‹ Science sociale (volume 5)Chapitre 5 sur 70 · EST · texte numérisé non relu

EST

— • « Ma's, continue Condillac, recberrbons comment se font ces moa- Tementt , et nous nous ferons une idée exacte de ce que nous appelons instinct, »

— Allons! nous allons voir. H y a cet avantage, avec Condillac : qu'il aime mieux s'enferrer; que, de fuir.

— « Si nous ne Toulons voir et marcher que pour nous transporter d'un lieu à un autre, continue Condillac, il ne nous est pa* toujours nécessaire d'y réfléchir; nous ne Toyons et nous ne marchons souTeat que par habitude. »

SCIBNCE SOCIALE. iC7

— Tout l'échafaudage, de Condillac, repose ici : sur l'indétermioation de la valeur du mot habitude qui est pris : tantôt au propre; et, tantôt au figuré.

Hahiludcy pris au propre , signifie : une tendance organique résultant d'un raisonnement ; qui a si souvent soumis un organe à tel mouvement; que, dans les circonstances, où le mouvement est ordinairement commandé, l'organe le fait, même sans commandement. Le moi habitude j dans ce cas, est exclusif : aux êtres qui raisonnent. Aussi longtemps, qu'il n'est pas démontré : que, les bêtes ne raisonnent qu'en apparence ; on applique le mot habitude à celles qui paraissent raisonner. Ainsi, l'on dira d'un chat : qu'il a été hal)itué à faire ses ordures hors de l'appartement ; et, qu'il a perdu cette habitudej s'il vient à le salir. Mais, ici, le mot habitude est au moins conditionnellement au figuré. Car, il serait ridicule de dire * qu'un sauvageon a contracté, par la greffe, l'habitude de porter des pommes de reinette ; et, qu'il a perdu cette habitude, si qn laisse pousser un bourgeon au-dessous de la greffe, en laissant mourir la partie greffée.

— « Mais 81 nous Toulons démêler plot de choses dans les objets, continue Condillac, si nous touloni marcher avec plus de grâce, c*eht 4 la réflexion à nous instruire, et elle réglera nos facultés jusqu'à ce que nous nous soyons fait une habitude de cette nouvelle manière de voir et de marcher. Il ne lui restera alors d^exercice qu*autant que nous aurons à faire ce que nous n'aurons point encore fait,. . . n

— Remarquez : que , dans ce système , c'est avec réflexion, avec raisonnement, que l'enfant donne le premier coup de pied, dans le ventre de sa mère ; que

iQB SCIEMGE SOCULK*

c'est arec réflexion, avec raisonnement, qa'il tette la première fois, qu'il crie pour être bercé au bout de huit jours : s'il a été habitué à être b^reé ; et, qu'on cesse de le bercer, etc.^ etc.

— «... qu'autant, continué Condillac, que nous aurons de noufeaax besoins, ou que nous Toudrons employer de nouveaux moyens pour sattsfiire & cem que nous avons.

« Ainsi il y a en quelque sorte deux moi dans chaque homme :..* »

— L'expression moi a deux valeurs : une propre; et, une figurée. Pour, que le mot moi puisse avoir une valeur propre, une valeur non absurde ; il faut : que, l'âme soit éternelle, ce qui implique : que, les animaux sont des machines ; il faut : que, le matérialisme soit déclaré absurde; ce qui implique : que, les animaux sont des machines ; il faut : que, le mot Dieu^ dans le sens anthropomorphique, soit reconnu absurde ; parce qu'avec l'existence de Dieu, Thomme est nécessairement une machine. L'expression moi est figurée, quand on l'emploie pour signifier : le 7noi agissant d'un homme avant le verbe ; le moi agissant d'un homme soumis à une tendance organique ; le moi d'une bête ; le moi d'une plante, etc.

— « ...le moi d'habitude^ » continue Condillac,...

— Le m^i d'habitude est une sottise. Le moi, nommé d'habitude par Condillac , est : le moi organique ; le moi figuré.

— « .«• et, coBttniie GoodilUc, le moi de réflexion. »

SCIEMCX SOCIALE. i09

— Le moi de réflexion est une autre sottise. Après le moi figuré y il y a le moi réel C'est l'âme, après le Tcrbe. Avant ïe Terbe, l'âme n'èxisle pas dans le temps. Et, quand on parle du moi^ on parle de l'âme dans le temps,

— « (Test, continue Condilkc, le premier, qui touche^ qui Toil;«.. 9

— Il y a : toucher au propre ; et, toucher au figuré ; voir au propre ; et, voir au figuré. Au propre, le moi figuré ne touche ni ne voit ; pas plus qu'au propre, une main, un œil ne touche, ne voit. Ce qui touche et voit ; c'est : I'ame.

— <f ••• c^est lai, contintte GondilUc, qvi dirige tmitee Us IkcuUéi animales. » „

— Conunent trouvez- vous : des facultés, qui sont dirigées ? Et, comment trouvez-vous : ce moi^ qui dirige : sans réflexion, sans raisonnement ?

— « Son objet , continue Condillac , est de conduire le corps, de le garantir de tout accident et 9e teiller continuellement i sa conser- TalioD* 11

— Et, ce moi : conduit, garantit et veille sans raisonner. Comment trouver iez-vous, celui qui vous dirait : que, l'objet, d'un ressort de montre, est : de con« duire l'aiguille ; de la garantir de tout accident; et de veiller, continuellement, à sa conservation ?

— « Le secoôd , poursuit Condillac , lui abandonnant lotts ces détails/... »

iiO SCIENCE SOCIALE.

— En vérité, il a bien de la bonté !

.— «... se porte, continue GondilUc, à d'antres objets. U s'occupe dn soin d'ajonter à notre bonheur. »

— Ainsi, il y a du bonheur sans lui ? Condillac alors a dû être bien heureux. Et, cependant, avant de mourir il aurait voulu voir : tous ses ouvrages brûlés.

— « Sei succès multiplient ses désirs, continue Condillac ; ses nn^prises les renouTellenI avec plus de force; les obstacles sont autant d'aiguillons ; la curiosité les meut sans cesse; Tindustrie fait son caractère. »

— Comprenez-vous ce galimatias? Un moi réel ne peut être qu'une âme. Voyez-vous cette âme qui a toutes les passions, d'un méchant écolier ?

— « Celui-là, continue Condillac, est tenu en action par les objets dont les impressions reproduisent dans Tàme les idées, les besoins et les désirs, qui déterminent dnns le corps les mouvements correspondants, nécessaires à la conservation de l'animal. »

— Quel galimatias ! L'harmonie préétablie est diapkane : auprès d'un pareil gâchis ?

-^ « Celni-ci, continue Condillac, est excité par toutes les cboses qui, en nous donnant la curiosité, nous portent a multiplier nos besoins. )»

— Que nos lecteurs nous pardonnent ; si, nous les forçons à lire ces non-sens. Mais, qu'ils prennent courage -, après ce chapitre, nous abandonnerons ces dégoûtantes rapsodies.

— a Hais , continue Condillac, 'quoiqu'ils tendent cbàcun à un but

SCniICK SOCIALE. liJ

particulier , îli •fissent souvent ensemble. Lorsipi^un géomètre , par exemple, es^t fort occupé de la solution d*un problème , les objets contî- Doent encore d^agîr sur ses sens. Le moi d'habitude obéit donc à leurs impressioDs ; c*est lui qui traverse Paris, qui évite les ensbarras;... n

— Un moi d'habitude, privé de tout raisonnement, n*e8t autre qu'un cerveau . Or, le sentiment est exclusivement nécessaire au raisonnement; partout où le raisonnement n'existe pas, des attractions et des répulsions le remplacent de la manière la plus absolue. A quoi donc peut servir la sensibilité aux animaux? Condillac a prévu cette objection, ce qui prouve que chez lui la doctrine du matérialisme n'est point étalée par ignorance. Selon Condillac, c'est le raisonnement qui forme l'instinct. Condillac nous dira probablement : que, si la sensitive frémit quand on la touche ; c'est^ le raisonnement qui lui a procuré cette habitude ; qui lui a formé cet instinct.

^-> « ... tandis que le moi de réflexion, continue Condillac , est tout entier à la «olniion qu^il cherche.

