PREMIÈRE ALTERNATIVE
« Au milieu des civilisations en contact indestructi- « hle; l'une d'elles, peut-elle devenir : despotisme de « second ordre? »
Nous avons déjà résolu cette question, dans l'hypothèse du contact de toutes les civilisations. Il ne nous reste, ici, qu'à examiner : la réalité du contact. Voyons, dès lors : quelle est l'action de notre civilisation, sur toutes les autres. Et, dans le cas que cet examen nous amène à conclure : que, la réunion des fractions humanitaires, en une seule civilisation, soit
devenue inévitable ; nous tirerons, de cette conclusion, la conséquence : qu'il y a impossibilité, que l'une des fractions s'établisse, en despotisme de second ordre, au sein de l'ensemble.
Les différentes civilisations, qui, maintenant, existent au milieu de l'humanité , sont les suivantes :
Nomades ;
Africaines ;
Musulmane;
Indienne ;
Chinoise.
Nomades.
Les Russes, eux-mêmes, entrés depuis peu dans notre civilisation, encore nomades en partie , se trouvant, par conséquent , en contact immédiat avec d'autres nomades ; détruisent ou fixent : ceux qui leur appartiennent ; et, ceux qui les avoisinent. Il n'est pas jusqu'à l'Américain des Etats-Unis , le peuple qui se prétend dépositaire du germe de la liberté du monde, qui ne les fixe ou ne les extermine. Les peuples nomades et les peuples fixés cessent donc d'appartenir : à des civilisations isolées.
Africains.
La traite des nègres est encore en pleine vigueur : malgré tous les efforts faits pour l'abolir. Nous sommes loin de vouloir la justifier ou la soutenir. Cependant, à côté des tristes exemples d'inhumanité qu'elle a
offerts, elle a eu quelques effets utiles : par les communications qu'elle a ouvertes. La traite donc, ainsi que les conquêtes de l'Egypte et de l'Algérie, ont établi des rapports, qui, progressivement, nous soumettent cette civilisation ; ou plutôt, cet ensemble de petites civilisations. Les peuples africains ont cessé, ou cessent, d'être barbares; ils deviennent sujets.
Musulmans.
Les progrès de l'envahissement de notre civilisation frappent tous les yeux. Un Moniteur à Constantinople ; des écoles et des examens y relatifs pour l'admission à toutes les places de l'empire ; des chrétiens dans les mosquées ; des odalisques au bal ; des monnaies à l'effigie du souverain ; une charte, et la lumière du gaz hydrogène qui fait pâlir le croissant ; sont des témoignages qui parlent d'eux-mêmes.
Indiens.
Par la domination anglaise , leur civilisation nous est complètement soumise.
Chinois.
L'année 1843 a vu se fondre la civilisation chinoise au sein delà nôtre. Tout d'ailleurs était préparé pour son assujettissement. Déjà, ils avaient besoin de recourir à nous pour les instruments d'astronomie et de physique ; des bâtime nts à vapeur sillonnaient leurs
mers ; le protestantisme, sous la forme la plus terrible pour toute autorité étrangère, le christianisme, se trouvait introduit chez eux depuis longtemps; et, il s'y développera maintenant, avec d'autant plus de rapidité : que, le protestantisme général va s'y adjoindre : avec toutes les forces qu'il s'est acquises , chez nous, depuis quatre siècles. L'empire chinois est évidemment le dernier trône, dont V Autel chinois pourra se servir : pour représenter un despotisme de second ordre.
Relativement à la civilisation chinoise, une objection se présente; et, nous devons la résoudre.
La presse, dit-on, existe en Chine depuis un grand nombre de siècles. Comment se fait-il donc, si la presse détruit tout autel despotique , que le despotisme de second ordre, soit resté possible en Chine?
La presse, en caractères mobiles, tels qu'ils sont nécessaires à la prompte communication des idées, a-telle existé en Chine, avant de se produire chez nous? ou même aussitôt que chez nous ?
Voilà, d'abord, des faits douteux.
Ensuite, les signes chinois, pour la langue scientifique, ont été choisis de manière : qu'il faut la\ie d'un homme, pour apprendre à les connaître et à les combiner : difficulté , qui doit être attribuée , au moins quant à sa conservation : aux intérêts de l'Autel chinois.
D'ailleurs, lorsque la presse vient à paraître au sein d'une humanité, ou d'une fraction humanitaire, avant que les connaissances soient arrivées au point : qu'une règle d'action , ayant une sanction nécessaire, puisse
être incontestablement démontrée à chaque individu ; l'anarchie, résultant alors des effets de la presse, porte nécessairement la société à l'abolition de la presse ; ou, tout au moins, à sa soumission la plus absolue au despotisme le plus absolu : lequel, peut seulement exister : lorsque la totalité du sol appartient : à une seule famille.
La presse a donc pu exister en Chine ; et, se trouver ensuite détruite : quant à ses effets sur les communications. Il en serait de même chez nous : si, la condition de démonstration incontestable, que nous venons d'indiquer, ne pouvait déjà avoir une existence réelle. C'est ici, que se présente la question de savoir : si, les communications entre les civilisations sont indestructibles, ainsi que nous l'avons établi.
