‹ Sciences & letters au moyen âge et à l'époque de la renaissanceChapitre 15 sur 40 · CAR · texte numérisé non relu

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Fac-similé réduit d'une carte de l’atlas espagnol, exé

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sine en 1582, pap Joan Martinès. Bibliothèque de l'Arsenal

SCIENCES GEOGRAPHIQUES

verte du N ouveau Monde ; ils s'étaient préoccupés de fonder de grands établissements de commerce sur la côte orientale de l’Afrique, comme ils avaient fait sur la côte occidentale. Albuquerque et Vasco de Gaina leur

Fig. 209. — Galère du xvi' siècle, vue par l’avant; d’après un dessin de Raphaël, conservé dans le musée de l'Academie des Beaux-Arts, à Venise.

avaient conquis l’île de Goa, l’île de Ceylan, et leurs possessions se multipliaient sur le littoral asiatique. Mais leurs navigateurs ne pouvaient rester indifférents au mouvement commercial qui entraînait toutes les marines dans les mers de l’Amérique; ils ne désespéraient pas encore de trouver, à travers les nouvelles terres, un passage qui les conduirait directement dans

la mer des Indes. Les voyages qu’ils entreprirent dans ce but avaient donc une tendance toute scientifique et devaient servir au progrès de la géographie. Gaspar Cortereal chercha inutilement', par le nord, ce passage qui devait communiquer avec l’Asie; il pénétra dans le Labrador, et remonta le cours du fleuve Saint-Laurent (i5oo), où il fut arrêté par les glaces. Trois ans auparavant, un marchand vénitien, nommé Cabotto, établi à Bristol, en Angleterre, avait essayé de trouver le même passage pour aller aux Indes, et son audacieuse tentative n’eut pas d’autre avantage que de lui faire découvrir l’île de Terre-Neuve. L’intrépide Magellan fut plus heureux en explorant la côte orientale de l’Amérique du Sud : il découvrit, sous les latitudes australes, le détroit qui porte encore son nom (iSig), et qui lui ouvrit l’entrée de la mer du Sud, où il poursuivit son voyage de circumnavigation à travers les innombrables îles de la Polynésie. Le Portugais Magellan s’était mis au service de l’Espagne, pour cette longue et périlleuse expédition, qui eut de si brillants résultats au point de vue de la science géographique.

Les expéditions des Espagnols en Amérique se succédaient l’une à l’autre, sans interruption; elles n’avaient pas d’autre objet que de s’emparer du sol, au nom du roi d’Espagne, et d’enrichir quelques aventuriers de toutes les nationalités. Pinzon avait découvert le Yucatan (lôoy); Diaz de Solis, la baie de Rio-Janeiro (i5i3); Ponce de Léon avait découvert, par hasard, la Floride (i5i2); Vasco Nunès avait reconnu le territoire péruvien en i5i3, et Pizarre l’avait conquis en i533. Ces conquêtes, ces découvertes ne profitèrent pas immédiatement à la géographie , car les navigateurs et les conquérants se souciaient peu d’étudier le pays, où ils ne cherchaient que des mines d’or et d’argent à exploiter. Mais, dès que les voyageurs furent des naturalistes, des curieux ou des lettrés, comme Oviedo y Valdès, J. Varezzani, Ramusio et d’autres savants, l’Amérique fut mieux connue sous le rapport de la géographie et de la cosmographie.

Le roi François P*’, qui eût souhaité faire une part à la France dans le nouveau continent, avait du moins attribué aux études géographiques le rang qu’elles méritaient, dans la fondation du Collège royal. Il favorisa la plupart des voyages qui furent entrepris sous son règne : parmi ces voyages, on ne doit pas oublier celui de Jacques Cartier, qui découvrit

SCIENCES CEOGRAPII K^U ES.

le Canada (i534). D’autres voyageurs français parcoururent les deux hémisphères et recueillirent dans leurs lointaines pérégrinations les renseignements les plus utiles pour la géographie; tels furent Pierre Gilles,

Fig. 2 10. — Vœu des premiers compagnons de saint Ignace dans l'église de Montmartre, le jour de l’Assomption {1534). Le B. Pierre Lefèvre, seul prêtre alors de toute la compagnie, est celui qui dit la messe. Tableau de l'école de Simon Vouet (xvii' siècle), conservé à l’école Sainte-Geneviève, à Paris.

