‹ Science sociale (volume 5)Chapitre 6 sur 70 · TOUT FABLE · texte numérisé non relu

TOUT FABLE

— « ...en prenant le terme, continue rencyclopédiste, dans sa sîgnifLcaiîon la plus large, en entendant par là la faculté de manifester d*une manière quelconque ses sentiments et ses volontés. »

— Il n'y a pas de doute : que, manifester ses sentiments, ses volontés, c'est parler. Mais, où y a-t-il sentiment ; où, y a-l-il volonté ? Un chien parle-t-iL? Une laitue parle-t-elle ? Une écritoire parle-t-elle ?

^— Cl Ainsi, continue l 'encyclopédiste , non-seulement la parole, mais les airs, les gestes, les attitudes, etc., sont des phénomènes de langage.»

(Encyciopédiêmodemef art. Aaoul.)

— Quand il y a sensibilité, n'est-ce pas? La parole d'une mécanique, serait-elle : un phénomène de langage ?

Nous avons critiqué une partie de cet article, à Cause de l'ouvrage dans lequel il se trouve ; et, parce qu'il est encore un des exposés les moins burlesques de l'état de la science.

-^ (( Je suis, dit avec heaucotip de raison Tauteur des Études de la naiwe, parce ^ue je sens et non parce que je petite. »

(Bo«ALD, Théorie du pouvoir politique et religieuXj t. I, p. 574.)

— 3onald reconnaît pourtant : que, les aninaaux

scflnrcB sociâ£s. ' 14T

sentent. Ainsi, Toilà Bonald, le défenseur de l'anthropomorphisme^ qui établit une propoâitioa vraie; fluaifl <pn, mise «n rapport avec sa doctrine sur les animanx, le conduit droit au matérialisme : sous peine de ne pafi être logicien* C'est, qpie Fanthropomorphisme constitue, avec le panthéisme, un cercle vicieux, duquel il est imposeible de sortir : sans détruire l'un et l'autre. Tel est, nous ne pouvons trop le répéter, Tétat de la

seience. Ténèbres et ténèbres. Écoutons, à cet

égard, le partisan le plus acharné de la philosophie; ou, (le ce qui est appelé philosophie. Ses aveux doivent être : d'une grande valeur.

^ a Le premier coup d*œil , dit de Gérando, que Ton jette sur l^liistoîre de la philosopLie ne donne pas, il faut TaTouer, toute la salisfactioa qa'oD avait pu s'en promettre. Uoe multitude d'hypothèses, élevées en quelque sorte au hasard et rapidement détruites; une diversité d^opioiona d'autant plus sensible que la philosophie a été plus développée; des sectes, des partis même, des disputes interminables, des mésentendus sans cesse renaissants , des spéculations stériles , des erreurs maintenues et transiotses par une imitation aveugle, quelques découvertes obtenues avec lenteur et mélangées d*idées fausses ;... »

— Et, comment distinguer les idées fausses des idées vraies ; si, conune vous en convenez, il n'y a pas de mesure incontestable?

«• « •.. des réformes annoncées à chaque siècle, continue de Gérando« et jamais aecomflies ; une saccMsi*!» de d4>€triner qui se renversent les unes sur les autres sans pouvoir obtenir plus de solidité; la raison humaine ainsi promenée dans un triple cerde de vicissitudes» al ae s'éleiant à quelques époques fortunées que pour retomber bienlèt dans de BMkveaux écarts ; Texpérience et le raisonnement, le sens commun et la^apécidation, paraissant lolter constamment et se donner sur tous les points un démenti réciproque; Tidéalisme aux prises avec le matérialisme, enlevont tour à tour à rintelligence ou les objets qu'elle croyait connaître, ou le sen«

timeat qa*elle avait de sa propre dignité et même de son existence; la philosophie exaltée par le dogmatisme au point de ne plus mettre de bornes & ses prétentions, entraînée ensuite par le scepticisme dans les abîmes d*aQ doute absolu, invoquant un point d^appui immuable au sein des régions intellectuelles, cherchant une route assurée dans la vérité , et toujours trompée dans ses vœux et ses espérances ; les mêmes questions enfin qui partagèrent il y a plus de vingt siècles les premiers génies de la Grèce, agitées encore aujourd'hui, après tant de volumineux écrits consacrés i les discuter : voilà le spectacle qui parait s'offrir aux regards de Vobser- ▼ateur^ et c^en est asseï pour inspirer aux esprits superficiels un profond découragement. Ils n'attendent rien d'une telle étude qui puisse les dédommager des efforts qu'elle exige. Heureux même encore s'ils ne sont pas conduits à désespérer de toute philosophie et même de toute science véritable !

a Mais, etc. d

(Ds GAbando , Histoire comparée des systèmes

de philosophie y t. I, p. 5.)

^ — Tous les mais de Tauteur ne font que confirmer

ce qu'il vient de dire ; et, YHistoire comparée des systèmes de philosophie^ n'est en réalité : que Thistoire d'une maison de fous.

— - « Le doute, dit encore de Gérando, engendre le doute. Lorsqu'une fois l'esprit humain, par une marche rétrograde, a commencé à remettre en question une opinion qui lui semblait consacrée , bientôt tous les objets de sa conviction s'ébranlent l'un après l'autre, il ne voit pas de terme auquel cette secousse doit s'arrêter, et il tremble à l'aspect d'un scepticisme universel. 9

— Tel, est Teffet incontestable de l'incompressibilité de Texamen; et, ce qui caractérise la fin de l'époque d'ignorance. Armée, à ce point; il faut : que, la société périsse; ou, que la vérité apparaisse.

-» « Il demande donc à la philosophie, continue de Gérando, un critériumj c'est-à-dire un signe propre à distinguer A jamais la vérité de Feireur....]»

SGIBNGB SOCIALE. 149

— Demander ce signe, tant qu'il n'est point absolument nécessaire, est peu de chose; mais, le demander, quand il est nécessaire; sous peine de mort sociale ; c'est beaucoup.

