JEAN-BAPTISTE VAN MONS
Les hommes supérieurs sont comme les monuments : on ne peut bien les juger qu’en les voyant en place ; ils s'harmonisent avec les lieux et les climats qui les ont vus naitre; si l’on vient à supprimer tous les rapports qui existent entre eux et leurs alentours pour les isoler et ne les considérer que d’une manière abstraite, les idées qu’on pourra s’en former seront nécessairement incomplètes, et les jugements qu’on en portera seront faux. 11 faut tenir compte aux hommes des difUcuités qu’ils ont eu à vaincre pour s’élever à une certaine hauteur, où peut-être ils auraient été naturellement portés sans efforts, s’ils étaient nés dans d’autres temps ou d’autres lieux. Si de pareilles considérations s'effacent aux yeux de l’historien qui retrace la marche progressive des sciences, elles doivent nécessairement occuper l’écrivain impartial qui veut apprécier le savant et vérifier ses droits à l’estime publique, droits que l’on peut regarder comme ses titres de noblesse.
Jean-Baptiste Van Mons naquit à Bru.xelics, le 11 novembre 17t)o ('), époque où commençait à se manifester en
(') Son Feni.-P. Van Mons, receveur du grand béguinage de Bruxelles,
avait encore deux autres Als et une fille, femme d*un grand mérite, qui fut mariée, t^lu'i tard, au docteur Curiet.
Belgique le luouvemcnl intellectuel, qui bientôt après donna naissance à la Société littéraire, et trois ans après à l’Académie impériale et royale de Bruxelles. En même temps s’opérait dans l’enseignement une réforme salutaire qui acheva de réveiller la Belgique et de la faire sortir de l’étal de torpeur où elle était plongée depuis longtemps ('). Ces sortes de secousses ont rarement lieu sans agir d’une manière puissante sur de jeunes intelligences, et les premières années d’organisation produisent presque toujours les meilleurs résultats.
Van Mons devait tout à lui-méme. 11 avait appris dans un collège de la Campinc le peu de latin qu’on enseignait alors, et il acheva de se former dans la modeste ofSeine d’un pharmacien. Ses nombreux ouvrages font foi des connaissances variées qu’il parvint à acquérir ; on peut voir, par su volumineuse correspondance avec les hommes les plus distingués de son époque, qu’il possédait à peu près toutes les langues vivantes de l’Europe.
En 1785, il publia son premier ouvrage (’) : c’était un essai sur les principes de la chimie antiphlogistique, et, deux ans après, désirant exercer la pharmacie, il subit avec distinction les épreuves de la maîtrise (’j.
(') Les iinncipale» rérormes rureiU iiilroüuiles en 1777. C’e&l à celle épo^inc «|ue reoioale aussi rélablissement «les écoles Ihéréiieunes.
(*) Oaiéhe histor$que des contemporainSf étfil. de Bnii., arl. V*n Moni».
(’) Nous lisons ce qui suit dans une notice inédile sur Van Mons, par M. le professeur Hensmans : • Les progrès que Al le jeune apprenti dans Part pbarmaceiitiqae forent tels «lue, lorsquM se présenla i>our subir les épreuves de la maîtrise, le chef de la cor|K>ration des pharmaciens, étonné qiPil osât se souroelire à ces épreuves dans on Ige si peu avancé, lui At observer qu*il se trompait sans doute, et qu'au lieud'uoe inscription |K>iir subir ses eiamens, c'était probablement celle |M>ur son entrée en apprentissage qu'il venait solliciter. » Le diplème que nous avons entre les mains porte la date du 3 septembre 1787; Van Mons avait donc à cette époque vingt*deux ans. L'étonnement du chef de la cori>oratioo des pbarmociens prouverait que nos |>ères étaient moins pressés que nous d'entrer dans les carrières scienliAques.
La vivacité toute méridionale de son tempérament et de son imagination doit faire comprendre assez qu’il ne resta pas étranger au mouvement révolutionnaire qui tendait à renverser l'ancien ordre des choses. Dès l’origine de l’insurrection brabançonne, Van Mons s’était jeté dans le parti vonkiste avec une activité qui faillit lui devenir fatale : peu après l’arrestation du général Vandermerscli , il fut incarcéré lui-mème à la porte de Hal, comme fauteur de sociétés secrètes et coupable du crime de tèse-majeslé ou de lèsennlion. Le procureur général insista pour réduire cette allaire au.v formes les plus simples et les plus expéditives ; il fallait des exemples, disait-il ('). L’accusé demandait une défense qu’on persistait à lui refuser : cependant sa jeunesse |)arlait en sa faveur, et, malgré l’irritation contre le parti auquel il appartenait, il échappa à ce premier danger.
