‹ Science socialeChapitre 2 sur 44 · II · texte numérisé non relu

II

s'approprier à l'exclusion d'un autre homme : ce n'est que sur son propre individu, sur le travail de ses mains, sur la cabane qu'il a construite, sur l'animal qu'il a abattu, sur le terrain qu'il a cultivé, ou plutôt sur la culture même et son produit, que l'homme peut avoir un vrai privilège. Dès le moment qu'il a recueilli le fruit de son travail, le fond sur lequel il a déployé son industrie redevient commun « tous les hommes.

« C'est le partage des terres fait et consenti par les hommes rapprochés entre eux, qui peut être regardé comme l'origine de la propriété (1) ; et ce partage suppose une société naissante, une convention primitives, une loi réelle.

« La propriété (2) est donc de droit social ou civil, et, par conséquent, la loi peut défendre ou permettre d'en disposer par testament. Elle pourrait MÊME S'EMPARER DES SUCCESSIONS ATT PROFIT DE LA SOCIÉTÉ TOUT ENTIERE (3). »

Mirabeau, Sur la question : le propriétaire 2>eut-il disposer par testament (4).

(1) Ici doit se trouver sous-entendu foncière, ne l'oublions jamais.

(2) Encore une fois n'oublions pas d'ajouter foncière. 11 est singulur qu'une foule de publicistes ne distinguent point la propriété foncière de la propriété mobilière. Plusieurs refusent à cette dernière le titre de propriété et l'appellent possession. De pareilles logomachies ont souvent rendu ennuyeuses et inintellibles des discussions qui, sans ces défauts, auraient été fort utiles.

(3) Mirabeau avait besoin de pouvoir conclure relativement à la totalité de la propriété. Telle est la cause qui ne lui a point fait distinguer la propriété foncière, de la propriété dérivant du travail. La première est effectivement de droit conventionnel ou arbitraire; la seconde est de droit rationnel.

(4) Tout le saint-simonisme, tout le communisme est dans cette question. Du moment qu'il'est défendu de tester, ce qui présuppose l'abolition absolue de l'hérédité, il faut un pape, un père ; et, la société reste éternellement esclave : sous un despotisme patriarcal. Comme plus qu'éphémère, et en présence de l'incompressibilité de l'examen , c'est la plus absurde des utopies. C'est le vrai régime chinois.

Empirisme.

« La place de l'homme, ce qu'il peut couvrir de son corps, c'est la vraie mesure de la propriété primitive.

« D'équivoque en équivoque, la propriété glisserait jusqu'au bout du monde. L'homme ne se bornerait pas, s'il ne trouvait sa borne dans l'homme.

« Tel est l'amour de l'homme pour la terre. Pour lui donner, à cette terre, indifférente et impersonnelle , l'empreinte delà personnalité humaine, il consentira s'il le faut, à y déposer ses ossements. Limitée par les tombeaux, mesurée par les membres humains, par le pouce, par le piec!( par la coudée, elle s'harmonise, autant qu'elle en est susceptible, aux proportions mêmes de l'homme. 11 n'est pas rassuré encore. Il prend en quelque sorte le ciel à témoin qu'elle est bien à lui , il essaye d'orienter sa terre, de lui appliquer la forme du ciel. L'orientation et la limitation constituaient , chez les anciens, une sorte de religion de la propriété.

« Etrange orgueil de la propriété. L'homme se croit le Dieu de la terre. C'est mon bien, dit-il, c'est mon lot, propriété solide, immuable comme le fond de l'Océan. L'enthousiaste possesseur place sur cette terre l'idée de l'infini ; il prétend la posséder comme Jupiter possède le monde. Il qualifie la propriété, dans son ivresse tilanique, des noms mêmes du Dieu très-grand et ires-bon : Fondus optimus maximus.

« Qu'il la frappe du pied eu maître, qu'il y laisse des empreintes de dix coudées qui sont restées du pied de Brahma et d'Hercule, elle n'est pourtant tas encore a lui. Pour que Voccupation soit parfaite, pour que la terre s'identifie à l'homme, qu'elle transkumane comme dit Dante, il faut qu'il y entre en effet, qu'il mette en elle ce qu'il a de sacré, la volonté et le travail. Plus lard il y enfoncera un sillon plus profond, il Yoccupera plus intimement encore, il y sèmera non plus l'orge et le froment, mais l'homme même. Il y fera sa couche et ils ne seront plus séparés.

« En attendant qu'elle le possède, il croit la posséder. Il jouit, il transmet. Pour garantir cette transmission aux autres, pour les persuader de sa validité, il a fallu tout un monde de symboles. »

Michelet, Origines du droit français, pages xxn à xxvii (1).

(1) Tout cela est très-poétique. En réalité, la terre est seulement humanitaire : lorsqu'elle appartient à la propriété collective.

