SOUS CHARLES VI
Miniature tirée des ÇIii-oiimiih’s de Moiistrelet ; Paris. Véi'ard, s. d. (vers laOO). in-l'ol. (exemplaire sur peau de vélin ). Bibliotliè(ju(> de M. Ambroise Firmin-DidtX .
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ses manuscrits avaient été mis dans un coffre fermant à clef et transférés à Saint- Denis, mais Louis XI ordonna que lesdits manuscrits, qui concernaient sans doute l’histoire de son règne, retournassent dans sa chancellerie. Jean d’Auton, abbé d’ Angle, remplaça, en qualité de chroniqueur royal, Jean Castel, sous le règne de Louis XII ; Jean Macé fut chroniqueur du roi sous François PE Les Valois ne se contentèrent pas d’un seul chroniqueur : il y eut dès lors trois historiographes de France , au lieu d’un « chroniqueur du roi » , et cet office , dont les gages s’élevèrent de douze cents à
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Fig. 368. — Fragment de la Généalogie des rois de France et d'Angleterre, ms. du XV' siècle. Biblioth. nat. de Paris.
deux mille quatre cents livres (en i6io), vit se succéder Pierre Pascal, Bernard du Haillan et Pierre Matthieu.
Les Chroniques de France ou de Saint-Denis, en français, s’étaient arretées à la fin du règne de Charles VII, et ce vaste ouvrage historique devait conserver longtemps sa réputation , malgré les fables qui enveloppent le berceau de la royauté et qui la font remonter à Francus, fils d’Hector, lequel serait venu s’établir dans les Gaules après la chute de Troie. Les légendes pieuses, les vies de saints et les miracles, qu’on trouve mêlés à l’histoire des deux premières races, représentent l’esprit du temps où ces annales furent recueillies et ne sont pas des documents à dédaigner, quoiqu’ils aient contribué à discréditer, bien à tort, la naïve et sincère Compilation qui les renferme. Mais il faut pourtant reconnaître que, pour le quatorzième siècle et une partie du quinzième, les Chroniques de Saint-
Denis, nonobstant la sobriété, la sagesse et la régularité de leur rédaction, ne peuvent l’emporter sur les chroniques de Froissart, ni même sur celles de Monstrelet.
Jean Froissart (fig. Syo) est certainement un des plus sympathiques historiens qui existent; c’est le chroniqueur de la chevalerie plutôt encore que l’historien du quatorzième siècle. Né à Valenciennes, en iSSy, fils d’un peintre d’armoiries et sans doute scribe héraldique lui-même, il s’attacha d’abord à l’Église et, en dépit de sa qualité de clerc, se mit de bonne heure à courir le monde. Il était aussi poète et musicien, ce qui lui permit de s’introduire chez les seigneurs et bientôt dans toutes les cours d’Europe. Il commença par refaire à sa guise la chronique lourde et confuse de Jean le Bel, chanoine de Liège; mais il ne fut pas satisfait de son premier travail et il lui donna une nouvelle forme, qu’il ne cessa d’étendre et de perfectionner, pendant toute sa vie , en écrivant tout ce qu’il avait vu, tout ce qu’il avait appris, dans ses voyages continuels. « Partout où je venois, dit-il, je faisois enqueste aux anciens chevaliers et escuyers qui avoient esté dans les faits d’armes et qui proprement en sçavoient parler, et aussi aux anciens hérauts d’armes pour vérifier et justifier les matières. Ainsi ay-je rassemblé la noble et haute histoire. » Cette histoire est une chronique vivante, animée, pittoresque, à laquelle on ne peut reprocher que quelques redites, quelques contradictions et quelques erreurs. Froissart prend tous les tons, avec un rare bonheur d’expression, dans ce tableau où il se plaît à peindre plutôt qu’à décrire les fêtes de cour, les assemblées des chevaliers, les tournois, aussi bien que les sièges de ville, les faits de guerre et les batailles. Il entremêle son récit d’anecdotes charmantes et de conversations spirituelles. Son immense chronique, dont il existe plusieurs textes différents, s’étend, sans lacune, de i32Ô à 1400. Froissart fut un des historiens les plus laborieux et les plus sincères; on ne peut trop louer son impartialité et sa loyauté. Michel de Montaigne témoigne de sa prédilection pour « le bon Froissart, qui a marché, en ses entreprises, d’une si franche naïveté, qu’ayant fait une faute, il ne craint aucunement de la reconnoistre et corriger en l’endroit où il en est averty, et qui nous représente la diversité des mesmes bruits qui couroient et les différents rapports qu’on lui faisoit. C’est la matière de l’histoire nue et
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Fig. 36g. — Entrée de Charles VII à Rouen, en hSo. D'après une miniature d'un ms. du xv' siècle, contenant le récit de la guerre de Cent ans contre les Anglais, relié aux armes d’Anne de Bretagne, femme de Louis XII. Collection de M. L. Double, à Paris.