La bataille de Jemmapes avait ouvert la Belgique aux armées françaises (0 novembre 1792). En même temps s’organisait l’assemblée des représentants du peuple; Van
(*) Le |>a$sagc suivant, que nous extrayons irxlucilemenl üc l*acte d*accusalion (lu procureur général du Brahant peut donner une idée de la manière dont la jiisttee s'administrait alors : < En outre, pour ce <|iii concerne la demande d'un pro* ciirctir et d'un avocat, l'accusateur fait remarquer que les faits imputés au détenu sont évidents et qu'ils établissent que le détenu est impliqué dans une conspira^ (ion contre le gouvernempul par leipiel le pays est régi; que ce méfait est un crime de lèsc*majes(é ou de lèsc*naiion, crime qu'il importe de réprimer le plus promptement possible, autant pour le repos public, qui ne peut souffrir aucun iclardemeni, que pour servir d'exempte à ceux qui seraient (entés de l'imiter. En conséquence, le demandeur pense que, dans les circonstances actuelles, le détenu ne peut être admis à plaider par avocat et procureur, attendu que ces moyens jettent de la perturbation dans les délibérations de la justice et entravent grandement sa marebe. Par suite de l'article 14 de l'ordonnance criminelle du 9 juillet 1570, cl vu les dispositions qu'elle renferme, le demandeur conclut à ce que la demande du détenu tendante à pouvoir se servir do procureur et avocat , lui soit refusée, persistant de plus à ce que le détenu lui fasse connaître s'il a quel(|ucs moyens à faire valoir pour sa défense, et (pi'il ail en outre à s'expliquer Mir les faits que l'accusation vient encore d'imputer à sa charge dans le présent procès-verbal, etc. » Celte pièce est datée du 15 septembre 1790. Le premier acte d'accusation est du 5 août.
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inons fui désigné pour en faire partie, quoiqu’il n’eùl alors que vingt-sept ans ('). Ses relations avec la France prirent une nouvelle activité: qu’on ne croie cependant pas qu’en subissant l’influence de la fièvre révolutionnaire, Van Mons ait pu s’associer en aucune façon aux excès de celte époque; sa correspondance prouve, au contraire, que le crédit immense dont il jouissait à Paris était entièrement employé en faveur de ses compatriotes. Aucune époque de sa vie ne met mieux en relief la bonté de son cœur cl la générosité de scs sentiments.
La bataille de Nerwinde (18 mars 1793) avait rendu, pour un instant, la Belgique à la maison d’Autriche ; mais notre pays lui échappa entièrement par la défaite de Fleurus (26 juin 1794). C’est à cette dernière bataille que la science (il un premier essai de l’emploi des ballons pour observer les positions ennemies. A la suite de leur victoire, les Français transportèrent dans le parc de Bruxelles le ballon qui leur avait servi d’observatoire; cl les savants chargés du soin de le diriger se mirent d’abord en relation avec notre célèbre compatriote (*).
Le vainqueur, dès lors, s’occupa sérieusement de partager sa conquête en départements français. Van Mons trouvait dans celle fusion dos deux peuples de nouvelles facilités pour ses éludes; ses relations avec Paris s’accrurent de plus en plus, et les affaires politiques n’y demeurèrent point étrangères. Roberjol venait d’être envoyé en Belgique. A peine ce représentant du peuple fut-il à Bruxelles (7 jan-
(•) M. Bosc lui écritail de Paris h ce sujet (24 novembre, 4 frimaire an 1 de la réputdique) ; t Vous êtes représeolant du peuple! je vous en félicite, mon cher, et j*en félicite vos cnnciloyens. Il faut actuellement agir, et agir vigoureusement. Du moment actuel, du moins en partie, dépend de vous le sort futur d*un (>euple nombreux pour la suite des siècles, etc. b
(') Je tiens ces détails de M . Hachetle, qui sc Irouvail à la bataille de Fleurus rl qui faisait partie de la compagnie chargée de la manœuvre du ballon.
