‹ Science sociale (volume 5)Chapitre 9 sur 70 · CERVEAU : CENTRE NERVEUX; MÉMOIRE MATÉRIELLE CENTRA- LISÉE · texte numérisé non relu

CERVEAU : CENTRE NERVEUX; MÉMOIRE MATÉRIELLE CENTRA- LISÉE

. Cette condition est nécessaire : comme la sensibilité.

Supposez une âme, dans rorganisation la plus parfaite, mais privée : de centre ner\'eux; de mémoire matérielle centralisée; il y a impossibilité absolue : d'existence dans le temps. Et, le langage n'est autre : que, l'existence dans le temps.

SOCIÉTÉ NÉCESSAIRE .' EN DONNANT A CES MOTS LA YALEUR : d'état de NON-ISOLEMENT ; DE CONTACT ORGANIQUE PRO- LONGÉ ; DE POSSIBILITÉ DE COMMIMCATION DE MOCVE- MENT.

Nous l'avons déjà vu ; Thomme isolé : ne parle ni en dehors ni en dedans ; n'a ni langage ni idée. Théorie et pratique sont d'accord, àcetégaixl.

Le contact prolongé des organismes est nécessaire : au développement du verbe. Peut-être, pourraitril naître par un contact éphémère. Mais, l'isolement, quand le verbe est peu développé, pourrait détruire, dans la mémoire, l'effet du contact ; et, nous le répétons : ce n'est point, sur des peut-être; que, nous devons nous baser.

Quant à la possibilité de communication de mouvement ; c'est, presque surabondance d'en parler. Il est évident : qu'une statue ne romprait point l'isolement. Aussi, ne faisons-nous mention de cette condition : que, pour parler des espèces de mouvements.

Si, l'humanité apparaissait sur le globe, avec seulement quatre sens externes; avec l'ouïe en moins; parlerait-elle ?

Nous avons démontré : que, l'étreinte est : non point

incontestablement le premier signe réel ; mais, le premier signe, réel, qu'il est impossible de contester. Nous ne pouvons trop répéter : que, nous ne nous occupons point du contingent; mais, du nécessaire. Or, le premier signe est indépendant de Pouïe. Ce premier signe complexe, dumot^ du toi^ du nous^ renferme, nous Tavons dit : le substantif, le verbe, l'adjectif, l'adverbe, etc., et, il est évident : que, leur développement peut se faire, avec une égale indépendance de l'ouïe. Le langage , alors, serait borné : au rayon de la vue.

Et , si l'humanité apparaissait , sur le globe , indépendamment de l'ouïe et de la vue ; parlerait-elle ?

Avant de répondre à cette demande, il y a une question préalable. Si, l'humanité apparaissait sur le globe, indépendamment de l'ouïe et de la vue, se conserverait-elle ? Si, elle ne peut se conserver ; le langage pourra ne point naître ; mais, si elle peut se conserver, le langage naîtra : nécessairement.

En effet : le premier signe, qui contient tous les autres, n'a besoin, pour être développé : que, de communication réciproque de mouvements ; et, si elle peut se conserver, les deux membres qui la composent, pourront développer le premier signe : lui-même, indépendant de l'ouïe et de la vue.

Mais, nous dira-t-on : une humanité, sourde et aveugle, ne pourrait se conserver.

D'accord : mais, qu'on ne dise point : que, telle ou telle espèce de sens externe, est nécessaire : au développement du verbe.

Le goûl et l'odorat, en luul que n'étant point sou-

mis a la volonté, ne peuvent servir à développer le premier signe : quoique indépendant deTun et deTautre.

Et, si l'humanité apparaissait sur le globe, bornée au seul tact général^ sans aucun des quatre autres sens ; parlerait-elle ?

Elle parlerait, si elle pouvait se conserver. La ques* lion, est résolue pratiquement : puisqu'on apprend à parler à des sourds-muets-aveugles (1) ; et si une humanité sourde et aveugle pouvait se conserver, le besoin, le premier signe étant trouvé, ferait ce que la bienveillance fait : au sein de notre humanité.

Maintenant, voyons : pourquoi, les animaux ne parlent pas.

Mais , où est la preuve : que , les animaux ne parlent pas ?

C'est vrai. C'est, par là : que, nous devons commencer.