LE SOL, SOUS L EMPIRISME , SE TROUVE INEVITABLEMENT ALIÉNÉ : D'ABORD, A DES INDIVIDUS COLLECTIFS, HOR- DES, PEUPLADES, OU TRIBUS; ENSUITE, A UNE OU A PLUSIEURS FAMILLES DANS CHAQUE SOCIÉTÉ ; ET, TOU- JOURS, IL SE TRANSMET PAR HÉRÉDITÉ, SEULE TRANS- MISSION POSSIBLE, UNE FOIS QU'lL EST ALIÉNÉ.

« Les propriétés foncières et l'inégalité des conditions sont-elles conformes ou contraires à l'ordre de la nature? Que je crains que votre ordre naturel ne soit contre nature ! Dès que je vois la propriété foncière établie, je vois des fortunes inégales; et de ces fortunes disproportionnées ne doit-il pas résulter des intérêts différents et opposés, tous les vices de la richesse et tous les vices de la pauvreté , l'abrutissement des esprits , la corruption des mœurs, tous ces préjugés et toutes ces passions qui étoufferont nécessairement i,'évipence. Ouvrez toutes les histoires, vous verrez que tous les peuples ont été tourmentés par cette inégalité de fortune. Des citoyens , fiers de leurs richesses, ont dédaigné de regarder comme leurs égaux des hommes condamnés au travail pour vivre : sur-le-champ vous voyez naître des gouvernements injustes et tyranniques, des lois partiales et oppressives, et pour tout dire en un mot , cette foule de calamités sous lesquelles les peuples gémissent.

« Voilà le tableau que présente l'histoire des nations ! Et je vous défie de remonter

jusqu'à la source de ce désordre, et de ne pas le trouver dans la rRonuÉTÉ foncière (1). »

Mably, Doutes sur tordre naturel et essentiel des sociétés politiques selon le* économistes.

— « Quand les héritages se furent accrus^en nombre et en étendue au point de couvrir le sol entier et de se toucher tous, les uns ne purent plus s'agrandir qu'aux dépens des autres , et les surnuméraires que la faiblesse ou l'indolence avait empêchés d'en acquérir à leur tour (2), devenus pauvres sans avoir rien perdu, parce que tout changeait autour d'eux , eux seuls n'avaient point changé, furent obligés de recevoir ou de ravir leur subsistance de la main des riches ; et de là commencèrent à naître, selon les divers caractères des uns et des autres , la domination et la servitude , ou la violence et les rapines. Les riches, de leur côté, connurent à peine le plaisir de dominer, qu'ils dédaignèrent bientôt tous les autres; et se servant de leurs anciens esclaves pour en soumettre de nouveaux, ils ne songèrent qu'à subjuguer et asservir leurs voisins, semblables à ces loups affamés qui, ayant une fois goûté de la chair humaine, rebutent toute autre nourriture, et ne veulent plus que dévorer des hommes. C'est ainsi que les plus puissants ou les plus misérables, se faisant de leurs forces ou de leurs besoins une sorte de droit au bien d' autrui, équivalant selon eux au droit de propriété , l'égalité rompue iat suivie du plus affreux désordre; c'est ainsi que les usurpations des riches, le brigandage des pauvres, les passions effrénées de tous , étouffant la pitié naturelle et la voix encore faible de la justice, rendirent ces hommes avares, ambitieux et méchants. Il s'élevait entre le droit du plus fort et le droit du premier occupant un conflit perpétuel qui ne se terminait que par des combats et par des meurtres. La société naissante fit place au plus horrible état de guerre; le genre humain, avili et désolé, nepou-

(1) Il aurait fallu dire : Dans l'ignorance primitive sur la réalité du droit; ignorance, dont la conséquence nécessaire est: l'aliénation delà propriété foncière.

(2) Rousseau aurait dû ajouter : ou naissant sans Mritage.

vant plus retourner sur ses pas (1) ni renoncer aux acquisitions malheureuses qu'il avait faites (2), et ne travaillant qu'à sa honte par l'abus des facultés qui l'honorent , se mit lui-même à la veille de sa ruine :

Attonitus noîitate mali, divesque, niiserquc, Effugere optât ope?, et quœ voverat odit.

« Il n'est pas possible que les hommes n'aient fait enfin des réflexions sur une situation aussi misérable, et sur les calamités dont ils étaient accablés. Les riches surtout durent bientôt sentir combien leur était désavantageuse une guerre perpétuelle, dont ils faisaient tous les fiais, et dans laquelle le risque de la vie était commun, et celui des biens particuliers (3). D'ailleurs, quelques couleurs qu'ils pussent donner à leurs usurpations, ils sentaient assez qu'elles n'étaient établies que sur un droit précaire et abusif; et que n'ayant été acquises que par la force, la force pouvait les leur ôter, sans qu'ils eussent raison de s'en plaindre. Ceux même que la seule industrie avait enrichis ne pouvaient guère fonder leur propriété sur de meilleurs titres. Us avaient beau dire : C'est moi qui ai bâti ce mur ; j'ai gagné ce terrain par mon travail. Qui vous a donné les alignements ? leur pouvait-on répondre, et en vertu de quoi prétendez-vous être payé à nos dépens d'un travail que nous ne vous avons point imposé? Ignorez-vous qu'une multitude de vos frères périt ou souffre du besoin de ce que vous avez de trop , et qu'il vous fallait un consentement exprès et unanime du genre humain pour vous approprier sur la substance commune tout ce qui allait au delà de la vôtre (4) ? Destitué

(1) Le thème et l'erreur de Rousseau, est : qu'il y a un état de nature, qui n'est pas l'état de société.

