‹ Sciences & letters au moyen âge et à l'époque de la renaissanceChapitre 35 sur 40 · UE VALET · texte numérisé non relu

UE VALET

Je le tiens par la main.

Il est tendre comme rosée,

Le jeune enfant.

LE BOURREAU, à SOU Valet.

Tay-toi ! Tay-toi !

(.4 l’enfant.)

Mon amy, muntez après moi.

Et pensez à Dieu !

Ainsi tous les genres se présentent et se confondent dans le grand drame du moyen âge, qui est à la fois mystique et grotesque, sombre et joyeux, trivial et solennel. Hommes, anges, rois de la terre et roi du ciel y passent tour à tour, comme dans une évocation fantastique, et, pendant plusieurs siècle's, toutes les compositions théâtrales qui se produisent à côté du drame sacré n’en sont, en quelque sorte, que des chapitres détachés, des bï'anches, pour employer le terme alors usité.

La tragédie n’existe pas au moyen âge. C’est à tort qu’on a dit que les troubadours ou poètes provençaux, Arnaud Daniel, Anselme Faidit et Bérenger de Parasol, furent les principaux facteurs de tragédies, aux douzième et treizième siècles. Ce genre dramatique n’a commencé réellement à prendre une forme régulière qu’au milieu du seizième siècle, grâce à Baïf et à Thomas Sibilet, qui donnèrent alors quelques imitations des tragédies du théâtre grec, mais grâce surtout à Jodelle qui fit représenter.

THEATRE

en i56'2 , la Cléopâtre, qu’on doit considérer comme la première tragédie en vers français.

Quant à la comédie, elle avait depuis longtemps une véritable vie, en France. On peut dire que la veine comique est essentiellement gauloise, et, plus on approche de la Renaissance, plus cette veine coule à pleins bords sur notre théâtre, qui est resté sans rival dans les deux genres tragique et

Fig. 385. — Patlielin prenant la pièce de drap qu'il Fig. 386. — Pathelin plaidant pour le berger devant enlève au drapier. le juge.

Fac-similé de gravures sur bois de la Farce de Pathelin ; Paris, Germain Beneaut, 1490, in-q”, goth.

comique. Au treizième siècle, le trouvère Adam de la Haie, dit \e Bossu d'Arras, avait donné la première comédie française, dans le Jeu du mariage d’Adam ou le Jeu de la feuillée , et le premier opéra-comique, dans une espèce de pastorale intitulée : le Jeu de Robin et de Marion, dont il avait composé les paroles et la musique. Ces deux anciennes pièces, ainsi que la fameuse Farce de Pathelin (fig. 385 et 386), qui date de la seconde moitié du quinzième siècle et qui a joui longtemps d’une réputation universelle, sont des oeuvres vraiment remarquables à tous égards, Si l’auteur

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SCIENCES ET EETTRES.

de Pathelin était connu, son nom mériterait encore d'être rappelé à côté du nom de Molière.

Les pièces comiques du moyen âge, qu’on appelait soties ou

farces, se distinguent généralement par un grand fonds de malice et de gaieté; on peut leur reprocher aujourd’hui des scènes grossières, des expressions triviales et malhonnêtes, mais il faut faire la part du temps où ces crudités de langage n’effarouchaient personne et trouvaient grâce de^'ant la cour la plus polie de l’Europe. Les moralités tiennent le milieu entre les farces dont elles empruntent l’allure satirique, et les mystères dont elles imitent, dans une certaine mesure, la tendance morale et religieuse. Ici ce ne sont plus les grandes traditions mystiques qu’on approprie à la scène; c’est une peinture, et, parfois, une critique de l’Église dans ce qu’elle a d’humain et de temporel : chanoines, évêques, cardinaux et papes même n’y sont pas respectés, et V acteur (c’est-à-dire l’auteur) 3^ relève sans ménagements les vices et les travers qu’il leur attribue. C’est aussi aux rois et aux grands de la terre que la moralité, qui prend souvent un caractère politique , demandera compte des écarts de leur conduite publique ou privée; c’est enfin quelque fait tiré des livres saints ou né de l’imagination du poète, qui fournira le sujet d’une espèce de moralité, qu’on pourrait qualifier de légendaire. Par exemple, V Histoire de l’Enfant prodigue, le La\ d’amour divin, {'Histoire de sainte Suzanne, exemplaire de toutes femmes sages et de tous bons juges , sont des moralités où le mysticisme religieux s’allie aux enseignements de la sagesse pratique, et dont les personnages. Envie, Raison, Bon renom, etc., interviennent dans l’action, comme le chœur de la tragédie antique, pour contrôler, juger et apprécier la situation respective des personnages du drame, dans lequel {'acteur introduit alors une sorte de dialogue ou de poème allégorique et moral, analogue au Chevalier délibéré, d’Olivier de la Marche

(fig. 387).