« Or, retranchons d'un homme fait le moi de réflexion ; on conçoit qn*aYec le seul moi d'habitude , il ne saura plus se conduire, lorsqu^il éprouvera quelqu'un de ces besoins qui demandent de nouvelles vues, de nouvelles combinaisons. »

— Lorsque l'enfant vient au monde, comme il n'a pas encore respiré, vous concevez qu'il lui faut : de nouvelles vues, de nouvelles combinaisons ; pour satisfaire ce besoin. 11 en est de même pour l'étamine, la première fois qu'elle se penche sur le pistil ; c'est, par suite d'un raisonnement. Voilà donc le besoin de sensilHlité réduit aux premiers mouvements» Quand, pour se défendre, il ne reste que de pareils arguments ; c'est,

lis SCIENCE SOCIALE.

que le défenseur sent déjà, lui-même : que, sa cause est mauvaise. La raison a cédé ; et, la vanité seule regimbe.

— « Mais, continoe Gondillac, il se condaira encore parfaitement toutes les fois qu'il n*aura qu'à répéter ce qu'il est dans Tusage de faire. «

— Vous le voyez : le raisonnement, la sensibilité, sont inutiles : pour tout second mouvement; pour toute répétition d*un même mouvement.

— « Le moi d^habitode, continue Gondillac, snflit donc aux betoiiii qui sont absolument nécessaires à la conaenration de l'animal. »

— Encore une fois, vous le voyez : la sensibilité est inutile à la conservation de Tanimal.

— « Or, continue GondillaC| Tinstinct n'est que cette babltude privée de réflexion. »

— Écoutez! Condillac, maintenant va vous dire: d'où provient l'instinct ; d'où provient l'habitude, privée de réflexion,

— « A la vérité , continue Condillac , c'est en réfléchissant que les bêtes l'acquièrent;... »

— Dix-neuvième siècle ! voilà ce que le dix4iuitième a admiré. Mais, ne vous enorgueillissez pas. Vous admirez : des choses plus stupides encore, s'a est possible.

— « ... mau, cftiiiiîmie GoodiUac, eoèwie elles oat peu de bewiaai U

temps arrif e bientôt où elles ont iait tout ce que la réflexion a pu leor apprendte.»

— Une fois qu'une plante, qui vit dans l'eau, a réfléchi : que, si elle permettait à ses anthères, de répandre le pollen sous Teau, la fécondation ne pourrait avoir lieu ; alors, elle étend ses rameaux, ou plutôt le rameau qui est prêt pour la fécondation ; elle l'envoie à plusieurs mètres, s'il est nécessaire ; elle mesure l'espace ; elle féconde l'ovaire ; puis, retire ce rameau et le fait reposer sur son sein. Une fois qu'elle a contracté cette habitude, elle ne réfléchit plus, pour la fécondation des autres fleurs ; elle abandonne ce soin : à l'instinct .

— « n ne leur reste plus , continue Condillac , qu'à répéter tons les jours les mêmes choses ; elles doivent doue n'avoir eufia que des habitudes, être bornées à riustiact. «

— C'est vrai. Mais, il faut convenir : qu'une sensitive a besoin : de beaucoup plus de réflexion, qu'une éponge. .

— « La mesure de réflexion que nous avons au delà de nos habitudes, continue Condillac, est ce qui constitue notre raison. Les habitudes ne suffisent que lorsque les circonstances sont telles qu'on n'a qu*à répéter ce qu'on a appris. Mais s^il faut se conduire d'une manière nouvelle, la réflexion devieut nécessaire. .. »

— Vous voyez : que, la machine qui jouait aux échecs, avait besoin de réfléchir : toutes les fois que 8on adversaire, lui faisait une nouvelle niche.

— « ... comme elle l'a été, continue Condillac, dans l'origine des habitudes, lorsque tout ce que nous faisions était nouveau pour nous.

« Cm principes étant établis, il est aisé de voir pourquoi riostinct des bêles est quelquefois pluB sûr que notre raison et même que nos habitudes. »

114 SCISNCE SOCIALE.

— Vous ne ¥Ous douteriez pas pourquoi. Elles se trompent moins.... parce que, faisant tout par inteUi* gence, faisant leur instinct arec Tinldligenee ; elles oot moins d'inbelb'gence. Vous verrez bientôt : Tincomparable conclusion, tirée de ces magnifiques prémisses.

— « Ayant peu de besoins , continue CondilUc , elles ne contractent qu'un petit nombre d'habitudes ; faisant toujours les mêmes choses, elles les font mieux. »

— Vous vous imaginez peut-être : que, pour faire mieux, il faut faire autrement qu'on a fait, il n'en est rien. L'intelligence des bêtes fait toujours bien du premier coup.... parce qu'elles ont moins d'intelligence que nous. Du reste, n'allez pas croire : que cette conclusion soit celle dont nous venons de vous parler. Celle-ci n'en approche pas.

— « Leurs besoins, continue Condillac, ne demandent que des comnlé» rations qui ne sont pas bien élendues,... »

— Il y a déjà pas mal de considérations, quand il s'agit d'envoyer sa corolle se développer dans un autre monde ; et , une pareille plante n'est pas déjà si bête. Aussi, devrait-elle se tromper. Et, cependant elle ne se trompe pas»

— « ... qui , continue Condillac^ sont toujours les mêmes, et sur lesquelles elles ont une longue expérience, p

^— Pas d^jà si longue. Il y a beaoemip d'auBaux

qui ne vivent qu'un jour. Il est vrai qu'un ndnuphar

-vît plus longtemps. Mais, aussi le nénuphar n'est pas encore classé parmi les animaux. Dans tous les cas^ nous Tondrions savoir : sî^ l'expérience des pères, animaux pu plantes, profite aux enfants.

— « Dès qu'elles y ont réfléchi, continue Condillac, elles n*y réfléchissent plv. »

<^- Les bètes et les plantes sont bien plus heureuses que nous : elles n'ont aucune espèce de casse-tète.

— « Tout ce qu'elles doivent faire, continue Condillac, est déterminé, et elles se conduisent.

« Nous avons, au contraire , beaucoup de besoins, et il est nécessaiA que nous ayons égard à une foule de considérations qui varient suivant les circonstances. »

— Vous concevez : que, chez les animaux, rien ne varie.

— « De là , continue Condillac , il arrive : i^ qu'il nous faut un plus grand Bomibre d'habitudes ; ^ que ces habitudes ne peuvent être entretenues qu'aux dépens les unes des autres;... »

— Il paraît qu'il n'en est pas de mémo chez les animaux.

— d ... > que, rontinue Condillac» n'étant pas ea proportioAâffac la nriété des circonstances^ la raison doit venir au secoues ;.•• •

— Et, chez les bètea? quand il j a da neaf, ne faut-il pas aussi : que, la raison s'en notie ?

— « ... 4o que, continne CondaiaCy U nmn mu» liant iomé» fMr corriger nos habitudes,... »

116 SCIENCE fiOCULE.

— Il paraît : que, ce n'est pas pour cela, que la raison a été donnée aux bètes. Â-t-on bien réOéchi à tout ce qu'il y a d'absurde dans cette expression : donner la raison? C'est, s'il est possible, plus absurde qu'une création.

— «... les étendre, continue Gondillac^ les perfectionner,... »

— Perfectionner des habitudes est encore une bfen jolie chose I Toujours rapporter le physique au moral. Quelle source d'erreurs!

— - « ... et, continue Condillac, pour s'occuper non- seulement d^ choses qui ont rapport à nos besoins les plus pressants, mais souvent encore de celles auxquelles nous prenons les plus légers intérêts , elle a un objet fort vaste, et auquel la curiosité , ce besoin insatiable de connaissanceiy...»

— Curiosité est encore un mot : qui a un sens propre; et, un sens figuré. Au figuré, un rossignol est plus curieux : que, toutes les femmes ensemble; et, que tous les philosophes possibles. Au propre, la curiosité est très-facile à satisfaire : une fois qu'elle a touché la Térité, elle ne demande plus rien.

— « ... ne permet pas de mettre de bornes, continue Condillac.