(2) Les connaissances.

(3) Rousseau se trompe. Jamais, en passant de l'état nomade à l'état d'appropriation du sol par les individus, un tel calcul n'a été fait par les riches. Mais il sera fait, inévitablement fait, lorsqu'il deviendra nécessaire de passer de l'état d'appropriation du sol à son entrée à la propriété collective. Que de sang versé avant que les riches n'eu viennent à le faire : ce calcul !

(4) Rousseau oublie : que, selon ses propres principes, une génération même unanime, ne peut, en raison, en droit, aliéner ce qui appartient aux générations suivantes. En supposant même qu'une génération una-

de raison valable pour se justifier, et de forces suffisantes pour se défendre; écrasant facilement un particulier, mais écrasé lui-même par des troupes de bandits; seul contre tous, et ne pouvant, a cause des jalousies mutuelles , s'unir avec ses égaux contre des ennemis unis par l'espoir commun du pillage, le riche, pressé tar h nécessité, conçut enfin le projet le plus réfléchi qui soit jamais entré dans l'esprit humain : ce fut d'employer en sa faveur les forces mêmes de ceux qui l'attaquaient, de faire ses défenseurs de ses adversaires, de leur inspirer d'autres maximes, et de leur donner d'autres institutions qui ltji fussent aussi favorables que le droit naturel lui était contraire.

« Dans cette vue, après avoir exposé à ses voisins l'horreur d'une situation qui les armait tous les uns contre les autres, qui leur rendait leurs possessions aussi onéreuses que leurs besoins, et où nul ne trouvait sa sûreté ni dans la pauvreté ni dans la richesse , il inventa (le riche) aisément des raisons spécieuses pour les amener à sou but (1). Unissons-nous, leur dit-il, pour garantir de l'oppression les faibles, contenir les ambitieux, et assurer à chacun la possession de ce qui lui appartient; instituons des règlements de justice et de paix , auxquels tous soient obligés de se soumettre , qui ne fassent acception de personne , et qui réparent en quelque sorte les caprices de la fortune, en soumettant également le puissant et le faible à des devoirs mutuels. Eu un mot, au lieu de tourner nos forces contre nous-mêmes, ras-

nime pût aliéner sa liberté, pourrait-elle aliéner la liberté de ses enfants ? Le seul droit qui consacre l'aliénation du sol, en sortant de l'état nomade, dérive de la nécessité.

(1) Encore une fois, Rousseau se trompe. Ce n'est ni le riche, ni de pareils sophismes qui ont porté à un pacte social nécessairement plus ou moins illusoire, à une époque où la vérité sociale ne pouvait être connue ; c'est le législateur, dans ces temps et selon Rousseau, toujours révélateur, toujours parlant au nom de Dieu, au nom des intérêts spirituels, et jamais au nom des intérêts matériels, qui a organisé la société. Encore une fois , les riches raisonneront un jour, mais ce sera seulement pour quitter le système d'appropriation du sol ; et, alors, ce ne sera plus de sophismes qu'il sera question, ni des intérêts d'une classe; mais, de raisonnement réel et des intérêts de tous.

semblons-les en un pouvoir suprême qui nous gouverne selon de sages lois , qui protège et défende tous les membres de l'association, repousse les ennemis communs, et nous maintienne dans une concorde éternelle.

« II en fallait beaucoup moins que l'équivalent de ce discours pour entraîner des hommes grossiers, faciles à séduire, qui d'ailleurs avaient trop d'affaires à démêler pour pouvoir se passer d'arbitres, et trop d'avarice et d'ambition pour pouvoir se passer de maîtres. Tous coururent au-devant de leurs fers, croyant assurer leur liberté; car, avec assez de raison pour sentir les avantages d'un établissement pacifique, ils n'avaient pas assez d'expérience pour en prévoir les dangers (1) : les plus capables de pressentir les abus étaient précisément ceux qui comptaient en profiter; et les sages mêmes virent qu'il fallait se résoudre à sacrifier une partie de leur liberté à la conservation de l'autre, comme un homme blessé se fait couper un bras pour sauver le reste du corps (2).

« Telle fut ou dit être (3) l'origine de la société et des lois qui donnèrent de nouvelles entraves et de nouvelles forces au riche , détruisirent sans retour la liberté naturelle, fixèrent pour jamais la loi de la propriété et de l'inégalité (4), d'une adroite usurpation firent un droit irrévocable (5),

(1) Ici, Rousseau confond : les époques d'établissement politique et d'aliénation du sol à des familles domestiques. C'est une erreur immense et peut-être volontaire. L'établissement politique est, pour ainsi dire, contemporain de la première famille domestique; et, l'aliénation du sol, à des familles domestiques, lui est postérieur de bien des siècles.

