncées ou de cous cassés pour ceui qui s'y trouvent ; qu'il n'y en avait : sous, la souveraineté de droit divin ;

Que, par ignorance, ou par négation de la troisième espèce de souveraineté ; et, par impossibilité de rester longtemps sous la seconde, tous, même ceux qui l'estiment le moins, font effort : pour se replacer sous la première souveraineté ; ce qui est impossible, à cause : de l'incompressibilité de l'examen ;

Qu'une égale impossibilité de rester longtemps sous la souveraineté de la force brutale, source inévitable d'anarchie, oblige les sociétés à passer successivement : de l'anarchie au despotisme; et , du despotisme à l'anarchie; par des oscilla* tions , dont les intervalles diminuent et les atrocités augmentent : jusqu'à ce que, sous peine de mort humanitaire : les sociétés éprouvent la nécessité, l'absolue nécessité, de la troisième espèce de souveraineté, celle de la raison réelle; qu'elles la cherchent, la trouvent, l'acceptent et Tintronisent.

Alors, la société est une seule et même voilure ; le gouvernement est im seul et même cocher, sous la souveraineté de la raison ; et , il n'y a plus : ni côtes enfoncés, ni cous cassés, ni voitures brisées.

Alors, le gouvernement où l'État, expressions de même valeur, donne aux individus : de la richesse, du travail , du crédit, de l'éducation, de l'instruction, de la religion, de la moralité; parce qu'il agit : non plus, au nom de la force; mais, au nom de la raison souveraine; parce qu'il possède le sol et les capitaux acquis par les générations passées; et, qu'il peut conférer ces avantages, sans faire l'ombre d'un tort, aux individus de la génération existante; mais, au contraire, en faisant le bonheur de tous et de chacun.

Qu'alors, par conséquent , le gouvernement, le meilleur des gouvernements, le seul bon gouvernement , est aussi cher que possible, au maximum possible : de la richesse sociale.

Enfin, que sans gouvernement, toute société est absolument imiK)ssil)le.

8C1EMGB SOCIALE. 531

La société actuelle, au contraire, proclame :

Qu'elle ne sait même pas : quelle valeur^ a ou doit âToir, le mot gouvernement.

En effet : par gouvernement, une grande partie de la société actuelle » comprend exclusivement l'ensemble du pouvoir exécutif, abstraction faite des lois; et J. B, Say, le premier des économistesy dit :

«^ « Je donne le nom de oocfmiBMEHT a en bnsbiblb d'autoutb (quelles que soient les fonctions que les différentes constitutions politiqiMs leur attribuent) dont les décisions doivent être obéiis. »

— Ce qui renferme : la législation, tant religieuse que civile ; et aussi l'exécution de cette législation.

Quant, à différencier les espèces de gouvernement : non^seulement selon les espèces de souverainetés ; mais encore en bons et mauvais, selon chaque espèce ; la société actuelle ne se doute même pas : que, cette différenciation soit nécessaire.

En effet : toutes les fois que la société actudle parle de gouvernement; c'est toujours : comme ^ étant un par essence; quelle que soit la forme sociale, à laquelle il appartienne.

«- cr En général, dit la société actuelle par la bouche de Voltaire^ Tart du gouTernement consiste à prendre le plus d'argent qu'on peut à une grande partie des citoyens pour le donner à une antre partie. »

— Et ailleurs :

— « Il est trcs-vraisemblable que Tathéisme a été la philosophie de tous les hommes puissants qui ont passé leur ifie dans le cercle de crimes que les imbéciles appellent politiqub^ coup d*ëtat, art db gou-

— Et, par la bouche de la Mennais, elle dit encore :

— « GouTeroer aujourd'hui, c*est calculer en se levant le matin ce qu'il fandra dMntrîgne et de violence, et de ruses et de fourberies, et de crimes souvent pour atteindre le %oir. »

532 SCIENGB SOCIALE*

— Il eût mieux valu : dire, oommeot il est possiUe de gouverner : sans intrigue» sans violence > sans ruses, sans fourberies et sans crimes.

