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CHAPITRE VIII

SEPTIEME MOYEN DESPOTIQUE : EXEMPTION D IMPOT ACCORDÉE A LA PROPRIÉTÉ, ET FARDEAU DE L'IMPOT REJETÉ SUR LE TRAVAIL.

«Le plus graml mal est déjà fait quand ou a des pauvres à défendre et des riches à contenir... C'est donc une des plus importantes affaires du gouvernement de prévenir l'extrême inégalité des richesses, non en enlevant les trésors à leurs possesseurs, mais en ôtnnt à toits les moyens d'en accumuler; non en bâtissant des hôpitaux pour les pauvres, mais en garantissant les citoyens de devenir pauvres II faut que l'impôt ne porte que

sur le superflu , et qu'il ne soit pas seulement proportionnel, mais progressif. »

J. J. Rousseau, Economie politique .

— « Pourquoi les empires ne sont-ils peuplés que d'infortunés? Le malheur presque universel des hommes et des peuples dépend de l'imperfection de leurs lois et du partage trop inégal des richesses. Il n'est , dans la plupart des royaumes , que deux classes de citoyens : l'une qui manque du nécessaire, l'autre qui regorge de superflu; la première ne peut pourvoir à ses besoins que par un travail excessif qui est un mal physique pour tous et un supplice pour quelques-uns ; la seconde vit dans l'abondance , mais dans les angoisses de l'ennui.

« Que faire pour ramener le bonheur? Diminuer la richesse des uns, augmenter celle des autres, procurer à chacun quelque propriété , mettre le pauvre dans un état d'aisance qui ne lui rende nécessaire qu'un travail de sept à huit heures , donner a. tous l'éducation (1).

(1) Mâcher à vide 1 Comment peut-on donner l'éducation à tous? Et

il. 7

" Mais clans quel gouvernement d'Europe établir maintenant (1770) cette moins inégale répartition des richesses nationales? On n'en aperçoit pas sans doute la possibilité prochaine Cependant l'altération qui se fait journellement dans la constitution de tous les empires prouve qu'au moins cette possibilité n'est point une chimère platonicienne. Dans un temps plus ou moins long, il faut, disent les sages, que toutes les possibilités se réalisent. Pourquoi désespérer du bonheur- futur de l'humanité? Ce sera le résultat d'une meilleure législation (1). »

Helvétihs.

— « Dans l'état actuel des sociétés , la plupart des impôts sont employés à défendre le riche contre le pauvre

« Cela est vrai, surtout de l'impôt du sang ; en effet, on dit que l'armée est instituée pour défendre l'ordre et la propriété; mais si la momiÉTÉ

EST T.' ART D'ABSORBER LE TRAVAIL DU TAOVRE, Ce-

lui-ci composant l'armée eu entier, est une portion de la classe pauvre, isolée et enrégimentée pour opprimer l'autre. Alors ne parlez donc plus alarmée nationale, et achetez vous-mêmes vos esclaves, car la nation c'est le plus grand nombre. » Simokde de Sismondi, Principes d'économie jiolitique (2).

— « C'est l'esprit du temps de déplorer la condition du pauvre Mais on dit vrai; et il est impossible de regarde)' sans une compassion profonde

tant de créatures humaines si misérables Cela

est douloureux , très-douloureux à voir ; et cepen-

quelle éducation donner à tous ? Est-ce celle du matérialisme ; et il n'y en a pas d'autre possible et durable , en présence de l'incompressibilité de l'examen et de l'ignorance sociale. Puis, comment anéantir le paupérisme sans porter à l'anarchie? Mâcher a vide !... je le répète.

(1) Tout cela, et tout ce qui ressemble à cela, je ne puis trop le répéter, est parler pour ne rien dire. La société est-elle malade? Y a-t-il nécessité de la guérir sous peine de mort? Quel est le remède? Est-il incontestablement bon ? Tout le reste est du bavardage.