— « On dît souTent avec jastice, dit Leibiiîts, que les raisons ne doi- TenI pas être comptées, mais pesées ; cependant personne ne nous a encore donné cette balance qui doit servir à peser la force des raisons. C'est an des grands défauts de notre logique ...»

— Leibnitz aurait bien dû dire : c'est le seuldéfaut; car, ce vice évanoui; il n'y a plus de mauvaise logique possible.

— « ... dont nous nous ressentons même, continue Leibnilz, dans les

matières les plus importantes et les plus sérieuses de la vie, qui regardent

la jostice, le repos et le bien de l'Etat, la santé des bommes et même la

religion. » /

(Lbibnitz, Lettre à Th. Bumet.)

— Le raisonnement, ou la raison, est la balance; Tàme est le poids, la mesure de la réalité. L'âme, une fois incontestablement démontrée : la logique est parfaite dans son principe; tout devient déduction. La justice, l'ordre, et la religion deviennent : inébranlables.

— « C^est un pencbant naturel aux premiers bommes, dit de Gérando, ^e de supposer la vie ou la pensée partout où ils aperçoivent le mouvement. Une réflexion encore confuse leur fait considérer l'activité comme le caractère essentiel du principe qui réside en eux ; ils prêtent donc une ^e à tous les objets qui leur présentent une action, et toute action pa- ''oU spontofi^e à celui qui ne connaît point encore les lois du mouvement. »

(De GiiAHDO, Hist. comparée des philosophiesj t. If, p. 440.)

— Nous allons voir de Gérando tomber dans la faute : qu'il reproche aux premiers hommes.

ISO SCKIfCfi SKUhLB*

— « La fftcalté de s'élever aux aelioiis généraks, Ait encore de Gérando, distingue l'homme de l'animal, et, dans un degré supérieur , elle diitkigue les phRosophes du mlgaire. »

(Id., ibkL^ U Ilf, p. 46i*)

— Voilà de Gérandcr affirmant : que, les animaux ont une âme ; et, qu'entre l'homme et les animaux^ il n'y a de différence : que, celle qui distîngoe les phflosophes du vulgaire. Probablement, c'est la science, qui donne à l'auteur ce ton affîrmatif. En rien. 11 va noufi dire : qu'il ne sait pas même, œ que c'est que la science. JVoufi allons donner ce morcea(u, très-curieax, chez un homme qui ne place que le vulgaire : entre lui; et, les huîtres.

— « Tous les problèmes qui restent encore à résoudre , poursuit de Gérando, sont en quelque sorte enfermés dans cette grande question^ agitée déjà par Platon etÂristote, et dont se compose la philosophie première de lous les siècles, dans cette question : Qu'est-ce qub la sciekci? »

— La science? C'est, la distinction : de la vérité de l'erreur; de ce qui sent, d'avec ce qui ne sent pas; de rimmatérialité et de la matérialité. C'est, la can* naissance de ce qui dérive de cette distinction ; la connaissance : du droit ; de sa sanction ; de la règle des actions, tant individuelles que sociales.

— - « Bb qooi, eoBtmve de Gérando, consiste sa nature ? »

— Dans le raisonnement.

— « Quels sûsL, caiiftî«M de Génutdo, ta éléments ? »

-— L'âme 'et i'osgaiiÎBBie.

SCtEjyCE fiOQIàLE. IM

— « Quels titres, continue de Gérando, constatent sa, légilîmité? »

— L'ÎDContestabilité du point de départ, et la déduction par identités.

— « Qnels sont, continue de Gérando, ses rapports avec les facultés de l'homme? »

— L'homme, union d'une âme à un organisme/ a des propriétés. L'âme, chez Thomme, a la faculté de -Youkir : quand, l'organisme est à l'état phy&iologique. Demander : quels sont les rapports de la science avec les facultés de l'homme; est une question : qui n'a pas de seus.

— a Quels sont, continue de Gérando, ses rapports avec les objets ? »

— Cette question n'a pas plus de sens que la précédente. La science est un objet; elle est l'objet des comiaissances.

— « Où sont, continue de Géranda, ses limitea. . . i>

— La vérité, l'immatérialité. L'erreur, l'apparence, i'illusîon n'ont pas de IrniHes.

— - « ... et, continue de Gérando, qui peut les marquer? *»

«— L'hemiM*.

— a Où sont ses bases? » continue de Gérando^ . . .

— La connaissance de la réalité de l'âme .

— « »^ «ty CDStimiede Çkénnào, ^ peut U» pMerf »

452 SCIBtICE SOCIALE.

— L'homme.

— a Où réside, continue de Gérando, le principe de sa fécondité? »

— Dans le verbe.

— a Qui peut, coiilinue de Gérando, les développer? »

— L'homme au sein de la société.

— <f De quelle manière, continue de Gérando, y parvenir? »

(De Gérando, t. 111, p. 119.)

— Par Texcès du mal social, forçant à chercher la science réelle : sous peine de mort sociale.

— a Partout où il y a mouvement , dit Benjamin Constant, le sanrage suppose la vie ; partout où il y a vie, il suppose une action ou une inUntion qui le concerne. L'homme demeure longtemps avant d'admettre qu*ii ne soit pas le centre de toute chose. »

— Et, il reste encore plus longtemps : avant de ne plus croire aux intentions réelles ; là , où il n'y a que des intentions apparentes.

— a L'enfant^ continue Benjamin Constant, s'imagine être le centre vers lequel tout se dirige. Le sauvage raisonne comme Tenfant. »

(BsHjAMiN CoKSTANT, De Ui religion comidérét dans sa source, U I, liv. II, p. 156.)

— Et, jusqu'à ce que le mouvement soit distingué de la sensibilité, d'une manière rationnellement incontestable ; l'homme civilisé raisonne : comme le sauvage.