Les soties, farces, moralités n’offraient jamais, dans leur mise en scène, la splendeur des mystères; sauf quelques exceptions, le nombre des personnages qu’on y voyait paraître a toujours été très-restreint. Au surplus, on peut établir entre ces deux genres de spectacle une distinction capitale : c’est que les mystères étaient représentés, pour ainsi dire, par

ru KA rin;.

tout le monde et pour tout le monde, sous le patronage de l’Église, tandis que les farces, les soties et les moralités étaient jouées pour un public spécial, par des sociétés particulières, par des individus étrangers à l’état ecclésiastique et sans doute par de véritables comédiens,

Fig. 387. — L’acteur écoutant sa Pensée personnifiée. D’après une miniature tirée du Chevalier délibéré. d'Olivier de la Marche, ms. du xv‘ siècle { n“ 173. B. L.). Biblioth. de l'Arsenal, à Paris.

Les jongleurs ex diseurs, qui étaient souvent eux-mêmes les auteurs des poésies satiriques et divertissantes qu’ils allaient réciter, de place en place, aux sons de la viole, pourraient être regardés comme les premiers acteurs des pièces profanes: car non-seulement ils s’arrêtaient, à la cour des sei-

gneurs et dans les châteaux, pour dire les chansons de geste ou poèmes chevaleresques , mais encore ils exécutaient des jeux par personnages , qui n’étaient autres que des pièces dialoguées et des romans scéniques, tels que le fabliau d'Aucassin et Nicolette. A la suite des jongleurs, on voit se former, à une époque moins reculée, diverses associations littéraires et dramatiques, les unes stationnaires à Paris ou dans quelque grande ville, les autres courant la province, qui ne nous sont connues que par leurs noms de théâtre : les Enfants sans souci , B a\o chiens , Enfants delà Mère Sotte, la Mère Eolle de Dijon, etc. On a affirmé, sans preuves suffisantes, que les Chambres de rhétorique , qui donnaient aussi des représentations de pièces comiques, existaient déjà, dès le treizième siècle, en Belgique

Fig. 3S8. — Clément Marot (1495-1544). Fac-similé d'une gravure au burin par Léonard Gaultier, de la série dite Chronologie collée. Biblioth. de M. Ambroise Firmin-Didot.

et en Flandre. Quoi qu’il en soit de cette date, Anvers avait deux Rhétoriques, Gand en avait quatre, et le goût du théâtre fut poussé si loin par les Flamands et les Belges, que leurs compagnies communales d’archers, qui se délassaient de leurs exercices militaires par des jeux dramatiques, finirent par se constituer en véritables troupes de comédiens.

Les fêtes de Noël et des Rois, les jours gras et quelques solennités locales, ramenaient, tous les ans, à Paris et dans les grandes villes de France, des représentations grotesques, souvent scandaleuses, données par la Basoche, qui se composait des avocats stagiaires et de toute la jeunesse du Palais. Les Enfants de la Mère Sotte et les Enfants sans souci ne formèrent pas longtemps deux troupes séparées et distinctes : plusieurs des meilleurs poètes de ce temps, entre autres François Villon et Clément Marot (fig. 388), furent acteurs dans l’une et l’autre de ces troupes. Un autre bon poète, Pierre Gringore, héraut d’armes du duc de Lorraine, mort

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en 1647, était le principal auteur et le plus habile directeur de la troupe des Enfants sans souci, lesquels, se recrutant parmi les familles de la bourgeoisie riche, s’étaient organisés pour faire concurrence aux Confrères de la Passion. Le théâtre de Gringore jouissait d’une très-grande vogue sous Louis XII; il s’était établi aux halles de Paris; ses représentations avaient lieu d’ordinaire pendant le carnaval, et les pièces de ce répertoire, quoique assaisonnées de traits vifs et mordants contre le haut clergé et la cour de Rome, étaient la plupart assez sévères au point de vue moral, puisque Gringore avait pris pour devise: Raison partout, rien que raison (fig. 38q).

Fig. 38g. — Marque de Pierre le Dru, imprimeur des poésies de Gringore, à l'enseigne de la Mère Solte, « près du bout du Pont Nostre-Dame », à Paris, i5o5.

Le peuple était passionné pour tous les genres de spectacles, au moyen âge, et il se portait en foule aux montres, aux cavalcades, aux pompes et aux processions, qui accompagnaient les cours plénières, les tournois et les fêtes de la féodalité. Il ne faut donc pas oublier, dans l’histoire du théâtre, Xesjeux muets par personnages , les allégories, les pantomimes, qui se présentaient principalement aux entrées des rois et des princes dans les villes et aux réjouissances publiques destinées à célébrer quelque grand événement politique ou local. (Voy.dans le vol. des Mœurs, usages ET COSTUMES, le chapitre du Cérémonial.) On ne doit pas oublier la Danse des morts, connue sous le nom de Danse macabre, que le quinzième siècle avait mise au nombre des spectacles qui produisaient le plus d’im-

pression sur le populaire (fig. Sgo). Il est à peu près certain que, dans l’origine, cette Danse macabre était une sorte de pantomime mêlée de chant et de musique, et nous voyons, en 1424, les Anglais, alors maîtres de Paris, la faire jouer publiquement dans le cimetière des Saints-Innocents, pour célébrer leur victoire de Verneuil.