(2) C'est aussi révolutionnaire que possible; surtout, pour un économiste. Mais, le remède! le remède! Ces messieurs ne savent qu'accélérer la mort de la vieille société, en lui présentant des palliatifs empoisonnés.

dant il faut y penser beaucoup; car à l'oublier, il y a tort grave et grave téril. »

M. Guizot, Sur la religion dans les sociétés modernes (1).

— « C'est moins la consommation absolue du travailleur que la consommation relative qui rend la condition heureuse ou malheureuse. Qu'importe à l'ouvrier de pouvoir se procurer quelques produits auparavant inaccessibles à ses pareils, si le nombre des produits auxquels il ne peut atteindre s'est accru dans une proportion encore plus forte, si la distance qui le sépare des capitalistes n'a fait qu'augmenter, si sa position sociale est devenue plus humble et plus désavantageuse? A part les consommations strictement nécessaires au maintien des forces et de la santé ■physique, la valeur de nos jouissances est essentiellement relative(2).

« On oublie trop souvent, dans l'examen de ces questions, que le travailleur salarié est un homme pensant, doué des mêmes facultés, mû par les mêmes mobiles, capable des mêmes sentiments que le travailleur capitaliste. On en a fait une classe à part, sur laquelle on raisonne à peu près comme s'il s'agissait de bêtes de somme.

« Pourvu que le cheval ait une ration suffisante de foin et d'avoine, que sa litière soit fraîche et qu'il ne soit ni exposé à trop de fatigues ni mené trop rudement, voilà un animal heureux. Son maître peut compter sur l'approbation , la reconnaissance des amis les plus ardents et les plus exagérés de l'espèce animale.

« Le prolétaire a quelques besoins de plus, auxquels certains philanthropes ne paraissent guère songer. Le prolétaire a une âme qui se nourrit de sentiments et non de pain , qui cherche le repos et la paix , non dans les jouissances du présent , mais dans la sécurité sur l'avenir, et qui redoute plus la dépendance et l'humiliation que la fatigue et la douleur.

« Ou bien n'aurait- il plus cette âme immortelle? Sa position précaire et le manque d'éducation l'au-

(1) Et, pour diminuer le péril, M. Guizot leur enseigne : que, la morale est indépendante des idées religieuses.

(2) Voilà encore des vérités, évidentes comme la lumière; et, qu'il est aussi impossible de faire accepter aux académies : que, de blanchir un nègre.

raient-ils abruti au point de ne lui laisser que la nature animale du cheval? Oh ! alors, que n'en faites-vous des esclaves? 11 achètera volontiers, au prix de sa liberté, la litière et le pain pour le reste de ses jours. »

Cherbumez, professeur d'économie politique et de droit public a Genève (1).

(1) Bravo! professeur! Voilà une profession de foi économique, qu'il serait bon de renouveler en 1857.

Empirisme.

« M. Charles de Kémusat émit un jour à la tribune une grande vérité. L'impôt, dit-il, est pour la nation le meilleur des placements. Il laissait échapper la pensée profonde des vrais financiers et économistes. Il fut couvert des huées libérales, et pourtant il avait raison. L'impôt est pour la nation le meilleur des placements , à la condition que le budget soit bien reparti (1). »

Pierre Leroux, Revue indépendante, de la Ploutocratie, septembre 1842.

«Jusqu'à présent, nous n'avons trouvé pour

base de l'édifice que la propriété. Est-il bien certain que nos droits politiques ne se régleront désormais que par le registre des impositions ? »

Ballanche, Essai sur les inslitutiotis sociales, t. II des Œuvres, p. 09 (2).

« Qui ne sait que l'impôt frappe avec toute sa rigueur et pèse de tout son poids sur le pauvre ouvrier agricole, qui n'a qu'un lambeau de terre à cultiver, une mauvaise cabane pour abriter sa tête,

(1) 11 aurait fallu ajouter : et, prélevé harmoniquement avec l'état de la société.