»» « Il est des hommes, dit Âristote, qui n'admettent d'autres démonstrations que celles des mathématiques ; d'autres ne veulent que des exem-

pies ; d'aolres ne tronvent pus maaTâis qa*on invoque le témoignage d'un poêle. Il en est enBn qui demandent que tout soit rigoureusement démontréj tandis que d'antres trouvent cette rigueur insupportable, ou bien parce qu'ils ne peuvent suivre la chaîne des démonstrations , ou bien parce qu'ils pensent que c'est se perdre en fulililés. Il y a, eu elTet, quelque chose décela dans l'affectation de la rigueur (1). Aussi quelques-uns la regardent-ils comme indigne d'un bomme libre , non-seulement dans la conversation, mais même dans la discussion philosophique.

a II faut donc que nous apprenions avant tout quelle sorte de démonstration convient à chaque objet particulier ; car il serait absurde de mêler ensemble et la recherche de la science et celle de sa mélhode, deux choses dont l'acquisition présente de grandes difficultés. »

— Vouloir tracer la méthode, avant de connaître ce que c'est que la science ; c'est, vouloir tracer un chemin, avant de savoir : oii l'on veut aller.

— « On ne doit pas exiger en tout^ continue Aristole, la rigueur mathématique, mais sbulbhziit quand il s'agit d' omets i]|]iatbiibl8. »

(ÂaiSTOTE, Métaphys.f liv. II, 5.)

— La Métaphysique d'Âristote est le continuel dé- Hre d'un homme de génie ; l'admiration, pendant vingtdeux siècles, est la folie de ceux : dont, le délire n'a certainement pas le même caractère. Tous les nonsens qui ont été dits depuis l'origine philosophique, tant sur le matérialisme que sur le spiritualisme, ont leur source, dans Âristote et Platon, qui, tous les deux : ne savaient ce qu'ils étaient.

La citation, que nous venons de donner est immédiatement suivie des lignes suivantes :

— a Aussi la mélhode mathématique n'est-elle pas celle des physiciens ; car LA matière est peobablbment le fokd de toute la h atdre. »

(1) C'est le reproche que fait Aristophane aux philosophes : « Voilà « Socrate et Cherepbon qui savent quelle est la longueur du saut « d'une puoe. » Anb. 83 i, et passim.

{Note des traducteurs de la Métaphysique.)

iM SCIENCE SOCIALE.

— Alors, que sont les objets immatériels? Probablement rien. Il n'en est pas moins évident, qu'Aiistote avait pressenti : que , le vrai mathématique ; le vrai absolu ; ne pouvait consister : que, dans rimmatérialité.

— a La science par excellence y dit encore Anitote , doit aToir pow objet Tètre par excellence, p

{Id., ihid., Hv. VI, i .)

— Même, dans le délire, un homme de génie laisse toujours échapper : des éclairs de vérité.

— a L'invention de Tart de commaniquer nos idées, dit J. J. Roussean, dépend moins des organes qui nous servent qne d*une faculté propre â riiomme qui kii fait employer ses organes à cet usage, et qui , si ceos-li lui manquaient, lui en ferait employer d*autre8 à la même fin. Donnez i rhomme une organisation tout aussi grossière qu*il tous plaira : sans doute il ac^erra moins d'idées ; mais, pourvu seulement quM y ait entre lui et ses semblables quelque moyen de communication par lequel Tun puisse agir et Tantre sentir, ...»

— Il fallait dire : chacun puisse agir et sentir ; car' si Tun ne pouvait qu'agir; et, l'autre que sentir; la communication ne pourrait s'établir.

— «... ils parviendront, continue J. J. Rousseau, à se communiquer enfin tout autant d*idées qu'ils en auront. *

— Le fait est vrai. Il fallait seulement le prouver; et, la vérité se trouvait démontrée.

^'- « Les animaux, poursuit J. J. Rousseau, ont pour cette comnramcation une organisation plus que suffisante, et jamais aucun d*eux n*en a fait usage. Voilà, ce me semble, une différence bien caractéristique. . . .

« Cette seule distinction parait mener loin ; on Texplique , dit-on , par

SCIENGE secuuB. I5S

ia difléreace des orgines. le serais earieax de veîr oelle expkîc&ttaii. o (I. J. ÂiMJSsiâUY £fMt«ttr l'origine ées kuiffuee, dk. i.) — c Peut-être findrail-il Taisonoer sur TorifiBe des langues tont iremest qucn n'a fat jnsqa'ki. »

(J. J. RoosoudJ, 4d., ch. n.)

— Cela, est probable ; cela, est même certain. Car, si oa avait été sur la bonne voie, on serait arrivé au but. Mais, Rousseau raisonne-t-il mieux? Au chapitre suivant, il dit : « D'abord on ne parla qu'en poésie ; « on ne s'avisa de raisonner que longtemps après. * Rousseau s'imagine donc : que, parler en poésie, ce n'est pas raisonner : bien on mal ?

— « Le feu, dit encore Rousseau^ fait grand plaisir aux animaux ainsi qu'à l*homnie, lorsquHls sont accoutumés à sa Yue et qu'ils ont senti sa doace ohaleiir. Souvent même il ne leur serait gnère moins miîle qu'à nous , au moins pour réchauffer leurs petits. Cependant , on n*a jamais oiy dire qu*ancune bête, ni sauvage ni domestique, ait acquis assez d*iifdustrie pour faire du feu , même à notre exemple. Voilà donc ces êtres raiseaneurs qui ferment, dît^on, devant Thomme une société fugitive, dont cependant rinteUigeofie n*a pu a'élever jusqu'à tirer d'un caillou des étincelles, et les recueiiUr , ou conserver au moins quelques feax abandennésl Par ma (bi, Ws plulosopbes se moquent de nous ouvertement. On voit bien |mu> leurs écrits qu'en efTet ils nous prennent pour des bêtes* »

(J..J. Rousseau, Jd., ch. ix.)