« L'inslinct est df»nc plus en proportion avec les besoins des bêtes que a nison ne Test avec les nôtres;... »

• — Les bètes n'ont pas de besoins proprement dits; l'instinct n'est en rapport qu'avec des tendances; ou, plutôt, il est la manifestation de ces tendances. Quant à la raison, elle est complètement en proportion avec

nos besoins. Il n'existe pas un seul besoin réel ; que, la raison ne puisse satisfaire. Jusqu'à présent; Thumanité n*a pas même eu besoin de la vérité ; puisqu'elle a pu s'en passer. Heureusement, l'époque arrive : où, ce besoin deviendra une réalité ; et, où il faudra : que, ce j3e8oinsoit satisfait; ou, qu'elle périsse.

-» c ... et c'est pourquoi^ continue Condillac, il parait ordînairement si sûr. »

— La certitude et l'erreur sont exclusivement relatives : à la raison; à l'être capable de raisonner. Dire : qu'une pierre ne peut se tromper ; est un effroyable galimatias ; qui doit être sifflé : par, quiconque est capable de penser, avec clarté.

— » « Mais, conlinue Condillac, il ne fant pas se croire infaillible. Il ne saorail élre formé d'habitudes plus sftres que celles que nous avons de veir, d'entendre, etc., habitudes qui ne sont si exactes que parce que les circonstances qui les produisent sont en petit nombre ,... »

— Les circonstances qui produisent les sons et font vibrer la lumière sont si peu en petit nombre qu'elles sont infinies ; et que, dans toute une éternité, il n'y en a pas deux : qui soient absolupient identiques.

— «... toujours les mêmes, continue Condillac, et qu'elles se répèlent à tout instant. Cependant elles nous trompent... »

— Les sons et la lumière ne trompent jamais ; il n'y a que les mauvais raisonneurs : qui trompent} ou, qui se trompent. Il parait que Condillac a juré : d'entasser folies «ur folies.

118 SCIENCE SOCULK.

*- <t ... elles nous trompent quelquefois, continue Condillac. L'instinct trompe donc aussi les bêtes. Il est d'ailleurs infiniment inférieur à notre raiaoo» «

— Écoutez bien : vous allez en avoir une preuve, digne de Condillac.

— «Nous l'aurions et nous n'aurions que lui , continue Condillac , si notre réflexion était aussi bornée que celle des bêtes. Nous jugerions aussi sûrement si nous jugions aussi peu qu'elles. Nous ne tombons dans plus d'erreurs que parce que nous acquérons plus de connaissances. De toas lès êtres créss^ celui qui est le moins fait pour se tromper est celui qui a la plus petite portion d^intelligence.... »

— Belle conclusion; et, tout à fait digne de Fexorde. Elle renferme, vis-à-vis de la raison, le sens suivant : comme, au propre, il n'y arien de créé; comme, au figuré, il n'y a de créé que Tabsurde; comme, le Dieu anthropomorphe est Tabsurde par essence; comme ce Dieu est censé ne pouvoir se tromper; il s'ensuit : que, le Dieu anthropomorphe est infiniment peu intelligent ; et, que par conséquent, il est infiniment bête.

« Conclusion de la seconde partie, — « Il y a dans les bêtes ce degré d'intelligence que nous appelons

iUfTiHcr^ et dans l*bomme ce degré supérieur que nous appelons baisoh. v

— Tout Condillac, et tout le matérialisme de la science de Platon , de la prétendue science naturelle, se trouve dans cette eonclasion.

Mettons cette doctrine en parallèle avec celle pro*

SCIE2«tS SOGULfii 11 d

fessée par VEncyclùpédie nouvdle, publiée s^Qft la directien de MM. P. Leroux et J. Reynaud.

— « Les hommes, en s* observant eux-mêmes , ont distingué mie sorte <d*acCiYité à laquelle ils ont d«nné le nom d'activité morale, toloktaim» et dont ils ont fait Tapanage de la nature humaine.

« Toute la morale , et non-seulement toute la morale , mais toute la ftolice des États, toute la législation, biposknt bu» cinB distoigtioii ; eUe est le fondement de toute pénalité.

« Et voilà pourquoi ceux qui ont nié directement ou indirectement cette dislinction, soit en cherchant un motif fatal*'à toutes les délerminatioBs humaines, soit en $outenaiU la complète analogie des anmatix et de l'homme, ont toujours passé pour des corrupteurs de morale et des deUructeurs impies de toute sociabilité.

« Cette distinction entre Tactivité que j*appellerais volontiers naturelle, parce qu'elle nous est commune, non-sbulkmert avec les animaux, snais avec ut duriih grain de podssiâre, et Tactiviié particulière à rhomme est donc capitalb. Pour ceux qui Tadmeltent , il y a un monde moral, il j a une justice, il y a des vertus et des vices. Pour ceux qui ne Tadmetteut pas, tout cela nest que chimère, duperie, et je ne sais quelle illusion a formé et entretient la société. »

— Il est impossible de mieux reconnaître la nécessité absolue : de séparer, d'une manière générale, la sensibilité des aaimaux ; et, cela ne peut être : que, s'il est démontré : ^jue, les animaux sont privés

de sensibilité.

L'auteur de cet article, M. Pierre Leroux, continue

et dit :

— c Mais est-elle fondée^ cette discussion, et sur quoi repose- t-elle? »

— Ici, l'auteur entre dans une discussion où il est question de Dieu : c'est dire : que, nous la rejetons 'de la manière la plus absolue ; car, si le Dieu créa-

teur pouvait exister, la distinction absolue entre l'homme et les animaux serait absolument illusoire. Nous venons de citer V Encyclopédie nouvelle; nous ne dirons rien de l'ancienne, en tant que généralement conforme aux idées de Condillac. Mais, nous citerons une doctrine; qui, une fois Dieu admis, est certes moins déraisonnable : que, tout ce qui avait été donné jusqu'alors.

•— a V Amusement philosophique da P. Bougeant, jésuite, sur le langage des bêles, a eu trop de cours dans le monde pour ne pas mériter de trouver ici sa place, dit Tencyclopédislp. S*il n'est vrai, du moins il est ingénieux. Les bélcs ont-elles une àme, ou n'en ont- ellca point? Question épineuse et embarrassante ^ surtout pour un philosophe chrétien. Descartes, sur ce principe, qu'on peut expliquer toutes les actions des bêtes par les lois de la mécanique, a prétendu qu'elles n'étaient que de simples machines, de purs automates. Nutre raison semble se ré- Tolter contre un tel sentiment; il y a même quelque chose en nous qui se joint à elle pour bannir de la société l'opinion de Descaries. Ce n'est pas un simple préjugé, c'est une persuasion intime, un sentiment.., n

— Un sentiment, sur la vérité, qui ne dérive pas de la raison, est très-joli, chez un encyclopédiste, qui n'admet : ni, les idées; ni, moins encore, les systèmes innés.

— «... un sentiment, poursuit l'encyclopédiste, dont Toici l'origine. Il n'est pas possible que les hommes avec lesquels je vis soient autant d^aulomates ou de perroquets instruits. J'aperçois dans leur extérieur des tons et des mouvemeuts qui paraissent indiquer une dme; je yoîs régner un certain Gl d'idées qui suppose la raison ; je vois de la liaison dans les raisonnements qu'ils me font , plus ou moins d'esprit dans les ouvrages qu'ils composent. Sur ces apparences ainsi rassemblées, je prononce bar* dimeut qu'ds pensent en effet. »

— Voilà, les encyclopédistes qui reconnaissent:

goe, si l'homme n'a pas une âme^ il ne fait que penser illusoirement; et, non en effet; en réalité.

— «Peut-être, continue Tencyclopédiste, que Dieu pourrait produire un antomate en tout semblable au corps huinaio, lequel , par les seules lois da mécanisme,... »

-^ Ce n'est pas les seules lois du mécanisme qu'il fallait dire ; mais, les seules lois de la vie. Dans tous les cas, voilà la possibilité de l'automatisme reconnue. Et, pour quiconque raisonne, les hypothèses d'anthropomorphisme ou de matérialisme, rendent l'homme un automate ; un être qui ne pense, ni n'agit : par lui-même.

— < ... parlerait, continue Tencyclopédiste , ferait des discours suivis, écrirait des livres très-bien raisounés. 9

— Alors, l'automate singe est bien moins étonnant.