La répartition et le prélèvement du budget ne doivent pas être les mêmes, pour que l'ordre existe : en époque d'ignorance et en époque de connaissance. En époque d'ignorance et d'incompressibilité de l'examen, tout prélèvement et toute répartition de budget sont même incompatibles : avec l'existence de l'ordre.

(2) L'organisation de la propriété n'a jamais été : que, base secondaire de l'édifice social; c'est, l'organisation des intelligences, qui est la base principale. Les droits politiques ne sont que secondaires ; c'est, le droit qui est le principal. Pourquoi s'occuper du secondaire avant d'avoir résolu les questions principales, qui dominent les questious secondaires?

mais qu'il n'atteint pas de même l'homme riche, du moins celui auquel convient réellement le titre de. propriétaire ? Au premier la loi est appliquée tout entière, il ne peut rien cacher au fisc ; son champ, sa récolte sont mesurés, estimés par les agents de l'administration et les commissaires répartiteurs; il n'a lui qu'à payer. Il n'en est pas de même du second. Au lieu de le taxer d'office, on lui demande, pour ainsi dire, de quelle somme il veut bien consentir à diminuer son revenu. Sa cote n'étant établie que d'après le revenu qu'il déclare lui-même , il ne se fait pas faute de profiter de cette latitude pour faire sa part aussi petite que possible. » BLANQur, Leçons professées au Conservatoire,

t. III, p. 24(1).

— « Il existe en France, le croirait-on ! près de trois cent cinquante mille maisons qui, pour échapper à l'impôt sur l'air et la lumière , n'ont qu'une ouverture, c'est-à-dire pas de fenêtres, et près de deux millions qui n'ont qu'une porte et qu'une fenêtre. »

Rapjjort de M. de Chabrol , comme ministre des finances , en 1830, où il déclare qu'il a été impossible a l'administration de soumettre a l'impôt des portes et fenêtres, dans toute la France, plus de vingt-six millions d'ouvertures. Vingt-six millions d'ouvertures pour trente-quatre millions d'hommes!

(1) Et le remède, s'il vousplait? Ne vaudrait-il pas mieux : en parler et le discuter?

OU EST-CE QUE L IMPOT i

« Dieu, en donnant à l'homme des besoins, en Jui rendant nécessaire la ressource du travail, a fait du droit de travailler la propriété de tout homme ; et cette propriété est la première, la plus sacrée et la plus imprescriptible de toutes. Si le souverain doit à tous les sujets de leur assurer la jouissance pleine et entière de leurs droits, il doit surtout cette protection à cette classe d'hommes qui, n'ayant de propriété que celle de leur travail et de leur industrie, ont d'autant plus le besoin et le droit d'employer dans toute leur étendue les seules ressources qu'ils aient pour subsister. »

Turgot, Préambule de l'édit supprimant les jurandes en 1776 (i).

— « Sous l'empire de la Charte, de cette charte qui déclare que les citoyens indistinctement contribueront en proportion de leur fortune aux charges publiques, la majorité des impôts frappe tous les citoyens, pauvres et riches, d'une capitation (2) qui effleure à peine les seconds, et écrase les premiers. La famille la plus pauvre paye au fisc une somme aussi forte, plus forte peut-être, que la famille d'un rentier assez riche pour vivre dans un loisir absolu. La consommation indispensable du pauvre est frappée d'un impôt aussi élevé que celui du riche. Que dis-je ! l'impôt s'adresse avec

(i) Du moment que le travail est assimilé à la propriété, l'esclavage des masses est assuré. Voyez , à cet égard , notre Économie politique source des révolutions.

