BATAILLE DE JONATHAS CONTRE BACCIDE
Château fort et rostumes militaires du xvc siècle. Miniature de .1. Fouqucl , tirée des Uisloirrs rks Juifs. par Josephe, translatées de grec en français Ms. du xvr siècle.
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grecque ; il trouve, cependant, parmi les écrivains latins, trois ou quatre imitateurs, qui s’efforcent de conserver l’usage de la bonne latinité. Le prêtre Rufin, qui avait été lié avec saint Jérôme et qui se retira en Sicile, où il mourut en 410, traduisait Eusèbe en assez bon latin ; Sulpice Sévère, son contemporain, écrivain plus correct et plus élégant, quoique né en Aquitaine et n’étant pas sorti des Gaules où il avait suivi l’apostolat de saint Martin, composait un Abrégé de l’histoire sacrée depuis la création du monde jusqu’à l’an 410, et ce beau livre lui mérita le surnom de Salluste chrétien.
La langue grecque, dont l’existence se trouvait dès lors inséparable de l’empire d’Orient, se perpétua, avec la plupart de ses qualités essentielles, dans une foule d’ouvrages historiques écrits en grec, jusqu’à la prise de Constantinople par Mahomet II; mais la langue latine, au contraire, n’avait cessé de subir le mélange inévitable des idiomes nationaux de tous les peuples barbares, qui se répandaient et s’aggloméraient sur tous les points des provinces romaines. Cette langue latine, de plus en plus altérée et corrompue, n’en restait pas moins la langue officielle du clergé et de la haute administration civile. On ne parlait que le latin à la cour d’Odoacre, roi des Hérules, et à la cour de Théodoric, roi des Goths. On continua donc à écrire, en latin , des livres d’histoire politique plutôt que religieuse. C’est dans cette langue semi-barbare que les historiens occidentaux des sixième et septième siècles rédigèrent leurs chroniques, pendant que les historiens grecs publiaient de bonnes histoires à la manière de Polybe et de Dion Cassius : Agathias le Scholastique, {'Histoire du régne de Justinien; Procope de Césarée, secrétaire de Bélisaire, {'Histoire de son temps; Théophylacte Simocatta, {'Histoire de l’empereur Maurice, etc.
Les chroniques latines, composées pendant cette triste époque du moyen âge, n’en sont pas moins précieuses et intéressantes. La plus ancienne concerne la France , ou plutôt la partie des Gaules occupée par les Francs : c’est celle de Marins d’Autun , évêque d’Avenche en Helvétie, laquelle commence au règne d’Avitus en 455 et finit en 58 1 ; elle est écrite simplement et clairement ; elle se rapporte surtout au règne de Contran, roi de Bourgogne, et contient de bons renseignements sur la géographie des Gaules. File avait été composée pour servir de suite à {'Abrégé de l’his-
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toire universelle, rédigé par Prosper d’Aquitaine ; elle est donc sèche et concise, comme la plupart des chroniques de ce temps-là. Cassiodore, ministre du roi Théodoric, avait donné plus ample carrière à sa rhétorique, en écrivant une grande Histoire des Goths , qui s’est perdue, et dont il nous est resté un excellent abrégé : De Gothorum origine et rebus gestis (De l’origine des Goths et de leurs faits et gestes), par Jornandès, évêque de Ravenne, qui a composé aussi une petite Histoire universelle. Saint Isidore, évêque de Séville, qui mourut en 636, fit également une Chronique depuis Adam , et une Histoire des Goths, des Vandales, des Sueves et des Visigoths, au milieu desquels il avait vécu.
Le monument le plus ancien et le plus important de notre histoire nationale est le grand ouvrage de Grégoire de Tours, qui a présenté, dans son Histoire ecclésiastique des Francs, le tableau fidèle des événements auxquels il s’était trouvé mêlé pendant sa vie. Né en Auvergne en 644, d’une famille patricienne qui avait produit plusieurs sénateurs et évêques, il fut élevé par saint Gall, son oncle, évêque de Clermont, et il devint luimême évêque de Tours en SyS. Le crédit dont il jouissait à la cour de Chilpéric et de Frédégonde lui permit de jouer un rôle considérable dans les affaires politiques de la monarchie mérovingienne; il avait été mêlé aux circonstances les plus secrètes de ce règne, et il connaissait tous les détails intimes de la lutte implacable des deux reines rivales Frédégonde et Brunehaut. Ce fut sans doute là le motif qui lui fit prendre la plume d’historien. Son livre, qui commence aux origines de la France, comprend un intervalle de 174 ans depuis l’établissement des Francs dans les Gaules vers l’année 429. La première partie de cette histoire est écrite d’après Sidoine Apollinaire, saint Remi, évêque de Reims, les et surtout d’après la tradition orale. Quant aux cinquante dernières années de son récit, Grégoire de Tours se porte garant de ce qu’il avait vu de ses propres yeux ou de ce qu’il savait de source certaine. Il n’était pas sans doute fort instruit, mais il ne manquait pas de jugement et d’intelligence. Il avait , d’ailleurs , les qualités que l’on rencontre le plus rarement chez un historien : la bonne foi, la candeur et l’envie d’être toujours impartial. Son style incorrect, presque sauvage , souvent inintelligible, n’en est pas moins coloré, quoique simple et naïf; il y a çà et là des portraits tracés de
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main de maître, des descriptions poétiques et pittoresques. Grégoire de Tours, qui avait lu Virgile, Salluste et Pline, cherchait sans doute à les imiter, dans un siècle où l’étude des lettres était à peu près anéantie. On ne saurait lui reprocher d’avoir fait entrer dans son ouvrage les légendes et les miracles qui faisaient la principale préoccupation de ses contemporains.
