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SIXIÈME MOYEN DESPOTIQUE, ÉTABLISSEMENT DES DOUANES

« Disciple de Say, qu'y a-t-il à vos yeux de plus antisocial que les douanes, ou, comme vous dites avec tant de raison , que les barrières élevées par le monopole entre les nations ? Quoi de plus vexatoire, de plus immoral, de plus absurde que ce système de prohibitions qui nous oblige à payer quarante sous en France ce que l'Angleterre et la Belgique nous apporteraient pour quinze! C'est la douane, avez-vous dit (1), qui arrête le développement de la civilisation en empêchant la spécialisation des industries ; c'est la douane qui enrichit une centaine de monopoleurs en appauvrissant des millions de citoyens ; c'est la douane qui produit la famine au sein de l'abondance, qui rend le travail stérile en prohibant l'échange, qui étouffe la production dans an mortel embrassement ; c'est la.

DOUANE QUI REND LES TEUPX.ES JALOUX ET ENNE- MIS les uns des autres ; les quatre cinquièmes des guerres, a toutes les éfoques, ont eu pour cause première la douane. Et, avec une exaltation toujours croissante : Oui, vous êtes-vous écrié, si pour mettre fin à cet odieux régime il fallait verser mon sang jusqu'à la dernière goutte, je tendrais la gorge avec joie et ne demanderais que le temps de rendre grâce à Dieu de m'avoir jugé digue du martyre.

« Et moi je me disais dans cet instant solennel : Qu'il y ait dans chaque département un professeur comme celui-là, et la révolution est sauvée. »

M. Proudhon, Lettre a M. Blanqui, p. 34.

(1) Séance du lô avril 1841.

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Empirisme.

« Les impôts (sous l'empire romain) sont levés

avec plus d'ordre Les douanes, ce poison si

doux et si fatal en même temps à l'industrie moderne , sont organisées sur le pied le plus rigoureux, non pas à titre de protection, mais comme moyen de revenu; les matières premières y sont sujettes, ainsi que les marchandises. On remboursait les droits en cas de réexportation faute de vente ; mais les douaniers, il faut l'avouer, n'étaient pas plus tolérants que les nôtres Néron voulut un jour supprimer cet impôt pour se rendre populaire, mais le sénat lui représenta que si celui-là succombait on attaquerait bientôt tous les autres, et l'empereur se rendit à ces tristes raisons. L'histoire nous a conservé un de ces tarifs, et la connaissance que j'en ai prise ne me permet pas de douter qu'eu fait d'absurdité, nos douanes l'emportent de beaucoup sur celles des anciens. »

Blanqui , Histoire de l'économie politique , t. I, p. 77.

k Chez nous le fisc n'hésite jamais à soumettre les citoyens les plus honnêtes à des mesures vexatoires. Nous avons laissé prendre à notre administration des douanes des habitudes indignes d'une nation civilisée. Il est inexplicable que l'on ait imposé aux Français, qui se croient le peuple le plus policé de la terre , des règlements en vertu desquels, par exemple, leurs femmes et leurs filles sont personnellement visitées et palpées dans de sales réduits par d'ignobles mégères. Ces scandaleuses brutalités du fisc n'ont aucune excuse, car elles ne produisent rien au trésor. Elles ont pour objet d'empêcher la contrebande sur des articles dont , malgré trois lignes de douanes , la contrebande inonde le marché ; et la contrebande, on le sait , est faite en grand par des chiens , et non par les poches des voyageurs. On estime que, sur les frontières du nord , le nombre de chiens qui entrent annuellement chargés de contrebande est de 5 à 600,000; 6 à 7,000 seulement sont saisis par la douane. »

M. Michel Chevalier, Lettres sur V Amérique du nord, note 48.

— Empêcher les peuples limitrophes de communiquer entre eux, de confondre leur langage, de comparer leurs situations ; les porter à se haïr mutuellement ; les empêcher en même temps de se reconnaître réciproquement comme esclaves ; ce serait donner au despotisme un nouveau moyen de diviser pour continuer de régner : et, par conséquent, un nouvel appui dont la force serait presque incalculable. L'établissement des douanes est la solution de ce problème.

En effet :

Sous prétexte de s'assurer de l'obéissance à des lois, que les despotes peuvent rendre aussi iniques que possible, il n'est point de vexations qu'un des despotismes limitrophes, ne puisse faire subir à ses voisins. Et, comme ces vexations ont, pour instruments, les sujets opprimés qui les exercent les uns sur les autres ; les haines particulières , entre les habitants des frontières limitrophes, se communiquent aux masses ; et, deviennent ainsi : des haines internationales.

Les douanes sont, en outre, un excellent moyen d'imposer les prolétaires au profit des propriétaires; et, par conséquent : d'obliger le prolétaire, à employer tout son temps pour subsister.

Or, le despotisme consiste essentiellement : dans le monopole du développement de l'intelligence ; et, ce monopole ne peut se maintenir : qu'en enlevant tout loisir aux esclaves, qui sont les travailleurs exploités.

L'établissement des douanes : qui enlève, aux exploités, une partie des moyens qu'ils auraient de développer leur intelligence ; et, qui en même temps excite le fanatisme patriotique, les haines internationales; est donc un des meilleurs moyens de conservation : que, le despotisme puisse employer.

Disons, néanmoins, pour le prouver ailleurs : que, l'anéantissement des douanes, tant que les nationalités ne sont point anéanties , serait essentiellement anarchique. En époque d'ignorance, tout ce qui est contraire au despotisme, est favorable à l'anarchie.

Histoire.

« Dans un pays, c'est par l'impôt qu'où arrache au travailleur, sous prétexte du bien de l'Etal, le fruit de ses sueurs; dans un autre, c'est par les privilèges, en déclarant le travail objet de concession royale, et en faisant payer cher le droit de s'y livrer. Le même abus se reproduit sous des , formes plus indirectes, mais uon moins oppressi-

ves, lorsque, par le moyen des douanes , l'État partage avec les industries privilégiées les béuéfices des taxes imposées à toutes celles qui ne le sont pas. ».

Bcanqui, Histoire de l'économie politique, introduction, p. xi (1).

(1) Depuis que l'histoire existe, elle témoigne : que , les masses ont toujours été exploitées. Pendant toute l'époque d'ignorance sur la réalité du droit, cette réalité doit être basée sur une hypothèse ; et l'hypothèse ne doit pas pouvoir être examinée par les masses , sous peine de mort sociale. L'exploitation des masses permet à l'humanité de vi\ re : jusqu'à ce que la réalité du droit , doive et puisse être démontrée. Les millions de volumes qui ont été écrits, à cet égard, n'ont pu dire autre chose; et, s'ils ont dit autre chose, ils se sont trompés.

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