vier 1795) qu’il s’empressa de s’adresser à notre concitoyen pour obtenir ses conseils sur divers objets d’utilité publique ('). Peu de jours après (le janvier), Roberjol prit un arreté par lequel il chargeait Van Mous de faire des reclicrches sur les mines de la Belgique, et de donner les résultats de ses o|)érations pour en connaitrc la nature et les richesses. Les considérants de cet arrêté sont très-honorables pour notre compatriote : ils donnent une nouvelle preuve tle l'estime dont il jouissait auprès des savants français 1^). Boberjot se lia de plus en plus intimement avec lui. Les opinions sur le caractère do ce représentant s’accordent généralement à lui être favorables; sa correspondance avec Yaj) Mous prouv(' en ell'et en faveur de ses connaissances et de son intégrité; on y voit que, pendant qu’il occupait les fonctions les plus éminentes, il était forcé de faire en petit le commerce des vins pour subsister; il s’élève avec force contre les malversations et contre les intrigants qui affluaient alors à Paris. la veille de succomber sous
Voici textuellcmeiu sa teure ;
« Bruiellfs, 18 nivôse an III de la ré|>. une et ind. (7 janvier 1705.)
> Le citoyen Laoii^therie, auteunlu/ourrifil de pht/sique, m'a prévenu, citoyen, par une lettre ipiej'at re^nie de Ini, >|irà l'amour de la révolution française vous joijinei des connaissances très-éten«Iiie» >ur la cliimie et l’histoire naltirelle.
> Empressé do conférer avec vous sur plusieurs objets irutllilé putdiijuo, je vous prie de vemr demain auprès de moi, a mx heures du matin, pour obtenir de vous de< éclaircissements nécessaires à ren>lre ma mission fructueuse. Veuillez quitter un moment vos occupatious pour cau^^er avec moi; je le désire très*> ardemment.
^ S.1Î. et frat.
V Rovhuot. npreseidattt dupeupU. «
t* L'un des considérants porte ;
« Informe ipio le citoyen Van Mons, pharmacien de Bruxelles, déjà connu par >es mémoires et ouvrages >ur ditTereiilo partio de ta chimie, est en état de procurer ces renseignenieuls, et que ce Citoyen s'est déjà rendu utile en communiquant au comité de salut puMtc des proctMes pour obtenir à moindres frais une quamue considéraMo de i^otavse, etc. »
un odieux altental ('), il écrivit encore à Van Mons des paroles d’amitié. Je trouve dans la même lettre le passage suivant, qui, aujourd’hui même, peut encore présenter quelque intérêt, si l’on considère quelle main l’a tracé : « Ici, nous sommes à attendre la volonté de l’empereur d’autriche : il veut la guerre à tout prix ; il ne répond à aucune de mes notes et se prépare toujours, avec la plus grande activité, à nous attaquer. Je crois que toutes ces têtes privilégiées sont en démence. Rompre un traité comme celui de Campo, ruiner ses Étals, épuiser son crédit et ses finances, courir la chance do faire un bel acte d’abdication, tel est le plan qui se prépare pour l’Empereur. La diète imite son chef, pour l’indécision cl les lenteurs, et nous ne savons quand elle répondra ni ce qu’elle répondra. Nous avons pris pour système de temporiser; il faut établir qu’on ne traite pas de plus mauvaise foi que ces gens-là, etc. »
Cependant la question de l’indépendance de la Belgique venait d’être jugée à Paris, et l’on avait décrété que les neuf départements qui partageaient le pays seraient réunis à la France. On sait que cette réunion se fit particulièrement sur les notes cl le rapport de ce même Roberjot, qui avait fait une étude spéciale de la Belgique et avait eu soin de préparer les esprits à un événement bien médité d’avance, mais auquel la Convention était charmée de donner tous les caractères de la légalité (*j. Dès que son plan fut accompli.
(') Oo sjîtqiie Roberjot fut assassiné avec Bonnier, à la suite ilu congrès de Rasladt, le 28 août 1799. Le troisième envoyé français, Jean de Brie, parvint à s'échapper. Après avoir séjourné longtem|»s en Belgique, H rentra en France à ré}K>que de la révolution de 18'S0, et y mourut le 0 janvier 1831, à Tàge de »oixanle-quatorie ans.
Xous avons donné k la suite de notre première notice, dans le Trésor nationaiy difTèrentes lettres de Roberjot qui se rapportent è l'histoire de celte époque et particulièrement aux événements qui se passaient alors en Belgique.