Cet ouvrage inappréciable et unique en son genre se conserva dans les
Fig. 358. — Statue équestre de Clovis, roi des Francs (qôS-Sii), par Erwin de Steinbach (xui' siècle), placée au-dessus du grand portail de la façade de la cathédrale de Strasbourg,
bibliothèques des couvents plutôt que dans les archives des rois mérovingiens ; il eut probablement une immense notoriété , après la mort de son auteur (5q5), puisque le meilleur historien du septième siècle, Frédégaire, ne trouva rien de mieux, pour continuer sa Chronique empruntée à Eusèbe, à Jules l’Africain et à d’autres chronographes grecs et latins, que de remplir le quatrième livre de cette chronique par un abrégé analytique du livre de Grégoire de Tours. Frédégaire, qui semble avoir été
Bourguignon, a conduit sa narration jusqu’à sa mort, en 660. Le cinquième livre de l’ouvrage renferme de très-précieux renseignements sur les règnes de Clotaire II, de Dagobert I"et de Clovis II. L’auteur déclare, dans sa préface, qu’il raconte ce qu’il a vu, ce qu’il a appris de témoins dignes de foi , et ce qui est parvenu à sa connaissance par la lecture de bonnes histoires. C’est le seul monument qui existe pour les annales de la France durant ces époques obscures.
On ne s’explique pas la rareté des chroniques contemporaines, aux septième et huitième siècles, quand on sait que les évêques étaient les véritables dépositaires de l’histoire , et que les religieux de chaque grand monastère s’imposaient le devoir de recueillir soigneusement, par ordre chronologique, les principaux actes de l’histoire civile et religieuse. Ce n’étaient, il est vrai, que des chroniques succinctes^ écrites par différentes mains et sans enchaînement de faits et d’idées, et, dans ces chroniques monastiques, l’histoire intérieure de la communauté tenait ordinairement plus de place que les événements du monde, que l’annaliste enregistrait souvent d’après des bruits vagues et incohérents. Quelques-unes de ces chroniques n’en sont pas moins précieuses, en raison de la pénurie de documents historiques pour ces temps reculés, et l’on en a publié un grand nombre, parmi lesquelles il faut citer, comme les plus intéressantes, celles de Moissac, de Fontenelle, de Saint-Médard de Soissons, de Fleury-sur- Loire, de Saint-Gall, de Saint-Bertin , etc. Quant aux chroniques journalières, qui étaient tenues au courant des faits généraux, dans la maison des rois, des princes et des seigneurs, on ignore également les noms des clercs auxquels incombait la charge de les rédiger. Deux des continuateurs de Frédégaire déclarent seulement qu’ils ont écrit, l’un, par ordre de Childebrand, oncle de Pépin d’Héristal, maire du palais, l’autre, 'par ordre de Nibelung, fils de Childebrand, qui voulaient avoir les annales de la première race. On est fondé à croire que beaucoup de chroniques se sont perdues dans les guerres et les dévastations de ces époques barbares, où la plupart^des villes et des monastères furent mis à sac, pillés et brûlés. « Il n’y a pas eu de siècle si barbare , dans lequel , dit Lacurne de Sainte- Palaye, les Français n’aient senti de quelle utilité pouvait etre la connaissance de leur histoire, pour exciter les hommes aux actions honnêtes et
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vertueuses, par l’exemple de ceux qui les avaient précédés. » Il ne faudrait pas supposer cependant que les anciens peuples de l’Asie et du Nord, qui envahirent successivement l’Europe pendant les cinquième et sixième siècles, n’eussent pas d’histoire, quoique cette histoire ne fût pas écrite : elle consistait en chants guerriers et religieux, qui se transmettaient de génération en génération et qui remontaient à des temps lointains. Charlemagne les fit recueillir, de la bouche des descendants de ces races barbares qui s’étaient confondues avec les populations indigènes de son em-
Fig. 35g. — Les sept saints de Bretagne; fac-similé d'une gravure sur bois des Chroniques de Bretagne, par Alain Bouchard. Paris, Galliot du Pré, i5i4, in-4”. Bihiioth. de M. Ambroise Firmin-Didot.
pire. C’est aussi dans les chants nationaux des anciens Bretons, des Saxons et des Angles, que Bède le Vénérable avait puisé les éléments de son Histoire ecclésiastique d’Angleterre , qu’il composa dans le monastère de Wearmouth, près de Durham, où il mourut en ySS.