Et; par la bouche de M. Proudbon :

— - tt L'expérience montre, en effet, que piATOtTT n touioums le gouvernement, quelque populaire qu'il eût été à son origine, s'est rangé du côté de la classe la plus éclairée et la plus riche contre la plus pnnTre et la plus nombreus3 ; qu'après s'être montré quelque temps libéral , il est de?ena peu à peu exceptionnel, exclusif; enfin, qu'au lien de soutenir h liberté et l'égalité entre tous^ il a travaillé absolument à les détroire, es vertu de son inclination naturelle au privilège. »

•^ 11 aurait mieux valu remarquer : que, sous les deux pre* mières espèces de souveraineté , les bons gouvernements agissent ainsi ; et, que c'est, pour eux, le seul moyen de conserver la vie à rhumanité. Alors , il eût été facUe d'observer : que, c'est seulement sous la troisième espèce de souveraineté : que, le gouvernement peut établir : la liberté et l'égalité entre tous.

Et par la bouche d'une autorité illustre :

— a Tout gouvernement condamné à périr, périt par les moyens mêmes qu'il emploie pour se sauver. »

Louta-NiroiiGH BoniriaTE.

-— Et, c'est parfaitement vrai ; pour la première espèce de gouvernement : dès^ que l'examen devient incompressible; pour la seconde espèce de gouvernement : dès, que la troisième espèce de gouvernement devient : nécessité sociale.

La même pensée est exprimée, par deHaistre, de la manière suivante :

— a Tont gonvemement, dit-il, est absolu, et du moment qu'on pent

lui résister ki s prétexte d'erreur ou d'injustice, il r'bxisti plus, a

^ C'est vrai ; et, voilà pourquoi, le gouvernement des majorités, n'est pas un gouvernement ; mais, une anarchie.

La même pensée est encore exprimée, par de Maistre, quand il dit :

8GIBNCK SOCIALE. 533

— «I Dans tons le* pays et dans tous les gouvernemenis imaginables, la direction des aflaires appartient à la science, »

— En effet : sous la 'première espèce de souveraineté, la direction des affaires appartient : à une prétendue science ; mais, socialement acceptée comme réelle; sous la troisième espèce de souveraineté, la direction des affaires appartient: à la science réelle, rendue rationnellement incontestable vis-à-vis de tous et de chacun ; sous la seconde espèce de souver£neté, il n'y a pas de science sociale, ni illusoire, ni réelle ; il n'y a que des opinions ; et, la direction des affaires appartient : aux opinions, à la force brutale, à l'anarchie.

Enfin ^ par la bouche de M. de Girardin , la société actuelle proclame : qu'il n'y a qu'une espèce de gouvernement , en disant:

— « La forme du gontemement change, le fond ne change pas : sons des noms différents , c'est tonjonrs l'arbitraire ^i règne et l'ignonnce qui goafeme. »

— Et , il n'en peut être autrement : tant , que la troisième espèce de souveraineté n'est point intronisée.

Nous avons vu : que , la ^Isième espèce de gouvernement doit donner à tous : richesse, travail , crédit, éducation , instruction, religion, moralité, etc.

La société actuelle, au contraire, par la bouche de Bastiat, et en parlant du gouvernement, lui fait dire :

— « Ne me demandes pas de ?ons donner de la richesse , du tra?ail, du crédit, de l'instmction, de la religion , de la moralité ; n'oublies pas qne le mobile en ?ertn duquel tous tous dé?eloppes est en tous , que quant i moi Je n'agis jamais que par ViiUermidiaire ds la voia ; que je n*ai rien, absolument rien, que je ne tienne de tous ; et que par conséquent je ne puis conserrer le plus petit aTantage aui uns qn^aox dépens des autres. »

— Cest absolument l'opposé : de ce, que la science sociale enseigne.

Quant, aux dépenses gouvernementales ; la société actuelle

53 i SCIBNGB ftOCTALK.

proclame : que , le meilleur des gou vernemenis est celui qui dépense le moins possible.

Il est évident , néanmoins : que, si chacun dépense pour soi et selon ses moyens; le gouvernement de troisième espèce dépense pour tous ; et , aussi selon ses moyens. Dès lors , plus le gouvernement est riche ; plus il dépense pour TOUS ; et , plus TOUS so?rr riches. Et, plus le gouvernement est pauvre ; moins il dépense pour tous; et, plus, sgoalement, tous soirr malheureux. DonC; le gouvernement qui dépense le plus , est le meilleur des gouvernements : quand il dépense pour Tors: ce qui est le cas, pour le gouvernement de la troisième espèce.