(*} Qu'on me permette de citer encore deux lettres qui se rattachent à ce grand
— Ut) —
Uoberjol s’allacha à remonter renseignement en Belgique, et il s’adressa encore à son ami pour obtenir des conseils à ce sujet. « Faites-moi l’amitié, écrivait-il, de me faire passer, par le prochain courrier, une liste des personnes que vous eonnaitrez s’adonner aux sciences, aux éludes de tout genre et qui ont acquis une réputation ; ce choix doit être fait nonseulement à Bruxelles, mais dans toutes les villes et communes des ntmf départements réunis. Vous voudrez bien désigner leurs noms, la partie (ju’elles suivent et les ou-
événement hbtoriquc. Elles sont surtout curieuses par les rircoiislances dans ieS' quelles elles furent écrites :
« Paris, 28 thermidor an III de la rép. fr.
<» Je vous adresse, mon cher Van Mons, un exemplaire du rapport quej'ai fait à la convention sur le pays que j'ai parcouru dans i'excrcice de ma mission : vous verrez que je soutiens, de toutes mes forces, l'opinion de la réunion complète jusqu'au Rhin. J'ai appuyé mon système de raî.sons assez fortes, pour me persuader qu'il présentera beaucoup de facilité et beaucoup d'avantage dansson exécution. Je l'ai fait distribuer aujourd'hui. Plusieurs de mes collègues $c rendent aux raisons que j'ai développées...
» Adieu, conservez-moi votre bonne amitié; je suis tout à vous et aux bons habitants de la Belgique. Ne m'oubliez pas au ressouvenir de vos dames.
» Salut et frai, e Roberiot. »
R Paris, 10 vendémiaire de l'an IV.
V Bonne nouvelle, vous êtes Français, mon cher Van Mons : la Convenlion nationale a décrété hier votre réunion, à l'acclamation générale et aux cris de Vivent les Belges, vive la liberté, vive la réunion !
B La discussion a duré deux jours, et les séances ont élé prolongées jusqu'il six heures tlu soir. Plusieurs orateurs ont défendu votre cause; deux seulement ont parlé contre la réunion. Mais leurs discours étaient si mal faits; ils étaient telment contraires aux vérités et aux principes de la liherlé, qu'ils n'ont pas fait fortune.
B J'ai fait part à la Convention de mes observations; j'ai comhailu ceux qui demandaient l'indépendance; je vous ferai passer mon discours dont la Convention a décrété l'impression.
» Ainsi, mon ami, à la première entrevue, je vous embrasserai comme frère, en nous jurant amitié éternelle et fraternité. Ounnez cette bonne nouvelle à vo» amis, et veuillez me rappeler au souvenir de vos concitoyens.
•> Salul et frat.
» Hoberjut. •
vrages qui les auraient fait distinguer. Grégoire, membre de l’Institut national, m’a demandé cette liste; j’attends de voas ces renseignements pour les lui fournir, etc. »
Van Mons s’empressa de répondre à ces demandes, et les résultats firent voir qu’on n’avait point eu tort de recourir à ses lumières. Notre compatriote reçut, dans cette circonstance, une preuve éclatante de l’estime de l’Institut de France, dont il venait d’étrc nommé membre associé (le 22 mars 1796) ('). M. Lacépède, l’un des secrétaires, lui écrivit : « C’est avec une vive satisfaction que l’Institut a appris que vous ne négligez rien pour la prompte et entière organisation de l’instruction publique dans votre département; vous connaissez le grand intérêt qu’il prend au progrès des lumières, et l’on ne peut que féliciter vos concitoyens de trouver en vous d’une manière aussi utile et le précepte et l’exemple. » Car Van Mons avait été nommé lui-méme professeur de chimie et de physique expérimentale à l’Ëcole centrale du département de la Dyle, le 11 avril 1797 (*).
(') C«i(e nomination fut communiquée à Van Mons par plusieurs lavanU et cotre autres par Eertfaollet : < Bans la dernière séance de rinslilut, écrivait-il, il s'est occupé de l'élection de six associés domiciliés dans la république, pour la Mciioo de chimie; et vous avez été nommé. *
(') !(ous voyons figurer ici le nom d*un autre compatriote qui, dans an rang fort élevé, soutenait les intérêts scientifiques de son pays. Lambrechts, d'abord commissaire du pouvoir exécutif près le département de la Dyle, puis ministre de la justice, s'était mis en relation avec Van Mons et lui écrivait ce qui suit au sujet do Musée de Bruxelles :
• J'espère, citoyen, que vous aurez remis une lettre è mon ami Van Hultbem, etqo'il vous aura mis sur la voie pour obtenir tout ce qui peut être utile k notre tcole centrale. Vous savez qu'on nous a enlevé beaucoup de livres et d'instru* Dents de physique, il est bien juste qu'on nous dédommage...