(2) Impôt indirect.

une prédilection toute'spéciale aux substances particulièrement destinées à la consoramatiou du pauvre. Nous demandons à tous les hommes de bou sens, à tous les hommes honnêtes, si la promesse de la Charte a été tenue, si tous les citoyens indistinctement contribuent en proportion de leur fortune aux charges de l'État? »

E. Borkt, De la misère des classes laborieuses, t. II, p. 394 (1).

— Que de volumes ont souvent été écrits , sans que préalablement la valeur de l'expression énonçant le sujet à discuter ait été déterminée ! Alors, chacun se fait une idée particulière de ce dont il s'agit. Et qu'arrive-t-il de cette absence de détermination commune? Qu'au moment où plusieurs individus, croyant avoir étudié un même sujet, viennent à en discourir; chacun croit : que, les autres sont des fous. En général tous ont raison : chacun, vis-à-vis des autres, argumente follement, au point de vue qui lui est seul propre ; quoiqu'il soit possible que chacun raisonne sensément, à son propre point de vue.

Et, qu'on ne s'imagine pas qu'il suffise : d'être d'accord sur la définition du sujet, pour l'être sur sa discussion. Car, chaque- mot de la définition, et ensuite de la discussion, élèvera de nouvelles difficultés. En effet, il n'est aucun point moral dans lequel ne se trouvent compris, soit implicitement soit explicitement, les mots : société^ liberté, homme] droite etc. Eh bien ! jusqu'à présent il n'y a pas, dans le monde philoso-

(1) Le remède ! le remède 1 Quand vous mettrez, à chaque instant, le cancer social à nu, cela lo guérira-t-il ? Et, ne l'oubliez pas! c'est un remèdd qu'il faut; un remède radical; et, non des palliatifs.

phique ou raisonneur, deux individus qui soient d'accord sur les valeurs de ces expressions. Faut-il s'étonner : de l'anarchie qui s'est emparée de nous?

Mais, va-t-on nous dire, cette anarchie a dû exister toujours. Dans le monde philosophique certainement. Mais ce monde, avant notre époque, était, pour ainsi dire, extra-social, étant extra-vulgaire. Avant l'incompressibilité de l'examen, il y avait : une autorité, une force, qui déterminait, socialement ; ou , si l'on veut, pour le vulgaire; la valeur des mots. Et, quelque irrationnelles que ces valeurs pussent se trouver; cette force les faisait accepter, par l'éducation, comme rationnelles ; et, ceux qui voulaient démontrer : combien, l'éducation se trouvait illogiquement basée ; étaient immédiatement mis à mort. Que cette méthode fût juste, relativement au temps, parce qu'elle était nécessaire et possible^, nous ne le nions point, nous l'affirmons même. Mais, ce qui étonne ; c'est, lorsque cette méthode est devenue évidemment impossible ; qu'un homme, que l'Europe entière nomme un penseur, ait osé, au dix-neuvième siècle, écrire les lignes suivantes :

— « Savez-vous, Messieurs, d'où vient le débordement de doctrines insolentes qui jugent Dieu sans façon et lui demandent compte de ses décrets? Elles nous viennent de cette phalange nombreuse, qu'on appelle les savants , et que nous n'avons pas su tenir dans ce siècle à leur place, qui est la seconde. Autrefois, il y avait très-peu de savants, et un trèspetit nombre de ce très-petit nombre était impie; aujourd'hui, on ne voit que savants : c'est un métier, c'est une foule, c'est un peuple; et, parmi eux, l'exception déjà si triste est devenue règle. De toutes parts ils ont usurpé une influence sans bornes; et cependant, s'il y a une chose sure dans ce monde, c'est, à mon avis, que ce n'est point à la science qu'il appartient de conduire les hommes. Rien de ce qui est nécessaire ne lui