— Et, que reproche Rousseau aux philosophes? D'accorder de rintelligencc aux bètes. Et , que fait Rousseau? Il reconnaît : que, les animaux ont de grands plaisirs. Avoir du plaisir, ce n'est donc point eoimaitre : qu'on peut avoir de la peine? Ce n'est donc point de l'intelligence? Et, voilà comme on raî-p^ seaiie z avec des expresaioiia indéterminées.

— a Nous sommes déjà loin du temps, dit M. Charles Leniesle , où ro& se croyait raisonnablement et consciencieosemeot obligé de refuser aoi animaux toule faculté iatellectuelle. Bien que nous n^ajons encore renoncé liià la manie de subtiliser sans justesse ni à celle d*adopter sans examea, nous ne nous lÎTrons plus tant aux illusions ou à la paresse de notre esprit; nous nous défions davantage de nos rêves et de ceux des antres, et Fon n'oserait plus aujourd'hui avancer que lesbétes ne pensent potnf;...*

— Effectivement, tel est l'état de la scieDce .

— « ... ou du moins, continue M, Ck. Lemesle, supposé qn'il se rencontrât un homme assez dénué de sens pour exhumer une telle erreur, U risée publique accueillerait ce système jadis révéré comme un dogme. »

(M. Gharlxs Lemesle, Misophilanthropopanutopies, tablettes d'un sceptiqtM, pr écédées d'une Introduction par M. Tissol, de l'Académie française ; 2e édition, 1845, p. 127.)

— Voilà, un sceptique qui parle : comme un dogmatique.

L'auteur de cette tirade va nous donner les conséquences de son système.

— « Les trois quarts des hommes sont probes comme on est propre, ou parce que leurs moyens pécuniaires leur permettent de Tètre sans se gêner, ou parce qne leurs habitudes ne leur permettent point de ne ïêtre pas sans éprouver une sorte de malaise qui leur est insupportable , mais qui le devient d'autant moins qne leur position le devient davantage. »

— Et plus loin :

— « Il est une institution des Lacédémoniens qui a passé dans nos mœurs ; on nous fait gloire de tout vol commis avec asseï d*habileté pour qn*il soit impossible de nous en faire honte. »

— « Si l'on prend la peine d'examiner , dit Locke , jce qui captive h raison des personnes les plus sincères, et qui leur aveugle l'esprit jusqu'à les faire agir contre le sens commun , on trouvera que c'est cela même dont nous parlons présentement ; je veux dire , quelques idées indépendantes qui n'ont aucune liaison entre elles ; ... »

— Telles que l'animalité et la sensibilité, la divi-nîté et Texistence réelle.

— «... mais, continue Locke , qui sont tellement combinées dans Tesprit par Féducation, par la coutume et par le bruit qu'on en fait incessamment dans leur parti, qu^elles s'y montrent toujours ensemble, de sorte que, ne pouvant non plus les séparer en eu]L-mêmes que si ce n*était qu'une seule idée, ils prennent Tune pour Tautre. C'est ce qui fait passer le galimatias pour le bon sens, les absurdités pour des démonstrations, et les discours les plus incompatibles pour des raisonnements solides el bien suiiis. C'est le fondement, j'ai pensé dire, de toutes les erreurs qui régnent dans le monde; mais si la chose ne doit point être poussée jusque-là, c'est du moins l'un des plus dangereux, puisque partout où il s'étend il empêche les hommes de voir et d* entrer dans aucun examen. Lorsque deux choses, actuellement séparées, paraissent à la vue constamment jointes, si l'œil les voit collées ensemble, quoiqu'elles soient séparées en effet, par où commencerez -vous à rectifier les erreurs attachées  deux idées que des personnes qui Toient les objels de cette manière sont accoutumées d'unir dans leur esprit jusqu'à substituer l'une à la place de Tautre, et, si je ne me trompe, sans s'en apercevoir euxmêmes ? Pendant tout le temps que les choses se passent ainsi , ils sont dans l'impuissance d^étre convaincus de leur erreur, et s'applaudissent eux-mêmes, comme s'ils étaient de zélés défenseurs de la Térité, quoique, en eflel, ils soutiennent le parti de l'erreur; et cette confusion de deux idées différentes, que la liaison qu'ils ont accoutumé d'en faire dans leur esprit leur fait presque regarder comme une seule idée^ leur remplit la tête de fausses vues, et les entraîne dans une infmité de mauvais raison* nements. »

(Ehgtclopêdib, Lockb, article Association d'idées,)

— Et, ces individus restent dans V impuissance d*être convaincus de leur erreur : jusqu'à ce que la vérité puisse être distinguée de Terreur, d'une manière rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun.

^ « Nous avons l'avantage , dit d'Alembert , d'être plus éclairés et plofl instruits {tiut les anciens philosophes) ; les difGcultés que l'âme des bêtes semble fournir contre la spiritualité- et contre l'immortalité de r&nie n'ébranlent ni la raison ni la croyance du sage. Il n^y répond points

158 SCIBHCC SOCIALE.

avec certain scohgtiqve, par cette abiimiHé ridkale i|Qe Tfaie «les

bélcs est matière parce qu'elle est bornée à sentir et qu^elle ne pense pas ; ii reconnaît que les sensations et la pensée ne peuvent appartenir qu'au même principe ; et Texpérience lui prouve d'ailleurs que les bêtes ne sont pas boraées aux sensations pures. Il convient donc que Vàmeikt béies est de même nature que celle de Vhomme, quant à la spirituaUté, parce quU serait absurde de soutenir que la manière setU et pente daiu les animaux et non dans Vhomme ; mais il ar^uc en même temps ^ue U difiEéreaca de TAme humaine et de celle des bctet , qaant à rimraortaliAé, vient UNiQUHiiBHT de ce qnc Dieu a voalu que rame des j^muiamt périt avec la corps , ei qu'au covtraiiio celle de Tliomma saiisiatii étarnaUement. ]»

— Une mimatémlité qui meurt 1 Une inunatérîa-

nté qui ne meurt pas, mais par miracle ! Et, voilà ce que le chef des encyclopédistes appelle ; être plus

éclairé et plus instruit ; que, les anciens philosophes!