(1) HexHitodaiis 1« New-Hampsbire (États de l'UnioD), aoe pauvre jeune fille tout à la fois sourde, muette , aveugle et sans odorat, dont M. Dufour, directeur de Tinstitut des jeunes aveugles, à Paris, est venu retracer Thistoire. Laura Brigman était restée jusqu'à sept ans dans un état complet dMgnorance et d^abrutissement qui la privait de toute communication avec le monde matériel. Ce qu'il a fallu de soins et d'efforts pour rinitier à la vie extérieure, puis aux notions si complexes et si variées de la morale ne saurait se dire. Le docteur Home, directeur de l'institation des aveugles de Boston, entreprit son éducation , et, grAce aux procédés les plus ingénieux et les plus compliqués, il est parvenu à créer pour cette jeune fille un langage mystérieux , mais complet, et approprié à toutes les exigences de la vie sociale. Le journal de son éducation, fidèlement rédigé depuis Torigine , constate , dans tous leurs détails, ces merveilleux progrès. Aujourd'hui Laura Brigman comprend et se fait comprendre. Elle a conscience de ses actes ; elle connaît tous les attributs de l'esprit humain ; elle a l'idée de Dieu, de la mort, de la vie future, de l'équité , de la pudeur , de l'affection raisonnée, de la

charité même, etc.

(Journal des évommisles, août 1845.)

228 SCIENCE SOCULE.

Parler ou penser, penser ou parler, ce qui est la même chose , c'est raisonner. Et, nous venons de le voir, on raisonne avec un sens comme avec cinq. Du reste^ les animaux dits supérieurs, ont le même nombre de sens que nous, ne distinguant point : ce qui, dans la valeur du mot sens, peut différencier : le propre, du figuré.

L'être qui raisonne, poussé par le besoin, dit : /'ai froid, j'ai chaud, et, non-seulement se met au soleil ou à l'ombre ; mais, il se couvre ou se découvre ; se bâtit une habitation ; non point, en rapport avec l'instinct de Pespèce ; mais, avec le raisonnement de l'individu; il s'approprie le feu, tout ce qui l'environne; , pour en faire : des outils, des utiles, des résultats du raisonnement. Et, ces outils se développent comme le verbe , dont les développements sont eux-mêmes les plus utiles des outils. Un télescope, un canon, une boussole, une imprimerie, sont des outils , comme des prépositions ; et , se développent, avec une égale nécessité : un peu plus tôt; un peu plus tard.

Les animaux parlent-ils ?

Si, les animaux parlaient, ils nous répondraient. Les animaux ne parlent pas. Maintenant, pourquoi les animaux ne parlent-ils pas ?

Remontons la série des conditions : non-seulement, nécessaires, pour que le verbe puisse se développer ; mais, dont Pensemble est tel : que, partout où elles sont, le verbe se développe : nécessairement.

Parmi les animaux, dits supérieurs , y a-t-il possibilité de communication réciproque de mouvement?

Qui donc oserait le nîer?

Parmi les animaux, dits supérieurs, y a-t-il société nécessaire : en donnant, à ces mots la valeur : d*état de non-isolement ; de contact organique prolongé ?

Qui oserait nier : que, chez les animaux, dits supérieurs, il y ait famille physiologique?

Chez les animaux, dits supérieurs, y a-tril : cerveau; centre nerveux ; mémoire matérielle centralisée ?

Qui donc oserait le nier?

Et, que faut-il ajouter à ces conditions ; pour, que les animaux parlent nécessairement ?

La sensibilité.

Mais, les animaux ne parlent pas. Que leur manque-t-il donc : pour, qu'ils puissent parler ?

La sensibilité. 11 faudrait être fou , pour oser le nier.

Est-ce clair?

En réalité, il n'y a donc : humanité ; intelligence ; moral ; souffrance ; jouissance ; que là : où, des signes réels; des connaissances conduisant nécessairement à la découverte de la règle rationnellement incontestable des actions , tant individuelles que sociales , se sont déjà développés. Et partout, où, dans les circonstances précitées, des signes, des connaissances conduisant nécessairement au même but, ne se seront point développés; nous pourrons en conclure, d'une manière rationnellement incontestable : que, là il n'y a : humanité ; intelligence ; moral ; souffrance et jouissance ; qu'en illusion; et non : en réalité.

Cette conclusion, incontestable, se trouve en oppo-

230 ftClBNGK ftOCIALK.

sition directe : non -seulement avec Topinion Tulgairf , ayant existé depuis lorigine de Thumanité ; mais encore, avec Tétat actuel de la science. D'où proviennent ces deux oppositions ?