On fait honneur à Charlemagne de l’institution des chroniques monastiques , qui devaient être conservées dans chaque monastère de fondation ro}^ale. C’était un religieux, le plus recommandable par son caractère et son instruction, à qui l’on remettait le soin d’enregistrer la suite chronologique des événements de chaque règne, et le roi mort, les notes qu’on avait recueillies sur son règne servaient à composer une chronique, qui restait
fcirnt^
déposée dans les archives du monastère. La célèbre abbaye de Saint-Denis eut sans doute, avant tout autre monastère, le privilège de faire ainsi l’histoire posthume des rois (fig. 36o),avec une sorte d’autorité religieuse qui rappelait le jugement des morts dans l’ancienne Égypte, et de garder le dépôt de ces archives nationales, si fameuses et si vénérées pendant tout le moyen âge. Un des plus anciens historiens de l’Angleterre rapporte que les rois entretenaient, dans leurs palais et près de leur personne, certains hommes doctes et lettrés, chargés d’enregistrer les dits et faits mémorables des souverains, pour les transmettre à la postérité, mais seulement après leur mort. Éginhard, le secrétaire [notarius) de Charlemagne, remplissait cet emploi de haute confiance auprès de ce prince, qui l’avait choisi, en outre, pour diriger l’éducation des héritiers du trône impérial. Ce fut donc pour s’acquitter de sa mission qu’il se retira dans le couvent de Seligenstadt, afin de mettre en ordre les matériaux qu'il avait rassemblés pendant le règne de son glorieux maître et d’écrire la Vie de Charlemagne. Cet ouvrage, meilleur que Annales, qui vont de 741 à 829, paraît avoir été composé à l’imitation de celui de Suétone sur les Vies des douze Césars. On reconnaît, en le lisant, que l’auteur était un des membres de l’Académie palatine, et que, malgré l’incorrection et l’âpreté de son style, il s’efforcait de suivre les exemples des bons historiens de l’ancienne Rome.
Il est étrange que les monuments historiques de l’époque de Charlemagne ne soient pas plus nombreux. Cet empereur aimait les lettres et encourageait ceux qui les cultivaient ; il ne pouvait donc suivre sans intérêt les progrès des études historiques, mais on doit bien supposer qu’il se souciait peu de servir de thème et de sujet à des ouvrages qui eussent échappé à son contrôle. La plupart des chroniques qui traitent de son règne et des circonstances de sa vie sont postérieures à sa mort (814). On ne voit nulle part que Charlemagne, qui avait réuni autour de lui tant de savants distingués, leur ait donné mission d’écrire sa propre histoire; il se faisait lire, pendant ses repas, les chants historiques des peuples du Nord et de la Germanie {cantilenœ historicæ)., qu’il avait rassemblés, comme des matériaux irrécusables de l’histoire du passé; il écoutait probablement aussi, avec le même intérêt, les chansons des bardes qui célé-
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braient ses guerres et ses conquêtes dans des poèmes en langue vulgaire, traduits plus tard en latin et paraphrasés ensuite dans les chansons de geste en langage du douzième siècle. Mais, à l’exception d’Éginhard, il n’y eut pas, dans le palais de l’empereur, des notaires ou des scribes appliqués spécialement à rédiger, sous les yeux de Charlemagne, la chronique officielle de sa vie publique et privée.
Il ne vivait plus depuis longtemps, lorsque le moine de Saint-Gall, qu’on
Fig. 36o. — Couronnement de Charlemagne. D'après une miniature des Chroniques de Saint-Denis, ms. du XIV* siècle. Biblioth. nat. de Paris.