(2) Ainsi, selon Rousseau lui-même, l'aliénation du sol à des familles domestiques était inévitable : puisqu'il fallait la subir ou mourir. Cette seule raison pouvait faire supprimer toutes les autres; et, les rendait même inutiles.

(3) Quelle singulière alternative! ! Si elle dut être, elle fut.

(4) Avant la société, et les lois, et la propriété, il y avait donc des riches? Et, c'est Jean-Jacques qui dit de pareilles choses; et, c'est le dixhuitième siècle qui ne les lui reproche pas! Puis, toujours rapporter la propriété à l'aliénation du sol ; comme, si avant cette aliénation la propriété n'existait pas. Quel gâchis philosophique!

(5) Irrévocable! Pour autant que cette loi est une nécessité, qu'il faille la subir ou mourir, oui. Mais, si cette nécessité vient à changer; si, au contraire, il faut avec le temps changer cette loi; s'il faut aussi

et pour le profit de quelques ambitieux, assujettirent désormais tout le genre humain à la misère ( 1 ). »

Rousseau, Discours sur l'inégalité des conditions.

— Les philosophes du dix-huitième siècle ont continuellement parlé de Yordre de la nature, de l'ordre naturel, de la liberté naturelle sans distinguer : si, cet ordre, cette liberté dérivent de la force ou de la raison; et, surtout sans remarquer : que, l'ordre selon la raison peut seulement être recherché et exister : lorsque la période sociale, déjà très-avancée d'incompressibilité d'examen, est venue rendre l'ordre, parla seule force, complètement incapable de protéger : la vie de la société ; la vie de l'humanité. À chaque instant, nous aurons lieu défaire la même remarque, sur la philosophie du dix-huitième siècle. Ici, il nous suffit de signalera nos lecteurs : que, même selon les hommes de destruction, c'est le raisonnement, poussé par la nécessité, qui a forcé de consacrer l'aliénation du sol. Ailleurs il sera démontré : que, c'est encore le raisonnement, poussé par la nécessité, qui forcera de faire entrer le sol à la propriété collective : non plus d'une société ; mais, de la société tout entière.

subir ce changement ou mourir; restera-t-elle irrévocable? Il faudrait être fou pour l'affirmer.

(1) Rousseau vient dédire : qu'il fallait subir celte loi ou mourir; et, maintenant, il dit : qu'elle a été seulement faite pour le profit de quelques ambitieux. Ces contradictions sont trop évidentes et trop rapprochées pour qu'il y ait mauvaise foi. C'est le fait d'un homme qui écrit en rêvant; et, qui oublie, à la seconde ligne, ce qu'il a écrit à la première.

Arrivons à ce que comporte la présente divison.

Nous avons déjà vu : comment la famille domestique primitive devient immédiatement famille sociale ; et, comment celle-ci se fractionne nécessairement, même en supposant : que, primitivement ? une seule famille ait apparu sur le globe.

Voyons, maintenant : comment le sol vient à se trouver inévitablement aliéné.

Commençons par l'aliénation à des individus collectifs : hordes, peuplades, ou tribus.

Aussi longtemps que les fruits venus spontanément, la chasse, la pêche suffisent à l'existence des populations, elles restent nomades. Le besoin seul rend prévoyant ; le besoin seul porte au travail ; un homme sans besoin, quel que fût son genre d'intelligence, resterait éternellement : dans l'impuissance de l'embryon.

Lorsque deux peuplades viennent à se trouver en contact, il y a guerre pour la jouissance du sol, même en faisant abstraction de toute autre cause de discords. La suite de la guerre, est une paix , une délimitation ; et, le sol se trouve aliéné.

Passons à l'aliénation du sol à une ou à plusieurs familles dans chaque société.

Aussi longtemps, que les productions spontanées du sol social, et la guerre, peuvent subvenir aux besoins de la tribu, celle-ci reste nomade.

Remarquons néanmoins : que, chaque tribu conserve sa tendance à se fractionner, même lorsque plusieurs sont en contact. Et presque toujours c'est une

fraction émigrante qui, pour s'isoler plus facilement, se livre à l'agriculture.

De l'agriculture, s'établissant nécessairement par suite du contact des fractions sociales ; et, de l'accroissement de population; naît, nécessairement aussi : l'appropriation du sol social par des individus ; et, le droit de premier occupant.

Alors, deux systèmes s'établissent :

Ou, le sol appartient, en entier, à la famille gouvernante, qui le distribue temporairement aux familles pour une ou plusieurs générations : et, c'est le système oriental ;

Ou, le sol appartient à plusieurs familles , sans détermination temporaire : et, c'est le système occidental.

Dans tous les cas, le sol se transmet héréditairement.

Cette transmission héréditaire est évidente : pour chaque sol social;

Elle l'est également : pour les systèmes relatifs aux familles.