Une autre pantomime, d’un genre moins lugubre, avait été offerte, en i3i3, au peuple de Paris, par ordre du roi Philippe le Bel, en l’honneur de la réception de ses deux fils dans l’ordre de chevalerie. Là, dit Godefroy de Paris, auteur contemporain d’une Chronique en rimes ;

Vit-on Dieu, sa Mère rire

Nostre Seigneur manger des pommes,

Et les Anges au paradis

Et les Ames dedans chanter

Enfer y fut noir et puant,

Diables y ot plus de cent

En 1437, à l’entrée de Charles VII à Paris, on représenta le Combat des sept Péchés capitaux contre les trois Vertus théologales et les quatre Vertus cardinales. A l’entrée de Charles le Téméraire dans une ville des Pays-Bas, on joua le Jugement de Pâris, qui n’était qu’une espèce de tableau vivant. Dans les jeux célébrés à Rouen, en i55o, pour l’entrée du roi Henri II, on vit figurer en même temps la Foi et la Vertu, rOl5'^mpe et le Parlement de Normandie, les Muses et la suite des rois de France depuis Pharamond. Ainsi toutes les époques, toutes les croyances, toutes les idées étaient mises à contribution par les inventeurs de pantomimes, afin de donner plus d’attrait, plus de splendeur et plus d’originalité à ces spectacles faits exclusivement pour le plaisir des yeux.

Jusqu’au milieu du seizième siècle, farces , les soties ei les mora^

lités continuèrent d’attirer la foule et de charmer le peuple français, dont la curiosité et la badauderie étaient proverbiales en Europe. La tradition scénique du moyen âge se retrouve encore, à cette date, à peu près telle qu’elle avait été dans les deux siècles précédents. Mais, en 1641 , le Parlement de Paris défendit aux acteui's qui représentaient le Mystère des Actes des Apôtres, d’ouvrir leur théâtre, les jours de fêtes et dimanches et même dans le cours de la semaine. Ce fut là l’origine d’un débat litigieux,

THEATRE

dans lequel intervinrent le prévôt de Paris et le roi lui-même, et qui se termina enfin, après bien des délais et des difficultés, par une autorisation définitive accordée aux acteurs ou confrères, qui s’étaient établis à l’hôtel

Fig. 3go. — L’acteur, conduit par Fraîche Mémoire, est mis en présence des sépultures des chevaliers, rois et empereurs. D’après une miniature tirée du Chevalier délibéré, ms. du xv' siècle (n" 173. B. L.). Biblioth. de l'Arsenal, à Paris.

de Bourgogne, situé dans la rue Françoise, près de la rue Mauconseil : les anciens privilèges des Confrères de la Passion furent confirmés, par arrêt du Parlement en date du 19 novembre lôqS, à la condition expresse « de ne ouer à l’avenir que des sujets profanes, licites et honnêtes, et de ne plus

entremêler, dans leurs jeux, rien qui eût rapport aux m)’stères ou à la religion » . Les miracles, les mystères et les moralités se trouvaient donc rayés désormais de leiîr répertoire. Les Confrères de la Passion , qui avaient le droit de représenter de grandes histoires par personnages , comme la Destruction de Troie la grant , de Jacques Millet (fîg. Sqt), renoncèrent à l’exploitation de leur entreprise dramatique et cédèrent leur salle de spectacle, avec leurs privilèges, à une troupe de véritables comédiens, qui s’y installèrent pour y jouer la tragédie et la comédie. L’hôtel de Bourgogne, dont la principale entrée conservait sur son fronton un bas-relief sculpté où l’on voyait encore les instruments de la Passion du Christ , devait être le berceau du théâtre français.

Ainsi exilés de la capitale, les mystères se réfugièrent dans la province, où ils se maintinrent en possession de la scène, de loin en loin, et dans quelques villes seulement, durant tout le seizième siècle, en faisant concurrence aux bateleurs et aux vendeurs d’orviétan qui couraient les foires (fig. 392). La proscription avait frappé aussi les farces et les soties. En 1 5 1 6, il était défendu aux Basochiens, par arrêt du Parlement et par ordonnance du prévôt de Paris, de parler des princes ou princesses de la cour, dans les pièces qu’ils représentaient; en 1 536, il leur fut interdit « de faire monstrations de spectacles ni escriteaux taxans ou notans quelque personne que ce soit » . Deux ans plus tard, on les obligea de soumettre à la censure du Parlement les manuscrits de leurs pièces, avant la représentation, et, comme l’audace satirique de ces pièces allait toujours en augmentant, on menaça de la potence les clercs de la Basoche qui ne se soumettraient pas à cette formalité préventive. Les soties ne pouvaient subsister sous la menace de telles rigueurs, et, vers la fin du seizième siècle, elles avaient disparu.

