RICHESSE ET DISTRIBUTION DES RICHESSES
La science sociale, rendue rationnellement incoulestaUe, vis-à-vis de tous et de chacun^ établit :
Que, tout ce qui est matériel et utile est une richesse fropre-ment dite;
Que ce qui est intellectuelei utile, comme les connaissances, par exemple, n*est que richesse figurémerU dite;
Qu'assimiler la richesse figurément dite ou dénmnt exelnsivement du travail, à la richesse proprement dite, essentiellement matière, comme dérivant du travail sur la matière ; c'est : assimiler l'homme à la matière; et, donner lieu aux soidiismes, justifiant Tesclavage des masses.
(1) Voyez : Riciikssi; , élude viii ; t. \\\, Uc Vcconomie politique, lourcc dettrévoiutioiih.
SCIBMGB SOGfAtB. 577
" Que, toute ridbesse a une valeur : damesiique, quand il est fait abstraction de l'échange ; sociale^ quand elle est relative à réchange;
Qaoy la valeur domestique a pour expression : le produit brut ; et, la valeur sociale : le produit net.
Que, le plus grmd produit brut constitue la plus grande richesse, d'une société isolée : domestique, nationale, ou humanitaire; et, que le plus grand produit net constitue la plus grande richesse des sociétés non isolées; des sociétés ayant pour but : l'échange.
Que^ tant qu'il j a des sociétés, des nationalités ; il n'y a de droit : que,]a force;
Que, la raison ne peut régner : que, par l'anéantissement des uationalités;
Que, tant qu'il y a des nationalités, l'immense partie de l'humanité fait partie des richesses : soit domestiques ; soit na-* tionales. Alors, les richesses figurément dites^ l'intelligence et ses développements y sont confondues : avec les richesses proprement dites ; avec les richesses dérivant : non du seul travail; mais, du travail sur la matière.
Que, tant qu'il y a des nationalités, le nom de richesse nationale, de richesse sociale^ est donné : à l'ensemble des ri* chesses domestiques des forts ; les faibles appartenant euxmêmes : à cette richesse ;
Que, lorsque les nationalités sont anéanties ; le nom de richesse sociale n'est donné : qu'à la richesse collective. Personne, alors : n'étant esclave ; n'étant richesse ; chacun possède sa richesse domestique, dont il peut disposer ; indépendamment de sa part, dans la richesse collective et inaliénable. La science sociale établit en outre :
Qu'il y a richesse, dérivant du travail sur la matière : le capital ; et, richesse non dérivant primitivement du travail : le
sol; Qu'il y a deux espèces d'organisations de la richesse; et,
exclusivement deux;
Que, par la première : le sol est aliéné à un seul, ou à plusieurs individus ; ainsi, que les capitaux provenant des générations passées;
578 SGIBNGB 80G14U.
Que, par la seooiide, le sol, et les capitaux acquis par les générations passées, appartiennent à la propriété ooiXBcnvE et inaliénable;
Que, l'organisation de la richesse non produite, te sol, n'est point arMratre; mais, appartient : àlanéeesMU sociale;
Que, la première espèice d'organisation, de la richesse non produite, est nécessairement relative : à l'époque d'ignorance sur la réalité du droit ;
Que, la seconde espèce d'organisation, de cette m6me richesse, est nécessairement relative : à l'époque de connaissanoe sur la réalité du droit;
Que, la distribution, la répartition des richesses ptroduites^ n'est, également, jamais arbitraire; mais, dérive Un^own et nécessairement : de l'espèce d'organisation de la richesse ;
Que, sous la première espèce d'organisation, la répartition des produits se fait nécessairement de manière : que, la plus graiMle partie possible des produits, aille toujours à la plus petite minorité possible des individus; et, proportionnellement : à la force;
Que, sous la seconde espèce d'organisation, les produits se répartissent nécessairement aussi, en^e tous ; et, proportioanellement : au travail ; au mérite; à la raison;
Que, le paupérisme ; ou, la privation de richesses pour les masses ; existe seulement : sous, la première espèce d'organisation ;
Qu'alors, l'accroissement du paupérisme, chez les faibles; est toujours proportionnel : à l'accroissement des richesses chez les forts ;
Que, sous la première espèce d'organisation ; les intérêts de tous; et, les intérêts de chacun; sKmiwoppositiMcamplèie;
Que, sous la seconde espèce d'organisation : les intérêts de tous; et , les intérêts de chacun ; sont parfaitement Aarmoniques;
Que» toute richesse, proprement dite, a pour source : le travail, comme agent; le sol, comme patient; Que, la mesure absolue de la valeur ; la mesure absdue de
la ricbesse; est une sottise; cooanet la Diesure absolue de la longueur, de la largeur, ou de la profondeur.