informe; chacun en peut faire son profit autant qu’il a d’entendement ».
Comme Froissart, Enguerrand de Monstrelet et Georges Chastelain, qui travaillèrent simultanément à continuer ses Chroniques en écrivant l’histoire de leur temps, appartenaient l’un et l’autre à la Flandre et à la cour des ducs de Bourgogne, où les historiens étaient encouragés autant que les poètes et les artistes. Monstrelet (fig. Syr), né en Flandre en i3go,
Fig. 370. — Jean Froissart (1337-1410?), d'après un dessin contemporain à la sanguine, conserve à la Biblioth. de la ville d’Arras.
avait pu voir Froissart, qui mourut après 1410; peut-être avait-il reçu ses conseils, quand il se fit chroniqueur, à l’exemple de ce merveilleux historien. Il n’était pas poète, mais jurisconsulte et archiviste; il fut prévôt de Cambrai et bailli de Walincourt. Il rédigea une Chronique de France, qui s’étend depuis 1400 jusqu’à iqàS , et il y intercala un grand nombre de pièces originales, comme pour compenser ce qui manque à son ouvrage sous le rapport du talent de l’écrivain. Georges Chastelain (1404-1474) eut, de son vivant, beaucoup plus de réputation que Monstrelet; mais sa chro-
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Fig. 371. — Le roi Charles VU , au sortir de la ville de Rouen , vient assiéger la ville d'HarHeur. D'après une miniature des Chroniques de Monstrelet, ms. du xv® siècle, n° 2,679. Biblioth. nat. de Paris.
nique, qui ne fut imprimée que de nos jours, et dont une partie importante n’a pas encore été retrouvée, était à peu près inconnue, parce qu’il l’avait rédigée exclusivement pour Philippe le Bon (fig. 372), dont il
devint secrétaire et chroniqueur officiel, après plusieurs missions en France et en Angleterre. Cette chronique s'étendait de 1419 à 1474; elle se recommande surtout par l’excellent esprit de critique , par le jugement net et impartial, par le style grave de hauteur.
Le nombre des livres d’histoire écrits en français s’était multiplié de telle sorte, dans le cours du quatorzième siècle, que la Bibliothèque royale du Louvre, dont les inventaires ont été relevés par les gardes de la librairie, après la mort de Charles V, contenait plus de deux cents volumes m anuscrits, in-folio et in-quarto, d’ouvrages historiques, magnifiquement reliés, la plupart en ais de bois couverts de soie, avec fermoirs d’argent. Parmi ces ouvrages on remarquait plusieurs traductions françaises des historiens latins, Titus Livius , Julius César, Valerius Maximus , Lucan et Suétone, etc., faites par ordre du roi Jean et du roi Charles V. On y comptait six beaux exemplaires des Chroniques de France, quatre et cinq exemplaires du Miroir historial de Vincent de Beauvais, huit vies de saint Louis, y compris sans doute le livre du sire de Joinville, différentes histoires et chroniques d’outre-mer, cinq ou six chroniques des papes et des empereurs, une quantité de vies des Pères et des Saints , quelques chroniques étrangères traduites en français (fig. 368), des relations de batailles et de guerre, etc. Mais on ne voit pas figurer, dans les inventaires, un seul livre d’histoire écrit en latin. La plupart de ces manuscrits avaient été acquis, à grands frais, par Charles V, qui les lisait ou les faisait lire devant lui , et qui inscrivait sur chacun d’eux sa signature autographe. Ils furent pourtant pris ou achetés, en 1426 , par le duc de Bedford, qui les emporta en Angleterre, où ils furent dispersés, sinon perdus. Il fallut refaire, au Louvre, la bibliothèque des rois de France.