croit être un certain Notker, recueillit en deux livres, d’après les témoignages de deux contemporains, le prêtre Werimbert et le chevalier Adalbert, une chronique [De gestis Caroli Magui)., qu’il dédiait à l’empereur Charles le Gros. Cette chronique, composée cent soixante-dix ans après le grand prince, dont l’auteur anonyme avait mission de glorifier la mémoire, n’en est pas moins précieuse, malgré les exagérations romanesques qu’elle introduit dans le récit des faits. Elle est écrite naïvement, d’ailleurs, sous une forme vivante et pittoresque, et elle sert au moins à contre-balancer la fausse chronique de l’archevêque Turpin, qui n’est d’un bout à l’autre qu’une élucubration fantastique et mensongère, mais qui fut
pourtant regardée , au moyen âge , comme une des sources les plus respectables de l’histoire de Charlemagne. Cette chronique, attribuée au fameux archevêque de Reims qui occupe une si belle place dans les romans de chevalerie, raconte l’expédition fabuleuse de Charlemagne et de ses paladins en Espagne. Elle est composée de deux parties distinctes; les cinq premiers chapitres ont été écrits au milieu du onzième siècle et les autres au commencement du douzième. C’est ici l’occasion de citer l’admirable Chanson de Roland; mais il est inutile de mentionner la relation du pseudo-Philomène sur les gestes de Charlemagne à Narbonne et àCarcassonne, et le fabuleux voyage de Charlemagne en Terre-Sainte pour rétablir le patriarche de Jérusalem que les Arabes avaient expulsé (fig. 36 1 ).
Eginhard et Paul Diacre sont donc les seuls historiens sérieux du temps de Charlemagne. Paul Warnefrid, dit Paul Diacre, parce qu’il avait été ordonné diacre, fut secrétaire du roi lombard Didier et vécut ensuite à la cour de Charlemagne, avant de se retirer au couvent du Mont-Cassin, où il acheva sa belle Histoire des Lombards [De gestis Longobardorum) et son Abrégé d’histoire romaine. On aurait tort de penser que la barbarie, qui semblait s’arrêter et décroître sous le règne de Charlemagne, ait repris sa marche ascendante pendant les règnes troublés et agités de ses successeurs. Les historiens, en effet, se multiplient, et l’histoire fait entendre sa voix solennelle à tous les échos de ce dixième siècle , qu’on se représente avec raison comme une époque de désordre et de transition sociale. Chaque règne, chaque époque, chaque abbaye a maintenant ses chroniqueurs. Au neuvième siècle, Ermold le Noir, abbé d’Aniane, écrit la Vie de Louis le Débonnaire ; Nithard, homme de guerre, petit-fils de Charlemagne (né en 790, mort en 858), écrit l’histoire des querelles et des guerres qui eurent lieu entre les fils de Louis le Débonnaire.
Le dixième siècle est fécond en historiens remarquables, dans presque tous les pays de l’Europe : en Italie, Luitprand, évêque de Crémone, envoyé deux fois en ambassade à Constantinople , fait l’histoire de l’Europe contemporaine (de 888 à 948) ; Witikind, moine d’une abbaye près de Paderborn, écrit les annales de la maison impériale sous les Othon ; Dudon, chanoine de Saint-Quentin , entreprend l’histoire des premiers ducs de Normandie. Les historiens abondent, et tous les genres d’histoire sont
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traités avec une ingénieuse variété. Ainsi, Abbon, abbé de l’antique monastère des bénédictins de Fleury-sur-Loire (mort en’92'3), décrit en
vers épiques le siège de Paris [par les Normands {De bello parisiacæ nrbis)^ dont il avait été le témoin actif; Richer, moine de Saint-Remi de Reims, et Flodoard, chanoine de Reims (mort en 966), rédigent des chrc-
niques locales, dans lesquelles l’histoire générale Jette de larges reflets.
Le onzième siècle ne manque pas d’historiens, qui sont pour la plupart des prélats et des moines. Citons Dithmar, évêque de Mersebourg en 1009, auteur d’une chronique d’Allemagne, qui s’étend de 876 à ioi8; Raoul Glaber, moine de Cluny, dont la chronique (900 à 1046) est une des plus intéressantes que le moyen âge ait produites; Aimoin, de Villefranche en Périgord, mort en 1008, qui avait une réputation méritée dans l’école historique des bénédictins de Fleury-sur-Loire, et qui employa une partie de sa vie à composer, d’après les documents conservés dans cette célèbre abbaye, une Histoire des Francs , poursuivie jusqu’en 638 , et que divers continuateurs, appartenant au même ordre de Saint-Benoît, ont amenée jusqu’à GSq. C’est là une histoire étudiée et bien coordonnée, dans laquelle les chroniques originales sont fondues ensemble. Thegan, archevêque de Trêves, composa, dans le même système, une Vie de Louis le Débonnaire, et Helgaud, moine de Fleury-sur-Loire, un Abrégé de la vie du roi Robert.
