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l’existence d’une cinquième planète, semblable aux précédentes, et chaque année ensuite en compta une ou plusieurs nouvelles, de sorte que l’espace entre Mars et Jupiter présente aujourd’hui plus de quatre-vingts planètes dont nos aïeux n’avaient point connaissance. Le hasard voulut que le jour de ma visite chez Harding coïncidât justement avec l’anniversaire de la découverte de Junon, que l’on doit à ce respectable et habile astronome. On sait que la science lui est également redevable d’un bel atlas céleste. Harding a été aussi l’un des premiers à répondre à l’appel que l’Académie de Berlin fit aux astronomes pour concourir à former un atlas des cartes des parties du ciel visibles dans nos contrées.
Jamais l’association scientifique, comme nous l’avons dit, n’avait concouru avec plus d’ardeur à enrichir nos connaissances. Les événements politiques changèrent cet état de choses ; l’astronome Zach, qui se trouvait .à Gotha et qui passa ensuite dans le nord de l’Italie ('), céda sa place au baron (le Lindenau qui, lui-même, pendant les guerres de l’Allemagne, prit le parti des armes et, plus tard, fut représentant de la Saxe dans les Pays-Bas Cet homme respectable et plein de l’instruction la plus brillante fut attaché, pendant quelque temps, à la diplomatie dans nos contrées (*) ; il fut
(*) J'euf occasion de voir et de connaître l'astronome Zacb^ à Paris, pendant l'année 1823. Cet astronome était venu, en France, consnilcr la science pour une maladie grave qui rafTectait. Il vivait eihémrmcnt renfermé et ne voulait voir personne. Ma qualité d'étranger me donna le privilège d'obtenir accès auprès de lui. J'aurais désiré pouvoir lui amener M. Bouvard, qui me servait d'ami et de |>ère; Je savais combien il désirait voir l'astronome allemand, mais H me fut im|K>ssihle d'j^ réussir. Il s'excusait sur les fatigues et sur son grand ige; je voulut aussitôt me retirer, car je me trouvais auprès de lui depuis plus de deux heures. Il m'avoua alors ses anciennes querelles scienlin(|ues cl la décision qu'il avait prise de ne pas voir de savants qui auraient pu lui rap|ieler le passé ; il n'était venu à Paris, disait-ii, que pour refaire sa santé.
(■) Pendant que M. le baron de l.indenaii était représentant diplomati<|ue de la Saxe, auprès de notre gouvernement, j'eus occasion de le voir fréquemment à
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r;i|ipelc eiisiiilc cl devint premier ministre dans le royaume de Saxe. Vers la lin de sa vie, il l’orma nn riche musée, qu’il laissa comme dernier souvenir à sa pairie.
Kni)ifîllrit oi lie roniiniicr à iccevuir lie se:» leUres (lenilanl son ministère à \» cour lie S.1XO. Col homme rmin<?nl so retir.i d.ins sa vieillosso et donna tons ses soins à former une collection pour les arts et les at)li(|uilés <|uM laissa à sa patrie. Je citerai la dernière leiire «(ii’ii itCadressa et qui prouve que ses idées sVlaieot concentrées vers la politique dans ses rapports a\ecies sciences. Je faiscera|>prochemciil que j'avais remarqué également chez Gauss.