Commençons par l'opposition vulgaire.

Le vulgaire, c'est-à-dire ceux qui ont des opinions ; et, sous ce rapport, toute la science actuelle appartient encore au vulgaire ; juge sur des apparences et sur des preuves adoptées par éducation. Le vulgaire est un enfant. Élevez un enfant dans la croyance : que, sa poupée peut : dormir ; souffrir et jouir ; il sera d'autant plus porté à le croire : que, sa poupée lui ressemblera davantage. Battez cet enfant, faites-le souffrir en le réveillant; puis, frappez sa poupée^ sous prétexte de la réveiller ; et, pour peu que sa sensibilité soit exaltée ; c'est-à-dire : pour peu , que sa mémoire matérielle soit propre à ramener, facilement, les signes intellectuels relatifs à la poupée et à la douleur ; l'enfant souffrira intellectuellement, par le raisounement, par le sens interne ; plus , peut-être , que s'il avait été battu, il n'eût souffert matériellement; ce qui signifie : souffrir par les ser^ externes; car, sans cette explication, l'expression souffrir matériellement : n'a pas

LE SENS GOBUMUN.

C'est, seulement, lorsque l'âge des individus; et, une seconde éducation, venant renverser la première ; leur démontrent : que, la capacité d'exécuter des mouvements de locomotion apparemment spontanés ; mouvements inhérents à la vie zoologique ; est nécessaire, pour qu'il puisse y avoir jouissance et souffrance; que,

SCIBNCK SOCIALE. 234

oos enfante pcirviennent à se persuader : que, leurs poupées sont incapables de souffrir. II en est de même) pour Tenfance humanitaire. Les individus de tout âge, pendant que dure cette période , sont élevés dans la persuasion : que, les poupées, vivantes et ambulantes, qu'ils voient veiller et dormir ; sont, comme eux susceptibles de jouir et de souffrir. Frappez les poupées de ces enfants humanitaires I Pour peu, que leur sensibilité soit exaltée ; et, qu'ils tiennent à leurs poupées ; ils souffriront, intellectuellement ;fluBj peut-être, qu'ils n'eussent souffert, matériellement: si, eux-mêmes, eussent été battus.

C'est, seulement : lorsque l'âge humanitaire; et, une éducation basée sur Tincontestabilité ; éducation, que le besoin d'ordre rend nécessairement opposée à celle qui, primitivement, n'a de base que des opinions ; viennent démontrer à l'humanité : que, la capacité d'exécuter des mouvements de locomotion apparem* ment spontanés ; mouvements inhérents à la vie zoo* logique ; et, même l'apparence de la souffrance et de la jouissance ne suffisent point, pour s'assurer, qu'il y a, réellement, jouissance et souffrance ; c'est seule* ment alors, disons-nous : que, l'humanité vient à se persuader : que , chez les individualités organiques, ayant les apparences de la capacité de jouir et jde souf* frir, il n'y a cependant individualité réelle, opacité réelle de jouir et de souffrir : que, là où des signes réels ; et, le développement des connaissances qui en résulte nécessairement; s'établissent : négessaihbment.

Passons à l'opposition de la scionce acluolle.

â32 SCIENCE SOCIALE.

La science nc^ello ne diffère du vulgaire, si on veut Ten séparer, qu'en ce que ; le vulgaire ne se pique point d'appuyer ses sentiments, sur des raisonnements ; tandis, que la science actuelle s'imagine , très-faussement : que, ses conclusions sont établies : sur un véritable raisonnement. Toutes les analogies, dit-elle , prouvent : que, chez les animaux, il y a souffrance, jouissance, par conséquent : sensibilité, intelligence. Par une série, non interrompue, d'individualités, nous allons : de l'homme, jusqu'au dernier mouvement inhéi*ent à la matière ; ou, plutôt, essence de la matière. L'intelligence n'est donc : que, modification, matière.

Certes, si ce raisonnement est bon , l'intelligence n'esta en effet, que matière. Mais, comme les lois de la matière sont essentiellement nécessaires ; et, que Tintelligence n^est que raisonnement ; il s'ensuit : que, la science actuelle, croyant obéir à un raisonnement, dont Tessence est la liberté, n'obéit cependant : qu'à la nécessité ; et, que ce qu'elle admet, pour raisonnement réel ; n'est, d'après ses propres principes, qu'un raisonnement illusoire.