— tt Si on lui propose, contimie d'Alembert, d*expliqaer ponrqmoi les les bêles souffrent , sans Tavoir mérité comme nous par le péché d*an premier père, et sans aucun espoir de récompense dans une antre vie , il n'éludera point, avec Desearies , cette objection en soutenant , contre (a ndaon et reipérience ^ . . • »

— Il paraît que pour Tencyclopédiste : expérimenter n'était pas raisonner; et, que raisonner, n'était pas comparer, expérimenter.

— « ... que les bêtes , continue] d'Alembert , sont de purs automates ; ... »

— Probablement, l'encyelopédiste n'aj^elait poiBt les plantes : de purs automates. Et, cependant, qu'est-ce qu'un homme, avec une âme créée; si, ce n'est : un pur automate?

♦ — «... il se conienlcra, amtsme d'Alemberf, de répondre qne si hs

scmncE socuu. ISO

bètes oui des MoiatMU crwiàss, elles en ont aunî d'agvéabies (pri ]es en lagent.

— Cette proposition atroce est digne tf un bourreau : torturant ses victimes.

-» « Enfin ^ coBtimie d*Âlembert , il se contentera d'avoir tiré de la philosophie toutes les lumières qu'elle peui fournir sur ce sujet^. . . »

— C*est, sans doute : fournir aux bourreaux, qu'il a vouiu dire.

—"«•.• et y continae d^Alerabert, se taira sur ce qu'il ne peut comprendre. »

(Ehctglopêdis. Éléments de philosophie de d*Alembert^ article Métapkysiqtu.)

— Et, Toilà comment les philosophes actuels , sont plus éclairés et plus instruits : que, les anciens.

— « Pour résoudre la question si les bêtes ont une àme, dit Tencyelo-

pédiste, il faut rentrer dans sdi-même et considérer avec loute Taltentioft

dmii on est capable l'idée que Ton a de la matière. Et si Ton conçoit que

de la Hiatière figurée d'une (elle manière , comme en enrré, en rond , en

ovale, soie de la douleur, du plaisir, de la chaleur, de la couleur, de To-

deur, du son, etc., on peut assurer que Tàme des bêtes, toute matérielle

quWle soit, est capaMe de sentir. Si on ne le conçoit pas, il ne le faut

pas dire, car il ne faut assurer que ce que Ton conçoit. De même, si Ton

cançoit que de la matière extrêmement agitée de bas en haut et de haut

en hae, en ligne circulaire, spirale, parabolique, eliiptûjue, etc. , soit un

amour, vae haâne« une joie, une tristesse, elr., on peut dire que les bêtes

oht les mêmes passions que noua; si on ne le voit pa», il ne le faut pas

dire, si l'on ne veut parler sans savoir ce qu'on dîL Mais je pense pou»

voir aaeurer qa*on ne croira jamais qu'aucun mouvement de matière

puisse àtre un amour, une joie, pourvu que Ton y pense sérieusement. De

sorte qÊûf pour résoudre cette question : si les bêtes sentent, si Ton a soin

d*en Âter l'équivoque, comme font ceux qu'(m se plaît d'appeler carté-

sienSy on le réduira & use question si simple, qu'une médiocre attentioa

d'esprit suffira pour la résoudre..

c .•••...» AJasi, dans les aatmaui, il n'y a m iatelligence ni ème ,

160 SCIEMGE SOCIALE.

comme on l'entend ordinairement : ils mangent sans plaisir, ils crient sans douleur, ils croissent sans le savoir , ils ne désirent rien , ils ne connaissent rien ; et s'ils agissent avec adresse et d'une manière qui marque de l'intelligence, c'est que Dieu les ajant fait pour les conserrer,.,. b

— Peu importe le pourquoi. Il s'agit de savoir : ce qui est. Et, d'ailleurs, s'il y a un Dieu ; il ne peut exister : que lui de reW, s'il est créateur ; et, que lui et la matière, s'il né l'est pas.

— «... il a conformé leurs corps, continue Tencyclopédiste , de telle manière, qu'ils évitent machinalement, et sans le savoir , tout ce qui est capable de les détruire et qu^iis semblent craindre. Autrement il faudrait dire qu'il y a plus d'intelligence dans les plus petits des animaux, on même dans une seule graine, que dans le plus spirituel des hommes; car il est constant qu'il y a plus de différentes parties , et qu'il s'y produit plus de mouvements réglés que nous ne sommes capables d'en connaître.

<t Mais comme les hommes sont accoutumés de confondre toutes choses, et qu'ils s'imaginent que leur àme produit dans leur corps presque tous les mouvements et tous les changements qui lui arrivent, ils attachent faussement au mot âme l'idée de productrice et de conservatrice du corps ; et pensant ainsi que leur âme produit en eux tout ce qui est absolument nécessaire à la conservation de leur vie , quoiqu'elle ne sacbe pas seulement comme ce corps qu'elle anime est composé, ils jugent qu'il est nécessaire qu'il y ait dans les bétes une ftme pour y produire tous les mouvements et tous les changements qui leur arrivent, lesquels sont assez semblables à ceux qui sont dans notre corps. Ckr les bétes s'engendrent comme notre corps, elles se forment comme lui^ elles croissent et se for> tifient, elles boivent, elles mangent, elles dorment comme lui , parce que nous sommes entièrement semblables aux bêtes par le corps, et que toute la différence qu'il y a entre nous et elles, est que nous avons une àme et qu'elles n'en ont pas ; non une àme qui forme le corps, qui digère les aliments, qui les distribue, qui donne le mouvement et la chaleur au sang, mais une âme qui sent , qui veut , qui raisonne et qui prnse en toutes manières , et dont les pensées ont rapport au corps qu'elle anime , et qu'elle n'anime que par ses pensées , comme le corps a rapport à l'âme par tous les mouvements qui lui arrivent, et non par des sentiments dont il n'est pas capable. Ainsi la raison pour laquelle on ne peut résoudre la plupart des questions de celte nature , c'est qu'on ne distingue pas et qu'on ne pense p<is mène à distinguer différentes choses qu'un mâms tnot signifie.