Du reste, le sol est toujours transmis héréditairement, même en dehors de l'aliénation. Car, alors il est héréditaire à l'humanité. Pour que cette hérédité fût en litige, il faudrait : que, sur un globe il y eût deux humanités : ce qui est impossible.

Quant aux plaintes des philosophes de tous les siècles, contre l'aliénation du sol , l'ignorance seule les cause. Elles sont, néanmoins , un commencement de protestantisme social, produit par le sentiment em-

pirique de ce qui doit exister un jour. Il n'en est pas moins vrai : que, jusqu'à l'époque où l'examen devient incompressible, ce commencement de protestantisme social est toujours anarchique, sans aucune espèce d'utilité. L'ordre, ainsi que nous le verrons dans la suite du présent paragraphe, étant alors exclusivement relatif : à l'aliénation du sol dans chaque société ; et, à sa transmission héréditaire.

sous l'empirisme, le sol est justement aliéné.

« Le premier qui, ayant enclos son terrain, s'est avisé de dire : Ceci est a moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile (1). Que de guerres, de crimes, de meurtres, que de misères et d'horreurs n'eût pas épargné au genre humain celui qui , arrachant les pieux et comblant les fossés, eût crié à ses semblables : Gardez- vous d'écouter cet imposteur ! Vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous , et que la terre n'est à personne. »

Rousseau, Contrat social.

— «La classe supérieure investie de l'autorité publique, en use'pour tourner à son profit le travail de la classe dépendante. Propriétaire du sol , elle veut qu'il produise uniquement pour elle ; d'où un uotable affaiblissement de la production même. Qui cultive pour un autre cultive mal , cultive le inoins possible, parce que ses sueurs sont stériles pour lui. >>

La Mennaïs , Amsckaspa7ids cl Darvands , p. 245.

— « L'idée du respect que le peuple doit avoir pour la propriété du riche n'est difficile à lui inspi-

(1) Il est inutile de faire remarquer ici : combien Rousseau se trompe. La société civile existe : du moment que deux familles domestiques sont en contact. Comment l'auteur du Contrat social a-t-il pu s'imaginer : que, les peuples que nous appelons sauvages, ne sont point en société? L'état nomade est une organisation sociale particulière; l'état d'appropriation du sol en est un autre. Toutes deux sont nécessaires, inévitables; et, toutes deux durent : jusqu'à ce'qu'il soit nécessaire qu'elles disparaissent, pour faire place à l'organisation rationnelle.

rer que : 1° parce qu'il regarde les richesses comme une espèce d'usurpation et de vol fait sur lui , et malheureusement cette opinion est vraie en grande partie (1) ; 2° parce que son excessive pauvreté le porte toujours à se considérer dans le cas de la nécessité absolue, cas où des moralistes très-sévères ont clé de soti avis; 3° parce qu'il se croit aussi méprisé et maltraité comme pauvre qu'il le serait après s'être avili par des friponneries. C'est donc uniquement parce que les institutions sont mauvaises que le peuple est si souvent un peu voleur. »

Condorcet, Réponse a l'académie de Berlin.

— « Je défriche et cultive un champ : il était à moi comme à tout le monde; il est maintenant à moi plus qu'aux autres, parce que j'ai le droit de premier occupant; et^ ces ^circonstances suffisent pour qu'il soit ma propriété exclusive, rouRvu qu'il en reste assez tour i,es autres. "

Sietès, Qu'est-ce que le ticrs-élal?

Toutes ces épigraphes sont contraires à l'aliénation du sol. La dernière seulement l'approuve, avec la seule restriction qui puisse paraître rationnelle, et qui le serait en effet : si, sous peine d'anarchie ou de mort sociale, le sol ne devait rester aliéné jusqu'à l'époque, où cette aliénation deviendrait elle-même et aux veux de tous : incompatible avec l'existence de l'ordre.

Pourquoi donc n'avons-nous choisi pour épigraphes ; que des citations complètement opposées au titre de cette seconde partie du présent paragraphe? C'est, que nous avons cherché en vain : quelque passage qui lui fût en même temps harmonique et rationnel. Jusqu'à présent, l'aliénation du sol n'a été justifiée : que, par des arguments relatifs aux prétendus droits de premier

(1) Pour ce qui concerne la propriété foncière.

occupant et de travail ; droits complètement illusoires, et renversés par l'argument de Sieèys : lorsqu'il s'agit de justice et de sol, abstraction faite de la nécessité relative à l'époque d'empirisme.

La proposition : que, l'aliénation du sol n'a jamais été défendue, d'une manière au moins pseudo-rationnelle, doit paraître tellement étrange , aux yeux de ceux qui n'ont point fait, de ce sujet, une étude particulière ; que , nous croyons devoir ici l'appuyer de quelques preuves. A cet égard, il nous suffira de citer J. B. Say, le prince de l'école d'économie politique française.