Cette erreur, de la science actuelle, provient : de ce que, pendant l'enfance humanitaire, les analogies, à défaut d'identités, sont nécessairement prises : comme critérium de raisonnement. C'est, seulement, lorsque la nécessité sociale rend impossible la permanence de l'ordre sur une pareille base ; qu'il se découvre : que, chez les animaux, la sensibilité est purement Ulusoire.

SCIBNCK SOCIALE. 233

Dans le conimoncement de cette révolution , seule révolution réelle ; les intelligences, nouvellement émancipées, éprouvent souvent des révoltes de l'organisme, contre cette conclusion. Que, par exemple, l'homme le plus convaincu : que, les animaux n'ont point de sensibilité réelle ; mais, élevé dans le préjugé , vienne à assister à une vivisection ; qu'il voie : scier les os d'un animal vivant ; lui ouvrir la poitrine, et placer le cœur à nu, pour que les palpitations puissent en être examinées ; il sera possible : que, ce spectacle de douleurs que, malgré lui, il s'imagine voir éprouver; le force : de sortir de l'amphithéâtre, malgré toute sa raison ; et, s'il était assez imprudent, pour vouloir résister à ces tendances organiques dérivant de l'éducation ; il serait possible : que, cette résistance lui causât la mort. Mais, lorsque la nécessité sociale force de donner, à tous, une éducation sociale, basée sur l'instruction incontestable ; l'enfant de l'état de virilité humanitaire, verra une vivisection sur un amphithéâtre, ou bien l'exécutera lui-même , avec autant de calme : qu' un jeune homme , de l'enfance humanitaire^ voit mettre ou met lui-même sur le tour : la poupée qui, jadis, faisait ses délices; si, maintenant, il veut en faire : une bonbonnière.

Combien, l'homme de l'état de virilité humanitaire . sera donc cruel 1 va s'écrier le préjugé de l'époque. C'est, cependant, le contraire, qui est la vérité : sa pitié, sa commisération , son dévouement , ne seront plus répandus sur la série zoologique tout entière; mais, concentrés sur la seule humanité. I/éducation

23 i 8CIB1IGB SOCIALE.

ox l'inslnietîon seront une; et, la prédominance de l'éducalion, ne fera plus déraisonner.

Donnons deux exemples remarquables de la prédominance de l'éducation sur l'instruction.

il était soutenu, devant un homme fort à hauteur de l'état actuel de l'instruction, et par conséquent athée dans le sens de matérialiste : que, les animaux n'avaient : qu'une sensibilité apparente et non réelle. Quelle stupidité I dit l'athée. Il m'est bien prouvé, ajouta- t-il : que. Dieu est une absurdité. Eh bien! je croirais, plutôt, qu'il y a un Dieu ; que, de croire : que, chez les animaux, il n'y a point sensibilité réelle.

A peu de jours de distance, la même thèse était soutenue, vis-à-vis d'un homme fort à hauteur de l'ancienne instruction ; et, profondément chrétien ou se croyant tel. Quelle stupidité! dit le partisan de la création. 11 m'est bien prouvé par la révélation, ajouta-t-il , qu'il y a un Dieu. Eh bien 1 je croirais, plutôt, qu'il n'y a pas de Dieu : que, de croire : que , chez les animaux, il n'y a point sensibilité réelle.

Vouloir faire raisonner, contre l'éducation, l'immense majorité des hommes ; lorsque, le besoin per* sonnel, ne les porte point au raisonnement; c'est ^ vouloir : que, sans appui, un grave vienne à se soutenir : au milieu d'une atmosphère centripète.

Terminons ce paragraphe par un passage de Bonald. C'est, l'homme qui a examiné les philosophes, avec le plus de bonne foi et d'intelligence ; il n'avait aucun de leurs préjugés; et, ceux qu'il avait ne l'em-

péchaient point : d'être juste à leur égard ; peut-être, parce qu'il s'apercevait bien : que, l'injustice n'était nullement nécessaire pour les confondre. Voyons-le, tracer le tableau de l'ignorance scientifique de son époque; et, recherchons, en même temps : si, les plaintes qu'il fait et qui ont été justes jusqu'à lui ; le seraient encore : après ce qui précède.