Le goût que Charles V avait eu pour l’étude de l’histoire contribua singulièrement aux progrès de la littérature historique. Ce roi, ami des lettres et des lettrés , comme l’étaient aussi ses deux frères le duc de Berry et le duc d’Anjou, ne se contentait pas de faire exécuter, très-somptueusement, des volumes d’histoire, bien escripts et historiés, avec de riches reliures; il avait à gages, dans sa maison, plusieurs traducteurs, entre autres Jean de Vignay et Laurent du Premier-Fait, auxquels il indiquait lui-même les ouvrages latins ou italiens dont il voulait avoir la translation en français;
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Fig. 372. — Origine fabuleuse de la croix de Bourgogne. Ftienne, roi légendaire de Bourgogne, accomplit un pèlerinage à Saint-Victor de Marseille, où il fait porter la croix de saint André, par reconnaissance pour sainte Marie-Madeleine, qui l'avait ressuscité, ainsi que sa mère. Cette croix figura depuis dans l'écu de Bourgogne. D’après une miniature des Chroniques de Bourgogne , ms. du xv° siècle. Biblioth. de M. Ambroise Firmin-Didot.
mais il n’avait pas de chroniqueur en titre d’office et laissait les religieux de Saint-Denis s’acquitter de leur charge, en écrivant l’histoire latine de son règne, qu’on n’a malheureusement pas conservée. C’est pourtant à partir de ce règne que nous possédons l’histoire particulière de chaque roi de France, écrite en français par des chroniqueurs de l’hôtel du roi. Christine de Pisan, philosophe, poète et historien (fig. SyS et Syq), était fille de Thomas de Pisan, astrologue de Charles V ; elle se trouvait donc à même, par sa position personnelle à la cour, de réunir tous les matériaux du Livre des faits et bonnes mœurs du roi Charles V, qu’elle ne termina qu’en 1404. A cette époque, le poète Eustache Deschamps était chroniqueur du roi et travaillait à écrire V Histoire du régné de Charles VI. Cette histoire, interrompue peut-être par les malheurs des temps, n’a jamais paru, à moins qu’il n’en faille rechercher la trace dans l’histoire si curieuse et si remarquable qui a été publiée sous le nom de Jouvenel des Ursins. Cet historien n’était pas chroniqueur d’office, mais archevêque de Reims, et il avait pris part aux affaires politiques de cette triste époque. Après lui, nous trouvons, comme nous l’avons déjà dit, pour la vie de Charles VII, un véritable chroniqueur de France, Jean Chartier, qui écrivit un peu sèchement les annales de ce règne, tout rayonnant de la gloire de Jeanne d’Arc.