— « Les terres cultivables, dit cet auteur, sembleraient devoir être comprises parmi les richesses naturelles, puisqu'elles ne sont pas de création humaine, et que la nature les donne gratuitement à l'homme; mais comme cette richesse nJest pas fugitive, ainsi que i'air et l'eau ; comme un champ est un espace fixe et circonscrit, que certains hommes ont pu s'approprier à l'exclusion de tous les antres, qui ont donné leur consentement à cette appropriation, la terre, qui était un bien naturel et gratuit, est devenue une richesse sociale dont l'usage a du se payer. »

{Économie politique.)

— Voici comment M. Proudhon, dans son ouvrage sur la propriété, réfute ce passage :

— « Avais-je tort de dire, en commentant ce chapitre, que les économistes sont la pire espèce d'autorités en matière de législation et de philosophie? Voici le proto-parens de la secte qui pose netiement la question : Comment les biens de la nature, les richesses créées parla Providence, peuvent-elles devenir des propriétés privées? et qui y répond par une équivoque si grossière qu'on ne sait vraiment plus auquel croire, du défaut d'intelligence de l'auteur ou de sa mauvaise foi. Que fait, je le demande, la nature fixe et solide du terrain au droit d'appropriation? Je comprends à merveille qu'une chose circonscrite et non fugitive, comme est la terre, offre plus de prise à l'appropriation que l'eau et la lumière ;

qu'il est plus aisé d'exercer un droit de domaine sur le sol que sur l'atmosphère ; mais il ne s'agit pas de ce qui est plus ou moins facile, et Say prend la possibilité pour le droit. On ne demande pas pourquoi la terre a été plutôt appropriée que la mer et les airs, on veut savoir en vertu de quel droit l'homme s'est approprié cette richesse qu'il n'a point créée et que la nature lui donne gratuitement.

« Say ne résoud donc point la question qu'il a lui-même posée ; mais quand il l'aurait résolue, quand l'explication qu'il nous donne serait aussi satisfaisante qu'elle est pauvre de logique , resterait à savoir qui a droit de faire payer l'usage du sol , de cette richesse qui n'est point le fait de l'homme. A qui est dû le fermage de la terre? au producteur de la terre, sans doute. Qui a fait la terre? Dieu. En ce cas , propriétaire , retire-toi.

« Mais le créateur ne la vend pas, il la donne , et en la donnant il ne fait acception de personne. Comment donc, parmi tous ses enfants, ceuxlà se trouvent-ils traités en aînés et ceux-ci en bâtards? »

— Voici, un autre plaidoyer de Say, en faveur de la propriété territoriale.

— « Le service de propriétaire, dit-il, est commode pour lui, j'en conviens.

« Maisv nous ne pouvons nous en passer. Sans la propriété , un laboureur se battrait avec un autre pour cultiver un champ qui n'aurait point de propriétaire, et ce champ demeurerait en friche. »

— Il est évident : que, ce second plaidoyer est encore plus faible que le premier.

Maintenant si, pour l'époque d'empirisme, l'aliéna tion du sol est rationnelle, juste, ou fondée en droit -, pourquoi les bases, de ce droit, n'ont-elles jamais été clairement énoncées ?

A cette demande il y a deux réponses :

1° Ou bien, parce que la force ayant toujours été à la disposition de ce droit, il a été inutile d'en exposer les bases au- vulgaire ;

2° Ou bien, parce que ces bases ont été ignorées ; il. 2

et que c'est empiriquement que ce droit a été établi et accepté.

Nous allons exposer les bases de ce droit ; le lecteur adoptera ensuite celle de nos deux hypothèses, qui lui paraîtra approcher le plus de la vérité.

Voyons d'abord si, une fois que l'état nomade vient à s'évanouir, il serait possible : que, le sol ne fût point aliéné. Si, l'aliénation du sol est alors nécessaire ; le droit se trouvera : dans cette nécessité. Car, une nécessité sociale réelle est toujours un droit. Un individu peut, doit, mourir plutôt que d'agir contre sa conscience. Mais, la conscience sociale a d'abord pour but : d'exister. C'est même, ce qui, pour l'époque d'ignorance., légitime seul les états de guerre.

Sous ce point de vue, commençons par étudier l'aliénation du sol, relative aux différentes sociétés.

Pour que le sol fut humanitairement commun , il faudrait qu'il n'y eût : qu'une même société, une même religion, un même droit. Or, à cause de l'ignorance primitive ; à cause des révélations différentes, donnant lieu aux différents patriotismes -, l'unité humaine est impossible sous l'empirisme. Nous ajouterons même : que, tout en supposant l'ignorance disparue du sein de la science , l'unité humaine resterait encore impossible : aussi longtemps que cette unité ne serait pas, elle-même , devenue nécessaire à l'existence de l'humanité. En effet : il n'est fait usage de la science qu'à cause des besoins ; et, ce qui se trouve dans la science, s'en efface nécessairement : si, le besoin ne l'y conserve.

Ainsi, jusqu'à ce que le sol soit, nécessairement, entré à la propriété collective de l'humanité ; et, nous ne sommes point arrivés à cette époque ; le sol reste nécessairement aliéné , au moins entre les nations.