— « Mais ce qui me rassure contre tonte erreur, continue Tencyclopédiite, c'est la Téracité de Dieu. 1»

— Voilà, toujours la caution de ceux auxquels la raison refuse son appui.

— cil me suffit, continue Tencyclopédiste, de trouver dans mon dme le principe unique qui réunit et qui eipUque tous les pbénomèues qui me frappent dans mes semblables pour me croire bien fondé à soutenir qa'ib sont hommes comme moi. »

— Soit! Mais, cela prouve-t-il : que, vous et vos frères, les hommes, ayez des âmes ?

iif 8CIBKGB SOCIALE.

— a Or, c<mtmiie Teiicjcbpédiite, les bêtes sont» par rapport à aai, dans le même cas. i»

— C'est fort. Mais, admettons-le. Cela prouverat-ii : que, les bêtes et vous, ayez une âme ?

— « Je vois, continue Tcncyclopédisfe, un chien accourir.

« Il y a toute apparence que Descartes, ce génie si supérieur, n'a adopté un système si peu conforme à nos idées que comme un jeu d*esprii ,... «

— Ceci est une mauvaise plaisanterie.

— « ... et, conlinne l'encyclopédiste , dans la seule vue de contredire les péripatéticiens, dont, en effet, le sentiment sur la connaissance des Lêtes n*est pas soutcnable. Il vaudrait encore mieux s'en tenir aux macbines de Descartes si l'on n'avait à leur supposer que la forme substantielle des péripatéticiens qui n'est ni esprit ni matière. »

— Voilà, les encyclopédistes qui reconnaissent : que, l'automatisme est moins absurde que, le péripatétisme qui a régné deux mille ans. Et qu'ont-îls mis à la place du péripatétisme ?

— «Celte substance mitoyenne, continue l'encyclopédiste, est une chimère y un être de raison dont nous n'avons ni idée ni sentiment. »

— Voilà, encore, Tencyclopédiste qui, dans le règne de l'intelligence, distingue le senUment de Tidée. Cela vaut-il mieux que du péripatétisme ?

^— « Est-ce donc, continue l'encyclopédiste, que les bêtes auraient une (tme spirituelle comme l'homme? Mais, si cela est aingî^ leur âme sera done immortelle et libre ; elles seront capables de mériter et de démériter, dignes de récompense ou de châtiment; il l«ar faudra im paraéii o«

un enfer. Les bètes seront donc une espèce d*liomnies, ou \m hemmesnae espèce de bêtes, toutes conséquences insoutenables dans les principes de la religion. Voilà des diflicullés à étonner les esprits les plus hardis^ mais dont on trouve le dénoûment dans le système de notre jésuite. En eflet^ pottrt u q«e l'on se prèle & cette supposition, que Dieu a logé les démons dans le corps des bêles, on conçoit sans peine comment les bétes peuvent penser, connaître, sentir et avoir une âme spirituelle sans intéresser les dogmes de la religion. Cette supposition n*a rien d*absurde :...

— Sans anctin doute ; elle n'a rien d'absurde : qoe, ce point de départ : Dieu.

— r « ... elle coule même , continue Pencyclopédiste , des principes de la religion. Car enOn^ puisquil est prouvé , par plusieurs passages de rËcriture, que les démons ne souQirent poiut encore toutes les peines de Tenfer, et qu'ils n*y seront livrés quau jour du jugemeut dernier, quel ■eilleur usage la justice divine pouvait-elle faire de tant de légions d'esprits réprouvés que d*en faire servir une partie à animer des millions de bêles de toute espèce , lesquelles remplissent Tunivers et font admirer la sagesse et la toute puissance du créateur? Mais pourquoi les bêtes , dont Tame vraisemblablement est plus parfaite que la nôtre (1)? Ohl dît le P. Bougeant^ c'est que dans les bétes comme dans nous, les opérations de l*esprk sont assujetties aux organes matérieU (2^ de la machine à laquelle il est uni, et ces organes étant dans les bêtes plus grossiers et moins parfaits que dans nous, il s'ensuit que la connaissance , les pensées et toutes les opératious spirituelles des bétes doivent être aussi moins parfaites que les nôtres; une dégradation si honteuse pour ces esprits superbes, puisqu'elle les réduit à n'être que des bêtes, est pour eux un premier effet de la vengeance divine, qui n'attend que le dernier jour pour se déployer sur eux d'une manière bien plus terrible.

« Une autre raison qui prouve que les bétes ne sont que des démons méUnarphosés en-elles, ce sont les manx excessif auxquels la plupart d'eatre elles sont exposées, et qn' elles souffrent réellement. Que les cheiriux sont à plaindre! dison»>neas à la vue d'un^heval qu'un impitojabla charretier accable de coups. Qu'un chien qu'en dresse à la chasse est misérable ! Que le sort des bêtes qui vivent dans les bois est triste I Or si les bétes ne sont pas des démons, qu^on m^explique quel crime elles ont commb pour naître sujettes à des maux si cruels. Cet excès de maux est dans tout aatre 8|»tème un mystère incompoéhensible^ au lieu que dans le sen-

(f) Charmant I

(2) Des organes immaAérieis eussent élé très- jolis.

timent dn P. Bougeant, rîen d^ plus aisé à comprendre. Les esprits belles méritent un ckàlîmenl encore plus rigoureux ,... »

— Et pourquoi , s'il vous plaît ? Ils n'étaient pas libres. Dieu les avait créés : pour s'amuser à les brûler.

— «... trop hettreux, coDttnue Tencyclopédiste^ que leur supplice soit difTéré;... »

— En vérité , cette clémence est admirable I

*- « ... en nn mot^ continue l'encyclopédiste, la bonté de Diea est jagtifiée;... »

— Pas le moins du monde. Si, le bon Dieu s'est révolté, contre lui-même ; il n'avait qu'à se punir.

-— « ... l'homme lui-même est justifié, v continue l'encyclopédiste :...

— Il Test de toute manière : car, si les bêtes souffrent, lui-même n'est rien. Or, le rien n'a pas besoin de justification.

^- « ...car, poursuit l'encyclopédiste, quel droit aurait-on de donner la mort sans nécessité, et souvent par pur diferlissement, à des milliers de bêles, si Dieu ne TavAit autorisé? Et un Dieu bon et juste aurait-il pu donner ce droit à l'homme,... »

' — S'il l'avait, il pouvait probablement le lui donner. 11 paraît, ici : que^ le bon Dieu n'est pas libre de faire ce qui lui plaît. Alors, ce n'est pas lui qui est Dieu. C'est celui auquel il est soumis.

SCIENCE 80CULE. 12o

— « ... pnisqne, après tout, continue rencyclopédiite, les bétes sont aussi sensibles que nous-mêmes à la douleur et à la mort^ si ce n^élaieot antant de coupables victîmes de la Tengeance divine? »

— n paraît : que, pour le bon Dieu, la vengeance est une bien belle chose.

— a Si, poursuit l'encyclopédiste, les bètes ont de la connaissance et da sentiment,... »

— De la connaissance, en dehors du sentiment, serait une bien belle chose !

— « ... elles doivent conréquemment aToir entre elles, conlinue Tencyclopédiste, pour les besoins mutuels, un langage intelligible. »

— n paraît : que, les encyclopédistes connais* saient.des langages non intelligibles. Ce sont, probablement, eux qui ont inventé le : tout parle*

— « La chose, continue Tencyclopédiste, est possible...

ff On pourrait apporter mille autres traits semblables pour appuyer ce raisonnement. Mais ce qui ne soulTre point ici de difticulié, c*est que si la nature les a faites capables dVntendre une langue étrangère , commeol leur aurait-elle refusé la faculté d*entendre et de parler une langue natnrelie? car les bêles nous parlent et nous entendent foit bieh »

— Qu'avez-vous à répondre à un pareil argument? Résoudre la question par la question , est une manière de raisonner, contre laquelle il n'y a qu'une réponse.

— « n paraît, poursuit l'encyclopédiste, qu*on a censuré trop dureaent notre jésuite sur ce qu'il dit que les bètes sont animées par des dia-

126 sam€E socuti?.

Mes. n eH aisé ê% y/mr qii*il n'a jamais regardé C€ sjstlme que coudk «ne imagination binrre et presque folle. »

— Si, Tabsurde a du plus et du moins, elle était cependant moins absurde : que, toutes celles qui avaient existé avant lui.