Ces restrictions de la liberté théâtrale, cet établissement de la censure dramatique, ces anathèmes juridiques contre les pièces religieuses, accélèrent l’agonie et la disparition de l’ancien théâtre. Dès ce moment une ère nouvelle commence pour l’art dramatique, en France et en Europe. A côté des mystères qu’on représente encore en Espagne, sous le nom di autos sacramentales, apparaissent avec un singulier éclat les épopées dramatiques de Calderon et de Lope de Vega. Shakespeare (1664- 16 [6), en même temps, évoque sur la scène anglaise le monde fantastique et le monde réel, toutes

THÉÂTRE

les traditions nationales, toutes les passions orageuses du cœur humain. En Italie, Machiavel, du premier coup, par sa Mandragore ( 1 604), s’élève à la hauteur d’Aristophane. La tragédie classique naît ou plutôt r'cnaît à la cour de Léon X, dans la Sophonisbe, de Trissino. En France, les souvenirs de l’antiquité grecque et romaine se réveillent aussi : Sibilet, Guillaume Bouchet et Lazare de Baïf traduisent Sophocle et Euripide; Octavien de Saint-Gelais, Bonaventure des Périers, Charles Estiennc tradui-

rig. jgi. — L'enliveinent d'Hélène. Fac-similé d’une gravure sur bois de VIsloire de la destruction de Troye la grant, mise par personnaiges, par maistre Jacques Millet; Paris, Jehan Driart, 1498, in-fol., goth. Biblioth. de M. Ambroise Firmin-Didot.

sent Térence en prose et en vers, et Ronsard , à peine arrivé au terme de ses études scolaires, traduit et versifie le Pliitus d’Aristophane, qu’il joue lui-même avec ses condisciples au collège de Boncourt, où il avait fait ses classes. C’est ici le lieu de remarquer qu’avec ce nouveau genre de pièces dramatiques, on voit paraître de nouveaux acteurs; les écoliers de l’Université, sous la direction de leurs maîtres, montent sur des théâtres improvisés dans les collèges et sont admis quelquefois à jouer devant le roi et la cour. Le même fait se serait produit en Angleterre, ainsi que l’at*

teste un passage dCHamlet, de Shakespeare. Il y eut encore, à la même époque, en Allemagne, des théâtres universitaires , où l’on représentait les comédies latines de Reuchlin et de Conrad Celtès, imitées de la farce de Pathelin et des vieilles soties françaises.

Bientôt les imitations succèdent aux traductions, en alternant avec elles. La tragédie l’emporta d’abord, et longtemps, sur la comédie. Les auteurs des premières tragédies classiques, Étienne Jodelle, Jacques de la Taille, Charles Toustain, Jacques Grevin, observent fidèlement les traditions du théâtre grec; ils se conforment aux règles de l’unité de temps et de lieu, entrecoupent le dialogue par des choeurs lyriques, et se défendent, en quelque sorte, de rien innover : car, depuis Robert Garnier (fig. SgS), qui fit jouer Porcfe, sa première pièce, en 1 568, jusqu’à Rotrou, qui marque définitivement le point de départ de la tragédie moderne , les conceptions des poètes tragiques sont taillées sur le même patron, comme leurs alexandrins sont coulés dans le même moule. C’est la tragédie qui va passionner les Français pendant deux siècles. Toutefois ces poètes tragiques, lorsqu’ils s’avisent d’inventer, ne s’enferment pas exclusivement dans le monde grec et romain. Esther (iSyS) de Pierre Matthieu, Saint Jacques de P. Bardou, rappellent encore les mystères, quant à la nature du sujet emprunté à la Bible et à la légende; mais la composition et la forme de ces pièces ne s’écartent pas des règles de la rhétorique, et la tragédie, tout en observant ces règles désormais admises, ne se prive pas d’introduire, sur la scène, des sujets et des personnages français, même contemporains, Jeanne d’Arc, Coligny, les Guises et la Ligue, etc.