« Ce n'est pas que Ton ne s'avise quelquefois de distinguer ; mais son«

"vcnt eo le fait ri màï, qu'ao lien d*ôter réquivocjne des ternes par lés «listiiictieDs qu^on leur donne , on ne fuit que les rendre ^s obaevrs» Lorsqu'on demande, par exemple, si le corps irit, comment il vit et de ^aelle manière Tftme reisonntible l'anime, si les esprits animaux , le sang elles antres humeurs viient, ri les dents ^ les chefeux et les ongles saat animés, etc.; on distingue ces mots de vivre et dVfre animé j'en vivre on être animé d^une Ame raisonnable , on d*une Ame sensitive , on d'une âme végétative ; mais cette distinction ne fait que confondre l*élat de la question, car ces mots ont eux-mêmes besoin d^explication , et peut-être même que les deux derniers, âme végétative, &me sensitive, sont inexplicables et incomprébensibles dans la manière dont on l'entend ordtnaireuDcnt. »

— Le célèbre métaphysicien se trompe. Ces mots sont absurdes ; et, par conséquent, très-compréhensibles et très-explicables. Si, la sensibilité appartient à la TÎe, à la matière ; il n'y a pas besoin d'âme ; si, elle n'y appartient pas ; la vie n'a pas besoin d'âme pour exister. Les expressions : âme sensitive et âme régétativej sont donc : absurdes.

— « Mais, poursuit l'encyclopédiste, si l'on veut attncher quelque idée 4'laire et distincte au mot de vie, on pe«t dire que la vie de Time est la connûssance de la vérité, ...»

— C'est, la sensibilité qu'il fallait dire : vie, dans V éternité j avant le verbe; vie, dans le temps y vie avec connaissance^ après le verbe. Quant, à la vérité; sî, les âmes ne vivaient que par la connaissance de la vérité, elles seraient encore à naître. Cela peut se dire, au figuré ; mais, au propre, cela n'est pas.

— «... ramonr du bien, continne Tencyclopédiste , ou plutôt ^e sa pensée est ia vie, et que la vie du corps. • • »

— Le mot «te, cat employé an propre, qatiid il

s'agit du corps; il est au figuré, quand il s'agit de rame. Le mot sentir est au propre, quand il s'agit de l'âme ; il est au figuré, quand il s'agit du corps. Ne pas distinguer le propre du figuré, est la source de toutes les erreurs. Mais, pour les distinguer, il faut les connaître. Et, quand on les distingue, il n'y a plus d'erreurs possibles.

— «... consiste, continae Fencyclopédiste, dans la circulation du sang, le juste tempérament des humeurs , ou plutôt que la vie du corps est Ir ^MUvemetU de ses parties propre pour sa conservation, »

— Cette définition, bien antérieure à celle de Bicbat, lui est identique ; et, supérieure, par la clarté et la' simplicité.

— « Et alors, continue Tencyclopédisfe, lea idées attachées au mot de vie étant claires^ il sera assex évident : lo que Tàme ne peut communiquer sa vie au corps, car elle ne peut le faire penser ; »

— C'est, sentir qu'il fallait dire. Mais, cette mal; heureuse idée, que Tâme est capable de penser par elle-même, a conservé, des milliers d'années, le monde dans l'ignorance, dont il était si facile de sortir. Et, pourquoi cela n'a-t-il pas été; et, pourquoi n'en est-on pas sorti? Parce que cela ne devait pas être.

-^ « 2o Qu'elle ne peut« continue Tencyclopédisle, lui donnerlaviepar laquelle il se nourrit, il croît, etc., puisqu'elle ne sait pas même ce qu'il faut flkire pour digérer ce que Ton mange ; 5* qu'elle ne peut le faire sentir, puisque la matière est încapahl» de sentiment, etc. On peut enfin résoudre sans peine toitles les autres 'questions que Ton peut lair£ sur ce •njet, fK>«rvQ 4)iie les termes qui les énoncent réveillent des idées claires ;

scieucb sociale. 163

et il esl inposiible de les résoodrey n les idées des tenues qui les expriment sont cooiiises et obscures. »

(Encyclopédie méthodique, Paris et Liège , 1788, partie mé^ taphysiqMy logique et morale, t. H, art. Méthodb.)

— « Sans remonter, dit Al. Auguste Comte, dans l'histoire. . . »

— Nous avons déjà donné cette citation, au titre premier. Nous la replaçons ici, pour ne pas y renvoyer le lecteur; et, avec quelques notes, qui n'auraient pu être appréciées, avant de se trouver au point où nous sommes arrivés maintenant. Surtout, n'oublions pas : que, Tauteur dont nous donnons un extrait est, sans aucune espèce de contradiction, non* seulement le meilleur, mais encore le seul rapporteur sincère et instruit de l'ensemble de la science actuelle.

— a .. . dans rhisloire générale de Tespril humain^ continue M* Comte, an delà de la grande époque de Descartes, si hautement caractérisée par la première tentative directe pour la formation d*un système com^lei de philosophie positiie,... »

— Quand, un auteur prend un titre indéterminé; c'est une preuve qu'il n'a pas d'idée claire : de ce, dont il veut traiter; du but, qu'il veut atteindre. Voyons au dictionnaire ce que signifie le mot positif.