S6ISMCB SOCIALS, 579
La société actuelle, au contraire, assimile :
La richesse, proprement dite ou matérielle, a^ec la richesse figurément dite, avec la richesse inleUectueile ; et, elle proclame, par la bouche de J. B. Say, son prophète :
— « Que le talent d*iin arocet, d'un médeein, <iiii a été acquis au prix de quelque sacrifice, et qui produit un bbteiu, est une taleur CAPifiuc. »
— Une fois, que la société actuelle a pu faire confondre : le TRAVAIL, valeur intellectuelle, avec la propriété, valeur maté* rielle; Fesclavage des masses se trouve facilement justifié ; et, le tour économique se trouve achevé. Il est évident : que, du moment que le mot richesse ne s'applique plus exelusimmmi à la matière; du moment, que le travaily le talent ^ Yinduslrie passent dans ledomaine de la richesse;\a société dit, avec justice: Vimpôt doit se prélever sur la richesse. Alors, l'iropM pèse aussi sur le travail. Et, comme dès qu'une parcelle quelconque de Timpôt, pèse sur le travail ; tout Timpôt, sans l'ombre d'une exception, pèse sur le travail ; il se trouve : que, par cette seule assimilation de la richesse figurément dite, à la richesse proprement dite, l'homme se trouve assimilé à la matière: et, que l'esclavage des masses se trouve justifié. Toute l'économie politique, toute, ne l'oubliez jamais ; c'est-à-dire : l'Évangile de la société actuelle, repose : sur celle monstrueuse assimilation.
Aussi, la société actuelle tient, infiniment, à cette monstrueuse assimilation ; elle y tient comme à la vie ; et, elle a bien raison ; car, du moment que cette assimilation cesse d'exister, la société actuelle a reodu son dernier soupir. Pour la conser* ver, cette assimilation, elle [fait dire , toujours par la bouche de J. B. Say :
F*^ *- « Smith a BoaifÉ le domaine de eeUe science (Véconomie politique) en résenranl excluàivement le nom de rieheên aux faleun fixées dans des subitances matbaiblles. »
— Vous) voyez : que, Smith avait compris : qu'assimiler l'homme aux richesses, c'était justifier l'esclavage. Le prince de l'économie politique française s'est réservé la gloire de cette justification. ^ * in
580 8GIBNCB SOCIÂLB.
— « IlorrAR y comprendre, continue rAristotte moderne, qoi, loitatti, refose nne àme anx esdaTee modernes, il niYArr y comprendre des ta- LioAs qui, Bimr qu'ihmatéublles, h'ht eoiiT pas hows RÉÉLUS.. • »
— Ne vous extasiez-vous point, devant l'honneur de Texoeption. Bien quHmmatérieUeSf elles Wen sont pas xonrs réelles! En effet, il n'y a de réel : que, le capital; et, c'est seulement en capitalisant Thomme, en le matérialisant, qu'on lui donne la RÉALITÉ. En vérité, l'on se croirait : dans un bas-empire matérialiste 1 1
— « ...n'en sont pu moins liuxu, continue le père de TÉglise économtipie, comme sont us talihts matuubu ou acqcis« s
— ^Ainsi, les talents naturels et acquis ; c'est-à-dire : l'hcma- NrrÉ TOUT ENTiÉRB ; appartient au CAPrrAL. Le capital est un fait ; le capital est une réalité; le capital est I'ame. Quant aux cadavres, vous pourrez leur accorder des nnons, si cela vous amuse ; comme, par exemple : celui d'être jeté à la voirie ; quand^ ils empoisonneront les capitalistes.