La langue vulgaire ne commença que vers la fin du douzième siècle à passer de la poésie populaire dans l’histoire, et, au milieu de ses premiers bégaiements, les historiens, qui sont toujours des clercs et des moines, ne songent pas encore à abandonner la langue latine : ils recueillent, de toutes parts, sans aucun esprit de critique, les fables les plus grossières, les traditions les plus absurdes et les plus ridicules. Voici que les croisades, dont la première date de 1096, vont donner un nouvel élan à la littérature historique, en ajoutant de nouveaux motifs d’intérêt à l’usage des livres d’histoire. Il y aura, pendant plus d’un siècle et demi, une nombreuse succession d’historiens des croisades, qui écriront, dans toutes les langues, et de préférence en latin, l’héroïque épopée des voyages d’outremer. Ces historiens racontent, la plupart, les faits dont ils furent témoins et quelques-uns animent leur récit de ce pieux enthousiasme qui faisait les croisés ; ils ont chacun leur caractère particulier et leur physionomie originale, depuis Guibert de Nogent, qui a écrit l’histoire de la première croisade, jusqu’à Guillaume de Tyr. Nommons, parmi les écrivains latins, Bernard le Trésorier, Albert d’Aix, Jacques de Vitry, Robert le Moine, Foucher de Chartres, Odon de Deuil. Il y a aussi deux histo-
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riens français, pour la quatrième et pour la dernière croisade ; leurs noms sont désormais immortels : ce sont le sire de Villehardouin et le sire de Joinville.
Mais, avant de parler des historiens français qui changeront absolument la forme des ouvrages d’histoire, il faudrait énumérer les historiens grecs et latins, et aussi quelques historiens en langue vulgaire, qui ont contribué dignement à faire renaître la science historique. Ccdrenus et Zonaras,
Fig. 302. — Couronnement du grand khan, premier souverain des Tartares. Miniature de la Fleur des histoires de la terre d’Orient, compilées par frère Hayton (Hethoum), seigneur du Cort, cousin germain du roi d'Arménie'; ms. du xv® siècle. Biblioth. de M. Ambroise Firmin-Didot.
suivant l’habitude de la plupart des historiens du moyen âge, remontent à la création du monde, pour conduire leurs chroniques jusqu’à leur temps, le premier en loSy, le second en rii8. Un autre historien grec, Nicétas Choniates, s’est borné à commencer ses Annales , en vingt et un livres, à la mort d’Alexis Comnène (iii8), et il les finit à la mort de l’empereur Baudouin ( i2o5). Les historiens latins sont dès lors nombreux, et l’on remplirait quelques pages de leur simple nomenclature. Parmi tous ces noms, nous signalerons seulement Guillaume de Malmesbury, Henri
de Huntingdon, Roger de Hoveden, pour l’Anglelerre; Saxo Grammati- CLis, pour le Danemark; Othon de Frisingen, Otfrid de Viterbe, Conrad de Lichtenau, pour l’Allemagne; Léon, cardinal d’Ostie, pour Tltalie; Roderic Ximenès, pour l’Espagne, etc. (fig. 363). Quant aux chroniques en langues vulgaires, il suffira de mentionner, pour la Russie, la Chroni-
Fig. 363. — Alphonse X le Sage, roi de Castille ( 1252-1284), auteur présumé de la célèbre Croiiica de Espaiia. Statue votive de la cathédrale de Tolède. D’après VIconograJia espariola, de Carderera.
que de Nestor, écrite en langue slave dans un monastère de Kieff, avant 1 1 15. Nous devons renoncer désormais à indiquer les noms des historiens qui se succèdent et qui, chez les diverses nations européennes, se consacrent à écrire les fastes de leur patrie; car ces historiens, si estimés qu’ils soient chez leurs compatriotes, sont à peine connus de nom en France, et le peu d’espace qui nous est réservé pour un sujet si vaste ne permet pas même d’y faire entrer, sous une forme succincte, l’immense quantité de
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chroniques, d’histoires , de mémoires et de relations , qui sont l’honneur de notre littérature historique nationale, et dont la volumineuse collection des Historiens des Gaules et de la France réunit la plus grande partie. Il existe une collection analogue pour chaque pays, et l’ensemble de toutes ces collections historiques ne représenterait pas moins de cent volumes in-folio.
On ne peut cependant passer sous silence la chronique universelle de Matthieu Paris, qui était moine historiographe de l’abbaye bénédictine
Fig. 364. — « Comment le duc d'Alançon print la ville dudit Alançon. » Miniature des Vigiles de Charles VII, par Martial d’Auvergne, ms. daté de 1484, n“ 5o54. Biblioth. nat. de Paris.
