INCOMPRESSIBLE
Dans ce cas, la révélation, la base sociale est nécessairement examinée , reconnue hypothétique ou fausse, la société devient anarchique et meurt.
Pendant toute période humanitaire primitive, l'impôt doit donc être injuste d'une manière absolue; et ne peut être juste : que, relativement à l'époque. Nous pourrions même dire : que, pour cette période, l'emploi de l'impôt est d'autant plus juste, qu'il est plus injuste, qu'il sert davantage à empêcher le développement de l'intelligence des masses, pour que l'examen des bases sociales puisse être comprimé. « Celui qui parle ou écrit pour ôter un dogme national au peuple, dit M. de Maistre, doit être pendu comme un voleur domestique. »
Ce que nous venons de dire, relativement à l'impôt, doit s'appliquer aux différentes espèces de despotismes ; et, à toutes les injustices absolues qui en résultent. C'est, contre ces injustices, que tous les protestantismes aveugles et souvent consciencieux , se sont élevés depuis l'origine sociale ; et, c'est aussi ce protestantisme qui rendant la société impossible, en dehors de la justice absolue, finit, à cause de l'excès du mal social où ce même protestantisme l'entraîne : par rendre la vérité absolue nécessaire; par la faire chercher, trouver et appliquer. Alors, protestantisme et mal social, s'évanouissent.
resume de ce que doit etre l impot pour l epoque d'empirisme.
« On peut dire des impôts, ce qu'Ésope disait de la langue : il n'y a rien de si excellent ou de s; détestable; c'est l'emploi qui en décide (1). »
Pierrf, Leroux, Revue indépendante. Ploutocratie ; octobre 1842.
Nous avons déjà prouvé, et nous ne cesserons de rappeler : que, primitivement , le despotisme , ou le monopole des développements de l'intelligence, dont l'exploitation des masses est la conséquence inévitable, est nécessaire à l'existence sociale. Maintenant, toujours quant à l'impôt, suivons les transformations de cette période primitive.
D'abord, les despotes, seulement propriétaires particuliers ou domestiques , tant du sol que des hommes qui le cultivent, veulent rester oisifs matériellement; et , borner leur travail : à maintenir l'ordre, par le monopole des développements de l'intelligence, monopole de la force morale.
(1) Le prélèvement est inséparable de l'emploi ; et les deux doivent être harmoniques.
Mais une fois que le despotisme, par suite de l'augmentation des esclaves particuliers ou domestiques , est obligé d'arriver à ce qu'on nomme l'émancipation des serfs ; et, de se transformer en une exploitation collective ou politique; une fois que les despotes, propriétaires particuliers, ne possèdent plus que la richesse inanimée ; et , qu'ils s'aperçoivent : que , cette richesse, quelque fertile que soit un pays, ne peut avoir de valeur réelle : que, par le travail, qui ne peut plus être exploité domestiquementj les despotes se trouvent obligés : de trouver un moyen d'exploiter les masses en commun.
Auparavant, les despotes exploitaient fédéralement, démocratiquement : eux seuls étant peuple. Désormais , il faut qu'ils exploitent hiérarchiquement , aristocraliquement : les exploités étant devenus peuple j il faut, ainsi, que l'aristocratie vienne à se centraliser : monarchiquement.
N'oublions jamais : que, pour cette période, la base sociale matérielle consiste : à empêcher que les masses puissent économiser sur leur travail, de quoi se procurer un loisir suffisant, pour qu'elles pussent se livrer au développement de l'intelligence , à l'examen ; par conséquent à la destruction de la base morale, la révélation ; par conséquent, à la destruction de la base matérielle, l'exploitation des masses.
Une fois, que l'exploitation domestique est devenue impossible; il y a donc, pour les despotes, un double but à remplir. C'est, pour l'atteindre, que l'empirisme a inventé Vtmpât*
Aussi, avec plus ou moins d'adresse, et selon les circonstances, l'impôt devant servir : d'abord au maintien du monopole constituant le despotisme; ensuite aux jouissances de ceux qui s'attribuent le pouvoir, dans le but de maintenir l'ordre tel qu'ils l'entendent ; l'impôt disons-nous, a toujours dû être ; et, en effet, a toujours été : rejeté sur le travail matériel des masses.
C'est donc Vimpfà, pris dans le sens despotique, qui est la base matérielle du despotisme par exploitation collective; et^ ce nouveau mode de s'assujettir les masses par la centralisation despotique, nous l'appellerons : exploitation i^olitique^ collective ou sociale ; par opposition avec l'exploitation fédérale, faussement démocratique, que déjà nous avons nommée : exploitation domestique.