•— « Et, dit-il, lé critérium dé U philosophie, objet des toui et des efforts de tous les philosophes ;... »

— Le critérium philosophique est le point de départ : de tout raisonnement rationnellement affirmatif . Jusqu'à ce que ce critérium soit trouvé, tout raisonnement, ne peut être, rationhellement qu'hypothétique. Ce critérium : est I'ame, la sensibilité réelle. C'est, à ce critérium, que tout doit être rapporté avant de savoir : si , ce qu'on va dire devra être pris : au propre ; ou , au figuré.

— «... ce signe, continue Bonald, auquel on peut distinguer rerrevr de la ▼érité;... »

— Avant, de pouvoir distinguer l'erreur de la vérité ; il faut, d'abord, attacher des sens clairs, incontestables, ne renfermant rien d'absurde, aux expressions : er* BEUR et VÉRITÉ. Après cela, il faut rechercher : si, ce qu'on a nommé vérité^ existe réellement. Quand, on a trouvé : que, la vérité existe ; quand, on la connaît ; elle sert : à trouver, ce qui n'est pas elle ; et, ce qui n'est pas elle, est erreur^ illusion : en tant, que pris

pour vérité. Nous avons vu : que, s'il y a des vérités^ ce sont les immatérialités ; nous avons appris à les distinguer des erreurs ; les reproches de Bonald , ne s'adressent pas à nous.

— «...cette première vérité, continue Bonald, qui paisse servir de point de départ pour la recherche de toutes les autres ;... «

— En effet, il faut nécessairement qu'un raisonnement, rationnellement affirmatif, ait une vérité pour point de départ : sinon, ce n'est qu'un raisonnement hypothétiquement affirmatif ; et, quiconque ne le considère pas, comme seulement hypothétique, est un sot ; ou, un fripon.

«- « ... ce premier fait, continue Bonald, qui puisse légitimement expliquer tous les autres faits, est-il encore trouvé? »

— Oui, il est trouvé. Que l'on cherche un fait, un seul, qui ne puisse être déduit, expliqué par la connaissance des immatérialités et leur distinction de la matérialité ; et, nous nous reconnaîtrons da!>s l'erreur,

— « L'un, continue Bonald place ce critérium dans Vexpérience;... »

— 11 est, pour ainsi dire impossible, d'avoir l'expérience de toutes les folles distinctions qui ont été faites : de l'expérience et de l'observation. Nous allons en donner une, entre des millions, tirée de l'un des hommes les plus instruits des temps modernes.

— a Les faits, dit Bentham, dont j'ai eu la perception en moi sont le sujet de ce qu'on appelle expérience dans le sens

SCIECrCE SOCIALE. 237

btricl^ les faits dont j'ai eu la perception comme s'étant passés hors de moi sont le sujet de ce qu'on appelle obsetvation. Je sais par expérience que les brûlures font souffrir ; je sais par observation à quel degré de chaleur la végétation se développe. »

(J. Bentham^ Traité des preuves judiciaires y t. ï, p. 20.

— Esirce par expérience ou par observation, que Bentham sait : qu'il est aujourd'hui le même être qu'il était hier ? Ce n'est ni par expérience ni par observation. C'est, par raisonnement. Avant le raisonnement, avant le verbe, l'homme ne sait pas s'il existait hier; il ne sait pas : si, le feu qui l'a brûlé, brûle; il éprouve des attractions, des répulsions et rien de plus; sa mémoire matérielle se modifie, et rien de plus. Expérimenter et observer : sont raisonner; et, raisonner bien ou mal. Sortez de là, il n'y a plus qu'obscurité.

— « ... Tautre, continue Bonald, dans l'éTidence;... »

— Avant, la distinction incontestable, de l'erreur d'avec la vérité, il n'y a : que, des évidences de fait; et, aucune évidence de droit. L'évidence de fait, est aussi réelle, pour Thalluciné ; que, pour celui qui ne l'est pas.

— «... celni-ci, contioue BonalJ, dans la raison suffisante , l'instinct ou rhabitude;... »

— La raison suffisante est une conséquence : de la conformité ou non-conformité au critérium. Avant de l'avoir, la raison suffisante : est une soUisc.

t238 SCIENCE SOCIALE.

Il faut ensuite être fou: pour, placer le critérium du raisonnement, dans l'instinct de l'habitude.

— « ... celai-là, ajoute Bonald, dans la connaissance réfléchie ou intuîtiTe, »

— Ce critérium a besoin d'un auli*e critérium, celui de la force, pour se faire accepter.

