AGE HUMAIN, AGE RAISONNEUR
« Le caractère de la démocratie est une mobilité continuelle ; tout sans cessey est en mouvement, tout y change, avec une rapidité effrayante, au gré des passions et des opinions. Rien de stable dans les principes, dans les institutions, dons les lois ; on n'y connaît la puissance du temps ni pour détruire, ni pour modifier. Une force irrésistible pousse et agite les hommes ; ce qui se trouve sur leur route, quel qu'il soit, est foulé aux pieds : ils avancent , reviennent , avancent encore , et tout l'ordre social devient pour eux comme un chemin de passage. Le pouvoir ne donne pas l'impulsion, il la reçoit. Je ne sais quoi d'indéfinissable emporte le peuple et ses chefs ; il y a dans les esprits une certaine indocilité, dans les cœurs un certain mépris haineux et défiant pour l'autorité qui fait qu'on cède et qu'on n'obéit pas. Conjurer est le besoin de tous ; c'est un soulagement pour l'orgueil, et aussi une vengeance. Nulle faute n'est pardonnée à ceux qui gouvernent, parce que nul n'étant, par les lois, obligé de gouverner, quiconque se charge du gouvernement se rend garant du succès même (1).
« La médiocrité réussit mieux dans les démocraties que le vrai talent, surtout lorsqu'il s'allie à un noble caractère. La flatterie, la servilité, la bassesse, une fausse habileté souple et patiente,
(1) Voulez-vous connaître ce qui caractérise l'excès de mal social , nécessaire pour que la société nouvelle puisse s'établir? En voici la marque. A cette époque, personne ne veut accepter : ni le gouvernement; ni une parcelle du gouvernement. Pour qu'un champ soit gardé, il faut alors dire à un homme : sois garde-champêtre ; ou sois fusillé.
conduisent plus sûrement aux emplois que le génie
et la vertu chez les peuples qu'on appelle libres.»
L'abbé de la Mennais, De la religion, etc. T
page 34.
— «L'égalité absolue, ou la destruction de toute hiérarchie sociale ne laissant subsister d'autre distinction que celle de la fortune , produit une cupidité extrême, une soif insatiable de l'or; car, quoi qu'on fasse, les hommes veulent s'élever, c'està-diie se classer : et comme la richesse participe elle-même à la mobilité du gouvernement et de la société entière, elle devient corruptrice au plus haut degré. Les désirs sans bornes et sans règles se précipitent vers tout ce qui promet cet or, seule noblesse désormais, seul honneur, seule considération ; et dans ce mouvement rapide, le temps manquant à son tour pour apprendre à posséder, tous se jettent dans les jouissances avec une sorte de fureur. Nulle prévoyance pour les siens, nulle pensée d'avenir ; le présent est tout pour l'homme concentré dans l'abjection des sentiments personnels , et les lois et les mœurs tendent de concert à l'anéantissement de la famille. »
Id.,ibid., p. 36.
— «Que sont des droits électoraux ou municipaux (droits politiques) pour des hommes enchaînés à la misère ? Les Anglais ont raison d'appeler l'aisance une indépendance. »
Michel Chevalier, Des intérêts matériels,etc., page 3.
— «Anarchie de la société, anarchie de chaque homme dans le foud de son cœur, voilà notre époque. »
Pierre Leroux, Revue indépendante, discours aux politiques, t. I.
— Dans l'âge raisonneur, à une époque où il n'y a pas de critérium de raisonnement ; à une époque où ni la tiare , ni l'épée ne peuvent dominer ; le pouvoir appartient nécessairement à la corruption ; et, à cette époque, il n'y a plus que l'or qui puisse corrompre : parce qu'alors, lui seul donne confiance dans l'avenir.
Il n'est donc pas étonnant : que, pour l'âge raisonneur, les droits politiques, ayant alors la prétention de déterminer des droits absolus, soient exclusivement attachés à l'or. Aussi, l'histoire contemporaine, la seule relative à cette époque, nous montre ces droits exclusivement relatifs à la finance.
Résumons-nous.
Sous l'empirisme, et pour toute l'époque qui précède la période anarchique, les droits politiques sont inhérents au sol.
Sous l'empirisme, et pour toute l'époque anarchique, les droits politiques sont inhérents à la finance.