de Saint-Alban, au diocèse de Lincoln en Angleterre, et qui a donné le titre de Grande histoire des Anglais [Historia major Anglorum) à cette importante compilation, dans laquelle il a très-habilement combiné les différentes chroniques des onzième et douzième siècles. Matthieu Paris est certainement un des historiens les plus remarquables du moyen âge, et son grand ouvrage n’intéresse pas moins la France que l’Angleterre, particulièrement pour les derniers temps où l’auteur écrivait, d’après ses propres observations, de i235 jusqu’en laôg, époque de sa mort. Mais déjà les meilleurs historiens étaient en France , et leur nombre allait s’augmenter de siècle en siècle , lorsque les écrivains français , qui fai-
saient déjà concurrence aux écrivains latins, eurent créé une école historique, qui prenait plus de développement, à mesure que la langue latine cédait la place à la langue française dans l’habitude de la vie privée. Dès le milieu du douzième siècle, plus de cinquante ans avant que Villehardouin eût prouvé, en écrivant son admirable chronique de la Conqueste de Constantinople, que l’idiome vulgaire convenait merveilleusement à la rédaction des livres d’histoire, l’illustre Suger, ministre d’Etat sous les rois Louis VI et Louis VII , avait compris que cet idiome , depuis longtemps usuel à la cour et parmi les classes dominantes, comme dans le peuple, pourrait être utilement employé pour les chroniques royales, qui s’élaboraient silencieusement, depuis plus de trois siècles, à l’ombre de l’abbaye de Saint-Denis, dont il était abbé et où il mourut en i iSa. Le fait n’est pas suffisamiTient certain ; mais, à coup sûr, Suger mérite d’être compté au nombre de nos historiens. Il avait écrit, en latin, dans un style quelque peu confus et obscur, la Vie de Louis le Gros et une partie de la Vie de Louis le Jeune.
Les chroniques latines de l’abbaye royale de Saint-Denis étaient depuis longtemps célèbres et vénérées ; elles formaient le plus précieux dépôt des manuscrits de l’histoire nationale.
Les auteurs des romans et chansons de geste, pour donner plus de crédit à leurs œuvres d’imagination , ne craignaient pas de déclarer qu’ils avaient puisé leurs estoires dans les archives de Saint-Denis. (Voy. le chap. Romans.) L^auteur du roman en prose de Beufve d’Antonne , dit ; « Des faiz du roy Carie Martel l’on trouve ben assez ès croniques des enfants" de Beufve d’Antonne et ailleurs, comme à Saint-Denis là où tout est cronique. » L’auteur du roman en vers deDoolin de Mayence cite aussi, de son côté :
Les saiges clers d’adonc, par leur senifiance,
En firent les Croniques qui sont de grant vaillance,
Et sont en l’abbaïe de Saint-Denys en France;
Puis, ont été estraites, par moult bele ordonnance.
De latin en roman
Les premiers romans historiques avaient été d’abord présentés comme de l’histoire en rime, et les jongleurs, qui allaient dans les châteaux et les
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cours plénières réciter et psalmodier au son de la viole ou d’un autre instrument à cordes les interminables aventures des chevaliers de la Table ronde, du roi Artus de Bretagne et des douze pairs de Charlemagne, apprenaient à leurs auditeurs ignorants et crédules tout ce qu’un seigneur voulait savoir de l’histoire des anciens temps. Les romans de Rou, du Brut, de Godefroi de Bouillon, et une foule d’autres du même genre , composés en rimes, étaient acceptés alors comme des documents non suspects de notre histoire nationale. Il en résulta que les historiens les plus sérieux, pour disputer la vogue aux jongleurs, n’imaginèrent rien
Fig. 365. — « Comment le comte de Foix print des places fortes en Guienne. » Miniature des Vigiles de Charles VU, par Martial d’Auvergne, ms. daté de 1484, n“ 5,054. Biblioth. nat. de Paris.
de mieux que de composer des histoires métriques, qui furent accueillies, en effet, avec beaucoup de faveur : Guillaume Guiart rima ainsi une chronique (de 1 165 à i3o6), qu’il intitula la Branche des royaulx lingages; Godefroi de Paris, une chronique de son temps, sous le règne de Philippe le Bel; Philippe Mouskes, une Histoire universelle , qui ne contient pas moins de trente-deux mille vers et qui raconte l’histoire de Flandre depuis les premiers âges jusqu’en 1242. Ces chroniques métriques trouvèrent un public spécial parmi les personnes qui aimaient la poésie; et, deux siècles plus tard, le poète avocat Martial d’Auvergne perfectionnait encore la chronique métrique, en composant les Vigiles du roi Charles septième (fig. 364 et 366), qui valent la meilleure histoire de ce roi, tandis
SCItNCES ET LETTRES. 11. — 65
que son contemporain Guillaume Crétin, chantre et chanoine de la Sainte-Chapelle de Vincennes, entreprenait de rimer les chroniques de France depuis Charlemagne jusqu’à François I".