— « Positif , te, adj. Verus» Certain , constant, assuré (cas, non- Telle — ) ; l'oppoeé de relatif^ d'arbitraire, de négatif, de naturel (droit -— jf t. de mathématiques, etc. »

— L'opposé de aatuNl est très -joli; mais, laissons

f 64 SGIMCK 80CIIÎW.

célz. Que signifie positif? Yéritable. Ainsi, phatosophie positive signifie : philosophie véritable. M. Comte, s'imagine-t-il : que, Platon, Aristote, Bacon, Descartes, etc., aient voulu faire des philosophîes mensongères? Quiconque écrit une philosophie, la prétend positive, véritable. Mais, il ne suffît pas de le prétendre; il faut : pouvoir faire accepter cette prétention, par quiconque est capable de dire : un est un. M. Comte Ta-t-il fait ? Nous disons : Nopr. Le feronsnous? Nous disons : oui. C'est au lecteur à juger.

-— « ... on doit remarquer, continue M. Comte, qoê ce paissant réa*valeur, quelle que fût son audacieuse énergie, n'avait pu lui-même s'élever assez au-dessus de son siècle pour concevoir sa méthode fondamentale dans son extension logique, en osant y assujettir auesi^ dn moins en principe, la partie de la physiologie qui se rapporte aux phénomènes intcdlec— ttfels et moraux. »

— M. Comte prétend : que, les phénomènes intel* leetuils, moraux, sociaux dérivent exclusivemait de la matière. Très-bien I Cette idée n'est pas neuve. II s'appuie sur la réalité de la série continue des êtres. Encore, très-bien ! II prétend : que, la continuité de cette série^ est à l'état de démonstration scientifique. Encore très-bien! et, toujours très-bien! Mais, nous tenons à ce que nos lecteurs remarquent : que, c'est exclusivement sur la continuité de la série, que ce matérialisme est établi ; et, que s'il est réel, ce qui eB^, si k» aniflLanx ont de la sensibilité} il faut nsk conclure ; ou, il faudrait en conclure, si nous étionsalors capables de conclure : que, tout ce que M. Comte a dît : il l'a dit : néeessairwieiit ; qu'il ne pouffait

SCiraCB SMULK. I6S

pas ne pas le dire; que, nous ne pouvions point ne pas lui répondre ; et, que nos lecteurs en pensenuxt nécessairement : ce qu'ils en penseront. Et, ie tout, pris ensemble : ne signifiera rien du tout.

— « En analysant, continue M. Comte, le développement graduel de ses principales conceptions philosophiques , d'après la hiérarchie rationnelle. • • »

— Si, le matérialisme existe, il n'y a de hiérarchie et de raison qu'en apparence ; et, le mot réalité n'a pas plus de sens : que, le son d'une cloche.

— «... que j*ai étaVRe, continue M Gomte^ entre les diverses classes essentielles de phénomènes naturels, • . • »

— Est-ce que M. Comte admettrait : des phénomènes non naturels; ou, surnaturels? À quoi bon entasser des épithètes qui ne servent à rien ; même, dans son système?

— a ... il est aisé de recounaitre, en éfTet, continue M. Comte, que telle {îil en général la i éritable harrière devant laquelle vint s^éteindre Vessor incomplet de sa réformation projetée. »

— En examinant Descartes , nous avons vu : ce, qui l'avait maintenu dans Terreur, malgré sa belle in^ telligence. Quand, on part, soit de l'anthropomorphisioe, soit du matérialisn^ ; il est impossiUe : de m pas arrivera l'absurde; et, mieux on raisonne, phs tôt on y arrive.

-^ « Après SToir , comme 11 le BeTail , continue M. Comte , institué

d'abord une vaste hypothèse mécanique sur la théorie fondamentale des phénomènes les plus simples et les plus universels, il étendit suocessifement le même esprit philosophique aux différentes notions élémentaires relatives au monde inorganique , et y subordonna finalement aussi Tétude des principales fonctions physiques de l'organisme animal. Mais son impulsion réformatrice s'arrêta brusquement aux fonctions affectives et intellectuelles ...»

— Ainsi, selon M. Comte, voilà le tort de Descartes j c'est j de n'avoir pas continué à établir : que, Tautoinatisme embrassait les fonctions intellectuelles. Il s'ensuit évidemment : que , pour M. Comte, les fonctions sont automatiques. Alors, Descartesn'apaseutort ; car, un automate ne peut pas avoir tort. Et, M. Comte n'a pas raison d'insérer les fonctions intellectuelles dans l'automatisme ; car, un automate ne peut avoir : ni tort ; ni raison.

— Cl ... dont il constitua formellement, continue M. Comte, l'étndeen apanage exclusif de la philosophie métaphysico-théologique . • . »

— Ce, qui veut dire tout bonnement : que. Descartes refusa la matérialité à la sensibilité. Descartes, dans son système, avait tort, comme M. Comte dans le sien. Une immatérialité créée, est : absurde. Un raisonnement, qui implique liberté, et dérivant de la matière, l'est également.

— n ... à laquelle, continue M. Comte, il s*efforça vainement de don ner, sous ce rapport, une sorle de vie nouvelle, quoique, par une action plus efficace , parce qu*elle était progressive , il en eût d^'à sapé dh&ne manière irrévocable les premiers fondements scientifiques. »

— Descartes, n'a rien sapé du tout. C'est, la presse

8CIBNCB SOCIALE. 16t

qui a sapé. Aristote, a été bien autrement matérialiste; c'est-à-dire : bien plus clairement que Des* cartes ; et Aristote a manqué d'être canonisé. Peu s'en fallait aussi : que, le savant Érasme ne se recom-* mandât aux prières de Cicéron, le plus décidé panthéiste de l'antiquité : malgré le songe de Scipion.

— « Rien ne caractérise mieux peut-être, continue M. Comte, la pénible situation fondamentale de T'esprit de Descarles^ c'est- à-dire la lutte entre la tendance positive. . . »

— Lisez la tendance rationnelle.