Pour confirmer l'esclavage des masses, l'économie politique, représentant la société actuelle, ne s'occupe : ni de valeurs domestiques, ni de produits bruts, relatifs au bonheur ; mais de valeurs en échange et de produits nets, dominant les valeurs domestiques; valeurs en échange et produits nets relatifs : à la domination du capital ; à l'esclavage des masses. Et, cependant, dans toute société isolée; comme le sera l'humanité, quand les nationalités seront anéanties ; le produit net n'est jamais : qu'une valeur domestique; leproduit brut étant seul alors : la valeur réellement sociale. L'économie politique affirme donc : qu'elle ne doit s'occuper : que de ce qui est; et, comme I'esclavage est, elle s*en occupe exclusivement. Elle affirme en outre : qu'elle n'a nullement à s'occuper : de ce ^' doit être, f&t-ce même de ce qui doit être, sous peine de mort sociale : de la LIBERTÉ DE TOUS.
Dès, qu'il s'agit de justifier l'esclavage des masses, en proclamant : que, le travail est libre ; la société actuelle parle beaucoup de droit; et, c'est au nom du droit qu'elle assimile le travail à la matière. Mais, dès qu'il s'agit de faire dominer
SCIEHCS âOCIALB. 58i
le travail, rintelligenoesur le capital, sur la matière: la société actaelle, refurésentée par la science économique , dit par la boa* cbe de J. B. Say, son prophète ; que :
-— « Le point de droit reste toujours plus ou moins dans le domaine de Vop4nion. »
— C'est : la négation du droit absolu ; la proclamation du droit relatif, du droit de la force ; et^ par déduction inévitable : la justification de l'esdavage des masses.
Par cette même négation du droit absolu ; par la proclamation que le droit de la force est le seul possible ; la société actuelle déclare : les nationalités indestructibles. C'est, encore la justification : de l'esclavage des masses.
Les propriétés des inditHàw ne sont nullement les propriétés de la société. Car, une propriété, à moins : de ressembler au bon Dieu de M. Cousin ; et, d'être une et phuieurs ; ne peut appartenir à la fois : à tous ; et, à un seul ou à plusieurs. Les propriétés des individus, sont évidemment des propriétés domestiques. Mais, cette clarté eût nui à la justification de l'esclavage des masses. Aussi, la société actuelle, par la bouche de J. B. Say, son prophète, ne reconnaît : que
— « L'existence de deux sortes de biensi de richesses : les nnes com-
mones à tons (celles qui ne peuTont être appropriiez), les richesses ratuiKixis ; et les autres propriétës exchuivesj lis bighissbs soculis. »
— Comprenez-vous? Je parie que non. Eh bien 1 je vais vous aider. En donnant aux propriétés domestiques , le nom de propriétés sociales , on borne la propriété sociale : à l'ensemble des propriétés individuelles; et, toute richesse sociale réelle; c'estrà-dire : eoUefitive; se trouve anéantie. Puis, comme en dehors de la propriété sociale ou collective , il n'y a de propriété domestique que pour les forts ; il s'ensuit : qu'en appelant propriétés sociales ou richesse sociale, les propriétés domestiques ou les richesses; on assure l'esclavage des masses \ et, le tour est joué.
A la vérité, Bonald avait dit à la société actuelle :
882 SCIENCE SOCfALB.
— « Pour pouvoir appeler Ricmsss de la natioh la Moiroe des li* -ebesies individuelles, il faudrait que tous les individiis PAanciPAMBaT à cette richesse ; puisque la nation se compose de tons les indiTidas sans exception, et que la richesse n'étant pas une chose abstraite , il est asseï difficile de concevoir qu^une nation soit riche , lorsqu'une partie considérable de ses enfants est dans rBmtu besoin. Cependant eela est âiksi; et même, dans toute TEarope, il n*y a nulle part plus d*indîgeiit> que chez les nations qu'on appelle opulentes. »
. *- Mais, à cette proclamation d'un homme d'État , la actuelle a fait la sourde oreille; c'est, qu'il n'y a de pires sourds : que, ceux qui ne veulent pas entendre.