H Voilà sillet ans écoulés depuis la dernière fois que j'ai eu l'hoiineurde vous voir^ von-» et Madame votre épouse, à Francfort; toutefois, les sentiments hten veilla ritM|iie vous m'avez témoignés alois me font espérer que le souvenir de nos relations antérieures n'aura pas totalement disparu en vous. Vos travaux, dont pour la pliipail je ii’appiis que les litres, me donnèrent soH\ciU l'envie de vous écrire, et SI j'hésitais à le faire, c’est que. jeté, pendant quinze années, dans une carrière niiiiisténelle, qui ahsorha et mon temps et mes forces, les sciences et surtout l'astronomie m'élaieiU devenues à pi u près étran^ières. Bentré depuis quelques années «lans la %ie privée, J'ai cherché à m'Instniire, au moins historiqiiemenl, des pro;:rès immenses que les sciences exactes ont faits dans les dernières vin^l année.s. Ce sont snrioiit deux hranches des mathéinaliqiies mixtes, contimiellement eni'ichies par vos recherches, qui, d.ins les deinieis temps, m’ont aussi occupe, la chaleur solaire et h-s lois de la tnorialiié, appliquées aux assiit anccs à vie. Je revientlrai une autre fois au premier objet, pour ajouter quelques mots sur le .second, à l'e^aid duquel je vous icinercie de tout mon cœur, du bel ouvrage .Sur {'//uiume et h tiei'elopptment (te ses facultés que j'ai lu et relu avec autant d’inlérét que de friiil. I.a laide tie inoi ialiié que vous donnez, page 170, a été la hase de tous nies c.ilcnls relatifs à la prohahitité de la vie htimaine, convaincu que c'est ta mcillcuie (|iie nous possédons actiiellcmenl. Toutefois, j'ai des raisons de croire que, pour l'Allemagne, il famlra y faire quelques petites moiüncations, iiidiipiées par les résultats de nos sociétés d'assurance, que ie «lésire y employer de préférence, y (rouvaiU plus d'exactitude que dans nos regisi les des naissances et décès annuels, qui fourmillent d'erreurs. Venant de f.iire imprimer nn petit niémuiru sur le.s sociétés d'assurance établies à Gotha et a l.eipzig, je me perinels de vous en présenter un exemplaire. Si, d'une part, ces calculs liront foin ni la preuve que ces données ne .sont pasencore a.sscz nombreuses pour sn vir de fondement à une notivelle table de mortalité, d'autre part, j'ai acquis la ceriiliide qu'elles pouvaient nlilemeiil y être employées. Partageant pour la plupart les vues ingénieuses que vou» avez développées dans l'ouvrage précité sur la durée t|e la vie hiiniaine, je m'en éloigne quant à sa duree moyenne, qui vous iMialt la même qu'avant la vaccine, taudis qu'après les recherches <le .M. de Moiilfei rand, une aiigmeiilation de plusieurs auuées nie parait piohahle. L'accroisseinenl de nos [lupnlalions exige une pareille augmen-
Je tenais beaucoup, je l’avoue, à la correspondance amicale d’un homme aussi distingué et aussi obligeant que Gauss. Je conserve avec reconnaissance tous les souvenirs que je tiens de lui et jusqu’à une simple carte de visite sur laquelle, en 1836, il me recommandait par quelques mots son fils, jeune lieutenant de l’artillerie fiannovricnne, qui revenait de l’Amérique du Nord.
Ce célèbre astronome, vers la fin de sa vie, s’était, comme Laplace, Fourier, Poisson, tourné vers les sciences politiques et vers le secours qu’elles peuvent emprunter aux sciences. Voici ce que Gauss écrivait à Schumacher en 1847 (') : « Vous en êtes responsable, si j’ai pris la liberté dans ma lettre d’exprimer quelques vœux, principalement en ce qui concerne la mortalité des enfants qui, dans les premiers âges de la vie, peut être resserrée dans d’étroites limites. Je suis porté à formuler de pareils vœux par la remarque que j’ai faite depuis longtemps que la table donnée par Quetelet (spécialement dans les Annuairfs de 1844, page 193, et de 1846, page 185) se laisse calculer pour les six premiers mois par une formule avec une coneordance vraiment étonnante; j’ai, de plus, ajouté dans ma lettre une assertion que je puis modifier un peu, c’est-à-dire que je ne sais pas pré-
talion, d'autant |>liis (lu'une partie de no4 liülcs statistiques paraissent indiquer line iliminiition dans le nombre moyen des enfanls par mariage.