Passons aux familles, au sein de chaque nation.

Comment, chez une nation, le sol pourrait-il être, ou paraître propriété collective ?

De deux manières : l'une illusoire, l'autre réelle.

La première, illusoire, existe lorsque la famille gouvernante : distribue le sol, selon son bon plaisir, pour une ou plusieurs générations ; et, se trouve être censée employer la part, qu'elle se réserve des produits, au bien de tous. C'est, le système paternel, le système oriental, le plus avilissant, le plus despotique de tous les systèmes. Alors le sol, commun en apparence, appartient, en réalité, à une seule famille.

La seconde, réelle, existe lorsque le sol : à des termes, et par portions convenables à l'agriculture, est loué au plus offrant ; qu'il ne peut être sous-loué ; que le revenu en est employé au bien-être de tous ; dans une société où les développements de l'intelligence ne sont point monopolisés ; à une époque où la vérité sociale est généralement reconnue et acceptée.

Et, ces conditions sont nécessaires : pour que le sol puisse rester réellement propriété collective. Nous dirons même : que, la dernière de ces conditions, est seule nécessaire : parce que les autres s'y trouvent implicitement comprises.

Voyons ce qui arrive : quand, cette dernière condition n'existe pas; quand, l'empirisme existe encore.

Lorsque, sous l'empirisme, le sol viendrait à se trouver propriété collective, au moins en apparence ; et, que les développements de l'intelligence peuvent encore être monopolisés par une classe ; ils le sont nécessairement ; et, ils le sont avec justice : car, ainsi que nous allons le voir, ce monopole est alors nécessaire à l'existence de l'humanité.

Sous l'empirisme, une révélation quelconque, affirmant l'immortalité de l'âme et la réalité du lien religieux, est nécessaire à l'existence de la société.

Or:

La collectivité du sol exclut le monopole des développements de l'intelligence ;

Le non-monopole des développements de l'intelligence est l'équivalent de la liberté, de l'incompressibilité de l'examen ;

La liberté, l'incompressibilité de l'examen anéantit toute foi religieuse ;

Et, pour l'époque d'empirisme, l'anéantissement de toute foi religieuse est la mort de la société.

Le monopole des développements de l'intelligence ou le despotisme ; et, l'aliénation du sol son corrélatif obligé ; sont ainsi justes , rationnels, c'est-à-dire de droit : pour aussi longtemps que dure l'époque d'empirisme.

l'aliénation du sol, reste juste, rationnelle, jusqu'à l'époque ou cette aliénation doit se trouver socialement RÉDIMÉE : SOUS PEINE DE MORT SOCIALE.

« Tant qu'une opinion est universellement admise, l'universalité de croyance se sert à elle-même d'argument et de preuve; dès que cette même opinion est attaquée, la foi antérieure ne prouve plus rien; il faut subir le raisonnement. L'ignorance, quelque cruelle et exeusable qu'elle soit , ne prescrit pas contre la raison. »

Proudhon , Lettre a M. Blanqui sur la propriété.

— Malgré le protestantisme philosophique de tous les siècles, contre l'aliénation du sol à des individus, nous venons de démontrer : que, cette aliénation était nécessaire ; par conséquent, juste ou rationnelle. Voyons si cette aliénation reste juste , rationnelle , jusqu'à l'époque où, sous peine de mort sociale, le sol doit entrer à la propriété collective.

Ici, qu'il nous soit permis de donner, et sur nousmême, un exemple de la difficulté, qu'avec nos langages indéterminés, il y a d'être clair; c'est-à-dire de se comprendre : d'abord soi-même, réellement et non illusoirement; ensuite, de se faire comprendre des autres comme soi-même on a compris.

Nous venons de dire : que , sous l'empirisme , l'alié-

nation du sol est juste, est rationnelle ; mais aussi : qu'elle ne l'est, que relativement à cette époque.

Et, quand finit cette époque?

Lorsque, va-t-on nous répondre : la vérité sociale est démontrée : d'une manière rationnellement incontestable.

Bien, ou presque bien. Car il y a encore du louche dans cette réponse.

En effet : il ne suffit pas que la vérité sociale soit rationnellement démontrée à un , à cent , à mille, pour que l'époque d'empirisme ait disparu; il faut en outre : que , la vérité sociale soit socialement démontrée, c'est-à-dire socialement acceptée. Et, cette définition, très-claire pour la théorie, l'est encore trèspeu, pour la pratique des individus. Car, c'est comme si l'on disait : l'aliénation du sol , reste juste : aussi longtemps qu'elle dure ; elle cesse d'être juste : dès qu'elle n'existe plus.

Arrivons à la difficulté pratique. Un des gouvernants (et ce mot est encore bien indéterminé, mais nous ne pouvons tout élucider à la fois) ; un des gouvernants, disons-nous, se trouve parmi les cent, les mille, qui ont la certitude : que, le maintien de l'aliénation du sol conduit : à l'anarchie, à la mort sociale. Faudra-t-il qu'il continue à protéger le maintien de cette aliénation ; et, qu'ainsi il agisse contre sa propre conscience? Ou, si le maintien de l'aliénation est juste, aussi longtemps que cette aliénation existe; faut-il qu'il lutte contre ce qui est juste ?