Quant à avoir une richesse sociale , une richesse collective , la société actuelle en nie la possibilité, au point d'affiroier, par la bouche de tous les économistes, ses représentants : que, -nulle société ne peut donner, quoi que ce soit, à un Individu; sans, l'avoir volé à un autre. Et, comme la société actuelle ne veut pas être une voleuse ; elle ne donne rien à personne. Gela, est Irès-indifférent aux forts ; ve , qu'on ne leur donne pas , ils 'le prennent. La société actuelle, par la bouche de J. B. Say son prophète, en rend témoignage, lorsqu'elle dit :
— « Lis BPAR6NBS DBS BICaBB BS PONT AUX BtPBNS DES PAOTBBS. »
— Quant à distinguer, d'une manière essentielle, le sol du capital; la société actuelle a horreur de cette distinction. Elle tient à assimiler le sol au capital, comme elle tient à assimiler : le capital au travail; le revenu au salaire. Aussi , dit-elle ^ par la bouche de H. Bastiat, l'écho des économistes :
-^ « J'ose affirmer qu'il n'est pas un champ en France qui «aitte ce qu'il a coûté, qui puisse s'échanger contre autant de travail qu'il en a exigé, pour être mis à l'état de productif ité où il se trouye. »
•^ Il paraît que Bastiat avait senti : que, si le sol doit entrer
À la propriété collective; il en est de même : pour les capi-
: taux ; pour les travaux produits par les générations passées ;
MOINS, ce qui doit resttîr, cnlro les mains des individus; pour,
que con^irnimatiou et prodaciion soient toujours : au maxiituun
^cmtrcK gociiALE. 583
possible des circomtance$« Et, c'est pour c^ cause qu'il tient tant : à assimiler le sol au capital. -
Quant , à l'existence possible de deux eqpëces d*orgamsa«« lions de la richesse, dont Tune anéantirait le paupérisme; la fiociété actuelle envoie celte dernière espèce d'organisation aux calendes grecques ; aux utopies ; et, ceux qui y croient : à Gba* renton, à Bediam; et, quand elle peut : soit aux bagnes; soit à la Nouvelle-Calédonie. Â cet égard, c'est, M. Thiers qu'elle a chargé de traduire sa pensée. Il nous assure :
— «Que le bon Dieu a destiné l'homme à traTailler ' rudement , d'ttà soleil à un antre soleil ; à arroser la terre de ses sueurs...
c On il faut , dit-il , la vallée de Tempe , habitée par des pâtres man« géant la chair de leurs troupeaux, tissant leur laine, pitres que leipoëtes tronyent innocents, que je tous déclare, moi, trè^^ossiers, souvent livrés à d*ignobles vices, ayant leur Gain s*ils ont leur Abel , et leurs pauvres aussi cent fois plus hideux que ceux de Londres et de Paris , car ce sont des crétins portant à leur cou les insignes de la misère physique , et sur leurs traits idiots les signes de la misère morale ; ou il faut, dis-je, celte vallée de Tempe, ou... »
— Vous comprenez déjà : que , selon M. Thiers , interprète de la société actuelle, îl n'y a d'alternative possible : qu'entre le crétinisme et le paupérisme. Dans ce cas, je plains M. Thiers et sa chère société ; car alors , elle n'aurait qu'à choisir dans un nouveau dilemme : ou , anéantir les écoles primaires et l'examen, ainsi que le veut , très-justement, M. Thiers à son point de vue; ou , avoir : tous les quinze ans d'abord ; puis, tous les lustres; puis, tous les ans; puis, tous les mois; pui$, tous les jours ; des révolutions : qui, porteraient les cadavres des riches aux gémonies; et, leurs biens : aux mains de leurs bourreaux.
Relativement à l'accroissement du paupérisme, parallèlement à l'accroissement de la richesse, la société actuelle le nie ; et, le niera : jusqu'à son dernier soupir. De même que cette femme, plongée diûis l'eau par son mari, pour lui avoir adressé une injure, répétait cette injure jusqu'à ce qu'elle eût de Teau pai;dessus la tête; puis, ne pouvant plus parler, répétait encore la même injure par des signes ; de méme^ la société actuelle dira
884 SCIBMCK SOGIALB.
toiiiours : U paupéritme diminue : propariicnneUemmi à ra^eroissefnent du capital. Et, oepeadant, tous les économistes, sans l'ombre d'une exception \ sont d'accord pour lui dire : qu'à cet égard, elle est dans l'erreur. II en est ici, comme pour certaine classe de braves gens, auxquels : on dit ; on prouve; cartes sur table : que , la science actuelle est matérialiste. Ils vous répondent, avec un imperturbable sang-froid : Vous vous trompez, Monsieur; d'abord, il n'y a pas de matérialistes; ensuite, les gens les plus religieux, qu'il y ait au monde, sont : aux Académies des sciences. Plus^ on est savant; et , plus on croit en Dieu.