Les vieux genres comiques, réfugiés à l’hôtel de Bourgogne et cultivés avec plus ou moins de succès par Pierre Leloyer, Remi Belleau, Honoré d’Urfé, Pierre Larivey, etc., deviennent des comédies, des tragi-comédies, des pastorales, des fables hocagères , de plaisants devis. C’étaient les premiers efforts de la comédie moderne. Cependant quelques-uns de? poètes qui s’étaient fait un nom dans la tragédie s’essayèrent dans un genre moins sérieux. Ils imitent d’abord Ménandre et Plaute, et ils ne tardent pas à produire des ouvrages pleins de bonnes situations, de mots heureux, et dont le dialogue en vers étonne encore par sa facilité autant que par sa verve et son entrain. Il faut avouer pourtant que les comédies

THEATRE

Tréteaux d'un bateleur, vendeur de drogues, d'après un dessin colorié qui se trouve dans un manuscrit du xv= siècle, conservé à la Biblioth. de la ville de Cambrai.

du seizième siècle ne le cèdent pas, sous le rapport de la licence, aux comédies grecques et romaines; mais, comme le dit, dans un de ses prologues, un des meilleurs auteurs comiques de ce temps-là, le Champenois Pierre de Larivey : « S’il est advis à aucun que quelquefois on sorte de l’honnesteté, je le prie de penser que, pour bien exprimer les façons et affections du jourd’hui , il faudroit que les actes et les paroles fussent entièrement de la mesme lascivité. » Les auteurs faisaient la comédie licencieuse, d’après les modèles qu’ils avaient sous les yeux, et ils n’offensaient ni les yeux ni les oreilles des spectateurs, en représentant la corruption des mœurs de leur temps. Ces pièces-là étaient, d’ailleurs, moins

Fig. 3y3. — Robert Garnier, poëte tragique { i'545- iCoi ). Fac-similé d une gravure au burin par Léonard Gaultier, de la série dite Chronologie collée. Biblioth. deM. Ambr. Firmin-Didot.

libres que les comédies italiennes, telles que les Abusés, de l’Académie de Sienne, et les Supposés, de l’Arioste, qu'on avait traduits en français, et qui se donnaient sur tous les théâtres de France. On avait aussi pris goût au jeu des comédiens italiens, depuis que Catherine de Médicis en eut fait venir à Lyon, en 1648, pour jouer la Calandria , du cardinal Bibbiena, qui fut représentée devant la cour avec une pompe extraordinaire. Mais la première troupe italienne qu’on vit se fixer à Paris fut appelée de Venise, en 1677, par ordre du roi Henri III, qui lui permit de donner des représentations dans la salle de l’hôtel du Petit-Bourbon. Cette troupe devint sédentaire, et la Comédie-Italienne, dont le répertoire surpassait en licence et en folie les farces de notre ancien théâtre national, subsista, presque sans interruption, à Paris, jusqu’à la fin du dix-septième siècle.

ÉLOQUENCE CIVILE ET RELIGIEUSE

Génie oratoire des Gaulois. — Origines du barreau français. — Éloquence chrétienne an.x premiers siècles. — Éloquence gallo-romaine. — Prédicateurs et missionnaires. — Orateurs des croisades. — Saint Bernard et saint Dominique. — Les plaidoiries du barreau sous Louis XL — L’éloquence politique sous Charles VI. — Sermonnaires du peuple. — Orateurs de la Réforme. — Orateurs de la Ligue. — Harangues parlementaires — L'éloquence aux Etats Généraux. — L’éloquence militaire.

E culte que tous les grands esprits de l’antiquité ont, pour ainsi dire, rendu à l’éloquence, » dit M. Louandre, dont la critique sagace et ingénieuse doit nous servir de guide dans un sujet qu’il a traité avec autant de goût que d’érudition, « le prestige historique qui s’attache aux noms des orateurs païens; les victoires remportées par les généraux qui savaient parler aux soldats; l’induence conquise par les tribuns qui savaient parler à la foule, tout atteste que, dans le monde antique, ce n’était pas seulement la gloire littéraire, mais en quelque sorte la direction souveraine des affaires d’Etat, qui appartenait à Vart de bien dire-, » Mais, dès la fin du premier siècle de notre ère, cet art merveilleux, qui s’était élevé si haut dans les belles époques d’Athènes et de Rome, tombait en pleine décadence, et les trois siècles suivants n’offrent plus que des déclamateurs ampoulés et insipides. La rhétorique a remplacé l’inspiration, et, si l’on professe encore l’éloquence dans les écoles grecques et romaines, cet enseignement pédantesque ne

produit que des rhéteurs. Aussi de ce temps-là nous reste-t-il des panégyriques, des harangues, des congratulations. Flatter les empereurs et les puissances, obtenir des faveurs, prévenir une disgrâce, tel est l’unique but de ces rhéteurs, qu’on rencontre çà et là dans les cours où ils font leur métier de courtisan; ce sont, par exemple, les deux Mamertinus, Symmaque, Nazarius, Drepanius, etc.; et parmi eux l’on compte plusieurs Gaulois d’Aquitaine.