Dans l'époque d'anarchie, de pareilles difficultés se

présentent à chaque instant; et, sous mille formes différentes. Nous allons les résoudre.

Elles proviennent de ce que, dans cette même époque, la justice relative à la société et la justice relative aux individus, ne sont pas une ; et, que le mot justice est employé : tantôt relativement à la société ; et, tantôt relativement à l'individu.

Socialement^ l'aliénation du sol reste juste : aussi longtemps que la société ne reconnaît point : que, cette aliénation doit être rédimée. En effet, il est irrationnel, injuste, que des individus veuillent contraindre, parla force, une société à faire ce qu'elle ne. veut pas faire ; quand même, ce qu'ils demanderaient serait juste, d'une manière absolue. Car, ce qui est juste, d'une manière absolue, peut fort bien ne pas l'être, relativement à une époque : témoin l'aliénation du sol. Et, si les individus prétendaient : que , cette chose qu'ils demandent est devenue socialement juste, relativement à l'époque , ils seraient en contradiction, avec eux-mêmes. Car, ce qui est nécessairement rationnel, nécessairement juste relativement à une époque, existe nécessairement. Aussi , lorsque la collectivité du soî sera devenue socialement juste, elle existera nécessairement ; et, pas auparavant. Voilà, pour la justice sociale ; passons maintenant à ce qui concerne les individus.

Plusieurs, beaucoup même peuvent savoir : que, pour notre époque, l'aliénation du sol conduit à l'anarchie, à la mort sociale. Alors, que doit faire un gouvernant pour ne manquer : ni, à la justice sociale ; ni, à sa propre conscience ?

Entrer franchement dans le protestantisme social, et dire :

« Socialement, l'aliénation du sol est encore juste ; « mais en cela uniquement : que, l'ignorance sociale la « protège; et, que la vérité ne doit point s'établir par « la violence des individus ; mais, par sa seule force. Il « n'en est pas moins vrai : que, l'aliénation du sol est « en opposition avec toutes les nécessités sociales « actuelles; qu'elle conduit à l'anarchie; je le dis, je « le prouve ; maintenant, j'ai fait mon devoir; à chacun « le sien. »

Si , ensuite , le protestant a raison ; incontestablement raison ; bientôt le mal social lui vient en aide ; et, l'incontestabilité reconnue : mal social, aliénation du sol , et protestantisme : disparaissent en même temps.

Mais, jusqu'à quel point , l'imminence de la mort sociale doit-elle arriver : pour, que l'aliénation du sol disparaisse ?

Nous avons traité ce sujet dans notre lettre prolégoménale (1). Si, ce que nous y avons dit ne satisfait pas complètement ; après avoir lu notre second livre, il n'y aura plus de doute à cet égard.

Passons à l'examen des faits historiques.

(1) Voyez la première partie des Prolégomènes ayant pour titre : Qu'est-ce que la Science sociale? t. II, p. 434 à 442.

Histoire.

« Les prolétaires , — classe nombreuse , inaperçue sous les gouvernements théocratiques , despotiques et aristocratiques , ou ils vivent a l'abri des puissances qui possèdent le sol, et ont leurs garanties d'existence au moins dans leur patronage; classe qui, aujourd'hui, livrée à elle-même par la suppression de leurs patrons, et par l'individualisme, est dans une condition tire qu'elle n'a jamais été, a reconquis des droits stériles, sans avoir le nécessaire, et remuera la société jusqu'à ce que le socialisme ait succédé à l'odieux individualisme

« C'est de la situation des prolétaires qu'est née la question de propriété , qui se traite partout aujourd'hui, question qui se résoudrait par le combat et le pillage , si elle n'était résolue bientôt par la raison »

Lamartine, Voyage en Orient, t. IV, p. 311.

FAITS HISTORIQUES RELATIFS A L APPROPRIATION DU SOL PAR DES INDIVIDUS COLLECTIFS.

« Comment obvier aux périls que je viens de signaler, comment consacrer l'égalité en droit, et la nier dans les faits ? Comment admettre l'examen, et résister à la raison et à son organe, la presse? Comment répandre l'instruction et refouler les capacités qu'elle multiplie? Comment activer l'industrie et pourvoir aux agglomérations de population et aux subites cessations de travail et de salaire qu'elle amène? Comment enfin contenir les masses de prolétaires qui s'accroissent sans cesse, armées, indisciplinées, ayant à lutter entre la misère et le pillage ? Comment sauver la propriété des agressions de doctrines et de faits qu'elle aura de plus en plus à subir? et si cette pierre angulaire de toute société venait à crouler, comment sauver la société elle-même? Et où serait le refuge contre une seconde barbarie? Ces périls sont tels que si la prévision des gouvernements de l'Europe n'y trouve pas de préservatifs, la, ruine

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