— « Le sens moral, continue Bonald, le sens naturel, le sens conimuD^ la ratso'n naturelle , la sociabilité , Tidentité , le principe de la contradiction, etc., ont chacun leurs partisans. »

— Avant, la connaissance des immatérialités ; les identités : sont des folies ou des hypothèses. Les identités mathématiques ne sont : que, des abstractions d'hypothèses.

Quant, au principe de contradiction; qu'en faire, a\ant d'avoir un critérium.

— « La maiime point d'effets sans causes parait, continue Bonald^ éTÎdênte i quelques-unSk »

— Dans l'ordre de temps, point d'effets sans causes, est évident; c'est, une proposition identique. Point d'effets sans causes, dans l'ordre d'éternité, est une sottise.

— « Hume, ajoute Bonald, n'y voit qu'un prestige que la raison dis* sipe, et il doute même du principe de la causalité. •

— Un principe de causalité, dans réternîté, est une sottise; et, c'était chez Hume, une sottise d'en douter.

— « Berkley, coniiuue Bonald^ élère des doutes iiisolables sur Peiistence des corps,... »

— Autre sottise de douter. Il faut être fou : pour, considérer les corps comme des réalités ; il faut être fou : pour , ne pas être certain : que, les corps sont des forces qui nous modifient.

— « ...et, continue Bonald, ne découvre qu'un songe, que de taines apparences dans tout ce que nous appelons roalière, monde, univers. »

— Vaines apparences est une sottise. Une apparence, est toujours une réalité : en tant (\{x' apparence. Tout cela est logomachique.

— a L*un, continue Bonald , ôte tout caractère représentatif à nos idées; l'autre^ tout caractère représentatif à nos sensations. »

— Une idée est toujours une sensation ; et, dans le temps, une sensation est toujours une idée. Quant à la représentation, c'est toujours l'affaire du verbe. Tous ces galimatias ont pour base l'ignorance : c'està-dire : l'indétermination des expressions.

— « Celui-ci, continue Bonald, ne voit dans Tuniters que de rintelli» gence;... p

— Avant de ne voir, partout, que de rintelligencc ; il faut savoir : s'il y a de l'intelligence, en réalité, et plus qu'en illusion. Tout cela est logomachie. Il faut être fou, pour douter : que, nous nous croyons intelligents! Après cela, le sommes-nous en réalité? Non, si les bêles sentent ; oui, si elles ne sentent pas.

— «... celui-là, continue Bonald, n*y voit que de la matière;... »

— Et, celui-là, s'il était rationnel, il verrait : qu'il ne peut rien voir. Toutes ces affirmations sont pitoyables, avant d'avoir, pour les juger : un critérium incontestable.

— a ....an pyrrhonien conséquent, continue Bonald, n'y verra rien,...»

— Autre folie. Il croira, qu'il croit voir ; sinon : il sera aussi fou que les autres.

— a ... et, dit encore Bonald, nous retomberons dans la question pourquoi y a-t-il plutôt quelque chose que rien?... »

— Ce pourquoi est une sottise ; une chosC) qui a un pourquoi, n'est une chose qu'au figuré. Au propre, c'est rieii : c'est une apparence ; un phénomène.

— « ... et même, dit-il enGn, sans pouvoir y répon)|re. »

(Bonald, Recherches philosophiques sur les premiers objets des connaissances morales j t. I, p. 55.)

— Si, quelqu'un vous demandait : pourquoi trois et deux font-ils sept? Vous répondriez : A sotte demande pas de réponse.

Citons encore quelques passages de Bonald; en priant ceux de nos lecteurs, que ces citations ennuieraient, de passer outre.

— « V Histoire comparée des systèmes de philosophie {pM de Gérando) n'est, en dernière analyse, qu'une nnlre histoire des variafions des écoles pllilo^o|)lliqul'^ , qui ne laisse |)<uir luut roâullit qu*un dccout«igcuicul