L’éloquence avait toujours été en grand honneur dans les Gaules, dès la plus haute antiquité. Les anciens Gaulois rendaient un culte à Hercule, dont ils avaient fait le dieu de la parole et qu’ils représentaient allégoriquement attachant les hommes avec des chaînes d’or qui sortaient de sa bouche. L’art oratoire était donc pour eux le premier des arts, et ils prenaient un singulier plaisir à entendre bien parler. On s’explique ainsi comment l’empereur Claude avait institué, à leur intention, dans la cité de Lyon, des jeux oratoires, où les concurrents malheureux devaient, sous peine d’être jetés dans le Rhône, effacer avec la langue leurs discours qu’on n’avait pas couronnés. Juvénal et saint Jérôme (fig. 394) s’accordent à reconnaître le talent naturel de la race gauloise pour la parole. Il y eut dans les principales villes de la Gaule, à Toulouse, à Bordeaux, à Marseille, à Trêves, à Besançon et à Autun, des écoles publiques d’éloquence, qui créèrent par milliers des orateurs ou plutôt des rhéteurs, mais qui n’ont laissé aucun monument d’éloquence civile et purement littéraire. C’est qu’une éloquence nouvelle, que le paganisme n’eût jamais pu inspirer, s’était révélée tout à coup avec la religion du Christ. Les rhéteurs païens , aux premiers échos de cette éloquence divine, durent faire silence, ainsi que les oracles des faux dieux. La chaire d’éloq uence sacrée s’éleva seule désormais, pathétique et puissante, au milieu du forum antique, et dès lors il n’y eut plus d’autre éloquence que celle qu’on puisait aux sources vives de l’Évangile.

Durant des siècles l’art oratoire est sans annales dans la vie politique; on n’en a rien ou presque rien recueilli. L’éloquence même, qui tient une si grande place dans les historiens de l’antiquité, occupe à peine quelques pages dans les historiens des premiers âges de la monarchie française, Grégoire de Tours, dans son Histoire des Francs, nous prouve assez que les hommes de guerre de ces temps barbares avaient moins à cœur de

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parler que d’agir. Voici ce qu’il fait dire à Clovis pour encourager ses guerriers à entreprendre de nouvelles conquêtes : « Je supporte avec grand chagrin que les ariens possèdent une partie des Gaules. Marchons, avec l’aide de Dieu, et, après les avoir vaincus, réduisons le pays en notre pouvoir. » D’après le même chroniqueur, Mummolus, comte d’Auxerre et patrice des troupes du roi Gontran, dit aux Saxons qui, après avoir tout ravagé sur leur passage, voulaient traverser le Rhône pour envahir le

Fig. 394. — Saint Jérôme et deux cardinaux. D'après une miniature tirée du Petit traité de la vanité des choses mondaines ; ms. du xv' siècle (n“ 3o, Sc. et A.). Bihlioth. de l'Arsenal, à Paris.

royaume de Sigebert : « Voilà que vous avez dépeuplé le pays du roi mon maître, enlevé les moissons, détruit les troupeaux, livré aux flammes les maisons, abattu les oliviers et arraché les vignes. Vous ne mettrez pas les pieds sur l’autre bord du fleuve, que vous n’ayez d’abord dédommagé ceux que vous avez réduits à la misère. Sinon, vous sentirez le poids de mon épée, sur vous, sur vos femmes et sur vos enfants, pour venger l’injure du roi mon maître. » Ces hères paroles sont belles de simplicité, mais elles ne rappellent en rien les allocutions adressées, par les généraux grecs et romains, à leurs soldats, allocutions vraiment éloquentes, dans lesquelles

l’art de bien dire s’unissait au talent d’émouvoir et d’entraîner les masses.

Dans certainef circonstances, cependant, les Gaulois avaient dû se servir de la parole avec succès, mais il ne nous est resté aucun monument écrit de leur éloquence civile. Cette éloquence, ils s’en servaient certainement dans les plaidoyers judiciaires, lors même que les Germains et les Francs se furent établis dans les Gaules. Ces derniers, qui ne répugnaient pas à prendre le langage et même à imiter les mœurs des peuples qu’ils avaient vaincus et soumis, trouvèrent, au sixième siècle, le barreau gallo-romain en plein exercice, et, loin d’attaquer ou de contrarier une institution qui, selon l’idée ingénieuse d’un historien moderne, leur offrait l’image d'un combat en champ clos , ils furent les premiers à proclamer que la profession d’avocat était un ministère noble. Bientôt, on les vit eux-mêmes s’efforcer de remplir ce ministère, en acceptant, en sollicitant le titre (^avocat ou dC avoué des églises ou des monastères, ce qui les obligeait nonseulement à défendre à main armée le territoire et les privilèges ecclésiastiques, mais encore à les protéger, au besoin, par la parole, dans les plaids où se débattaient publiquement les questions litigieuses, en présence des tendes ou des hommes libres les plus riches et les plus influents du pays. On ne sait rien de plus à cet égard, et même, en arrivant à l’époque de Charlemagne , c’est à peine si l’on signale quelques capitulaires ^ui réglementent la justice, mais qui ne font nulle mention de l’intervention oratoire des avocats. En un mot, une épaisse obscurité couvre les actes du barreau français (s’il est permis de se servir de cette expression toute moderne) jusqu’au règne de saint Louis. On sait seulement que les avoués d’Église devaient connaître les lois, être doux et pacifiques, craindre Dieu et aimer la patrie.