André Thevet et Pierre Belon , qui publièrent d’excellentes cosmographies sur le Levant, Jean Parmentier et François Nicolay, qui avaient visité les deux Indes et qui en rapportèrent une ample moisson d’observations intéressantes. Parmi les voyageurs infatigables, il ne faut pas oublier les

compagnons d’Ignace de Loyola et de FrançoisXavier, qui commencèrent dès lors à écrire l’histoire de leurs missions dans des pays encore idolâtres où ils allaient prêcher l’Évangile (fig. 210). Les publications géographiques étaient assez recherchées en France, à cette époque, pour que la librairie parisienne osât mettre sous presse, dans la même année iSyS, deux énormes compilations, imitées de la célèbre Cosmographia de Sébastien Munster ( i55o) et intitulées également Cosmographie universelle, l’une par François de Belleforest (3 vol. in-fol.) et l’autre par André Thevet (2 vol. in-fol.), toutes deux ornées de cartes et de figures sur bois.

Les Anglais et les Hollandais n’étaient pas demeurés étrangers à ce grand courant de découvertes. Les Hollandais avaient cherché aussi, à l’extrême nord, un chemin direct, pour arriver dans la mer des Indes, mais ils durent reculer devant la barrière des glaces du pôle. La reine Élisabeth, qui était en guerre avec l’Espagne, envoya sur les côtes de l’Amérique deux expéditions commandées par Drake et par Cavendish, pour détruire les établissements espagnols. Francis Drake ne s’en tint pas là : il descendit jusqu’à cap Horn (lôyy), et il remonta dans le Nord jusqu’à l’archipel Vancouver. John Davis et Frobisher poussèrent leurs explorations antarctiques bien avant dans la mer glacée du Groenland. Enfin Walter Raleigh prit possession de la Virginie (1684).

On comprend quels progrès ces voyages de long cours avaient fait faire à la géographie astronomique et mathématique. Les savants des Pays- Bas semblaient en avoir accaparé le monopole. Abraham Oertel, d’Anvers, dit Ortelius, avait fait paraître, en 1670, le premier atlas de géographie moderne, sous le titre latin de Theatrum orbis terrarum(ï\\éh.vt du globe terrestre). Gerhard Kaufmann, dit Mercator, natif de Rupelmonde, publia aussi, en i5g5, un grand atlas, exécuté avec autant de finesse que d’élégance et tout à fait remarquable au point de vue mathématique. Ces deux ouvrages furent bientôt dans toutes les mains, comme les flambeaux de la science, et le docte Vossius put dire avec orgueil : « La géographie et la chronologie sont devenues les deux yeux de l’histoire. »

SCIENCE HERALDIQUE

Origines fabuleuses du blason. La science héraldique à l’époque de la féodalité. — Premières armoiries, aux XI* et XII' siècles. — Signification des couleurs et des pièces de l'écu. — Rois et hérauts d’armes. — Figures héraldiques. — Quadrupèdes, oiseaux, poissons. — Plantes, fleurs et fruits. — Légende des fleurs de lis. — Armes parlantes. — Le blason est partout au xiii' siècle. — Timbres, heaumes, cimiers. — Devises et emblèmes. — Enseignes des marchands. — Usurpateurs d’armoiries. — Décadence de la science héraldique.

N a voulu faire remonter le blason nobiliaire presque à l’origine du monde.

Un écrivain héraldique n’a pas craint ’ d’affirmer que la postérité de Seth emprunta des armoiries au règne animal et au règne végétal, tandis que les enfants de Caïn peignaient sur leurs boucliers des instruments aratoires. Un autre rêveur attribue sérieusement l’invention du blason à Noé sortant de l’arche, et celui-là trouve, au seizième et même au dix-septième siècle, de nombreux imitateurs qui osent prétendre qu’ils sont parvenus, en fouillant dans les documents historiques, à découvrir les armes d’Adam, des Patriarches, des Prophètes, des rois de Jérusalem, de la sainte Vierge et de Jésus-Christ lui-même. Enfin, s’il fallait en croire le P. Menestrier, le blason doit être assimilé à une espèce d’encyclopédie ; il a sa théologie , sa philosophie, sa géographie, sa jurisprudence, sa géométrie, son arithmétique, son histoire et sa grammaire.

(c Des rêveries aussi extravagantes, dit M. Émile de la Bédollière, qui a clairement analysé les obscures origines de la science héraldique, n’ont pas besoin d’être réfutées. » Loin d’être contemporain des premiers âges, le blason n’était pas même connu des anciens; ceux-ci avaient des symboles nationaux héréditaires, tels que le lion de Juda, l’aigle d’or des Mèdes, la chouette d’Athènes, le crocodile d’Égypte, la colombe d’Assyrie; mais les figures dont leurs boucliers étaient ornés n’étaient pas transmissibles de père en fils dans les familles. La fantaisie présidait seule au choix de ces figures, que les fameux guerriers romains faisaient représenter sur leurs armes, comme des insignes qui les caractérisaient en rappelant leurs faits de guerre. On peut cependant citer, comme exemple unique d’un emblème patrimonial, le corbeau que portaient pour cimier de leurs casques les descendants de Valerius^Corvus, à qui la tradition attribuait une victoire singulière obtenue par l’intervention d’un de ces oiseaux de mauvais augure.