• Bruxelles, le 38 fructidor an V (14 sept. 1797). *
• J'espère que vous continuel à soutenir l'École centrale avec courage. Le mi- Bistre des finances m'a promis qu'il mettrait bientôt le corps législatif à même de statuer sur l'emplacement de la cinlevant cour. Aurons-nous de bonnes élec-
— IIK -
A la mOnic époque, il recevait un tcinoignaçrc d’estime non moins (lattciir de la part des cliimistes les plus distingués de l' rance, rpii l’invitaient à prendre part à la rédaction des .É II unies il r chhiiir ('). Nous verrons bientôt avec quel zèle, avec quelle immense activité. Van Mons répondit à cet appel. On sait que, pendant longtemps, les communications entre rAllemagnc, l’Angleterre et la France étaient devenues trés-dilliciles, pour ne pas dire impossibles (*). Par sa connaissance <les langues vivantes et par la position de la Belgique, Van Mons communiqua à r.Mlemagne et à l’Angleterre les travaux des chimistes français, de même qu’à ces derniers, il faisait part des ob.servations et des découvertes faites à l’étranger (“). Pendant longtemps, il inséra dans les
tiens ? Les vrais patriotes se serreionl ils? Choisiront-ils «les hommes sajîcs, purs, insiniits, amants sincères <ie la liberté? — Saint et amitié.
» Paris, le -“SO %enlôsc an VI (20 mars I7Ü8). »
(’) • Paris 27 niv*>e an V (10 janvier 1707).
* l.fs auteurs des .Annales tie Chimie d leur confrère /'an Mons.
* Assemblés aiijonririiiii pour nous occtipcr «les ^-/nnales, nous arrêtons «le vous inviler à être notre coopei aient' et à permollre «pie loirc nom paraisse à la tète «lu pntmier numéro rlii 21' volume. Hépomicz-nous stir-le champ si cela vous convient comme à nous.
•) Aitréez l'expression «te tous nos sentiments.
« FoL’Rcnov, PrLLKTitR, L.-U. Gcvtox, VAMJlItU.'l, C.-A. PRiCtlR. ••
La lettre est écrite de la main de L'ourcroy.
(•) Voici ce «|uc M. de llumboMl lui écrmt en «laie du ÔO avril 1707 (extrait d«*s Jnnales de Chimie, t. XXII, page f»4) ;
• J*ai ailrcssé récemment plnsiciirs lettres h MM. Ilolomien et Fourcroy,à Paris, » Je vois, par celles que le premier in*a écrite;» «{uVIles se sont égarées. Pertt mettez, Monsieur, que je prenne la liberté de in*a«lresser à vous. Par votre » organe, je pourrai peut-être Taire parvenir à Pai is «inebpies éclaircissements » sur des faits «|ui, À ce que je sais, occupent Plnslitul national. Agréez en même
temps l'assurancede la haute considération «|uedepuis longtemps riront inspirée » votre zèle et vos diH'ouvcrles chimiques. Les natiirali\(cs «h* l'Europe ne de- » vraient former «prune sente famille ; on .se rappro< he facilement «piand on suit > le même but, etc. •
(^) « Tâchez donc de nous envoyer «luelqucs extraits ou <|uelqucs nouvelles en
//nnaie« de cAimte la Iraduclion des mémoires que contc- Diienl les journaux allemands {Ànn. von Crel), les journaux anglais, italiens (firu^na^e/^t), les journaux hollandais (tourna/ de Ccuteleyn). Dès qu’une decouverte était faite, le monde savant en était instruit par l’intermédiaire de Van Mons. (c C’était une véritable sentinelle avancée, me disait no savant anglais : il criait aux armes dès qu’il voyait apparaître quelque chose. • Loin de se refroidir, son ardeur ne fît que s’accroître, et il proposa à ses collaborateurs de donner, chaque mois, aux Annales de chimie, un cahier supplémentaire. Comme cette proposition ne put être accueillie, il prit la résolution de publier lui-méme un recueil scientifîque à Bruxelles. Ses confrères lui donnèrent, dans cette occasion, une nouvelle preuve d’affection, et témoignèrent leurs regrets d’apprendre qu’il renonçait à être un de leurs collaborateurs. La lettre datée du 19 brumaire anX (10 novembre 1801) est signée par Vauquelin, Fourcroy, Chaptal, Parmentier, Deyeux, Bouillon-Lagrange, Guyton, Berthollet et Hassenfratz.