Cette décadence fut la conséquence naturelle de la promulgation des lois barbares, qui ne tardèrent pas à remplacer partout les lois romaines Les accusés n’avaient plus besoin d’avocats, alors qu’ils étaient contraints, pour prouver leur innocence, de se soumettre aux épreuves du feu, du fer chaud ou de l’huile bouillante. La parole devenait inutile dans les querelles et les contestations, où le duel judiciaire décidait du sort d’un procès entre les parties adverses. Le meilleur avocat ne pouvait être que le meilleur champion, qui soutenait, les armes à la main, la cause qu’on

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lui avait confiée. Le barreau ne retrouva et ne reprit son existence normale qu’après l’abolition du duel et des épreuves judiciaires. Il nous faut donc revenir en arrière, à travers des siècles de barbarie, pour reposer nos

Fig. 3q5. — Allégorie des differents degrés de l'enseignement universitaire. Fac-similé d’une gravure ^ sur bois de la Margarita philosophica. Edition de Bâle, i5o8, in-4“.

regards sur le triomphe de l’éloquence chrétienne en Europe (fig. Sqô).

Ce serait une belle et intéressante étude historique que de rechercher quels ont pu être les discours des premiers apôtres du christianisme en Occident ; malheureusement, ces discours ne furent recueillis qu’à la fin du

quatrième siècle, quand les édits de Constantin permirent à l’Église chrétienne d’élever la voix contre le paganisme qui agonisait. C’est dans le quatrième siècle qu’il faut chercher le berceau de l’éloquence chrétienne : elle parle grec, avec saint Athanase, saint Grégoire de Nazianze, saint Grégoire de Nysse, saint Épiphane, saint Denis, saint Jean Chrysostome; elle parle syriaque, avec saint Ephrem ; elle parle latin, avec saint Ambroise, saint Augustin, saint Jérôme. « La sublimité de l’éloquence chrétienne, a dit Villemain, semble croître et s’animer, en proportion du dépérissement de tout le reste. » Et après avoir cité les grands orateurs que nous venons de nommer : « Leur génie, ajoute-t-il, est seul debout dans la décadence de l’empire. Ils y ont l’air de fondateurs, au milieu des ruines. » Rien ne pouvait refroidir le zèle de ces âmes apostoliques, et saint Jean Chrysostome nous a donné le secret de leur constance, de leur courage invincible, quand il s’écrie, en face des grands dont il condamnait les vices, en face des princes dont il bravait la puissance : « Toutes les terreurs du monde sont méprisables à mes yeux; je dédaigne tous ses biens, je ne crains pas la pauvreté, je ne désire pas la richesse, je ne redoute pas la mort, et je ne veux vivre que pour le salut de vos âmes. »

Dès sa naissance, l’église des Gaules s’associait à cette grande œuvre d’éloquent prosélytisme. Au quatrième siècle, les prédicateurs étaient déjà nombreux, et leur parole inspirée avait une immense action sur les fidèles (fig. Sqô). On peut apprécier quelle était l’autorité de la chaire catholique, en lisant les sermons grecs attribués à Eusèbe, d’Émèse en Syrie, sermons que la critique moderne a cru devoir enlever à cette fausse attribution pour les présenter comme de précieux et incontestables monuments de l’éloquence religieuse gallo-romaine. Le caractère de cette éloquence est la simplicité la plus candide, et pourtant ces sermonnaires primitifs, dont les noms sont encore ignorés, sentaient se réveiller dans leur esprit les souvenirs encore vivants de la littérature païenne, lorsqu’ils avaient à raconter les combats spirituels d’un saint ou les combats sanglants d’un martyr. Dans un de leurs sermons sur la résurrection du Christ, le Dieu fait homme est comparé à Antée, fils de la Terre, et comme ce géant, que les traditions mythologiques nous montrent luttant avec Hercule, le Sauveur semble ne toucher la terre des hommes que pour mieux triompher du

ÉLOQUENCE CIVILE ET RELIGIEUSE

Fig. 396.— Prédication d'un apôtre du christianisme, d’après un tableau peint sur bois, attribue à frà Angelico. (Ancienne collection de M. Quedeville, à Paris.)

Péché, le père de la Mort. Dans un autre sermon, l’orateur représente le Tartare consterné et les noirs geôliers des prisons ténébreuses, frappés de stupeur, à l’arrivée du Fils de Dieu, « qui vient chez eux commander et non souffrir ».