Quant, à l'absolue nécessité d'un gouvernement quelconque; pour, que la société puisse exister ; voici , ce que dit la société actuelle^ par la bouche de M. Proudhon ; et, pour la partie prétendue socialiste :

— « En proclamant la liberté dei opinions, Tégalité devant la loi, U 8oa?eraineté du peuple , la tubordination du pouvoir au pays, la révo)»* tion a fait de la socibtè et du gouvbimbhbht deux choses ioeompatiblee. •

— Ce qui implique : que, tout gouvernement doit être anéanti. La conclusion^ au contraire, aurait dû être : qu'avec ces conditions, toute société, plus qu'éphémère, est impossible : et, par conséquent, tout gouvernement.

fin effet : la liberté des opinions n'est que l'ignorance anarchique ; l'égalité devant la loi , quand la loi ne peut être que l'expression de la force , c'est l'esclavage des masses : ce qu'il y a de plus anarchique, en présence de l'examen ; la souveraineté du peuple, c'est la souveraineté de la force brutale : ce qui est également anarchique; et, la subordination du pouvoir au pays, c'est Tanarcliie : au maximxun possible.

La société actuelle, par la bouche des économistes , ou plutôt par celle de leur prince , J. B. Say, est plus opposée encore : à la nécessité d'un gouvernement quelconque.

— « Les lois et rADiiiNiSTBATiON, dit J. B. Say, ne peuvent être considérées que comme les rbhédbs que nos haladibs rendent NÉCESBAïass, et dont il faut savoir se passbr lf plus qv>*\l kst possiblr. LA SOCïftTft SUBSISTERAIT SANS EUX. n

SCIKNCE SOCIALE. 535

— Ainsi, la société pourrait subsister : sans gouyemement ; r*est-k-dire : sans lois, sans administration; et^ sans religion. Certes, si le raisonnement est une maladie, nul doute : que, ce ne soit celte maladie qui nécessite : religion, loiSj administror tion / c'est-à-dire : gouvernement. Est-ce un pareil état de so* ciété, qui se trouve ambitionné, par le prince des économistes?

•* c il est permis, dit encore J. B. Saj, d'élever la question de styoïr si um sociiri mur bxistbm sans Aucim oouvnumsirr. »

— Nul doute : que, cela ne soit permis ; surtout, à Charenton.

— • « Lie bonheur de l'espèce humaine serait cruellement compromis, dit encore J.-B. Say, sî au lieu de reposer snr l'intelligence et le tra?ail des administrés, il dépendait des gouvernements. »

— Alors, pourvu que les administrés sachent : que, les lois, la religion et Tadministration sont inutiles; le bonheur de l'espèce humaine est assuré : quelque mauvais que puissent être les gouvernements. Et, ailleurs, toujours en parlant du gouvernement, J. B. Say dit encore :

— « Quant à ses anorFAiTs, on ne peut les vanter sans niaisbeib. QueU Henfaits peut répandre l'adminislratiorij si ce n'est aux dépens des administrés? »

«— Il est évident : que , la société actuelle prétend pouvoir vivre sans gouvernement.

Vouloir y par le seul raisonnement; et, avant que Fanarchie ne l'y ait forcée sous peine de mort : convaincre une pareille société, des vérités démontrées par la science sociale; c'est, pr^ tendre , par le seul raisonnement , amener : les Hahométans k traîner, aux gémonies, les o^idres de Mahomet; ou, les Indous à cracher sur la vacha Pascal , par son propre raisonnement , était parvenu à se convaincre : que, pour croire à l'anthropo* morphisme, ainsi qu'aux dogmes chrétiens ; il fallait oommen* cet par s'ahéUr. Et, cependant, il est mort sous le dlice. C'est, qu'à un millionième d'eiceptious près, le raisonnement , pour combattre les préjugée, n'a de valeur : que, par la nécessité.

aB6 ftClRNCE SOCIALE.

Conoevez^vous , maintenant : pourquoi, la science sociale, quoique rendue rationnellement incontestable, vi&-à-Tls de tous et de chacun, doit ôtre, pour l'actualité, complétonent inutile? C'est, que pour bien voir , il faut une vue non cataractée; et, que pour raisonner juste, il faut un cerveau, non paralysé : par les préjugés.

— • « Lorsqu'une doctrine d*ordre, de paix et d'union se présente, dit Bastiat, elle a beau aToir pour elle la clarté et la Térité, illb tiouts la

fUCK PEISB. »

Page 1