SCIENCE SOCUifi. 2il

absola^ un dégo&t insiirmoDlable de4oute8 recherches phlUwophiqiM», et rimpossOiiUlé démontrée d'élever désormais avcun édifice, que dis-je;? àh hasarder aucune construction sur ces terres sans consistance, pour me servir de cette belle eiqpreasion de Bossuct, et qui ne laissent voérpar" tout que d'effroyables précipices. Sur quoi donc sont d'accord les ^ihilo* sophes? Sur rien. Quel point a-t-on mis hors de dispute? quel éUbli§|6^ ment, comme dit Leibnits, a-t-on formé? Aucun. Platon et Âristofe se demandaient qu*est'Ce que la science? qu'est-ce que connaître ? Et nous, afvès tnit<4e siàojgec, «près tant d'ohsorvatiflns et tant d'eipérience, après tant de systèmes et tant de 4isputes , de philosophie et de philoai^iïiaft, nous, si fiers des progrès de la raison humaine, nous demandons encore qu'est-ce que la science? qu'est-^e que connaître? Et Ton peut diVe de nous que nous cherchons encore la science et la sagesse que les Grecs cherchaient il j a deux mille ans. »

{Recherches philos*, etc^ t. I, p. 59.)

— Et Ton chercherait, en vain, des milliers d'années; tèxà qu'on ne voit pas : que, la solution de ces quesrlions dépend de savoir : si les bêtes sentent : réellement; ou, illusoirement.

— « Et non-^sealeaieiit , dit encore Bonald , ri n'y n jamais eu de système de i^Hlooopkie q«t ait pu réunir tons les «sprrts dans une doctrine commune, mais il n''est pas même possible qu'arwc la manière de philosopher SUIVIE jusqu'à pbêsbnt il y en ait jamais aucun. »

— C'est incontestablement vrai; et, c'était irèsfacile à voir. Comment, ne Ta-t-on pas vu? La «olutien de cette question appartient : à l'ordre naoral.

— « Les hommes*, continue Bonald^ naturellement indépendants les DOS des antres , se gouvernent dans leurs actions par leur volonté , dans leurs pensées par leur raison , et la raison humaine ne peut céder qu*à ïautorité es Vémésme on k Véviàmoe de i'autoriié : «r il n'y a )am«s eu dans notre philosophie ni autorité ni évidence. »

{Jbid., p. 61.)

— C'est encore incontestablement vrai.

242 SCIENCE SOCUtE.

— « Non-seulement, continue Bonald, la pbilosopbîe fnanque ^mdence pour convaincre les esprits, mais les philosophes manquent bien plus d^aulorité pour les soumettre. Si Thomme me parle au nom de la divinité, et que je croie qu'elle a d& donner des lois à la société pour en transmettre la connaissance à Thomme , Je suspens mon jugemetU, et

J*SXAMIHB... »

— Et, si après examen, vous trouvez, ce qui est inévitable :que, la divinité est absurde ; que conclurezvous?

-— ' ft ... si, continue Bonald, les caractères intrinsèques ou extérieurs de cette révélation, prétendus sont tels que je doive en croire les dogmes ou en suivre les préceptes ;... »

— Bien I Mais, si l'examen vous a démontré : que, la divinité est absurde ; toute révélation sera une consé* quence absurde. Alors, que ferez-vous 1

•» <i ...parce que, continue Bonald^ ma raison ne peut s^empècher de reconnaître dans l'intelligence suprême le pouvoir et les moyens d'éclairer ma raison et de diriger mes actions. »

— Et, si votre raison vous force, invinciblement, à reconnaître : que, la valeur de l'expression intelligence suprême^ en tant que personnalité, est une absurdité j que ferez-vous ?

— « Mais, continue Bonald, si Thomme me parle en son nom ,... •

— Tout bomme, qui parle en son nom, est un sot ou un fripon. Celui, qui n'est ni sot ni fripon, parle au nom : de la raison .

— «... s'il vient, continue Bonald, imposera mon esprit ses propres

SCIENCE f^ClALE. 243

penséefl, je suis en droit de lui demander (pielle est son autorité sur moi, et d'où il tient sa mission. De son génie, dira-t-ou ; mais tout chef de secte, tout fondateur de nouvelle doctrine est un homme de génie poar ses partisans ; mais chacun peut à volonté s^attribuer du génie ; mais toute manière inusitée, extraordinaire, quelquefois extravagante de considérer les objets a passé souvent pour du génie aux yeux de certains esprits (i). — «i Youles-vous, dit Fénelon, que je croie quelques propositions de philosophie, laissons à part les grands noms, venons aux pbeuyks, donnez-moi des idées claires et non des citations d^auteurs qui ont pu se tromper. »

[Recherches philos, ^ 1. 1, p. 74.)

— Nous avons donné : des preuves ; et, des idées claires.

(1) Tout cela est incontestablement vrai.

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244 SCIENCE SeCIALE.

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