Ces antiques sermons forment, avec les légendes des saints, la partie la plus importante de la littérature des siècles barbares. Du quatrième au septième siècle, dans la Gaule romaine, l’Église ne manque pas d’orateurs (fig. 397). Dans le quatrième siècle, c’est saint Hilaire, de Poitiers, que saint Jérôme surnomme le Rhône de V éloquence , tant sa parole était rapide et majestueuse; c’est saint Martin, de Tours , qui fut le modèle le plus parfait de la charité chrétienne, lui qui disait à son auditoire composé de pâtres et de bergers : « Voyez cette brebis qui revient de la tonte. Elle a rempli le commandement de l’Évangile; elle a donné une de ses robes pour vêtir celui qui était nu. Faites de même, vous autres. » Et il le faisait lui-même, en déchirant son manteau pour en donner la moitié à un pauvre qui avait froid. Au cinquième siècle, apparaissent saint Eucher, dont le savoir égalait l’éloquence ; saint Paulin , de qui nous avons un magnifique sermon sur l’aumône; saint Mamert et saint Valérien, dont les discours sont remplis des plus purs sentiments que puisse inspirer le christianisme, la foi ardente, l’amour du prochain, la charité sans bornes.

Au sixième siècle, c’est saint Césaire, évêque d’Arles, qui, tout en prêchant la plus consolante morale, combattait avec une indomptable puissance de parole les superstitions païennes qui s’efforcaient de renaître et les hérésies qui s’attaquaient aux dogmes de la religion du Christ. Ses discours, pleins d’onction et de douceur, se distinguent, même dans ses plus vives sorties contre les adversaires de l’Église, par une mansuétude bien propre à gagner les âmes à la cause divine qu’il défend. A ses yeux, en effet, les hérésiarques les plus audacieux sont encore comme des « étoiles tombées du ciel, que Dieu peut rappeler au firmament et auxquels il peut rendre l’éclat de leurs premiers rayons ». Dans le même siècle, saint Germain, évêque d’Auxerre, saint Remi, évêque de Reims, saint Avit, évêque de Vienne, occupent, avec saint Césaire, une place éminente dans l’histoire de l’éloquence parénétique. « Il n’y a pas d’ora-

ÉLOQUENCE CIVILE ET RELIGIEUSE

Fig. 397. — Le pape Grégoire I", surnommé le Grand (540-604), un des plus éloquents orateurs chrétiens de son siècle, envoyant des missionnaires pour convertir l’Angleterre au christianisme. Miniature d’un ms, du X" siècle, au British Muséum (Bibl. Cottonienne ), à Londres. On l’attrihue à saint Dunstan lui-même qui occupa la chaire primatiale de Cantorbéry, fondée par saint Grégoire le Grand,

leur de ce temps que saint Remi n’ait égalé, surpassé même, » a dit Sidoine Apollinaire. La puissance de sa parole, dans le cours d’un épiscopat qui ne dura pas moins de soixante-douze ans, eut de nombreuses occasions de se signaler. Une fois entre autres, comme il prêchait la Passion devant le roi Clovis et les Francs encore néophytes et non baptisés, il dépeignit les souffrances du Christ avant tant de pathétique et de vérité, que Clovis s’écria, en portant la main à son glaive ; « Où donc étionsnous, mes Francs et moi ? »

La prédication, dans les premiers siècles de l’Église, était surtout attribuée aux évêques. Tantôt ils parcouraient le pays, comme le font encore les missionnaires modernes; tantôt, fixés dans leurs villes épiscopales ou métropolitaines, ils s’occupaient d’un seul et même troupeau. La plupart d’entre eux prêchaient deux ou trois fois par jour. L’orateur se plaçait, pour parler, sur les degrés de l’autel, à moins que la prédication n’eût lieu dans un cimetière ou sous le porche d’une église. Quelquefois des colloques animés s’établissaient entre le prédicateur et son auditoire. Il arrivait même que les assistants, nouveaux convertis dont les passions sauvages s’accommodaient mal des injonctions sévères de la morale chrétienne, interrompaient le discours, par des murmures, par des cris, et quittaient bruyamment la maison de Dieu. Un jour, en pareil cas, saint Hilaire de Poitiers, voyant que ses auditeurs commençaient à se retirer tumultueusement pour échapper à l’implacable menace de sa parole flagellatrice, ordonna tout à coup de fermer les portes du temple; puis, d’une voix émue et indignée : « Vous refusez aujourd’hui d’entendre la parole divine ! s’écria-t-il. Mais, quand vous serez en enfer, misérables pécheurs, pensez- vous qu’il vous sera permis d’en sortir, dès que l’envie vous en prendra ? » Ces mots ramenèrent le silence et le calme dans l’assemblée. L’éloquence religieuse, qui exerçait tant d’empire sur des natures indomptables et dépravées, ne devait presque rien à l’art et devait tout aux divines inspirations de la foi, aux nobles élans de la conscience humaine et surtout à l’ardeur du sentiment chrétien.

Les invasions, qui jetaient sans cesse sur les Gaules un nouveau torrent de barbares, les luttes intestines des conquérants et des envahisseurs, la transformation laborieuse de la société païenne, rien n’avait ralenti l’apos-

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