Sous chaque règne, le chroniqueur de France fait son office, en préparant l’histoire du roi auprès duquel il est placé ; mais cette histoire ne sera pas toujours écrite, ou, du moins, on ne la publiera pas toujours. Ainsi, Louis XI semble avoir systématiquement empêché son chroniqueur d’achever l’histoire de son règne. Celle qui a paru, vers la fin du quinzième siècle, avec le titre, très-mal justifié, de Chronique scandaleuse du rof Louis XL, et sous le nom de Jean de Troyes , n’est autre que l’ébauche du travail de Pierre Desrey, de Troyes, le chroniqueur de France sous Louis XL Cette chronique, fort intéressante, quoique très-incomplète, a été qualifiée de scandaleuse, parce qu’elle était la seule publiée sans l’approbation royale. Après Pierre Desrey, André de "la Vigne écrivit, moitié en vers, moitié en prose, le Vergier d’honneur, sur l’expédition aventureuse de Charles VIII pour la conquête de Naples. Les guerres des Français en Italie sous le règne de Louis XII eurent pour historien Jean
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d’Auton, qui, en sa qualité de chroniqueur de France, rédigea, dans le style le plus entortillé et le plus pédantesque, une chronique abondante en faits et en détails. Ce déplorable style avait été mis à la mode par les historiens de la cour de Bourgogne et surtout par le chanoine Jean Molinet, historiographe de Marguerite d’Autriche, gouvernante des Pays-Bas (fig. 367). François I", Henri II et leurs successeurs jusqu'à Henri IV
Fig. 3y3. — Miniature du Livre de faits d’armes et de chevalerie, de Christine de Pisan ; ms. du xv' siècle.
Biblioth. de M. Ambroise Firmin-Didot.
eurent aussi des chroniqueurs et des historiographes, qui touchèrent les gages de leur office, sans publier jamais le résultat de leurs travaux. Un de ces historiographes, Pierre Pascal, avait fait grand bruit d’une Histoire de France qu’il promettait d’année en année. Lorsqu’il mourut en i565, on ne trouva pas dans ses papiers vingt feuillets de cet ouvrage, qu’il annonçait comme terminé.
Depuis longtemps, l’histoire, en étendant son domaine, avait pris des formes et des allures variées. Ici, la vie des hommes d’Etat et des hommes
de guerre surtout était racontée naïvement par les hérauts d’armes, les écuyers, les secrétaires, qui avaient vécu dans leur maison et assisté en personne à leurs actes militaires ou politiques; là, les hommes d’État, les hommes de guerre, les hommes de cour, écrivaient eux-mêmes ou dictaient à des secrétaires ou à des domestiques les mémoires de leur temps. Ces chroniques et ces mémoires particuliers , si divers et si intéressants , quelques-uns anonymes, accusent une espèce d’émulation réciproque de la part de leurs auteurs. Chacun tenait à honneur de faire connaître à ses contemporains les grandes choses auxquelles il avait participé ou dont il avait été témoin. La vieille Chronique du connétable Bertrand du Guesclin fut recueillie sans doute par un de ses compagnons d’armes; l’incomparable Chronique de la Pucelle ne peut avoir été écrite que par un clerc attaché à sa chapelle, c’est-à-dire à son service religieux, et qui eut le bonheur de pouvoir rendre témoignage de la mission de Jeanne d’Arc, après avoir suivi l’héroïne sur le champ de bataille, depuis son entrée dans Orléans, assiégé par les Anglais, jusqu’au sacre de Charles VII, à Reims. Guillaume Gruel, qui écrivit V Histoire d'Artus III, düc de Bretagne, était le chroniqueur de ce prince; Jean d’Oronville, qui écrivit V Histoire de la vie et faits héroïques de Louis H, duc de Bourbon, arrière-petit-fils de saint Louis, était le secrétaire d’un prince de la maison de Bourbon sous Charles VIL Mais on ne sait pas quel est l’auteur de V Histoire de Jean le Maingre , dit Boucicaut , maréchal de France, et c’est tout récemment qu’on a découvert que Jean Lefèvre de Saint-Remy, roi d’armes de la Toison d’or, avait composé la Chronique du bon chevalier Jean de Lalaing, attribuée jusqu’alors à Chastelain. Quant au Loyal serviteur, le secrétaire de Bayard, on n’a pas encore trouvé son nom; mais V Histoire du bon chevalier sans peur et sans reproche, le gentil seigneur de Bayard (1627, in-4”), est estimée à bon droit comme le chef-d’œuvre historique de l’époque de François PL
Les mémoires, dont le sire de Joinville avait donné en quelque sorte le type et le modèle, nous offrent peut-être le chef-d’œuvre du genre, à la fin du quinzième siècle, dans ceux de Philippe de Commines (fig. 377), qui furent publiés en 1624 et 1628, sous le titre de Chroniques. M. Ludovic Lalanne a constaté, avec beaucoup de justesse, que c’est le premier histo*
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rien français, qui ait écrit l’histoire de son temps avec la profondeur, la sagacité et le sang-froid d’un homme qui a passé sa vie dans les affaires publiques. Le style de ses Mémoires, pour être long et embrouillé , ne manque ni de vigueur, ni de précision , ni même de coloris. Après avoir mis en relief le mérite de l’ouvrage du favori de Louis XI , nous ne pouvons que citer rapidement les Chroniques-mémoires de Pierre Fenin, de
l'ig. 374. — Miniatiiie du Livre de faits d’armes et de chevalerie, de Christine de Pisan ; ms. du xv' siècle. Bibliotli. de .\1. Ambroise Firmin-Uidot.