Quant, à rendre les intérêts de tous, identiques aux intérêts de chacun; la société actuelle croit à cette possibilité; comme à celle, pour un fidèle , de marcher à pieds secs sur les eaux. A la vérité, Bastiat disait :
— « Je conjure les jeunes gens i qui ce livre est àéàié de scmter arec soin les formules qu'il renferme, d'analyser la nature intime et les efleU de l'échange. Oui, j'en ai la confiance, il s'en rencontrera un parmi eux qui arritera enfin à la démonstration rigoureuse de cette proposition : — > Le Uen de chacun favorin le bien de tous, comme le lien de Ums favorise le bien de chacum^ — qui saura faire pénétrer cette vérité duit tontes les intelligences à force d'en rendre la preuve simple, lucide, irréfragable. — Celui-là aura résolu le problème social ; celui-là sera us
iiniFAITIUR DU snfiÉ HUmiIK. »
— Il paratt : que, jusqu'à présent, les jeunes gass n'ont pas encore trouvé, dans les formules que renferme le livre de M. Bastiat, la démonstration qui doit faire le bonheur de l'humanité. Il est même probable : qu'elle ne se trouve point chez un auteur : qui veut conserver l'aliénation du sol ; et qui , à propos de religion, s'écrie :
»- « Nous sentons tous dans le cœur une puissance irrésistible , qsî nous pousse vers la religion ; et en même temps nous sentons dans noire intelligence une force non moins irrésistible qui nous en éloigne; et n'iuTAirr plus, c^est on point de fait, que riitriLueniac m plus cmL- Tirte* »
— Ce qui, traduit en français, signifie : que, la religion ca«
aCiBNCB 80C1ALK. 585
ractérise les ignorants ; et, que l'irréligion caractérise les savants : ce qui est un peu société actuelle. Dans tous les cas, la dédicace, de M. Bastiat aux jeunes gens, prouve une seule chose : c'est, que la société actuelle ne croit pas encore à la possibilité de rendre identiques : les intérêts de tous; et les intérêts de chacun.
Quant à connaître la source^ la cause des richesses , yoid ce qu'en dit la société actuelle, par la bouche de M. Gannihl, l'un des économistes les plus consciencieux et les plus instruits, m analysant les systèmes écmomiques :
— « Comme s'il était, dît-il, dut U destinée de l'homme de ae poa- ▼oir remonter à «ncone ceose générale, les eauiês de la riehêSH dêt kantma ont échappé jntgu'tci ans recherches les plus laborieuses ; et malgré les efforts isolés on combinés des écrivains les plus célèbres parmi les peuples les plus éclairés de l'Europe , elles sont enveloppées dans un nnage obscur, et ne présentent en dernière analyse que des oranoiis, des nocHSs et des coimoTiisKs qui embarrassent Tesprit par leur diversité , le fatîgnent par leur multiplicité, le découragent par la difficulté du choix, et le laissent dans le doute et l'incertitude. »
— Et, cependant : Téconomie politique ; ou, la science de la société actuelle ; n'est : que la science des richesses. Voilà, une science : bien peu scientifique.
Reste, la valeur absolue de la valeur ; la mesure absolue de la richesse. Voici, ce qu'en dit la société actuelle, par la bouche de M. Michel Chevalier. Si, je prenais M. Proudhon pour inter^ prête ; ce serait bien autre chose encore, en vérité!
— > « Une mesure exacte et invariable de la valeur , si bllb existait , dit M. Michel Chevalier, rendrait service à la société. »
-- Oui, elle automatiserait la société ; elle l'anéantirait. Des propositions pareilles, faites par un homme de mérite, sont extrêmement dangereuses , pour les cerveaux faibles ; même , avec la restriction : si elle existait.
