‹ Sciences & letters au moyen âge et à l'époque de la renaissanceChapitre 1 sur 40 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

LIBRAIRIE DE F I R M I N - 1) 1 DOT ET C,i'

IMPRIMEURS DE l’iNSTITUT DE FRANCE, RUE JACOB, 56

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PRÉFACE

ous terminons enfin notre ouvrage sur le

résistera seule à la barbarie envahissante ; les sciences et les lettres disparaîtront , avec les arts, de la face du monde, pour se réfugier dans les églises et les monastères . C’est là qu’elles doivent se conserver, comme un dépôt sacré; c’est de là qu’elles doivent sortir, lorsque le Christianisme aura renouvelé la société païenne. Mais il faut des siècles et encore des siècles pour que les connaissances humaines soient revenues au point où elles étaient arrivées avant la chute de l’Empire des Césars. Il faut aussi une société nouvelle pour de nouveaux efforts de l’intelligence qui reprend ses droits; les écoles, les universités se fondent sous les auspices du clergé et des corporations religieuses : les sciences et les lettres

Moyen Age et la Renaissance, par ce nouveau et dernier volume, dont le vaste sujet Eoffre pas moins d’intérêt que celui des trois volumes précédents.

Au commencement du Moyen Age, à l’entrée du siècle de notre ère, les peuples barbares se précipitent sur l’ancien monde : ces invasions successives étouffent en peu d'années la civilisation grecque et romaine ; les ténèbres succèdent partout à la lumière. La religion de Jésus-Christ

PREFACE

s’échappent alors de leur tombeau. L’Europe, au milieu des conflits tumultueux de la politique qui fait et défait les royaumes, voit renaître de toutes parts l’émulation du savoir: les poètes, les orateurs , les romanciers, les écrivains se multiplient et rencontrent une sympathie générale ; les savants, philosophes, chimistes et alchimistes, mathématiciens et astronomes, voyageurs et naturalistes, se réveillent, pour ainsi dire, au souffle vivifiant du Moyen Age; de grandes découvertes scientifiques , d’admirables ouvrages en tous genres attestent que le génie des sociétés inodej'nes n’aura rien à envier au génie de l’antiquité. L’imprimerie est trouvée : devant ce foyer lumineux , le Moyen Age, qui a fini son œuvre de rénovation sociale, cède la place à la Renaissance , qui vient répandre à pleines mains les fécondes et brillantes créations de l’Art, de la Science et des Lettres.

Tel est le tableau grandiose et imposant , que nous avons essayé de retracer, d’une manière synthétique , sous la forme la plus simple et la plus vraie, qui est à la fois narrative et descriptive , sans nous égarer dans les espaces imaginaires des théories et des discussions historiques. Le rôle de l’historien sincère et impartial se borne à raconter, et si son opinion personnelle s’accuse inévitablement dms le récit des faits qu’il présente en détail ou en abrégé, il ne doit pas chercher à l’imposer à ses lecteurs par des violences de systèmes et par des efforts de démonstration philosophique. C’est surtout l'histoire du Moyen Age qui a donné lieu à ces excès de jugements contraires : pour les uns, tout est mauvais, tout est blâmable dans le Moyen Age; pour les autres, tout est bon, tout est admirable. Nous n’avions pas à nous prononcer entre deux extrêmes : nous racontons, nous décrivons, en toute franchise, en toute sincérité. Les lecteurs sont là pour juger.

Au reste , la plus grande partie de notre tâche était faite; pour ce volume comme pour les précédents , 7ious n’avons fait qu analyser quelquesuns des chapitres de notre premier ouvrage: le Moyen Age et la Renaissance, en complétant toujours, en améliorant quelquefois l'œuvre collective de nos ancietis collaborateurs, et en ajoutant aussi à cette œuvre, aujourd'hui si justement appréciée, les chapitres qu’elle ne contient pas et dont l’absence regrettable constate son intperfection relative.

C’est un insigne honneur pour nous, cependant, que d’avoir fait le plan de cet ouvrage malheureusement inachevé et d'avoir dirigé V exécution d’une entreprise littéraire qui a mérité les plus honorables encouragements et des éloges presque unanimes . Notre pauvre ami F erdinand Seré, qui est mort à la peine, avait merveilleusement compris l’illustration de

PREFACE

ce livre magnifique, où devaient être reproduits tant de monuments inédits des arts du dessin , et il a été très-activement , très-habilement secondé , dans son travail , par un de nos premiers dessinateurs ^ M. Racinet, et par un de nos premiers imprimeups lithographes , M. Remercier . Mais les temps étaient durs alors, et, après des prodiges de courage et de pei'sévérance , il fallut s’arrêter, avant d’avoir tenu toutes les promesses du programme que nous avions tracé, avant d’avoir vu terminer une œuvre à laquelle nous avions donné tant de soins et tant de veilles pendant plusieurs années consécutives. Le Moyen Age et la Renaissance n’a donc eu que cinq volumes au lieu de six, qui nous auraient permis de parachever cette vaste entreprise.

