DU MONDE SOCIAL CONNU EST INÉVITABLE DANS UN TEMPS DONNÉ
Lamartine, Voyage en Orient) t. IV, p. 313.
— L'appropriation du sol par des individus collectifs : nations, peuplades, hordes ou tribus; est évidente. Il serait inutile de perdre du temps et de l'espace à établir, à cet égard, des observations qui, maintenant, ne pourraient être que des lieux communs. Nous avons
préféré donner ici place à des épigraphes , partant d'un homme qui, nous allons le voir, va se dire révolutionnaire. Il n'en est pas moins vrai, et personne ne le révoquera en doute : que, M. de Lamartine est un homme d'ordre : et par sentiment ; et par raisonnement; et par position. Or, si M. de Lamartine se dit révolutionnaire ; que se dira donc le prolétaire d'intelligence, froissé dans tous ses sentiments : quand, un raisonnement , faux sans aucun doute ; mais, toujours très-spécieux et partant facilement consciencieux ; viendra lui crier : que, les besoins de l'humanité exigent la violence, pour établir l'harmonie : entre l'immense majorité des positions ; et, l'organisation de la propriété? Nos lecteurs réfléchiront sur ces épigraphes ; dont, toute la valeur ne pourra être appréciée : que, dans notre second livre (1).
(1) Ceci a été écrit en 1845.
FAITS HISTORIQUES RELATIFS [a l' APPROPRIATION DU SOL PAR DES INDIVIDUS.
■■ La révolution française, qu'on appellera plus tard la révolution européenne, car les «idées prennent leur niveau comme l'eau, n'est pas seulement une révolution politique, une transformation du pouvoir, une dynastie à la place d'une autre, une république au lieu d'une monarchie; tout cela n'est qu'accident, symptôme, instrument, moyen. L'œuvre est tellement plus grave et plus haute , qu'elle pourrait s'accomplir sous toutes les formes de pouvoir politique, et qu'on pourrait être monarchiste ou républicain , attaché à une dynastie ou à l'autre, partisan de telle ou telle combinaison constitutionnelle, sans être moins sincèrement et moins profondement révolutionnaire. On peut préférer un instrument à un autre pour remuer le monde et le changer de place; voilà tout. Mais l'idée de révolution, c'est-à-dire de changement et d'amélioration, n'en éclaire pas moins l'esprit, n'en échauffe pas moins le cœur. Quel est parmi nous l'homme pensant, l'homme de cœur et de raison, l'homme de religion et d'espérance qui, mettant la main sur la conscience et s'interrogeant devant Dieu, en présence d'une société qui tombe d'anomalie et de vétusté, ne se réponde : je sois révolutionnaire.» Lamartine, Voyage en Orient, t. IV, p. 301.
— L'appropriation du sol, par des individus domestiques, partout où l'état nomade a cessé d'exister, est aussi évidente : que, l'appropriation, par des individus collectifs, avant l'état de fixité. Les exceptions, de quel-
ques peuplades, de Germanie, données par Tacite, ne sont même qu'illusoirement exceptionnelles; car, les terres étaient distribuées par le chef de l'État ; et, ce n'était d'ailleurs, sous ces gouvernements militaires : que, les passages de l'état nomade à l'état fixe.
De fait, et sans aucune exception historique de quelque durée , tout État autocratique , a toujours vu : le sol aliéné à un ou à plusieurs individus ; à un pour le système oriental ; à plusieurs pour le système occidental. Nous disons : États autocratiques ; parce que les communautés de thérapeutes, d'anabaptistes, etc., ont toujours eu, pour protection, une société basée sur l'aliénation du sol ; en dehors de laquelle aliénation, il n'y a pas de société durable possible, pour l'époque d'empirisme : une fois que l'état nomade a cessé d'exister.
Nous avons tenu à établir d'une manière rationnelle : que, depuis la cessation de l'état nomade, l'appropriation du sol par un ou plusieurs individus est une nécessité sociale : non-seulement relative à quelque nation; à quelque localité ; à quelque religion ; mais, absolue ; et, en dehors de laquelle l'humanité ne peut exister.
Nous avons tenu également à établir : que, l'entrée du sol à la propriété collective ne pouvait avoir lieu : que, lorsque cette entrée serait devenue : une nécessité sociale, et, que cette nécessité aurait été socialement reconnue.
Ces déclarations, croyons-nous, donneront quelque poids à nos raisonnements, pour attirer l'attention de
nos lecteurs, lorsqu'au second livre nous viendrons à démontrer :
Que, l'époque de rédimer l'aliénation du sol est arrivée ; que la collectivité du sol est devenue une nécessité sociale théorique ; que toute nécessité théorique réelle devient une nécessité pratique : dans le seul temps nécessaire au développement de la cause à l'effet; et, que toute opposition pratique, à cette nécessité théorique, ne servira : qu'à sceller cette dernière, dans le sang des populations.