chimie, pour notre journal de pharmacie, lui écrirait BouÜIOD*Lagrange en 1709. Votre correspondance, outre qu*elle me flatte infiniment, nous est irèf^inile pour nous mettre au courant de ce qui se passe cher vous. » • Nous avons besoin que vous veniea un peu à notre secours pour les Annales de chimie, lui écrivait de son cété 9. Adet, notre feuille commence é se vider. • Il lui demandait en même temps des renseigneroenU sur les difTérents systèmes adoptés par les phlogisti* cieoi d'Allemagne, |>our les faire entrer dans sa ré|ioose aux observations de Priestley, sur le pblogistique et la décom|>osiUon de l'eau, et il ajoutait : » Per« sonne n'est plus au courant que vous de leurs opinions; personne ne connaît mieux l'étal de la chimie allemande et personne ne sait mieux que vous me rendre le service que je vous demande. » Noo*seulement on avait recours k ses lumières mais on mootrait encore la plus grande déférence pour ses avis et ses critiques. • Ce que vous me dites du dernier numéro du Journal de pharmacie, écrivait Fourcroy, ne me surprend pas; j'ai trop d'affaires pressantes et on me seconde trop peu, pour que je puisse faire mieux pour le moment; mais j'espère prendre hientèt des moyens d'avoir des matériaux meilleurs et plus nombreux. Je compte aussi beaucoup sur vous, parce que je connais et votre zèle pour te progrès de la science et votre facilité dans le travail. »
Van Mons fil servir dès lors sa vasle correspondance à alimenter son recueil périodique el à l’enrichir des découvertes qu’on lui communiquait de toutes parts. C’est à la pensée à la fois noble et généreuse de faire tourner au profit de ses concitoyens la réputation qu’il s’était acquise à l’étrangcr^ que l’on fut redevable de la création de son Journal de chimie el de physique, dont le premier numéro parut le 15 vendémiaire an X (7 octobre 1801).
Nous ne parlerons pas de l’beureuse influence que ce recueil a dû exercer, non-seulement en Belgique el en France, mais encore en Allemagne et en Angleterre. Il a puissamment contribué à répandre le goût des sciences physiques et chimiques, el à en entretenir le culte au milieu des trophées militaires qui préoccupaient alors tous les esprits.
Si Van Mons n’a fourni qu’un faible contingent à son propre recueil, en revanche il l’a enrichi des travaux qui ont immortalisé les Volta, les Vauquelin, les Fourcroy, les Chcnevix, les Brugnatelli ('), les Bucholz, les TrommsdorlT, et tant d’autres ; ses relations avec ces hommes célèbres lui per-
(*) On lit dans VExpesUion des principales découvertes, etc., par Figuier, 4* édition,!. II, p. ^7 MBrugnaielli, élève et collalioraleur de Volta, avait réussi, dès l^année 1801, à dorer Targent au moyen de la pile, en conservant à Por tout son brilUnl métallique. Mais le résultat obtenu par Bnignaidli n^avait è cette é|K>(|ue aucune importance scientiAqtie, et INntérét que la galvanoplastie inspire de nos jours a pu seul conduire à chercher dans la poudre des recueils scientifiques de ritalie les traces de cette tentative oubliée
• Le recueil publié è Bruxelles par Van Mons, sous le titre âc Journal de Chimie et de Physique, tome V, page 80, an. 1802, avait consacré quelques lignes au fait signalé par Brugnatelli : « La méthode la plus expéditive, dit Brugnatelli, de réduire i l’aide de la pile les oxides mélaliiquesdissous,esl de se servir, à cet effet, de leurs ammoniures ; c'est ainsi qu'en faisant plonger les extrémités de deux fils conducteurs de platine dans l'ammouiure de mercure, on voit en peu de minutes le fil du pèle négatif se couvrir de gouttelettes de ce métal -. de cobalt, si Ton ojkère avec du cobalt ; d'arsenic, si l'on o|tére avec de l'arsenic, etc. Je me servis de fils d'or |»our réduire de cette manière l'ammoniure de platine, que j'ai dernièrement obtenu et examiné. Le platine ainsi réduit sur l'or a une couleur qui tourne vers le noir \ mais étant frotté entre deux morceaux de papier, il prend
mettaient de communiquer à ses compatriotes leurs découvertes les plus importantes, souvent même avant quelles fussent connues ou publiées dans les lieux où elles se faisaient.