— «Le titre à'JmusemefU qu'il donne à son liyre, continue r«iicjd#pédiffte , et les plaisanteries dont il Tégaye, font assez- voir qu*il ne le croyait pas appuyé sur des fondements assez solides pour opérer une Traie

— C'est possible. Mais, le malin jésuite se moquait des âmes créées : tant d'hommes, que de bêtes.

— « Ce n'est pns^ continue Tencyclopédiste, que ce système ne réponde à Kien des difficutlés , «t quM ne fût as>ei difficile de le conraincre de faux ; mais cela prouve seulemenl qu'on peut asseï bien soutenir une opinion chimérique... »

— Ce qui fait beaucoup d'honneur, à un pareil état du raisonnement.

—-«... pour embarrasser des personnes d^esprit, continue Tencydopédiste, mais non pas assea bien pour les persuader. »

— Et, persuader : que, quelque chose est fait de rien : est-ce plus facile ?

-^ « il n^ a, dit M. de Feolenelke dkas «ne oecasioii i peu prèv sem* blable, continue rencyclopédiste, que la vérité qui persuade, même sans âToir besoin de paraître avec toutes ses preuves;... »

•— L'excellent Foatenelle se trompait. Il n'y a que

SCIEMCK SOCIALB. 127

la vérité qui a besoin de preuves. Quant à Terreur, il n'y en a que pour prouver : qu'elle est erreur. L'encyclopédiste, voudrait-il des preuves : que, Terreur est vérité ?

— « •.. elle entre si naturellement dans l'esprit, » continne Tencyclo-

— Est-ce pour cela que ce bon Fontenelle disait : que, s'il avait une vérité dans la main ; il ne la lâcherait pas?

-^ < ... que, continue rencyclopédîste , quand on l'apprend pour la première fois^ il semble qu'on ne fasse que s^en ressomeuir. »

— Allez donc dire aux adorateurs de Tanthropomorphe : qu'ils ont oublié que Tanthropomorphe est une idole ; et, qu'ils n'ont qu'à s'en ressouvenir !

— « Pour moi^ conlînne l'encyclopédisfe, s'il m'est permis de dire mon Sentiment, je tronre ce petit ouvrage charmant et très-agréablement tournée Je n'y vois que deux défauts : l'un d'être TouTrage d'un religieux^ et l'antre le biiarre assortiment de plaisantrries qui y sont semées arec des objets qui touchent à la religion , et qu'on ne peut jamais trop res* pecler. »

(EncTCLOPiDn, article An.)

iS8 SCIENCE SOCIALE

êiv.

8î lef anîmaïuc ne parlent poîot, pour^fiioî né parlent^îls pM? Question qui doit renfermer la lolutîon de oeUe relative à I*ongine du langage,

« Les hommes semblent craindre que le tenps ne soit devenu stérile et inhabile à la génératioo ; mais il est sur ce point uiie manière de joger qoi montre bien la légèreté et rinconstanoe des hommes. Tant qu'une chose u*est pas faite, ils s'étonnent si on leur dit quVlIe est possible ; et dès qu'elle se trouve faite, ils s'étonuent au contraire - de ce qu'elle ne Tait pas été plus tôt, .... • C'est ce qu'éprouva Colomb par rapport à sob voyage aux ludes occidentales. Mais cette ▼ariatkn de jugement a lieu plus fréquemment encore par rapport aux choses intellectuelles. C'est ce dont on voit un exemple dans la plupart des proposiUons d*Euclide. Avant la démonstration elles paraissent étranges et Ton n'y donnerait pas volontiers son consentement ; mais la démonstration nne fois vee, l'esprit les saisit par une sorte de retrait (suivant l'expression des jurisconsulles), comme 8*il 1^ eût connues et comprises dès longtemps. »

Bacon, Dignité et accroissement des sciencm, liv. 1. ^

— « La connaissance la plus vraie, sans comparaison (1), est celle qui a pour objet L'ÊraSt œ qui existe avELLEMsifT, et dont la nature est toojours la même. »

PLATOK, U Pkilebe,

-^ L'être réel^ l'être qui existe réellement^ est éternel* Un être temporel, phénoménal, apparent, n'est être que

(1) Il n'y a pas de plus ou moins vrai. Le 'vrai est absolu; ou, ^ n'est pas.

8CIBMCB SOCIALE. 129

phénoménatemerU^ illusoirement. Y a-Wl des êtres réels , des êtres étemels, des âmes enfin ; et, comment les distinguer des êtres phénoménaux ou temporels ? La solution de la question, relative à l'origine du langage, doit résoudre également ces questions.

— ff L'esprit de rhomme ne peut se reposer que dans la vébitb. »

[Ballamchb, Préface générale.)

— n n'y a d'êtres réels, d'êtres vérités ^ que les âmes étemelles. Les âmes éternelles existent-elles ; et, comment les distinguer des âmes illusoires, ou temporelles? Ce paragraphe doit résoudre ces questions.

— « Toutes les fois qu'une proposition sera proufée par le genre de preuve qui lui apporlieni, rolijection quelconque, même insoluble y ne doit plut être écoutée. »

(Db Maistbb , Soirées de Saint-Pétersbourg f 1. 1, p. 260.)

— C'est vrai. Mais, du moment que l'eidstence des âiDes étemelles est démontrée ; ainsi que le moyen de les distinguer des âmes temporelles; il n'y a plus de questions insolubles.

— « La TÎe dans TunÎTers, dit M. Pierre Leroux, se manifeste par une Krie éteruellenient variée de relations entre les êtres. »

^ Le mot être est bien vague. Un polype qui se ^^pe en dix est-il un être ? un végétal qui se coupe en cent, esl-il un être? un nuage qui se coupe en mille ^t-il un être ? L'auteur a voulu dire : un phénomène comMéré, abstraetion faite de sa divisibilité. Mais, V. 9

ce n'est pas assez clair. Le aat reUAi( est pku ingM encore s'il est possible. S'il avait dit : laviewM manh /este par le mouvement, û eût mieux rendu sa pensée, ainsi ^ue aoos allons le rair.

— a Dans chacune de ces relations, continue M. Pierre Leroux, chaque être e»t à la fois et à tout instant actif et passif: car toute cliose dans 'nnirers estactife en inëme temps que passite,... »

— Voilà bien le mot vie rendu synonyme du mot

force ; et, la manifestation de la vie réduite au mouvement.

•—«... comme» «continue M. Pierre Lerosx, k clef èe Toftte ifeî soi»porte et est supportée à la fois. Cependant notre esprit dii^tingue trèsbien, dans la reintion qui 8*établil entre deux chosps, Taciivité et la pas- «ivité : c'est que «es «deux êtres ne «mit pas à la fois actifs sous le mime rmpport. Qnoi qa*il eu seil, 4cms les êtres ^an5 dtstinction. depuis I faemme jusqu'à la moUrule, à laquelle nous n'attribuons que ce que nous nom- IBMS les propriétés générales de la mcUière,,,. »

— Voilà l'auteur qui admet, avec raison, tous les phénomènes comme des êtres apparents sans distinction aucune. Mais s'imagine-t-il qu'il n^y a de phénomènes que depuis l'homme jusqu'aux molécules ? L'attraction a-t-elle des molécules ? le son a-t-il des molécules ? Et le mot matière^, lui-même, que sigoifie-t-il : aussi longtemps, que vous ne l'avez pas rendu : synonyme de force ?

— «... sont justement considérés par nous, continue If. Pierre Lft' roQX; comme doués d^activité. C'est ce que la métapfajiique des ian-

Métaphysique des langues 1 fueUe ex

SCIEA'CE 80CULE. 131

£t ce u'eat pas à Tauteur que nous la reprochons^ elle est admise ; c'est à Tétat de la science qui admet : des expressions absurdes.

— «... proQTe purfaifempiii , continue M. Pierre Leroni; car dans toutes tes langues la toîx active du verbe n*est pas le privilège ou des hommes seuls, ou des 1iomm«»s et ries nnim^iux seuU, mais elle apfinrtient en commun k tous les êtres. Et ce n*est point pnr extension que nous en agissons ainsi ; ce ii*e>t pas parce que, après avoir considéré riii*mme on les animnux et avoir reconuu une certaine activité, nous étendons cette idée aux diodes que nous appelons innnimée.<s : non ; car l'animal luimême Q^ possède pas évidemment en lui le principe de son activité : il n'est actif que parce qu*il est passif. »

— Remarquez I lecteurs : que, voilà l'automatisme des animaux proclamé au dix-neuvième siècle par Tun des hommes qui les premiers ont réuni : les connaîssan(;es dites métaphysiques ; et, les connaissances dites naturelles.