esl confié. Il faudrait avoir perdu l'esprit pour croire que Dieu ait chargé les académies de nous apprendre ce qu'il est et ce que nous lui devons (1). Il appartient aux prélats, aux nobles, aux grands officiers de l'État d'être les dépositaires et les gardiens des vérités conservatrices ; d'apprendre aux nations ce qui est mal et ce qui est bien, ce qui est vrai et ce qui est faux dans l'ordre moral et spirituel : les autres n'ont pas le droit de raisonner sur ces sortes de matières. Ils ont les sciences naturelles pour s'amuser; de quoi pourraient-ils se plaindre? Quant à celui qui parle ou écrit poui ôter un dogme national au peuple, il doit être pendu comme voleur domestique. Rousseau même en est convenu, sans songer à ce qu'il demandait pour lui. Pourquoi a-t-on commis l'imprudence d'accorder la parole à tout le monde? C'est ce qui nous a perdus. »

— En effet ; c'est, ce qui a perdu l'autorité par la force, masquée de raison. Depuis la chute de cette autorité , l'anarchie est passée dans les mots ; les mots représentent les idées; les idées causent les faits; et, l'anarchie ne peut disparaître : qu'en se soumettant de nouveau à la foi, ce qui est devenu impossible; ou, qu'en rendant le raisonnement, sur la direction des actions, tellement incontestable : qu'il soit impossible, à qui que ce soit, de ne pas le reconnaître comme tel.

Maintenant, nous répétons : qu'est-ce que l'impôt ?

Prenons d'abord ce mot dans un sens très-indéterminé , ou très-général, en lui donnant pour valeur : prélèvement sur les familles domestiques au profit de la famille politique.

(1) Que Messieurs les libéraux déistes ne se rient pas trop de M. le comte de Maistre, en se plaçant sur le piédestal du raisonnement. Car, du moment qu'ils sont anthropomorphistes, ils doivent, s'ils sont réellement logiciens, se soumettre à tout ce qu'annonce ici le philosophe ultramontain. Et, si le panthéisme philosophique était vérité, la doctrine de M. le comte de Maistre, devrait être acceptée : pour, que l'humanité pût ne point se noyer dans le sang.

Ainsi, dans la famille domestique primitive; en dehors de la société politique ; il n'y a pas d'impôt. Le revenu de la famille appartient au père, qui en dispose dans son intérêt, renfermant celui de tous. Il n'y a pas d'impôt, nous le répétons, parce que : tout le revenu de la famille est impôt.

Du moment , que la famille politique vient à s'établir, il y a une règle ; et, cette règle a pour expression : des institutions.

Les institutions ne marchent pas seules : ce sont des hommes qui les font marcher; qui travaillent, pour les faire marcher.

Leur travail, il faut le payer.

Avec quoi ?

Avec un revenu quelconque.

Ce revenu sera : le revenu de la société.

Le revenu de la société est /'impôt.

Voilà une définition, en apparence , parfaitement claire. Elle est, cependant, loin de l'être.

En effet, qu'est-ce que la société?

L'esclave, le serf, le paysan, le prolétaire font-ils partie de la société ?

Le mot société signifie-t-il : une troupe d'individus quelconques? Ou, un ensemble d'individus, supposés avoir contracté? Ou, l'ensemble des individus, ayant reconnu : ce qui est incontestablement rationnel ; s'y soumettant ; et, se trouvant associés, dans cette commune soumission?

Y a-t il des classes d'individus héréditairement déterminées?

Peut-on contracter : avec les Australiens, avec les singes, avec les chiens ?

Quelles sont les conditions : pour qu'un contrat soit valide ?

Y a~t-il : contrat juste et contrat injuste ?

Y a-t-il : raisonnement juste et raisonnement faux?

Y a-t-il : une justice ?

L'existence du raisonnement : est-elle réelle ou illusoire ?

Toutes ces questions doivent être résolues , avant qu'il soit possible d'avoir : une idée claire et distincte de l'impôt.

Mais, la solution de ces différentes questions n'appartient point à ce livre. Resterons-nous donc dans le vague, pour tous les points non-résolus?