Il s’en est fallu de peu, toutefois, que cet ouvrage, qui avait éveillé bien de flatteuses sympathies, yiefût mis à fin, grâce à la puissante intervention d’un des plus illustres représentants de l’Imprimerie et de la Librairie françaises , notre excellent et vénérable ami, le savant M. Ambroise F irmin-Didot , dont la perte récente nous laisse de si profonds regrets. M. Ambroise F irmin-Didot , a qui la Science est redevable d’une foide de travaux remarquables sur les arts et les lettres du Moyen Age , entre autres l’Histoire d’ Aide Manuce, la Monographie de l’œuvre de Jean Cousin, les Recherches historiques sur la gravure en bois, etc., eut la bonne pensée, tout en réservant pour un avenir possible la continuation ou le complément du Moyen Age et la Renaissance, d’y suppléer provisoirement par un ouvrage destiné à un public plus nombreux que celui qui avait fait le succès de l’ouvrage primitif .

« Les sciences historiques ont fait des progrès considérables dans les vingt dernières années., me disait M. Ambroise Firmin-Didot : il faut en tenir compte. Votre Moyen Age est un livre classé dans les bibliothèques, et il ne perdra pas la place qu’il s’y est faite. Mais vous deve:{ le refaire sous une autre forme et avec de nouveaux éléments. »

J’ai suivi les conseils de ce guide aussi sûr qu’ expérimenté , et sous ses yeux attentifs , sous son heureuse influence, je me suis attaché à faire un livre absolument neuf en mettant à contribution le livre original qui est et qui restera ce qu’il est. Les quatre volumes, dont se compose maintenant le nouvel ouvrage, sont à la fois moins étendus et beaucoup plus complets que les cinq volumes du premier. Le plus grand nombre des bois qui accompagnent le texte de ces quatre volumes et toutes les lithochromies qui en sont le plus splendide accessoire n’ont jamais paru dans l’ancien Moyen Age et ne le cèdent en rien à ceux de cette belle publication.

PRÉFACE

Qiiant au texte, où j’ai fait atnple usage des estimables travaux de mes anciens collaborateurs [combien, hélas! ne sont plus là aujourd’hui pour recevoir l’hommage d'affectueux souvenir que je me plais à leur rendre!), je n’ai pas manqué de recourir à des œuvres excellentes qui ont paru depuis la publication du premier Moyen Age et qui m’ont permis de modifier entièrement quelques-unes des parties de ce livre. Ainsi, pour ne parler que du présent volume, j’ai revu les chapitres Philosophie et Universités, d’après les beaux ouvrages philosophiques et historiques de M. Ch. Jourdain; le chapitre Romans, d’après les dernières études de M. Paulin Paris et les importants travaux de MM. Gaston Paris et Léon Gautier; le chapitre Chants populaires, le Rapport deM. Ampère auComité

des Sociétés savantes, etc. Si j’ai réussi à faire entrer, dans mon livre, quelques-uns des renseignements nouveaux que me fournissaient en abondance les meilleures œuvres de mes doctes contemporains , je me fais un devoir et un plaisir de rapporter à eux seuls tout le mérite des emprunts que je leur ai faits. Mais on ne doit pas oublier que chacun de mes chapitres est une espèce de monographie et que cette monographie a été souvent l’objet d’un ou.de plusieurs ouvrages spéciaux parfois très-compliqués et très-volumineux

Je ne pouvais faire qu’un résumé toujours succinct et trop souvent incomplet en rédigeant un livre qui renferme tant de sujets variés; mais du moins je me suis conformé de mon mieux aux avis judicieux de mon digne ami M. Ambroise Firmin-Didot , qui me répétait sans cesse: « Laisseiatix autres l’érudition approfondie et minutieuse ; ne soje\ qu’un interprète ingénieux, intelligent , simple et naïf, agréable, s’il est possible : tâche\ de vous faire lire et comprendre par tout le monde. Les grands succès appartiennent moins aux savants qu’aux vulgarisateurs. »

I" novembre 1876.

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