Lorsque la féodalité se constitua entre les seigneurs et leurs vassaux fieffés, elle adopta l’usage de distinguer, par des décorations variées, en couleurs éclatantes la plupart, les écus et les enseignes militaires, afin d’offrir des points de ralliement aux troupes pendant la mêlée du combat. Ces peintures décoratives, premiers éléments du blason, furent d’abord désignées sous le nom de connoissanccs ou entre-sains ; elles étaient alors d’autant plus nécessaires, que les vantailles ou les oeillères de l’armet (casque fermé) cachaient entièrement le visage de ceux qui le portaient à la guerre.

On retrouve çà et là quelques traces des connaissances chez les chroniqueurs du moyen âge; mais, à l’époque où nous les voyons figurer pour la première fois dans l’histoire, ces signes divers, encore peu compliqués, ne servaient pas à former les combinaisons spéciales qui devinrent plus tard l’apanage exclusif de telle ou telle famille et qui fixèrent les principes de la science héraldique. Ils étaient, en quelque sorte, dans le domaine public, et chacun pouvait se les approprier à son gré. Jean de Garlande, qui écrivait une curieuse description de Paris, vers 1280, rapporte que « les marchands de boucliers, qui fournissaient leur marchandise à toutes les villes de France, vendaient aux chevaliers des écus couverts de toile.

SCIENCE II ÉRALDIQUE.

Contre-hermine.

f-'ig. 21 1 à 222. — Métaux, couleurs et fourrures, interprétés par la gravure au moyen de traits et de signes

de convention.

de cuir et de chrysocale, où étaient peints des lions et des fleurs de lis. »

Si le blason existait déjà, comme un des attributs éclatants de la noblesse, on peut affirmer qu’il ne reposait pas sur des bases fixes et générales; la science héraldique était dans l’enfance, et n’avait pas même précisé la manière de composer les armoiries, en employant les émaux, c’est-à-dire les métaux et les couleurs, les pannes ou fourrures, pour faire le fond ou le champ de l’écu, sans les confondre ni les superposer. Les métaux, l’or et V argent , ne furent peut-être que des couleurs, le jaune et le blanc. Les couleurs proprement dites , le bleu , le rouge , le vert , le noir et le violet, n’avaient pas pris dès lors les noms à'aiur, de gueules, de sinople, de. sable et de pourpre, qu’elles reçurent à divers titres, quand le blason devintun art ou une science (fig. 21 1 à222). Les images ou figures énigmatiques, qu’on plaçait sur le champ coloré ou métallique de l’écusson, n’offraient pas beaucoup de variété, et chacun se croyait libre de les changer à sa guise, sous le rapport de la couleur et de la forme. En tout cas, le principe absolu qui consiste à ne jamais mettre couleur sur couleur ou métal sur métal dans un écu d’armoiries, n’était point encore établi dans cette science nouvelle, livrée sans règle et sans contrôle au bon plaisir des hommes d’armes et des seigneurs féodaux.

Vers cette époque, néanmoins, quelques blasons, qui n’avaient été d’abord que de simples connoissances , commencent à devenir héréditaires. Tels, par exemple, la croix vidée, çlechée et pannetée, que Raymond de Saint-Gilles apposait, avec son sceau, sur un acte de ro88, et qui resta dans les armoiries des comtes de Toulouse; les deux bars adossés, qui se montrent sur le sceau de Thierry II, comte de Montbéliard et de Bar-le- Duc, et qui passèrent à ses successeurs; enfin, les lionceaux, que la famille de Plantagenet avait dans ses armes, en 1127, et qui, sous le nom de léopards, se maintiennent dans le blason royal de la Grande-Bretagne.

C’est dans le cours du douzième siècle que les armoiries se multiplient, et sans doute à la suite de la première croisade : le choix même des émaux de ces armoiries indique suffisamment l’influence des expéditions entreprises pour la délivrance du tombeau de Jésus-Christ. Le bleu d’u'zn’ ou lapis-la^uli venait d’être importé d’Orient, et son nom actuel

SCIENCE HERALDIQUE.

d'outremer est encore une réminiscence de ces lointains voyages en Palestine. Le rouge devaii. sa qualification de gueules à des parements de fourrures, dont les chevaliers croisés se garnissaient alors le cou et les poignets et qui étaient teints en rouge avec du pourpre {mtirium rubricatas pelliculas quas gulas vocant , dit saint Bernard, l’apôtre de la seconde croisade). L’émail de .smojp/e reçut aussi son nom d’une matière tinctoriale que les croisés rapportèrent de Sinople, ville de l’Asie Mineure.