Ce serait nous empêcher d'avancer. Dès lors, supposons ces questions résolues, sans oublier qu'elles ne le sont point encore ; et essayons de déterminer, en restant soumis à cette hypothèse : dans quelle latitude, l'expression impôt pourra être commune : à ceux qui voudront raisonner, dans le seul but de s'éclairer ?

Dans sa plus grande généralité, l'impôt sera, nous l'avons dit : le revenu de la société, le revenu de la richesse sociale.

Si, nous cherchons à préciser la généralité de cette valeur ; nous trouverons : que, l'expression impôt a nécessairement, deux valeurs particulières, absolument différentes : la première , se rapportant à la société exclusivement basée sur la force-, la seconde, se rapportant à la société basée sur la justice.

Jusqu'à présent, il n'y a eu dans le monde : que, l'impôt relatif à la force. Le dictionnaire, à l'article Impôt, le dit lui-même : tributum (imposition, taxe, tribut, droit imposé.) Il est rare de trouver le dictionnaire aussi lucide.

Que doit être l'impôt relatif à la justice ?

Le revenu social conforme à la justice, conforme à la raison.

Et, que peut être l'impôt relatif à la force?

Le complément du revenu : de ceux qui ont la force, des forts, des prétendus aristocrates; complément prélevé : sur les faibles , sur le peuple ; lorsque tous ne sont point peuple.

Donnons une esquisse rapide de la justice ou de l'injustice de l'impôt ; et, commençons par la justice. Nous prendrons ici , entre nos lecteurs et nous, le simple bon sens pour arbitre ; en attendant : que, nous puissions nous mettre sous la protection, de l'incontestabilité rationnelle.

L'impôt ou le revenu : soit de la société rationnelle ou libre ; soit de la société despotique ou esclave ; ne peut ressortir : que, de la propriété du sol; de la propriété du capital ; ou, de la faculté de travailler.

Avant l'aliénation du sol, le sol est la richesse sociale. Chacun y puise selon sa faculté, selon sa force.

Après l'aliénation du sol, le revenu social, l'impôt, devrait, en justice, se prélever : sur le sol aliéné ; et, complémentairement : sur la propriété mobilière ; sur le capital.

Ce ne serait, que subsidairement ; et, lorsque sol et

capital auraient été reconnus insuffisants, pour subvenir aux besoins *de la société ; que, le revenu social, le revenu nécessaire à l'existence, à la conservation de l'ordre, devrait se prélever : non sur le travail, car le travail n'est point saisissable ; mais, sur l'homme, sur la faculté de travailler.

Supposons ce cas devenu nécessaire.

Alors, la dette de chacun devrait se payer en travail personnel : il serait irrationnel , c'est-à-dire injuste : de faire payer à celui qui ne peut travailler, soit par incapacité physique, soit par ce que personne ne lui donne à travailler ; car, alors il ne pourrait payer : que, sur la nourriture qui lui est nécessaire. Il est donc évident, vis-à-vis du sens commun : que, le revenu du sol et le capital doivent être absorbés, avant d'imposer la faculté de travailler ; et , que préalablement à toute imposition sur cette faculté ; le travail des valides doit avoir subvenu : aux besoins des faibles.

Concluons maintenant :

Tout impôt indirect, frappant exclusivement la faculté de travailler , sans distinction de forts et de faibles, est en assassinat social ; quand, cette espèce d'impôt n'est point nécessaire, absolument nécessaire : à l'existence de l'ordre, vie sociale.

Il paraît facile, d'après ce qui précède, de reconnaître un impôt injuste. Ce sera : tout impôt en opposition, avec celui que nous venons de décrire comme juste. Et, l'impôt sera d'autant plus injuste : que, l'opposition sera plus marquée.