Matthieu de Coucy, d’Olivier de la Marche (fîg. ayO), de Jacques du Clercq, tous affidés de la maison de Bourgogne, pour le quinzième siècle. Le seizième siècle se présente, à son tour, avec une brillante série de Mémoires, depuis ceux du sire de Fleurange, de Martin du Bellay et du seigneur de Vieilleville (rédigés par son secrétaire Carloix), pour les règnes de François 1" et d’Henri II, jusqu’aux Mémoires de Gaspard de Saulx- Tavannes, de Montluc, de Castelnau et de Marguerite de Valois, pour le reste du siècle. Les Mémoires de Brantôme et le Journal de l’Estoile de-
vaient clore le règne des Valois et faire un étrange contraste avec les ces mémoires politiques du duc de Sully, destinés à immortaliser le règne d’Henri IV.
Mais la passion du seizième siècle était pour les longs ouvrages historiques et pour les histoires générales. Les Chroniques de Saint-Denis se trouvaient fort injustement discréditées depuis le règne de Louis XII. Ce
Fig. 375. — Philippe de Commines (1445-1509), d'après un dessin contemporain à la sanguine, conservé à la Biblioth. de la ville d’Arras.
roi ramena de Vérone un historien italien, qui écrivait en latin, Paolo Emilio (Paulus Æmilius), et le chargea de refaire en style de rhétorique l’histoire de France, que Robert Gaguin avait affublée du jargon de la scolastique. Le livre de Paul Émile [De rebus gestis Francorum)^e{\x\ s’arrête ' à 1488, plut beaucoup aux humanistes, mais il n’eut pas le succès de la Chronique de Gaguin, réimprimée dix fois et traduite en français par l’infatigable Pierre Desrey. Les libraires avaient commandé à ce Desrey et à d’autres plusieurs compilations historiques, intitulées la Mer des histoi-
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res, le Rosier historial, etc. Les chroniqueurs et historiographes de France, qui semblent avoir écrit des deux mains à la fois, tant ils se hâtaient de fabriquer de gros volumes, se donnèrent la tâche de composer chacun une grande histoire de France. Celle de Nicolle Gilles, notaire et
Fig. 3;6. — La .Mort qui préside aux batailles. U'après une miniature tirée du Chevalier délibéré, d'Olivier de la Marelle, ms. du xv' siècle, n“ 173. Bihiiotli. de l'Arsenal, à Paris.
secrétaire du roi, fut la première tentative en ce genre, et elle ne réussit pas mal, puisque les Annales et Chroniques de ce vieil historien (mort en i5o3) eurent un grand nombre d’éditions jusqu’à la fin du seizième siècle, grâce aux augmentations et continuations de Belleforest et de Gabriel Chapuis. Mais on vit bientôt paraître d’autres histoires mieux étudiées et
beaucoup plus amples, publiées presque concurremment par les historiographes du roi Bernard Girard, sieur du Haillan, François de Belleforest et Jean de Serres. Les volumes in-folio se succédaient avec une prodigieuse rapidité , sans lasser l’impatience curieuse des lecteurs. C’était une espèce de fièvre historique , et les écrivains protestants, La Popelinière, Jean de Laval, Agrippa d’Aubigné, ne pouvaient que l’irriter et l’exalter davantage, en la promenant à travers les interminables récits des guerres civiles. Un grand historien, l’illustre président Jacques-Auguste de Thou (i553-i6i7), se laissait aussi entraîner à ces excès de prolixité , en composant la plus belle histoire politique qui ait été écrite en France; par malheur, il écrivit cette histoire admirable en latin énigmatique, au lieu de récrire dans la belle langue de ses contemporains Montaigne et
Henri IV.