" « Et si queUfoe chose pAavait noM faire illnsion à cet égard Iwvqne nous considérons les ran^^s supérieurs de Tanimalité, continué M. Pieire Leroux, celle illusion cesserait en considérant les rangs inférieurs. »

— Le préjugé seul peut trouver à' redire à cet argument.

-^ ff Donc, eoBtinne M. Pierre Leroux, tooi ce prenter point de we 4]ni embrasse tous les phénomènes du monde réel^... »

— Monde réel ! voilà une bien sîrgulftre expression; en tant, qu'employée pour exprimer : le monde matériel 1

^- «... activité H ^auivitt 9 coatîniie 11. Pîmm Leioiik, B^fexprÛMnt fMS des natures véritablement différentes ,...«

— Très-bien ! Nous engageons nos lecteurs à bien se rappeler : que , le mot activité n'a ici de valeur : que, celle du mot force considéré comme cause de mouvemefit; et, le mot passivité : que, celle du mot mmwement considéré : comme effet de force.

— «... mais spulemeniy conliniie M. Pierre Leroui, des aspects difîérents de notre e^itril : et Toilà aussi pouniuoi, dans toutes les langues, il est si facile et si habituel de passer de la voix aclive à la voix passive.

« Mhïs n*j a-t-il véritablfmrnt pasd'aiitre activité que celle qui résulte de Taspect |)aitit*ulier sons lequel il nous convient de considérer les relations des êtres entre eux ?»

— 11 est évident : que, s'il n'y a pas d'autre activité, nous sommes incapables de convenir : de quoi que ce soit ; et, que tout ce que nous croyons faire, librement ; nous le faisons nécessairement : comme, des machines; comme des animaux qui ne possèdent pas en ev\ le principe de leur activité. Avant démonstration, nous ne pouvons donc que supposer : qu'il existe, en nous, une activité réelle; une activité, dont le principe soit en nous; et jusque-là : celui qui dit non, a tout autant de raison; que, celui qui dit oui. 11 y a même plus : dans l'état de la science, l'apparence de raison est en faveur de celui qoi nie : qu'il y ait en nous un principe réel d'activité. Ce qu'il y a de certain ; c'est, que si les animaux sentent : le. principe d'activité n'est pas plus réel : en nous ; qu'en eux.

— « La foudre est mife en monvemenf et éclate, continue M. Pierre Leroux ; Tanimal a faim ft s'élanre sur sa proie; l'IiODimeest passionné tt agit en vertai de sa ^lasi^ion : dans tout cela je ne Tois que passivité et patsÎTitc égale. »

SCIEMCE SOCULB. 133

— Toujours, très-bien ! et, le seul préjugé peut nier : cette proposition.

— « Qa*tmporte, continue M. Pierre Leroux, que Tétre ait ou non conscieucel... *

— Parfait ! Si l'aninial a conscience et se trouve une machine^ n'ayant point en lui, le principe de son activité ; Thomme , malgré cette conscience , est également une machine. 11 est impossible : de mieux raisonner.

— «... il n*en est pns moins déterminé dans son action , continue M. Pierre Leroui. Il est actif, si Ton veut, en ce sens qu*il agit a^irèt avoir été déterminé à agir. »

— Et, voilà la seule espèce d'activité, qui peut exister dans l'univers ; si, le déisme, ou le matérialisme : sont des réalités.

— « M^îs^ continue M. Pierre Leroux, n'y a-t-il pu quelque part, et clies certains êtres, nne autre acliTÎté? •

— S'il y a une autre activité, il faut qu'elle ne soit: ni force ; ni résultat de force ; c*est-à-dire : ni matière, ai résultat de matière. Or, il ne peut exister dans l'univers: que force et sentiment. Si, l'animal a sentiment, sensibilité ; et, que son activité ne soit que force, ne soit qu'une activité, dont le principe n'est point en lui ; le sentiment, la sensibilité est un résultat de force. Si donc, les animaux ont de la sensibilité ; il n'y a aucune autre activité que celle qui existe chez les ani-

13i SCIENCE SOCIALE.

maux; et, non-seulement la foudre, la faim de Tanimat et la passion de Thomme appartiennent alors à la même activité ; mais aussi : la pensée et la prétendue volonté.

— a Les hommes, poursuit M. Pierre Leroux, en s* observant eux-mêmes, ont distingué une sorte d*activité à laquelle ils ont donné le uoni d'activité morale, volontaire, et dont ils ont fait Tapanage de la naturehumaine.

« Toute la morale,... »

— Nous avons déjà, dans ce chapitre, donné une partie de cette citation ; nous la répétons.

— «... el non-seulement toute la morale, contione M. Pierre Leroux, mais toute la police des États, toute la législation, reposent sur cette distinction. »

— Ceci est une erreur. Pendant toute l'époque d'ignorance, qui dure encore, la police des Etats, c'est-àdire V ordre ^ ne repose pas sur cette distinction j elle repose : sur Tacceptation de cette distinction , par la classe exploitée. Car, jusqu'à présent, jamais la classe réellement exploitante, la classe sacerdotale instruite, ou plutôt se croyant instruite, n'a admis cette distine* ti(Mi. Cette distinction est même incbmpatiUe : avec l'anthropomorphisme ; et , avec le panthéisme. Et , néanmoins, ainsi que le dit fort bien M. Cousin, jusqu'à présent, il a été impossible : de sortir de l'anthropomorphisme , sans entrer dans le panthéisme ; ou , de sortir du panthéisme sans entrer dans l'aothrop<^'» morphisme. Quand arrive l'époque de comiaîssance f.

rofdre ne rtpoee plos sur cette distinction ; mais, sur la déouHisiralîon de la réalité de cette distinction. L'époque d'anardrfe, qw sépare les deux antres, est celle : où, la réalité de cette distinction se tronve conteste.

-« « BUe flity cmiMiive M. Pierre Leroav, le fondement de tonte pénalité.

« El Toilà pourquoi ceux qui ont nié directement ou indirectement cette disiitiction, soit en cherchant un motîT fatal à toutes les déterminations humaines , soit en soutenant la complète analogie des animaux à rbom

— L'auteur fait plus que de soutenir : la complète analogie des animaux à Thomme ; il soutient leur parfaite identité; car, il soutient : que, les animaux sentait ; et, dès ce moment, ils sont identiques avec Thomme pour le fond ; et, ne diffèrent : que, pour la forme. L'auteur soutient cette identité sans le savoir, nous le savons ^ mais il la soutient, cmmne il dit : tn-

directemenL

— «... ont toujours passé, continne M. Pierre Leroux, pour des corrupteurs de la morale et des destructeurs impies de toute sociabilité. »

— On corrompt la morale ; et, on est destructeur de toute sociabilité ; volontairement et involontairement. Ceux qui corrompent la morafe, involontairement, sont loin d'être des impies ; et, nous sommes loin d'accuser d'impiété : Tauteur de cet article.

— « Sur quel fondement, en effet, continue M. Pierre Leroux, pourrâlMN» iMeer la justice d^ine peiœ on d^ne récompense , si chaque homme est déterminé iatahment... »

t3ô« aCaWGE SOCIALB.

— Quel cercle vicieux 1 SJ, on est déterminé fatalement ; ce n'est pas Thomme qui base; c'est, la fatalité. Dans ce cas, tout ce que vous e^ite^ est faiai; et, aussi : tout <9e qu'on vous répondra.

— « ... ttst déterminé fatalement, continue M.Pierre Lerous^ dans

toutes ses actions? Toute idée de ?ertu est par là anéantie ,.•• »

— Eh mon Dieu ! non : pas plus que l'idée de pouveir baser ^ en réalité, n'est anéantie chez vous-même, dans l'hypothèse de la fatalité. Cette idée serait anéantie, il est vrai , vis-à-vis d'un homme qui raisonnersût logiquement. Mais, où sont-ils : les logiciens?