• Un autre objet, qui, dans les derniers temps, m'a beaucoup occupé, ce sont les arts et une |>elite collection de tableaux, de pUtres et de vases antiques que j'ai Tormée à l'usante de ma ville natale; sachant que vous et Madame votre é|KMise vous aimez les arts, je me permets de vous adresser, ci-jointe, la première (>arlie d'une description de ma petite collection.
• Si ma société et mon âge, — j'ai soixante et dix ans, — n'y mettent pas obstacle, j'ai bien envie de venir, dans le courant de celte année, vous voir à votre observatoire, etc.
> Altenburg, ce 95 janvier 1S49.
* Lixdchad. »
(') Lettre n* 1105, page 375, 5' volume du Briefictthitl. Nous donnons la tradiiclion française.
cisùineiU sur (juels laits sc Ibmlenl les résultats de Quetelet. Après avoir déjà terminé et cacheté ma lettre, j’ai trouvé dans son ouvrage Sur l'Homme, p. 144, de la traduction allemande de Ricke, des nombres de la Flandre occidentale, qui, comme il le parait, ont servi de base aux nombres de y.-lnnuaire. Je n'ai cependant pas voulu pour cela rouvrir ma lettre et y apjiorter quelque changement: peut-être, il vous intéressera devoir celte formule que je joints ici:
Log A = 3,1I8'273, cl la lettre n représente le nombre de mois avec un degré d’exactitude que l'on trouve rarement dans les tables de mortalité; plus loin, de un à quatre ans, la forimili- donne plus i]ue la table, et de cinq ans jusqu’à la tin elle donne moins. La grande concordance pendant les six premiers mois, si elle se reproduisait dans d’autres pays (en admettant, bien entendu, avec d’autres constantes), j'en concluraisque, pendant les six |>remiers mois, il neseproduit, comparativement qu’une faible complication dans les causes des décès. La complication plus grande de la mortalité qu’indique la formule provient de la mortalité des gens de peine qui introduisent de nouvelles causes morbides, des maladies d’enfants (|ui ne se produisent que dans la seconde partie de la première année ; cniin les discordances opposées ([ui se produisent dés la cinquième année, ne paraissent à mes yeux que comme preuve que la formule ne rend pas la véritable forme présentée par la nature, mais une forme donnant des éipiivalents pour des valeurs n, qui s’en écartent lrès-|)eu. Du reste, je remarque que Moser a donné une formule semblable à celle qui est présentée plus haut, mais qu’il propose des racines biquadratiques au lieu de mi‘S racines cubiipies. Ainsi un accord nécessaire se produit
pour une longue série d’années, mais le bel accord remarqué pour la première moitié d’année se perd. Je pourrais ajouter à ce qui précède bien d’autres réflexions, mais qui exigeraient plus de temps que je ne puis consacrer pour ce moment à ces recherches. »
Il parait que, vers la même époque, Gauss et Schumacher s’occupaient avec un vif intérêt de la théorie des probabilités appliquée aux lois sociales, car, dans une lettre que m’écrivait Schmacher, en juillet 1846, il me parlait de l’intention qu’il avait de donner une traduction de mes Lettres sur la théorie des probabilités (').
Gauss tournait facilement son attention vers des particularités qui auraient peut-être été rejetées par des savants moins portés à consulter la nature. Je me rappelle que, dans une de ses lettres, il m’engageait à vérifier si, pendant une éclipse totale de lune qui devait avoir lieu , j’apercevrais, en effet, près d’un des bords, quelque lumière qui pût faire soupçonner, comme l’indiquait un auteur, que la lune fût percée en ce lieu. Le phénomène annoncé ne se manifesta point pendant l’éclipse; cependant une particularité semblable pouvait être soupçonnée, surtout si l’on se rappelle qu’à cette époque ou n’avait pas encore bien reconnu les aspérités énormes que, depuis, on a cru voir sur ses bords et qu’on ne s’est pas bien expliquées jusqu’à ce jour.
(') Vojrei plus haut Tarticle Schumacher.