Nous disons : il para U facile; et, cela n'est pas aussi

facile que cela le paraît. Car, pour discerner l'impôt juste de l'impôt injuste; il faut pouvoir dire : quand, l'impôt dit assassinat social, devient juste : parce qu'il est nécessaire à l'existence de l'ordre vie sociale. A cet égard, nous renvoyons au prolégomène intitulé : Qu'est-ce que la science sociale? T. II et III.

Revenons, maintenant, à l'impôt considéré dans sa généralité.

L'impôt, avons-nous dit, est le revenu de la richesse sociale.

De cette proposition, nous déduirons, malgré les partisans des gouvernements à bon marché :

Que, plus l'impôt est considérable, plus la société est riche ; et, que moins l'impôt est considérable, plus la société est pauvre.

A ces conséquences, il est impossible de rien opposer de rationnel.

l'impôt est-il, ou doit-il être : un ou absolu ; complexe ou relatif?

« En Fiance tout le moude paye ; aux Etats- Unis, le riche est le seul qui contribue. »

Michel Chevalier, Lettres sur l'Amérique du Nord. Note 48 (0-

— «Cet impôt, la rétribution universitaire est une sorte de démenti donné à la civilisation et aux lumières de notre époque; et l'on ne comprend pas qu'au dix-neuvième siècle, on puisse dire à un père : Si tu fais élever ton fils tu seras imposé.

« A aucune époque du monde ancien et moderne, on n'a assujetti à un impôt le développement de l'intelligence humaine (2). Il n'est peut-être pas d'impôt qui soulève davantage les répugnances morales. »

Commission du budget de 1839.

(1) Toute la question sociale, quant au matériel, se trouve dans la connaissance de la cause de cette différence. Si, M. Michel Chevalier avait indiqué cette cause; la solution sociale serait trouvée, quant au matériel. Dans notre travail intitulé Qu'est-ce que la science, sociale? nous avons prouvé : que , la cause de cette différence, pour les États- Unis, est : que, le sol y appartient encore, presque en totalité, à la propriété collective : par la facilité d'en avoir à 1 dollar l'acre, payable au bout de quatorze ans. Nous avons également prouvé : qu'alors, le salaire se trouve au maximum possible des circonstances 5 et, l'intérêt du capital, au minimum possible, aussi des circonstances.

(2) La commission est dans l'erreur. Toujours , depuis que ce monde existe, le développement de l'intelligence des masses a été comprimé. Il est seulement vrai : que, l'imposition directe, sur ce développement, est moderne. C'est, qu'il y avait nécessité d'agir ainsi, ne pouvant réussir au-

« Il suffit en France de regarder autour de soi pour reconnaître que si la bourgeoisie oisive représente en totalité l'élément d'ordre, ce n'est qu'à l'aide et par l'intermédiaire de 400,000 baïonnettes,

non compris les baïonnettes bourgeoises ce

qui démontre clairement que cette bourgeoisie ne conserve plus sa prédominance qu'en opposant aux masses la force des masses elles-mêmes : position critique à faire frémir, et qu'il est impossible de faire durer, car toutes les baïonnettes commencent a cire intelligentes. »

MiCHEi. Chevalier, Lettres sur l'Amérique du Nord; lettre 32 (1).

— « Quandnousauronsdes routes, quand les écoles auront appris à lire à tout le monde, vous verrez, si dès à présent vous n'y prenez garde, l'irréligion envahir les campagnes et les infecter. »

Id., ibid., lettre xxni (2).

— La question : l'impôt est-il, ou doit-il être un ou absolu ; complexe ou relatif? est la même que celle de demander : l'impôt est-il, ou doit-il être juste ou injuste?