Geoffroi, sire de Villehardouin, maréchal de Champagne (mort vers 1 2 1 3), l’un des principaux acteurs de la quatrième croisade, donna un modèle parfait de l’histoire sans rime, en écrivant sa chronique ou plutôt ses mémoires sur la Conquête de Constantinople par les croisés en 1202. On est étonné de rencontrer, dans un ouvrage aussi ancien, une relation aussi fidèle, aussi précise, aussi noble des grands événements que ce seigneur, à la fois guerrier et politique, avait vus se dérouler sous ses yeux. C’est, en quelque sorte, le point de départ des mémoires particuliers, qui ont toujours eu tant d’attrait pour l’esprit français et qui se sont multipliés à l’infini jusqu’à nos jours. La C/zro;n’^z/e du sire de Joinville (mort en i3i8), rédigée plus de soixante-dix ans après celle de Villehardouin, appartient aussi à la classe des mémoires particuliers, quoique le bon chevalier, qui la composa dans sa vieillesse, ait eu l’intention d’écrire la vie du saint roi Louis IX plutôt que l’histoire de sa propre vie. Joinville n’a pas sans doute la finesse et la pénétration de Villehardouin, mais il a fait à son insu une des œuvres les plus exquises de notre vieille littérature. Il n’est pas écrivain, mais il surpasse tous les écrivains de son temps par le charme, la grâce, la sensibilité, l’enjouement et la piquante naïveté de ses récits (fig. 366).
Ces excellents mémoires, écrits par des témoins oculaires d’une incontestable autorité, n’eurent pourtant pas, à l’époque où ils furent composés, le succès, la notoriété et l’estime que leurs auteurs avaient le droit d’en attendre. Ils restèrent dans les archives du château de Joinville en Champagne et dans celles du sire de Villehardouin en Romanie; quelques Copies seulement se répandirent à la cour de France et chez les seigneurs qui avaient une librairie, c’est-à-dire une bibliothèque. Le sire de Joinville avait pourtant écrit ses mémoires, à la prière de la reine Jeanne, épouse de Philippe le Bel : son livre eut place naturellement parmi les livres de la bibliothèque du Roi, mais il tomba bientôt dans l’oubli, comme celui de Villehardouin, et, lorsqu’il fut imprimé au seizième siècle, on ne possédait déjà plus de manuscrit original. Beaucoup d’autres sei-
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gneurs, hommes d’État et guerriers, comme les sires de Villehardouin et de Joinville, recueillirent aussi leurs mémoires, qui demeurèrent également enfouis dans les archives des châteaux et qui étaient absolument oubliés à l’époque où ils eurent le sort de tant de manuscrits anéantis pendant les guerres du quatorzième et du quinzième siècle. Les chroniques écrites en latin dans les couvents et les églises eurent moins à souffrir des incendies et des pillages, que ces guerres acharnées entraînaient après elles et qui s’attaquaient surtout aux châteaux et aux villes fortifiées. Il reste
Fig. ji66. — Les envoyés du Soudan, ayant à leur tête un petit vieillard marchant avec des béquilles, viennent proposer des conditions de rachat aux croisés prisonniers. D'après une miniature du Credo de Joinville, ms. du XIII' siècle, appartenant autrefois à la Biblioth. nat. de Paris, et qui est aujourd'hui en Angleterre.
donc une foule de ces chroniques latines qui n’ont Jamais été publiées pour la plupart, mais qui sont toujours là pour attester combien la passion de l’histoire s'était propagée depuis le douzième siècle. Les clercs, moines, prêtres, savants, docteurs, auraient cru déchoir à leurs propres yeux s’ils avaient écrit autrement qu’en latin; les seigneurs, les hommes de guerre, les hommes d’Etat, les poètes et les 'bourgeois ne se servaient que de la langue vulgaire pour raconter les faits dont ils avaient été les acteurs ou les témoins. On peut donc établir, dès cette époque, une division trèscaractérisée entre les histoires générales et les mémoires personnels : ceux-ci étaient presque toujours en français et les autres en latin.
Cependant on travaillait toujours, dans l’abbaye de Saint-Denis, à la ré-
daction française abrégée des Chroniques de France et l’on modifiait cette rédaction, en raison des changements qui s’opéraient dans la langue. Il y eut ainsi plusieurs versions différentes de ces chroniques. Voici ce que disait, au commencement du quatorzième siècle, l’auteur anonyme d’une de ces versions : « Si sera ceste histoire descrite selonc la lettre de l’ordenance des Chroniques de l’abbaïe de Saint-Denis en France, où les histoires et li fait de tous les rois sont escript : car là doit-on prendre et puiser l’original de l’estoire ; et se il poet trouver, ès chroniques d’autres églises, chose qui vaille à la besogne, il y pourra bien ajouter selonc la pure vérité de la lettre, sans riens oster si ce n’est chose qui fasse confusion. Un vaillans mestre dit que ceste estoire est mireors de vie. Bien sacent que il n’y a rien dou sien ajousté; ains est tout des anciens aucteurs qui tretièrent et compilèrent les istoires selonc les faits des rois et des princes. » Il paraîtrait, d’après des vers attribués à Matthieu de Vendôme, abbé de Saint-Denis au treizième siècle, et mis en tête du plus ancien manuscrit de ces Chroniques, qu’elles auraient été translatées en français, par ordre de cet abbé, vers 1274, sous le titre de Roman des Rois. Ces vers nous apprennent le profit qu’on pouvait tirer de la lecture des Chroniques
. . . L’on ne doit ce livre mespriser ne despire (décrier),
Qui est fait des bons princes dou régné et de l’empire.