Plusieurs pièces de l’écu rappellent aussi le temps où la chevalerie guerroyait « aux pays mécréants » : les merlettes , oiseaux voyageurs que l'hiver faisait émigrer tous les ans vers les climats chauds, reportent naturellement la pensée vers Jérusalem; les coquilles appartiennent en propre aux pèlerins; les besants d’or (monnaie sarrasine ou arabe) sont le prix d’une forte rançon payée aux Infidèles; les croix, enfin, qui apparaissent dans les plus anciennes armoiries, avec toutes les diversités de formes possibles, annoncent la participation des croisés à la guerre sainte.

Au treizième siècle, les coniioissances étaient devenues d’un usage universel. Dès cette époque, non-seulement les nobles de race, mais les villes, les communes, les abbayes voulurent aussi avoir des armes. Les connoissances reçurent alors le nom de blason, nom dont l’étymologie a donné lieu à bien des discussions parmi les érudits, discussions savantes mais oiseuses, qu’il eût été peut-être facile de terminer si l’on avait remarqué que dans les anciens monuments de notre langue le vocable, d’origine celtique, bla\e (briller, flamboyer) est souvent employé comme synonyme d'écu ou bouclier. Ainsi, l’auteur du roman de Guillaume au corl ne\, composé en vers au douzième siècle, décrivant une bataille, dit que les assaillants froissaient les casques et mettaient les blasons en pièces; dans le roman de Garin le Loherain, non moins ancien , que nous avons analysé dans une autre partie de cet ouvrage, le héros est ébranlé par un coup terrible que porte sur son blason le chevalier Ivait : ailleurs, le roi Amadus, voulant frapper un Gascon, atteint la boucle ou point central du blason de son adversaire, etc.

Blason signifie donc simplement le bouclier, l’écu, sur lequel les armoiries furent originairement placées. La science du blason, née de la nécessité de se reconnaître entre tant de signes et d’emblèmes différents, n’a été

que la conséquence de l’étude des diverses dispositions qu’affectaient les émaux et les pièces qui figuraient sur les armoiries : on l’appela aussi science héraldique , parce qu’il constituait le savoir spécial des héraults d’armes, dont les fonctions acquirent et conservèrent longtemps une importance considérable dans l’organisation féodale du moyen âge. Nous avons défini ailleurs le rôle des hérauts d’armes (voy. dans le vol. Mœurs ET Usages le chap. Chevalerie)^ mais il faut ajouter ici que ces officiers domestiques, lesquels n’obtenaient leur diplôme de commission qu'après un apprentissage de sept ou huit années au service de leur seigneur propre, avaient hiérarchiquement au-dessus d’eux les rois d’armes (fig. 223), institués par le souverain pour dresser état des seigneurs et gentilshommes de chaque province avec les armoiries de chacun , et pour en composer un nobiliaire général , qui était remis entre les mains du premier roi d'armes de France.

Appelés, comme personnages publics, à figurer, avec leur brillant costume, dans certaines cérémonies, où leurs fonctions, par suite des usages de redevance établis à leur égard, leur valaient plus d’une fructueuse aubaine, les hérauts d’armes étaient ordinairement des hommes d’étude et d’érudition, occupés sans cesse à vérifier les titres de noblesse, les généalogies, à déchiffrer les blasons, à établir, en un mot, les vrais principes de la science héraldique. Ce furent eux qui soumirent à des règles fixes et invariables cette multitude de décorations distinctives, au choix desquelles l’ignorance et le caprice avaient plus ou moins présidé par l’origine.

* Ils déterminèrent d’abord la forme de Vécu. Celui des barons français, qui avait d’abord été triangulaire et légèrement incliné, fut définitivement remplacé par un écu quadrilatéral, arrondi aux deux angles inférieurs et finissant en pointe, au centre de sa base. L’écu germanique était remarquable par sa base arrondie et par une échancrure latérale , qui avait servi primitivement à supporter la lance, lorsque l’homme d’armes, monté sur son destrier, tenait cette lance en arrêt, en se couvrant la poitrine avec son bouclier.

Laissant aux traités héraldiques spéciaux le soin de décrire théoriquement les différentes partitions de l’écu, c’est-à-dire les traits qui le divisent en parties ou sections horizontales, diagonales et perpendiculaires.

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