Remarquons ici , et relativement à notre époque :
Que, les despotes nobiliaires, dont l'exploitation était primitivement domestique, en considérant chaque fief comme une famille ; et, les révolutionnaires anarchistes, qui, par le développement de leur intelligence, ne craignent point de lutter contre les nobles ; désirent également de ramener la société à la forme despotiquement fédérale ; tandis, que les bourgeois veulent : que, l'exploitation reste despotiquement centralisée. C'est, qu'en effet, l'exploitation bourgeoise, essentiellement relative à la domination de la propriété mobilière ou financière, ne peut jamais se transformer : en exploitation domestique.
Avant que ces distinctions : entre exploitation par
fédéralisation et par centralisation ; entre exploitation domestique et exploitation collective ou politique ; soient parfaitement comprises ; il est presque impossible de bien concevoir : ce que peut être un impôt, qui, sous le despotisme s'accroît nécessairement en raison même des développements de l'intelligence ; et, rend les peuples d'autant plus malheureux : que, les pays qu'ils habitent deviennent plus riches.
Mais, une fois que cette distinction se trouve clairement établie ; toute considération sur l'impôt devient également claire.
En effet :
Aussi longtemps qu'il n'y a pas encore de travailleurs prétendus libres ; c'est-à-dire : d'esclaves domestiques prétendument émancipés, qui en réalité deviennent alors des esclaves politiques ou sociaux prétendus libres ; l'impôt, évidemment, n'est point un moyen direct d'exploitation ; il est seulement une cotisation; que les despotes fédérés font, entre eux, pour s'assurer l'exploitation des esclaves domestiques : d'une part contre toute tentative de révolte partielle ; d'une autre, contre les entreprises de despotes étrangers à la fédération, qui voudraient leur enlever, par la force, les profits d'une exploitation : elle-même exclusivement appuyée sur la force.
Mais, aussitôt que le maintien de l'esclavage domestique devient impossible, l'impôt remplace alors, et avec avantage pour chaque despote , ce que chacun d'eux peut avoir perdu, par l'anéantissement, devenu nécessaire, de l'exploitation domestique.
Nous verrons ailleurs : que, c'est seulement lorsque tout despotisme, tant domestique que politique, vient, par besoin d'ordre, à devoir être complètement anéanti ; et, que tout despotisme peut être anéanti, par l'anéantissement de l'ignorance; que, l'impôt peut être utile à tous; et, non plus à quelques-uns.
Aussi, lorsque par besoin d'ordre, le despotisme vient à devoir être anéanti ; l'impôt se trouve frappé exclusivement sur la propriété. 11 sert, alors, au développement de l'intelligence de tous ; et tous ne deviennent réellement fédérés : que, lorsque l'intelligence de chacun se trouve complètement développée.
Avant de passer à l'examen historique des faits relatifs à l'établissement de l'impôt, remarquons l'ambiguïté qui existe encore , sur plusieurs expressions politiques dont nous nous sommes servi dans ce paragraphe. Nous voyons, par exemple : que, le gouvernement des despotes, aussi longtemps que dure l'esclavage domestique, et avant que les despotes soient hiérarchisés, est un gouvernement fédéral, un gouvernement démocratique ; chaque despote étant alors membre d'un peuple souverain : parce que les despotes^ alors, constituent exclusivement le peuple. Tel était, entre autres, le gouvernement d'Athènes.
C'est, qu'il n'y a de véritable démocratie (1), de véritable fédération ; que, lorsque l'intelligence de chaque individu se trouve complètement développée ; et, que
(1) Ici, démocratie est pris, par nous, dans le sens de justice sociale. Nous faisons cette remarque, parce qu'au second livre nous démontrerons : que, démocratie, dans le sens étymologique, est une véritable absurdité.
la règle incontestablement rationnelle des actions étant trouvée ; chacun se trouve à même : d'entrer dans la fédération, d'être peuple , d'être gouvernement (1), d'être démocrate.
Auparavant, il n'y a de possible : que, des esclaves et des despotes ; des aristocrates hiérarchisés ; et, des masses exploitées.
Il faut donc conclure : que , toute centralisation de hiérarchie est, primitivement, despotique, aristocratique et monarchique. Mais, il y aurait erreur d'en conclure : que, toute hiérarchie, toute aristocratie, toute monarchie, est essentiellement despotique.