— «... ^t il nous faut, continue M. Pierre Leroux, considérer la société de» hommes du même œil que les phénomènes du monde extérieur à l'humanilé. »

— Vis-à-vis , d'un logicien , il n*^y a pas l'ombra d'uii doute : que, cela ne soit ainsi : si, les animaux ne sont pas dénués : de sensibilité réelle.

— « Cette distinction entre TactÎTité qne j'appellerais Toiontiers naturelle, continue M. Pierre Leroux, parce »|u*elle nous est commune nonseulement avec les animaux, mais aTec le dernier grain depouMière,... »

— Bravissimo ! Mais comment est-il possible d'arriver à proclamer cette vérité ; et, ne pas reconnaître : que, si les animaux sentent, l'activité naturelle est la seule existante?

— «... et l'activité particulière à Tliomme, continue M. Pierre LeronXi est donc capitale. Pour ceux qui Taduietlenl, il 7 a un monde moral, il

^ a une justice, î^ y a àe» Yertns et des vices ; pour cea\ qui ne Tadmettent pas, tuai cela n'est que chimère et duperie ;... »

— On n'est pas le maître d'admettre, ou de ne pas admettre , une connaissance. On n'est pas le mattre : d'admettre, ou de ne pas admettre, les conséquences logiques d'une connaissance : lorsque, la capacité de raisonner n'est pas obstruée par les préjugés. Dans Vétat actuel des connaissances, les gens instruits ne sont pas les maîtres : de ne pas être des matérialistes ; pas plus que ceux qui se trouvent sous la domination de la foi religieuse ne sont les maîtres : de ne pas être des anlhropomorphistes.

— «... et je ne i^ais, continue M. Pierre Leroux, quelle illusion a formé et entretient la société des hommes. »

— Toute société réelle, appartient à un monde moral réel. S'il n'y a pas de monde moral réel ; il n'y a de société : qu illusoirement.

— < Mais, continue M. Pierre Leroux , est^elle fondée cette distinction, et sur quoi repose-t-elle ? »

(PiBEai Lbeodx, Encyclopédie wmveUey article âctitité.)

— Voilà, précisément, ce qui esta démontrer.

-* « Ce problème de l'existence ou de la non-existence de la sensibilité dans certains dép^irtements du monde organisé et virant, dit l'encyclopédiste^ est fort difficile à résoudre. »

— Il paraît : que, l'encyclopédiste, auteur de cet article, connaît un monde organisé : qui n'est pas vivant.

i3ft SCIBNCE SOCIAiiE.

— « En pfl»t, cootiwie re«icjclopédtfte, mus ne caaiiwnt diradtmeot la sensibilité qiie dans oAira propre «Mi .* aoiM ne TadiaetlDOB dm ua autre indïTidii que par analogie. »

— Le moi, dans le temps, n'a point son expression dans la sensibilité, qui est muette sans le verbe ; mais bien : dans le verbe. Or, ce n'est point par analogie, que le verbe se connaît, de Thomme à Tbomme ; c'est, par identité. C'est par analogie, que le verbe est supposé cbez les animaux ; et, c'est exclusivement pour cela : que, la sensibilité leur est attribuée. Cela, est tellement vrai : que, l'auteur va refuser, la sensibilité, aux animaux qui lui paraUroiit n'avoir pas d'intelligence ; c'est-à-dire, aux animaux qui lui paraUront, ne poiut posséder le verbe»

— « Or, continue rencjciopédiste ^ qu'est-ce que rinstinct d'analogi«î»

— L'instinct d'analogie I Une analogie est l'expression d'un raisonnement ; et, l'instinct d*analogie équivaut : à ïinsUnct de raisonnement. Ces messieurs donnent, à ce galimatias, le nom : de science transcemd&nte !

— « Quelle est , continue rencjciopédiste^ cette loi de noire natare inlellectueile ? »

— Dans le monde inteUeetuel, il n'y a qu'une loi ; le raisonnement! Mais, comment distingue- f- on : \^ bonne loi de la mauvaise loi ? Question.

-— • Voici, continue Tencyclopédiste , comment on peut la formuler : tontes les fois qu'un fait est apparu inslinciivemetU ou simultanément à

SCIfiME SOCIALE. 139

'^têkkeg tireêmtamc» (f ), «ont erofmu vicisaAiiuiiin çim e$ fbit esii' >ra pariout oiê eu ôrconMtances exitteront, »

— Cela signifie : que, partout où il y a sensibilité, il y a sensibilité ; ou, cela ne signifie rien du tout. Dire : que, chez les animaux, il y a sensibilité comofie chez Thooime : parce que, chez les animaux et l'homme il y a digestion et par conséquent les mêmes circonstanees ; c'est, déraisonner au point : que , vous-mâne direz bientôt : que, les polypes n'ont pas de sensibilité ; et, cela : parce que, pour voir, la sensibilité dépend des nerfs. Si, vous aviez étudié, davantage, l'anatomie comparée; vous saiIriez : que, le mottierf, comme le mot rbgne^ n'a qu'une valeur : complètement indéterminée.

— « Les jugements qae cette croyance motiTe, continue Tencyclopédiste, siiDt ccrliiiiis quand nous les fondans sur des circonstances ab»oiumeni tdealiques. »

— Belle découverte, en vérité I Mais, comment distiDgue4-on les analogies des identités ? Youdriez-vous nous le dire ?

— « Hais, continue IVncyclopédiste, au fur et à mesare que quelques circonstances iriennent à m.mquer, Tanalogie ne saurait donner qu'une prfbabiliié de plus en plus décroissaute. Ainsi donc je ne pois douter que les hommes organisés comme moi, agissant comme moi, parlant comme ntoi, oe soient ausei, comme moi, sensiiytes et intelligents. »

—Ce n'est donc plus, par analogie, que vous savez : qu'un autre bomme est sensible. Mais, il paraît : que,

(0 Smultanément à est très-joli.

140 SCIENCE 80a4LB.

si un homme organisé autrement que vous, comme un crapaud par exemple, venait vous dire, en bon français : qu'il a mal à la tête ; vous n'en croiriez rien. Il parait que vous croyez : facilement ; et, difficilement.

— - « Pour les animaax dépottnrus de parole, contînae Tencyclopédûte, la certitude est moindre. »

— Bientôt, Monsieur l'encyclopédiste nous dira: que, partout où il y a sensibilité, il y a langage. La proposition est-elle réciproque ? Et, si Monsieur l'encyclopédiste prétend : qu'il peut y avoir langage sans parole ; nous lui demanderons : si, un perroquet est un homme.

— a Rappe11erni-je , coatinae rencyclopédiste , le sysfème de l'antomatisme des brutes, système imaginé par le médecin espaguol Pereira,...*

— Il paraît : que, Monsieur l'encyclopédiste ne. s'est jamais donné la peine de lire Bayle. 11 saurait : que, ce système est au moins deux mille neuf cent quatre-vingtdix-neuf ans, plus ancien que Pereira.

— «...et, continue Tencyciopédiste^ renouTelé par Descartes, qui, par sa puissante autorité ».•• »

— Jamais Descartes n'a démontré son opinion. Il a même prétendu : que, cette opinion ne pouvait être démontrée.

— «... le popularisa quelque temps, continue Tenryclopédiste, dans les écoles de la pliilonophie française t Si cette opinion a eu qnelque fa- ▼eor^ si Ton a pu regarder un chien, «a chefal^ etc. , comme de pures

madâinef... »

SCnSRCE SOCIALE. 141

— L'un des directeurs de l'EncycIopédie.dans laquelle wus écrivez, M. Pierre Leroux , dit: «La foudre est mise ■ en mouvement et éclate ; lanimala faim et s'élance c sur sa proie ; Thomme est passionné et agit en vertu » de sa passion : dans tout cela je ne vois que passivité^ « et pcLssivité égale. » C'est, bien là de l'automatisme ; 00, le mot automatisme n'a pas de sens.

— «•..comme, continiie l'encyclopédiste, des antomates inanimés,... m

— Il parait : que, Monsieur l'encyclopédiste, connaît des automates animés. Ce doit être curieux!