A cet égard, nous venons de reconnaître : que, la presse pourrait se trouver anéantie, quant à son pouvoir de maintenir : différentes civilisations, en état de communication ; et , les différentes familles au sein de chaque civilisation. Cela serait possible : dans le cas où Y anarchie pourrait, avant la découverte du raisonnement réel, se trouver portée à un tel point : que, l'humanité tout entière, c'est-à-dire ses gouvernants, vinssent à reconnaître unanimement la nécessité : d'anéanLir toute communication , et tout moyen de communication entre un certain nombre de fractions humanitaires, ainsi qu'entre les familles qui les composeraient; puis, par suite, de ramener tous les peuples à l'état d'abrutissement : où, se trouvent, maintenant, les masses chinoises.
Voyons, les principales difficultés, que cette nécessité devrait vaincre ; et, par ces difficultés, nous jugerons : de l'état d'anarchie , auquel l'humanité devrait se trouver conduite : avant d'adopter, unanimement, de pareilles mesures.
Les principales difficultés sont :
L'anéantissement de la presse ;
L'anéantissement des autres moyens de communication ;
L'établissement de fois nouvelles ; ou, le rétablissement des anciennes.
La prise de possession du sol, par une seule famille, dans chaque civilisation ;
L'abrutissement général des masses.
Anéantissement de la presse.
Avant d'écouter ce que nous avons à dire, sur l'anéantissement de la presse, a-t-on bien réfléchi : à une difficulté qui domine toutes les autres ; et , que nous n'avons point énoncée , à dessein , pour faire voir : combien, il est facile de se tromper, en faisant une énumération. Cette difficulté prédominante est celle : de partager l'humanité, en un certain nombre de fractions déterminées , sans qu'aucun pouvoir unitaire puisse présider à ce fractionnement. Et, cette difficulté existe réellement : puisqu'aucun despotisme de second ordre ne peut dominer, au sein de l'humanité.
Mais laissons cette difficulté, dont la solution, à elle seule, est plus difficile : que, la découverte du raison-
nement réel; et, admettons : qu'un miracle l'a résolue. Ce ne sera pas le seul miracle dont nous aurons besoin, dans le cours de cet examen.
Pour que la presse soit anéantie, au sein de toutes les fractions humanitaires, miraculeusement déterminées; il faut : un moyen commun, nouveau miracle; ou, laissera chacune, le soin de déterminer elle-même : son moyen d'anéantissement.
Si ce second miracle est évité, il faudra établir un juge et une sanction pour savoir : si, chaque fraction obéit à la convention. Autre miracle nécessaire.
Puis, avec la meilleure volonté possible, comment chaque fraction, c'est-à-dire ses gouvernants, s'y prendront-ils : pour anéantir la presse, au sein de leur circonscription?
Pour y arriver, il faut un pouvoir spirituel, un despotisme de second ordre, devenu incompatible avec l'existence de la presse. Nouveau miracle nécessaire.
Et, la noblesse qui va prévoir : qu'elle sera soumise à un sacerdoce, ne laissant plus exercer aucune espèce d'hérédité, toute espèce d'hérédité étant incompatible avec le gouvernement réellement absolu; et, la bourgeoisie qui va prévoir: qu'elle deviendra peuple; et, le peuple qui va prévoir : qu'il deviendra brute; et tous, qui devront consentir à l'anéantissement de la presse... Nouveaux miracles ! en nombres indéterminés.
Anéantissement des autres moyens de communication.
N'oublions pas le miracle perpétuel , nécessaire
pour qu'une civilisation ne cherche point à tromper les autres, en feignant d'anéantir ce qu'elle veut conserver; sachant : qu'en conservant ses moyens elle pourra vaincre les autres : ce qui donnera les moyens aux vainqueurs d'avoir une foule de richesses, mobile suffisant pour eux : tout matérialiste se moquant de ce qui peut arriver après lui ; et, chaque fraction étant alors : nécessairement matérialiste.
Maintenant, à l'abri de ce miracle perpétuel, il faut anéantir, quoi ? La boussole, la vapeur, la poudre à canon, les chemins de fer, les télégraphes, les machines ; enfin : les sciences, les arts, l'industrie et le commerce. Autres miracles.
Etablissement de fois snolyelles.
Ici, le positif est encore plus difficile que le négatif. Toutes les espèces de fois sont tombées, quand elles avaient tout au monde pour les protéger; et, il faut en établir de nouvelles : quand , tout au monde est contre cet établissement. Autres miracles. 11 en faudra dix mille pour empêcher : que , chaque fraction ne reçoive les nouvelles chartes religieuses de toutes les autres ; ce qui, en les divertissant toutes, les rendra très-propres à croire : quia absurdum; quia impossibile.
Prise de possession du sol par une seule famille.
En dehors de la possession du sol, par une seule
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famille, tout absolutisme est absolument impossible. Voyez l'ancienne Turquie; voyez la Chine actuelle ; voyez l'humanité. Essayez donc d'attribuer la possession du sol, dans notre civilisation occidentale, à un pape héréditaire; et, ne soyez point appuyé sur des miracles; vous verrez : comment vous réussirez.
Abrutissement général des masses.
Ceci, nécessite : la réunion de tous les miracles possibles ; et, nous demandons pardon à nos lecteurs : de les avoir traînés, aussi longtemps, dans de pareilles absurdités. 11 est, cependant, plus absurde encore de prétendre : qu'une fois les différentes civilisations en contact, il est possible d'établir dans leur sein, l'ordre social : au moyen d'un despotisme quelconque.