— «1 ... qui lui était si exclusivement propre, continue M. Comte, et les entraves théologico-métapbysiques imposées par son époque. . . »

— Des entraves théologiques, des entraves relatives à la révélation, à la bonne heure. Certes, c'est là ce qui a arrêté Descartes. Mais, des entraves métaphysiques^ c'est une erreur. Descartes méprisait, souverainement, tout ce qui avait été dit, avaat lui, en métaphysique, et, il avait grandement raison. Si, M. Comte en avait fait autant, des entraves matérialistea de son époque ; il aurait mieux réussi.

— « ... i^ue la conception paradoxale à laquelle il fut, selon moi, continue H. Comte^ irhê'natureUerMnt conduit,.. . »

— M. Comte aurait dû nous dire : pourquoi il est sorti de la route naturelle.

— « .:• sur l'intelligence et l'instinct des animaux, continue M. Comt^ vMilaot restreindre, autant qu'il le croyait possible, l'empire de Tan-

itô SClEKCe flOGIiLS.

cîeone philosophie, et œ pott?aal, concevoir ccpaoïkot rextamioB de mélhode fondamentale* . . »

— L'hypothèse mécanique est si peu le point de départ; le fondement de la méthode de Descartes ; que, partout il dit expressément que, son point de départ est : la métaphysique. Je pense, donc je suis. Tel est son point de départ. Et, c'est seulement après avoir cru reconnaître le mélapliysique, le libre, qu'il passe au physique, au nécessaire. Cette méthode est mauvaise ; mais elle est sienne.

— (c ... à un tel ordre de phénomènes, continue M. Comte, il prît l'audacieux parti d*en nier systématiquement Texislence par sa célèhre hypothèse de l'automatisme animal. »

— Le génie de Descartes avait reconnu : que, Tautomatisme devait exister, paur les animaux, sous peine d'être obligé : de l'admettre pour Thomme. Une voulat pas être automate ; au moins il ne voulut pas l'être ouvertement ; car, en dehors de ce système, il se reconnaît automate vis-à-vis de Dieu. M. Comte se reconnaît automate en principe ; et, ne veut pas admettre qu'il le soit vis-à-vis de la loi. Chacun son goût, chacun son préjugé. Mars, de part et d'autre, il y a inconséquence.

— « Une fois arrité à Thomme, » continue M. Comte, . . .

— Descartes, n'arrive point à l'homme : il part de l'homme. Et, M. Comte aussi en part; car, son point de départ est , bien certainement , le raisonne-

SGUMGB SOCIALE. 409

ment, son raisonnement ; et, son raisonneoMit c'est loi ; ou, sa raison, si vous Taimez mieux.

— « ••• Tévidente impossibilité, continue M. Comte ^ d*y appliquer le même expédient philosophique ...»

— Et, pourquoi l'impossibilké ? Un homme peut être une mécanique, un automate. S^il y a un Dieu, rhomme est un automate. S'il n'y a pas d'immatérialité, rhomme est encore un automate ; et, M. Comte en convient : puisque, le tort de Descartes est de ne pas avoir étendu généralement son système mécanique. La sensibilité, n'empêche pas d'être automate. La sensibilité n'empêche d'être automate : que, si elle est immatérielle . Et, encore : pour, que l'automatisme

* cesse; il faut : que, le verbe soit développé. Un enfaut est sensible, en venant au monde ; et, c'est un automate : même dans l'hypothèse de l'immatérialité de la sensibilité.

— «... le força, continue M. Comte, de capituler en quelque sorte avec la niéuph|nqtte. . . *

— Ce n'est point avec la métaphysique, que Descartes a capitulé; c'est, avec Dieu, ou plutôt, avec son époque. Si, Descartes vivait à présent ; il ferait ce que nous faisons ; et, infiniment mieux.

— c ••• et la théologie, continue M. Comte, en leur abandonnant, ou plutôt en leur maintenant, par une espèce de traité formel, cette dernière partie de leun attrihations primitiTes. On conoet rait difficilement com* ment, à une telle époque ^ il eût été possible de procéder autreiaenU Quels qu'aient été les graves inconvéuieuts réels de cette singulière théorie automatique, il importe de noter. . . »

170 8C1BHCB SOCIALE.

— Ainsi, lecteurs! notez-le bien.

— «... que, continue M. Comte, c*est précisément pour la réfuter çw Us physiologistes , et surtout If s naturalistes du siècle dernier , furent graduellement conduits à détruire DiRRCTSifEKT la VAiifE sÊPARATtoR fox- DAHBHTALE Qus DescoTtes avûit ainsi tenté d'établir entre Vétude de Vhiomme et celle des animaux , ce qui a pihaleiikrt amené de nos Jomrs Ventiére et irrévocable -élimination de toute philosophie théologique ou métaphysique chex les intelligences les plus avancées. »

(AocasTE Comte, déjà cité.)

— Si, par le mot Dieu^ il faut comprendre Tanthropomorphisme ; il n'y a pas de doute : que, les intelligences les plus avancées n'aient éliminé, irrévocablement, la théologie. Mais, si par le mot DieUj il Taut comprendre : la sanction éternelle des actions réelles ; il n'y aura, désormais : que, les intelligences les moins avancées ; ou plutôt , que les intelligences dérangées ; qui , ne reconnaîtront point Dieu ; et, ne feront point, de la théologie, la base exclusive de toute société. Avant de passer outre, nous prions nos lecteurs de relire le g P*" du ch. I", titre premier.

— R Dans ce siècle où régnent si fièrement les préjugés et Terreur soos le nom de philosophie, les hommes, abrutis par un yain savoir^ ont fermé leur esprit à la Toix de la raison. ...»

(Rousseau, Lettre à d'^Àlenibert,)

— Avant d'examiner pourquoi les animaux ne parlent point, nous devons déterminer, plus particulièrement encore que nous ne l'avons fait (1) : quelques expressions, dont les valeurs, propres et figurées, ne sont point suffisamment distinguées. Ces expressions sont : mémoire y sensation ^ abstraction y signe, idée.

(1) Au chap. V,$ 2, etc.

SCtBNCE SOCIALE. 171

Page 1