Sous le règne de la liberté, de la soumission au raisonnement, le peuple choisit , comme étant les meilleurs, ceux qui doivent le gouverner; c'est-à-dire : ceux qui doivent appliquer socialement la règle d'action. Ces gouvernants constituent une aristocratie. Cette aristocratie doit nécessairement se hiérarchiser d'après la règle ; et, la sommité de cette hiérarchie est nécessairement une monarchie ; laquelle , est ellemême : une centralisation , résultant d'une fédération .
Ces distinctions sont nécessaires; et, ne doivent jamais se perdre de vue. Ainsi, il y a fédération, peuple , et démocratie relatifs au despotisme ; tandis, qu'au contraire, il y a centralisation, peuple, aristo-
(1) Gouvernement est pris ici, dans le sens administratif; car, nous prouverons : que, le mot gouvernant, dans le sens constitutif; est aussi une absurdité. Et, encore faut-il ajouter : que, gouvernant, dans le sens administratif, se borne à signifier : capable de nommer des administrateurs.
cratie et monarchie, relatifs à l'état de liberté. 11 en est de même pour l'expression république. Il y a république relative à l'état de despotisme ; et république relative à l'état de liberté.
Passons, maintenant, à l'examen des faits historiques.
Histoire.
« J'ai 'dû le dire, j'ai dû dévoiler au roi cette triste vérité (la crise financière) ; elle a fixé son attention, et Sa Majesté s'est vivement pénétrée de la nécessité d'employer les moyens les plus efficaces pour y apporter remède.
« Mais, quels peuvent être ces moyens ?
« Toujours emprunter, serait aggraver le mal et précipiter la ruine de l'Etat.
« Imposer, rus, serait accabler le peuple...
« Anticiper encore, on ne l'a que trop fait....
« Economiser, il le faut sans doute mais
l'économie seule serait insuffisante.
•< Que reste-t-il qui puisse suppléer à tout ce qui manque, et procurer tout ce qu'il faudrait pour la restauration des finances ?
« Les abus.
« Oui, messieurs, c'est dans les abus mêmes que se trouve un fond de richesse que l'Etat a droit de réclamer, et qui doit servir à rétablir l'ordre. »
Calonse, Discours d'ouverture de la chambre des notables.
— «Nous tenons à signaler une curiosité de statistique qui doit, ce nous semble, donner à réfléchir. C'est le calcul qui a été fait, suivant la Presse et plusieurs autres journaux , de l'énorme dépense improductive (1) des armées en Europe.
« On a calculé , disent ces feuilles . que depuis 1830 les gouvernements européens ont dépensé, en organisation d'armée et de flottes , la somme de plus de vingt-deux milliards.
(1) Cette expression de l'économie politique est aussi mauvaise que la prétendue science à laquelle elle appartient. Mais ce n'est pas ici le lieu de la discuter. Voyez, à cet égard, notre Économie politique, source des révolutions.
« Vingt-deux milliards (1) dépensés improductivement en dix ans ! ! Il y avait de quoi fournir des instruments de travail à tous les habitants du globe. »
Revue indépendante, avril 1842 (2).
(1) Prélevés sur la faculté de travailler !!!
(2) Et, quand tous les habitants du globe auraient des instruments de travail ! ils ne s'en serviraient que pour s'égorger mutuellement : si', l'organisation de l'intelligence ne domine l'organisation de la matière.
FAITS HISTORIQUES RELATIFS A L'EXEMPTION D'iMPÔT ACCORDÉE A LA PROPRIETE.
« Il est iniposible que cette grande iniquité de l'impôt, réparti comme il l'est aujourd'hui, ne frappe pas bientôt tous les yeux. »
Pierre Leroux, De la ploutocratie. Reçue indépendante, octobre 1842 (1).
— « Tout le système se résume en une série continuelle d'extorsions et d'injustices de la part des officiers publics , dont la rapacité ne laisse aux malheureux laboureurs qu'à peu près ce qu'ils peuvent sauver par des soustractions ou par la fuite. » Rapport du comité nommé par la chambre des communes pour examiner le système d'impôts clans l'Inde.
Jusqu'à présent, la propriété a toujours été exempte d'impôt, autant que les circonstances relatives à la sujétion des travailleurs ont pu le permettre. Et, quand en apparence, il a fallu faire supporter à la propriété quelques parties des charges publiques; les despotes ont toujours établi des compensations à ces impôts illusoires, dans des lois.de protection et de privilège.
Maintenant, sans aucune espèce de déguisement, la faculté de travailler paye tout. Voyez notre théorie générale de l'impôt, t. II de l'ouvrage intitulé : qu'estce QUE LA SCIENCE SOCIALE ?
(1) Oui: quand l'anarchie aura extirpé les cataractes de l'humanité.