On doit regretter qu’un recueil aussi utile ait été suspendu après deux années d’existence, et que l’heureuse pensée à laquelle il devait sa création ait été étouffée par des circonstances majeures et indépendantes de la volonté de l’auteur. Peut-être a-t-on trop perdu de vue aujourd’hui plusieurs (les écrits remarquables qu’il renferme. On pourrait y trouver encore des observations neuves pour la science. Certainement, lorsque M. De la Rive s’occupait de dorer au moyen d’un courant électrique, il n’avait pas sous les yeux la lettre que Brugnatelli adressait à son ami Van Mons; il aurait été frappé parla lecture de ce passage : «J’ai dernièrement doré, d’une manière parfaite, deux grandes médailles d’argent en les faisant communiquer, à l’aide d’un fil d’acier, avec le pôle négatif d’une pile de Volta, et en les tenant l’une après l'autre, plongées dans des ammoniures d’or nouvellement fait et bien saturé (*). »
Pour se livrer plus exclusivement à ses études favorites. Van Mons avait renoncé à l’exercice de la pharmacie, et, en
Téclst de r^cier. Je Rs usage de Ris d'argent |>oiir réduire Por, ce qui réunit proropiemeot. >
• On trouve, dans une autre livraison du même recueil, le passage suivant, qui fait partie d'une lettre adressée par Brugnatelli À Van Mons :
• Volta travaille toujours sur Pélectricité ; il a dernièrement construit difTé' rentes piles com|>osées de seules substances salines de différentes matières, avec le» solutions desquelles il imprégnait des disques d'or. Lorsqu'il aura terminé son irauil, je vous le communiquerai.
• J'ai dernièrement doré d'une manière parfaite deux grandes médailles d'ar* gf nt en les faisant communiquer, à l'aide d'un fil d'acier, avec le pôle négatif de la pile de Volta, et en les tenant Pune après l'autre plongées dans des ammoniures d'or nouvellement faits et bien saturés. »
(') Ce passage est aussi rappelé par M. Boquillon, dans sa lettre à M. Quesneville, sur Vétectrotypie {Revue teienUfique et industrielle).
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1807, il s’élail fait recevoir docteur à la faculté de Paris. Presque en meme temps l’Univèrsitc de Helmstad lui offrait spontanément le diplôme de docteur en médecine. Une pareille distinction lui avait déjà été accordée à Gœttingue. En prenant ce titre à Paris, Van Mons avait suivi les conseils de son ami Fourcroy, qui lui écrivait : « Votre dernière lettre contient une question sur laquelle voici mon avis. Le titre de docteur en médecine de Gœttingue, quoique prouvant votre savoir pour les hommes instruits, n’a rien de légal en France; ce n’est qu’une valeur confîdentielle à défaut de possibilité d’obtenir un titre en France. Mais les lois une fois rétablies sur les réceptions, comme j’espère qu’elles le seront incessamment, il faudra vous faire recevoir chez nous. » Déjà, depuis longtemps. Van Mons faisait marcher de front l’art de guérir avec les soins de sa pharmacie. La tourmente révolutionnaire durait encore, qu’on le voyait passer tour à tour avec la plus grande facilité des affaires politiques à celles de la science: c’était encore là un des résultats remarquables de son heureuse organisation. L’intérieur de sa maison, sous ce rapport, méritait aussi bien l’attention de l’observateur que celle du peintre : on le voyait recevoir dans la même chambre, ses amis et ses malades, mêler des causeries scientifiques à des consultations médicales , et dicter en meme temps plusieurs lettres, quelquefois meme en langues différentes. Il savait, pour ainsi dire, se multiplier et imprimer partout l’action puissante qui l’animait.