Il est évident; plus qu'évident; archiévident : que, vouloir, par le seul raisonnement; et, avant que Tanarchie l'y ait forcée, sous peine de mort sociale; convaincre la société actuelle : que,
S8r> SCICKCe SOCIALfi.
sur la science des richesses, elle est plus ignorante encore qu'elfe ne Test sur ta sainte Trinité; est une utopie , élevée : à la der- Diëre puissance possible.
Concevez- vous , maintenant : pourquoi , la science sodale » quoique rendue rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun , doit être , pour l'actualité , complètement inutile? C'est , que pour bien voir , il faut une vue non cataractée ) et , que pour raisonner Juste , il faut un cerveau» non paralysé : par les préjugés.
— « Lorsqu'une doctrine d'ordre, de paix et d'union, <e présente, dit ^•stiat, elle a baaa afoir pour alla la clarté at la vérité , bllb nouTS u
VUSM PUil. »
SALAIRB. — RENTB. «— EKVSNC.
La science sociale, rendue rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun, établit :
Que, le SALAmK est la rémunération du travail ;
Que, la RENTE est le loyer du sol ;
Que, riNTÉRÊT est le loyer du capital ;
Que, l'ensemble du loyer du sol et du loyer du capital ; ou même, l'un des deux, seulement; se nomme î teVENti;
Que, confondre le salaire avec le revenu; c'est, assimiler V homme à la matière;
Qu'assimiler l'homme à la matière, est la source, et aussi la justification : de l'esclavage des masses ;
Que , par essence , le Salaire et le revenu sont antagonistes;
Que, sous la domination du capital^ le salaire est toujours au minimum possible des circonstances; et, le revenu, au maximum pojsible, aussi, des circonstances;
Que, sous la domination du travail^ le salaire est toujours ao maximum possible des circonstances ; et, le revenu, au minimum possible, aussi , des circonstances.
La société actuelle ; et, sans pour ainsi dire , l'ombre d'une exception; proclame, au ccmlraîre :
fiSCTBRCE S^OCTALï: 887
La oomplètei^siinilatioii, quant au payement de TimpAt, du salaire au revenu.
— « Le fond industriel, dit J. B. Say, qui fait partie de nos voituhsSi se compose de fagoltés katuiellbs et de talxnts acquis. Un homme... tire ua retemu dk son tbatau. »
— C'est dair.
— « Son, intMgmcB,.,^ dit encore S«y, &it fMrtîe de lai feealtéi ne* tnrelles. »
— Cest, de plus clair en plus clair»
— « Son savoir^ son expérience, dit-il encore, fait partie de ses facultés aequisee. Les premières sont un don gratuit, une magnificence du CréO" tewr, ei ce don constitue la plus sacrée des PEOPBiiris , celle de la peksomn. »
-*- Y ètes-vous? Yoyez-Yous : l'identification de to personne à la prcpriéié ?
Le petit nombre de personnes» qui ont reconnu l'injustice d'assimiler le salaire au rev^u, ont néanmoins été forcées, pour ainsi dire malgré elles, de reconnaître : que, l'impôt doit frapper la consommation ; c'est-à-dire : le travail. C'est, qu'en effet^ il est absolument impossible qu'il en soit autrement, sous la société actuelle ; et , personne ne veut s'imaginer : qu'une société, radicalement opposée à celle qui existe, soit : non-seillement nécessaire ; mais, possible.
-— « La contribution personnelle, dit If* de Girardin, n*est pas seule* meut inique, aile est encore ioconstitutionneUe, car le travail n*est point la fortune, mais un moyen de Tacquérir. »
— « Lorsque , dit encore M. de Girardin , on évalue le revenu de la France de dix à douse milliards, comment Tévalue-t-on ? En confondant le sALAiHB, soit avec le reyemu, soit avec le profit, pour en composer le revenu... Taxer la rente et le profit comme cinq et le salaire comme rt'fig^ ainsi que cela aurait lieu si Kimpôt sur le revenu était adopté, an-
S88 SCIENCB SOCIALE.