Fig. 377. — Armes d’Henri V, roi d’Angleterre, accolées à celles de Cathertne de Valois, sa femme, fille de Charles VI. D’après un Missel qui appartenait à Charles VI.
Biblioth. de M. Ambroise ,Firmin-Didot.
THEATRE
Disparition du théâtre antique. — Essais du théâtre chrétien. — Origines du tliéâtre religieux. — Représentations pieuses dans les églises. — Le drame latin de Hrosvitha. — Le Mystère d'Adam. — Les grands Mystères. — Progrès du théâtre en Europe. — Confrères de la Passion à Paris. — Représentations publiques. — Le Mystère de saint Louis. — La comédie depuis le treizième siècle. — Jean de la Halle. — Farce de Pathelin. — La Bazoche. — Les Enfants sans-souci. — T.e théâtre en Espagne et en Italie. — Création du théâtre littéraire, au seizième siècle, en France.
ous ne pouvons mieux faire que de suivre pas à pas et d’analyser les ingénieuses recherches de M. Charles Louandre, sur l’origine de l’art théâtral. A son exemple, nous divisons en quatre périodes nettement tranchées l’histoire du théâtre. « Durant la première période, dit-il, c’est-à-dire depuis l’avénement du christianisme jusqu’au septième siècle de notre ère , la tradition gréco-romaine domine à peu près exclusivement. Pendant la seconde, du septième au douzième siècle, l’élément profane fait place à l’inspiration chrétienne : le théâtre , dans l’acception moderne du mot, disparaît lui-même ; il est, pour ainsi dire, absorbé par le cérémonial du culte, et il ne garde, de tous les souvenirs de Rome, que la langue latine. Au douzième siècle, et surtout durant les deux siècles suivants, les représentations scéniques sortent du sanctuaire : les confrères de métiers se mêlent, sur le théâtre, aux prêtres et aux moines, qu’ils vont y remplacer bientôt ; l’idiome vulgaire balbutie des dialogues rimés;
la pensée chrétienne règne toujours dans les grandes compositions dramatiques, mais déjà, à travers quelques-unes de ces compositions, on sent percer l’esprit frondeur des âges nouveaux. Enfin, au seizième siècle, l’art subit une transformation définitive : il cherche à se poser lui-même des règles fixes, en alliant aux traditions gréco-romaines les inspirations chrétiennes; il devient à la fois chevaleresque, religieux, satirique, classique et national. »
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Fig. 378. — L'esclave et l’avocat, types de personnages du théâtre antique, lires des Comédies de Térence, ms. du x' siècle. Biblioth. nat. de Paris.
Pendant la première période les œuvres de théâtre furent peu nombreuses. Outre les comédies de Plaute et de Térence (fig. 378 à 382), et les tragédies de Sénèque, qui continuaient sans doute à être représentées çà et là dans différentes villes de l’ancien monde romain où florissait encore la bonne langue latine, on ne connaît que de pâles essais du drame chrétien, tels que le Christ souffrant, attribué à saint Grégoire de Nazianze ; une Su\anne, aujourd’hui perdue, que l’on croit être de saint Jean de Damas; un Dialogue entre Adam et Eve dans le paradis terrestre, etc. Il est possible, d’ailleurs, que ces pièces dialoguées n’aient pas été faites
Miniature du Térence, de Charles VI. ms. exécuté au commencement du xv* siècle. N“ 25 B. L. L. de la Bibliothèque de l'Arsenal.
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