Qui sovent i voudroit estudier et lire,
Bien puet sçavoir qu’il doit eschiver et eslire (esquiver et choisir).
Et dou bien et dou mal puet chascun son prou (profit) faire :
Par l’exemple des bons se doit-on au bien traire (tirer) ;
Par les faits des mauvais qui sont tout le contraire,
Se doit chascun dou mal esloingner et retraire (retirer);
Mains bons enseignemens puet-on prendre en ce livre....
C’est avec raison que M. Paulin Paris a porté ce jugement sur ce célèbre livre, dont il a donné une édition parfaite : « Les Chroniques de Saint-Denis sont le plus beau, le plus glorieux monument historique, qui peut-être ait jamais été élevé dans aucune langue et chez aucun peuple, à l’exception du livre par excellence, la Sainte Bible. » Ces Chroniques , en effet, qui ne furent réellement publiées qu’au quinzième siècle, mais qui dès le quatorzième avaient été communiquées à des rois et à de
CHRONIQUES, HISTOIRES, MEMOIRES
grands personnages, semblaient entourées d’une espèce de vénération; en général on les regardait comme le livre d’or de l’Église et de la monarchie française. Quand des souverains étrangers venaient à la cour de France, ils demandaient à voir de leurs yeux et à feuilleter de leurs
Fig. 367. — Entrevue de fiançailles de l’archiduc Maximilien d’Autriche et de Marie de Bourgogne, à Gand, le 18 avril 1477. D’après une miniature des Chroniques de Flandre, ms. du xv® siècle, n“ 13,073. Biblioth. de Bourgogne, à Bruxelles.
mains ce vénérable livre. On trouve cette note, sur un manuscrit de ces Chroniques, qui a appartenu au duc de Berry, frère de Charles V ; « Lequel livre mondit seigneur de Berry fit prendre à l’église de Saint-Denis pour montrer à l’empereur Sigismond (en iqi 5), et aussi pour le faire copier. » Le roi Charles V en avait fait faire déjà plusieurs copies ornées de
miniatures, et il ne se lassait pas de manifester son admiration pour ce livre
qudl avait toujours ouvert sur son pupitre, à côté de la Bible.
Les religieux de Saint-Denis continuaient à écrire officiellement en latin l’histoire de chaque règne, suivant les antiques privilèges de leur royale abbaye. C’étaient des annales très-détaillées, dont les matériaux avaient été rassemblés avec un soin scrupuleux et qui prenaient une forme imposante et sévère sous la plume des meilleurs écrivains de la communauté. C’est ainsi que Guillaume de Nangis avait écrit la vie de saint Louis et celle de Philippe le Hardi , comme Rigord avait écrit la vie de Philippe Auguste. Les vies des successeurs de ce roi, jusqu’à Charles VI, avaient été écrites aussi dans le même système, c’est-à-dire avec les plus amples détails, par des religieux qui gardèrent l’anonyme, et dont les ouvrages disparurent, dit-on, lorsque l’abbaye de Saint-Denis fut envahie et pillée, à plusieurs reprises, de 1410 à 1429, par les Bourguignons, les Armagnacs et les Anglais. On peut croire, néanmoins, que les moines eux-mêmes avaient caché ou détruit ces ouvrages originaux, où l’histoire des fatales guerres de la France et de l’Angleterre, comme celle des guerres civiles et des factions politiques du quatorzième siècle, était racontée avec trop d’indignation et de douleur. Il ne nous est resté, de ces précieuses chroniques des rois de France depuis Louis VIII jusqu’à Charles V, que la grande histoire du règne de Charles VI , qui donne une idée si favorable de ce que devaient être les histoires des règnes précédents, recueillies, préparées et écrites dans l’abbaye de Saint-Denis. On ignore même le nom des auteurs de cette histoire de Charles VI, la dernière qui ait été écrite en latin avec tous les développements qu’elle pouvait comporter.
A dater du règne de Charles VII, il y eut un chroniqueur de France, en titre d’office, parmi les religieux de Saint-Denis, et le premier qui remplit ces fonctions fut Jean Chartier, frère puîné du poète royal Alain Chartier. On lui doit une bonne Chronique du règne de Charles VII , écrite en français, mais beaucoup trop abrégée. On suppose que ce fut la dernière chronique rédigée sous la responsabilité du chapitre de l’abbaye de Saint-Denis; car Jean Castel, nommé chroniqueur de France après Jean Chartier, était moine de Saint-Martin des Champs et devint abbé de Saint-Maur des Fossés. Au décès de ce chroniqueur, en T482, tous
Romand i C