Util Vaudrait coiMênrer Timpôt dirtct et progrMtif sur U cotuammatùm. «
— « S'il y a on impAt^ dit encore M. de Girardin, qai toit eaieDlieUe* ment improporlionnel , etsentiellement progressif, en raison inrerse des facultés contribtttifes , c'est l'impôt sur la GOVSOHiAnov , c'est Timpôt qu'on appelle indirect »
— « L'impôt sur le sàlàiib, dit encore le même publiciste, c*est l'impôt direct sur le tiàvàil. Tout impôt sur le tnwail est un impôt contre
la COHSOHHATIOH. »
— C'est clair, comme eau de roche. Eh bioi! malgré sa bonne volonté ; M. de Girardin a été obligé de dire :
— « QuHI soit direct ou indirect, perçu à sa source ou à ton eaùurnchure, sur la production ou sur la consommation, tout impôt oiétb u
TIÀYAIL. »
— Et, H. de Girardin a raison. Sous la société actuelle; soos la société où le sol se trouve aliéné ; et, M. de Girardin n'en reconnaît point d'autre possible; tout imf6i grène nécessairement le travail; et, ne grève que lui : exclusivement.
Cette idée, que l'impôt grève nécessairement le travail ou la consommation, est tellement générale, et tellement vraie» et tellement inévitable, sous; la société actuelle ; que , Bastiat, l'écho des économistes, s'écrie :
— « La Yérité est, et le peuple ne doTrait jamais le perdre de Toe, que la contribution publique s'adressera Touiouat et HicistAïamnarr aux objets de la consommation la plus générale, c*esl4-dire la plus populaire. »
*- Voyez-vous : TomouBS et nécessairement. Allez dire, môme après l'avoir prouvé d'une manière rationnellement incontestable : que, ce touyoubs et nécessairement, en présence de l'examen; c'est, une révolution, une anarchie perpétuelle; que, dès que le sol appartient à la propriété coUective, pas un atome de l'impôt ne pèse sur la consommation^ sur le travail ; ces Messieurs diront : que, vous êtes un fou ; ou, un fripon ; et, que vous méritez : soit la camisole de force ; soit la corde.
Tout ce qui a été dit et sera dit, sur le salaire^ sera toujouis essentieUemeut anarchique^ eu présence de l'examen et de la société actuelle, dont l'essence matérielle se trouve être : Faliénation du sol.
— « Il faut reconoflitre, dit M. de Rémnsat, en la qualité de ministre de rinlérieur (i840) , que le manque d'ouvrage et IMnsufEsance des salaires sont les causes les plus générales de l'indigence parmi les individus valides* »
— M. le ministre aurait pu ajouter : et y les seules causes des révolutions. Mais, dites-lui, prouvez-lui, comme deux et deux font quatre : que, sous la société actuelle, dont l'essence est l'aliénation du sol, il est de toute impossibilité : que l'ouvrage, c'est-à-dire la production ne soit pas au minimum possible des circonstances; et, que les salaires ne soient point au minimum possible des circonstances ; dites-le lui : et, s'il suit l'avis de ses conseillers les économistes, il vous fera... pire encore, qu'au moyen Age, on ne faisait aux hérétiques.
— « D'où ^ent, dit Necker, encore un ndnistre, d'oilk vient la misère
da peuple â4Mns touf les temps et dans tous les pays, et quelle en est la source? G^est lerourom qa'ont les propriétaires de ne donner, en échange d^on travail qui leur est agréable, que le plus petit salaire possible. »
— C'est vrai. Mais, allez dire à ces ministres, et à d'autres encore, après l'avoir prouvé comme deux et deux font quatre: q[ue, la misère du peuple ; et, le plus petit salaire possible sont inhérents à l'aliénation du sol ; et, qu'aussitôt que le sol peut entrer à la propriété collective, la misère du peuple disparaît, parce qu'alors les salaires sont au maximum possible des circonstances; ces Messieurs vous feront pendre ; ou, vous mettront dans un cabanon. Expebto crede Boberto.
— - «En tout genre de travail, dit Turgot, encore un ministre, H pou orrtoirel il Aamvi eneffet que le salaire de roavrier n aoiia à ce qui lui est nécessaire pour lui procurer sa subsistance. »
SBO SGlEt«GE dOGlALfi.