— s... il faut donc, continue l'encyclopédisle , que la sensibilité dqs brutes ne soit pas d^une évidence ifnmédiate, »

— 11 paraît que ce n'est point mystiquement, immédiatement^ mais au moyen du raisonnement que Monsieur l'encyclopédiste s'est convaincu : que, les bêles ne sont point des machines, parce qu'elles sont sensibles. Si, cet excellent logicien avait, tant soit peu, approfondi son raisonnement; il aurait reconnu : que, si les bêtes sont sensibles, non-seulement elles sont des machines ; mais, que lui-même est alors une machine : car^ comme le dit son directeur, « qu'importe que l'être ait ou non < conscience, il n'en est pas moins déterminé dans son « action. » C'est-à-dire : qu'importe qu'il ait de la sensibilité; ou, qu'il n'en ait pas.

— « Juroaisaurnn pliilosoflie, continue Tencyclofédiste, n*a soutenu^ <|tte deux et deux ne font pas quatre, »

I4S ftCUBKCE SOCIAUS.

— M. CouÎQ dit formeilemeot : q», «n art la mèmel chose que fdusieurs. Efit-ee que Monsieur l'enc^dopédiflte refusera, à M. Cousin, le titre de philosophe?

— « Toutffoif, continue reiirjclopédi*^ , il y a^ pour l^s favanu comme pour le rnmniun des hommes^ une prob-<bililé à peu près équÎTilenlf à la certitude que la sensibiltlé , qni , cfaei rh^moie , «lépeod da système nerveux eérébro-spiiul ,. • . »

— Voilà, Monsieur rencyclopédiste qui décide : que, la sensibilité dépend du système nerveux cérébrospinal ; puisait vous dira ensuite : qu'il y a sensibilité partout où il y a système nerveux céréhro-spînaL 11 vous dira même : qu'il y a sensibilité partout où il y a des nerfs ; sans se rappeler : qu'il a borné la sensibilité, au système nerveux cérébro-spinal; et, qu'il y a des nerfs, où ce système a déjà disparu. Mais, qui donc l'autorise à dire : que, la sensibilité dépend de ce système, au beu de dire : que, ce système est nécessaire à sa manifestation : ce qui nMmplique point : que, partout où il y a des nerfs ; il y ait sensibilité réelle ?

— «... existe, continue rencyc1opédi$:fe, plus ou moins développée cbei ti)Ufl les animauK •qui, pourvus amm d'eacéphute (oervr««} (ij.de moelle épiuière et de nerfs encéphaliques ou spinaux, produisent d'ailleurs (2) une foule d*actes manifestement réglés par une volonté intelligeole. »

— Voilà les animaux directement assimilés aux hommes. M. Pierre Leroux dit : que, celui qui tsdt cette

(0 La paivnthcse est de rmcyelopédiste.

(2) Led'ai/^awr^estexoelltnt." »

ficnvcB soaALE. i43

assimilation est un corrupteur dé morale, un destructeur impie de toute sociabilité. L'Eucyclopédie , que M. Pierre Leroux dirige, est donc corruptrice de morale; et, destructrice impie de toute sociabilité.

— « Mais^ pnursoît rencyclop^diste, quand nons descpndons am an* mam tirtertébréa, «fiiasH nous voyons décroître de plus m plus le système nervpux « réduit , dans ce type inférieur d^erganifal ion , au «ordon ganglîoanaire, qui, vh* i riiomme, ne préside qu*à des pliénomèiies involootairet ; quand, en outre, les mouvements p»rai«>8ent devenir de plus en phK attlofnatii|aea. alort naît un doute tégfiine. Si donc nous regardons avec Aristote (De Vâimej liv. HI, ch. ix-»xii; Des mouvements des animaux, th. vi et passim) la sensibilité comme le caracfère prinri^al de Faimnalité, oA manfuerons-nous la fin du règne animal daks fecheltedes êtres vivants? Ce |iroblème est un véritable nœud gordien. Nous ne pouvons le résoudre, imitons donc le disciple d*Ati$tote : tranchons le neeud.»

— Quelle modestie I Pour trancher le nœud eor« dieu, il fallait : T^pée d'Alexandre; et, une époque où. Texamea fût compressible. Alors, on pouvait tran* cher du savant; et, ne pas corrompre la morale. Maintenant, ce n'est plus sur un bout de corde, qu'il est possible de baser la soeiété.

— « A notre avis, continue l'encyclopédiste , le rti|:iie animal ne doit pas être étendu an delà des espèces qui... présentent les dernières traces ^ tlMèae nervens... »

— Ainsi, lecteurs 1 soumettez-vous; et, ne mangez jnnais d'kuttres : si vous ne voulez manger vos semblables.

-^ « Coiv(«itfn-t-ott notre principe? continue -l'encyclopédiste.... Hais, ceICe invraifcnblable lypoibèse une fois admise, il u^jnpuàe nisoa pour ne point attribuer au sentiment et & la volonté In nywffA- €0 apparence si intelligents... »

144 SCIENCE SOCIALK.

— Prenez acte de Taveu.

— « ...que; continae l^encyclopédUte , nous aTons signalés chei les tégétaux. »

— Laplace, si bon connaisseur en probabilités, dirait : qu*on ne pouvait pas assurer : que, les plantes n'avaient pas de sensibilité.

— « Et dès lors, continue fenryclopédiste, il n*y a pas de raîsoa non plus pour H'fuser d'etendie la même manière de voira bon nombre d'actions qui s^arcomplissent entre corps bruts, comme les altr^tctinns élec* triques et ma^i^nétîqups , les affîiiitt*s chimiques, etc.?... car où s*arrètera le sophisme dès que vous lui aures lâché' la bride ?.«. »

— Où il s'arrêtera ? Nous allons vous le dire. A l'absurde. Le tout est, de savoir reconnaître l'absurde ; si, on n'a pas le jup^ement de reconnaître : le sophisme. Conclure par analogie, est un sophisme. Dire : l'homme est sensible; Thomme a des nerfs; partout, où il y a des nerfs il y a sensibilité ; etc., est, un sophisme. En lâchant la bride à ce sophisme on arrive à conclure: que, l'homme est une machine ; et, qu'il ne peut raisonner qu'illusoirement. Quand on est arrivé à ce point; et, que l'on prétend toujours pouvoir raisonuer ; on a besoin d'être mis : aux Incurables.

— « ... Nous définissons ranimai, continue IVncyclopédiste, un être qui digère, qui sent et qui se meut Tolontairement... »

— Voilà, Aristote mis de côté ; il ne suffit plus de la scrsiLilité, pour constituer l'animalité ; il faut encore digérer. Voilà aussi les anges exclus de l'anima-

SCIENCE SOCIALE. 14ff

lité. Et les enfants dans le ventre de la mère? Ceux-là n'ont pas de volonté. Voilà donc les enfants, dans le ventre de la mère, relégués parmi les corps bruts. Allons législateurs I réformez vos lois, sur l'infanticide ; le maître de la science a parlé.

*->«... phénomènes, continue rencyclopédiste , qui trouvent leur raison... »

— Lecteurs ! vous allez connaître la raison de la sensibilité et de la volonté.

— «... dans une structure spéciale, continue rcncyclopédiste , savoir dans la présence du tube intesliual^... »

— Ainsi, sans tube intestinal, pas de digestion ; pre^ mière découverte 1

— a ...et, continue rencyclopédisle , de deux nouTelles espèces de molécules organiques, je veux dire les globules musculaires et nerveux...»

— Ainsi, la sensibilité et la moralité ont leur raison : dans les globules musculaires et nerveux, qui se surajoutent au tissu cellulaire ; deuxième et troisième découverte! Comment Monsieur l'encyclopédiste n'a-t-il pas eu : le prix Montyon ?

— «... que nous atonsTus, continue Tencyclopédiste, venir se surajouter au tissu cellulaire, fondement primitif et commun de toute organisation...

« Une antre conséquence de la sensibilité, c^est le langage^... »

— Et, comme le mot langager, pour signifier faire usage du langage, n'est pas français; et, que l'on se

146 SGlEfl€G SOCIALE.

sert , à cet égard , du mot parler ; il s'ensuit : que , les huîtres parlent ; et , même les pierres : si, on aTaît la bonté de lâeher la bride au sophisme. Aussi, M. de la Mennais a-t-il le soin de nous dire : que,

Page 1