Aussi longtemps : que, le mot société n'est point déterminé, en dehors de toute hypothèse; aussi longtemps : que, les mots juste et injuste ne seront point également déterminés ; nous nous trouverons , dans l'impossibilité de répondre sans nous baser sur des hypothèses. Mais, nous supposerons : que^ juste et injuste signifient conforme ou non conforme à la raison ; et, que société signifie : agrégation soumise à la raison; sans

trement. L'intelligence des masses, développée en époque d'ignorance, est ce qu'il y a de plus anarchique : d'abord parce qu'elle facilite l'examen des mensonges ou des hypothèses sociales hases de l'ordre ; et ensuite, parce qu'elle vulgarise le matérialisme, seule science possible en époque d'ignorance.

(1) Le remède, s'il vous plait ! le remède ! Sinon, vous n'êtes qu'un déclamateur révolutionnaire.

(2) Le remède, s'il vous plait ! le remède ! Faut-il aussi fermer les écoles primaires, ainsi que le veut M. Thiers ?

ii. 8

oublier : que, jusqu'à présent rien n'a distingué, d'une manière absolue , la raison du préjugé. Dès lors, raisonnons : dans les limites de ces hypothèses.

Si, dans une société, il y a des maîtres et des esclaves ; s'il y a des castes relatives à la naissance ; s'il y a des classes relatives aux deux propriétés absolument différentes, l'une naturelle et l'autre acquise ; il y aura dans cette agrégation d'individus, diverses agrégations secondaires, au sein desquelles une seule sera réellement associée; si, par association, on entend, implicitement, ou explicitement : une réunion, établie dans le but du plus grand intérêt possible, de ceux qui la composent.

Alors , chacune des agrégations pourra paraître payer un impôt ; il se pourra même : que, les unes payent un impôt, et d'autres point ; il se pourra encore : que, celles qui ne payent point d'impôt, profitent de l'impôt de celles qui en sont frappées ; et il sera possible encore : que, la classe exploitante paraisse payer exclusivement l'impôt ; et, que ce soit celle qui paraît ne rien payer, qui paye tout : ainsi qu'il en est dans les pays où existe l'esclavage domestique ; ainsi qu'il pourrait en être : dans les pays où le sol serait complètement aliéné ; et qui, cependant, se diraient libres, et soumis à l'égalité, sous le rapport de l'impôt.

Dans ces différentes hypothèses et mille autres analogues, l'impôt est toujours relatif. L'impôt, le revenu social est seulement absolu, est seulement un : lorsque la société est basée sur la justice ; lorsque la société est réellement une, est absolue enfin, est indé-

pendante des préjugés , des passions, libre ou exclusivement soumise à la raison. Ainsi, quand même, alors : l'impôt, ou le revenu social, proviendrait : soit de la propriété foncière ; soit de la richesse mobilière ; soit même des résultats immédiats du travail; l'impôt n'en serait pas moins un, absolu, comme appartenant à une société une* Il n'en sera pas moins complexe, relatif : si, même ne provenant en apparence que de la terre; il y a, dans l'agrégation, des maîtres et des esclaves. Il y aura, alors : impôt illusoire payé par les maîtres ; impôt réel payé par les esclaves.

Nous n'avons pas encore répondu à la question : V impôt doit-il être juste ou injuste?

Tous nos prétendus philosophes, nos philanthropes de profession, vont s'imaginer: que, cette question est stupide de naïveté; et, déjà ils ont prononcé: l'impôt doit être juste.

Et, s'il leur était demandé : y a-t-il plusieurs justices ? que répondraient-ils ?

Probablement, si néanmoins ils daignaient répondre, ils diraient : il n'y en a qu'une.

Nous sommes loin de décider aussi promptement. Auparavant examinons.

Voyons d'abord : si, pendant l'époque d'ignorance primitive; pendant l'époque où une révélation est encore nécessaire, par absence de démonstration rationnelle de la réalité du lien religieux; l'impôt peut être un j peut être absolu ; peut être soumis au rai sonnement absolu ?

Partout où l'impôt est un, est absolu, est juste d'une manière absolue, est rationnel d'une manière incon-

testable, abstraction faite de temps, les développements de V intelligence ne peuvent être monopolisés, I'examenest

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