— Oui; et, celui qui n'a pas de trarail, meurt de foim; et, il CD est néoessairemeot ainsi : tant, que le sol reste aliéné.
— « S'il était possible , dit encore un ministre (Necker) , qu'on lût i découvrir une nourriture moins agréable que le pain , mais qui put entretenir le corps de T homme pendant quarante-huit heures , le peuple serait bientôt réduit à ne manger que de deux jours run , lors mente qu il préférerait son ancienne habitude ; les propriétaires des snbsistanee», usant de leur pouvoir et désirant multiplier le nombre de leurs serriteurt , forceront toujours les honunes qui n'ont ni propriété ni talent à se coa« tenter du «impie nécessaire. Tel est Tesprit humain , esprit que les lob sociales ont si bien secondé. »
— G*esl, aussi anarchique que possible. Mais, en époque d'ignorance, prêchez Tanarchie, sur un monceau d'or ; et» l'on vous fait mioislre; prêchez Tordre, dans une mansarde ou sur un escabeau ; et, Ton vous coffre : dans im inpace.
Maintenant, voici un économiste.
— « Un des objets que j'ai eus en f ue dans cet ouvrage, dit Ricwdo, a
été de montrer que , par suite de toute baisse dans la Taleur des choses de première nécessité, les salaires du travail devaient baisser. »
— Je ne puis me passer de répéter : que, c'est fort dangereux à proclamer, en présence de l'examen. Si, c'est néeessafrement vrai ; il faut faire en sorte de le cacher ; si, ce n'est pas nécessairement vrai ; il faut chercher : et, la cause ; et, le remède : sous peine d'anarchie.
Quant à l'antagonisme, entre les salaires et les profits ; cela conmience à être reconnu. Hais cette proclamation est encoie anarchique ; si^ l'on considère cet antagonisme ; comme, faisant nécessairement prédominer : le capital.
— « Le rapport des profits avec les salaires est , dit M. Daponi»
White, un rapport d'hostilité. Cette hostilité résulte de ce que le taux des profits est en raison inverse de celui des salaires ; les profils baissent quand les salaires moflteiit, et s'élètent qoaad les sakiiet btâssttU b^
-^ L'éM natarel dn eapitel et du travail à l'égard T m de Taiilra , dit encore M. Dupont-White, cTest donc la lutte, rhostiUté, l'antagoaisnie. •
SCIBEf GB SOGIALS. 591 .
— C'est vrai. Mais, avec la doctrine que le salaire doit toujours être au minimum possible des circonstances; c'est, une proclamation : essentiellement anarchique.
Ety quand des autorités, qui ne craignent ni la camisole ni la douche, osent : penser, écrire, imprimer et réimprimer :
— « Anjoard^hui, la rétribation du travail est abandonnée au hasard ou à la Yiolence. C'est le maître qui opprime ou l'ouvrier qui se révolte. »
(LoDIS-NaFOLÉOR BONiPAlTB.)
citation que j'aimerais à voir répéter des milliers de fois ; je pense, sauf meilleur avis de MM. les bourgeois: qu'il serait sage^ de chercher la cause du mal; et, qu'il serait utile d'en trouver le remède.
Hélas 1 la société actuelle est sourde et aveugle ; elle ne veut ni voir, ni entendre; elle a en horreur, quiconque ose lui dire : qu'elle ne jouit point de la santé la plus parfaite.
Il est évident ; que, vouloir, par le seul raisonnement ; et, avant que l'anarchie l'y ail forcée, sous peine de mort sociale, convaincre la société actuelle : que, désormais le salaire doit être élevé au maximum possible des circonstances; et cela, par le seul effet d'une organisation rationnelle de la propriété ; est une utopie, élevée : à la dernière puissance possible.
Concevez-vous, maintenant : pourquoi la science sociale, quoique rendue rationnellement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun, doit être, pour l'actualité, complètement inutile? C'est, que pour bien voir, il faut une vue non cataractée ; et, que pour raisonner juste, il faut un cerveau non paralysé par les préjugés.
— « Lorsqu'une doctrine d'ordre, de paix et d'union se présente, dit Bastiat, elle a beau avoir pour elle la clarté et la vérité , blle trouyb la rud raisi, n
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592 8G1BNCB SOCIALE.