Il est consolant pour l’humanité de trouver des idées d'ordre et d’organisation au milieu des grands bouleversements politiques. C’est du sein même des ruines qui couvraient la France qu’on vit surgir la plupart de ses grandes institutions scientifiques. Notre pays aussi suivit cette impulsion organisatrice. La Société de médecine, chirurgie et pharmacie de Bruxelles se forma en 1795> sous la devise
Ægrolan(ibus,et linl sa première séance le 30 septembre ('). Elle nomma dans son sein une commission chargée de lui présenter un projet de règlement pour son régime intérieur et extérieur, et Van Mons fut l’un des quatre membres qui la composèrent; il fut en même temps nommé secrétaire de la société. L’on peut voir, par la liste des ouvrages qui furent lus dans les séances, qu’il paya très-généreusement son tribut. Quelques-uns de ses écrits furent même imprimés dans le recueil des mémoires. Cependant la discorde qui se glisse partout vint s’asseoir aussi dans l’intérieur de cette modeste réunion. La société se réorganisa, le 3 juillet 1804, sous le titre de Société de médecine de Bruxelles, mais Van Mons n’en faisait plus partie (^). Toutefois il ne lui garda point rancune; car, dans le tome 111 des z/c/es de la société (1810), on trouve un mémoire de lui qui répondait à la question suivante, proposée au concours : « Quels sont les effets que produisent les orages sur l’homme et sur les animaux? de quelle manière ces effets ont-ils lieu? quels sont les moyens de s’en garantir et de remédier aux désordres qu’ils occasionnent? M II n’est point dit quelle distinction fut décernée k ce travail, qui obtint au moins celle d’étre imprimé le premier des trois mémoires que publia la société.
(*) • Bruxelles avait poss^é une académie distinguée dans le monde savant: HIe fat la première ville de l'empire qui fonda une académie de médecine, etc. • Dii€oun dU'nt. au 1. 1 des /4ctet de la Soe, de méd. Bruxelletf p. vi, an. 180C.
i*) Il parait que l'animosité fut d'aboni assex grande et qu'elle eut du retentis^ sèment au dehors. M. Sédillot, secrétaire général de la Société de médecine de Paris, écrivait  Van Mons, le SI août 1804 : < J'ai reçu votre circulaire en date du l** thermidor (90 jiiillet); j'f ai vu avec peine qu'il s'était fait une scission dans votre Société de médecine de Bruxelles. J'ai reçu, depuis, des lettres delà division de la société dont M. Fournier est secrétaire, plus le tableau des membres de cette société ; permeltez-moi, monsieur, de vous exprimer mon vœu de voir cesser la cause de ces divisions pour l'honneur de l'art cl de ceux qui le cultivent. La jeste réputation dont vous Jouissez dans le monde savant, et qui m'a toujours fait aliacber un grand prix à votre correspondance, donne un grand poids au vœu que Je forme et que Je ne formerai peut-être pas inuiUemcDt. ■
Vers cette épo(|ue, Van Mous s’occupait assez activement (les phénoim'nes de l’électricitti ordinaire. « Les physiciensgeometres embrassent |)resquc g(‘néralcment l’hypotlH'se des deux Iluides ; les physiciens-cliimistes donnent la jiréférence à riiypotlK’se de Francklin ; avec (|uelques légi-rcs modilications. L’iilectricité positive j)rend le non d’éleetneilé (ondenxée, et l’electricilé iitigative celui d'élerlridlé raréfiée. Dans ses Priticipes d'éleetrieité, M. Van Mous tâche de fortifier fhypolhèse de Francklin, il fait plus, il attaque celle de ces deux fluides avec des armes manities avec adresse, et qui seraient tré*s-|missantcs contre ceux qui admettraient la r(ialit(j de ces fluides» ('). Cet ouvrage n’est pas un de ceux qui font le moins d’honneur à notre savant chimiste.
Un des faits qui honorent le plus Van Mous dans sa carrii're médicale, c’est qu’il fut le premier introducteur de la vaccine en Belgique; et il était si persuadé de l’eflicacitê de ce préservatif contre un de nos plus cruels fléaux, qu’il en fit la première application à son fils ainé.
Depuis son enfance, il s’était livré avec ardeur à la culture des fruits; il y avait apporté un esprit de pénétration qui devait le conduire aux plus brillantes découvertes. En 1795, Berthollct le remerciait, au nom de la Commission d’agriculture et des arts, pour scs importantes communications. Plus tard, la Société d’agriculture du département de la Seine, ■SOUS la présidence du ministre de l'intérieur, lui décerna, en séance publique, une médaille d’or, « pour reconnaître le zèle et le succès avec lc.squcls il .s’était occupé de la multiplication des variétés d’arbres fruitiers. » De pareilles marques d’estime lui étaient décernées dans plusieurs autres
(’) A. Lib^s, H ittoirc philosophique dîi progrès de la physiquÇf lomc IV, page 173. Paris, chez Courtier, 1813.
pays, et scs ouvrages étaient traduits dans les différentes langues.
Lui-méme, dans l’intérêt des sciences, avait souvent traduit les ouvrages des autres: c’était un témoignage d’estime qu’il avait donné à Brugnatelli, à Swediaur, à Davy, etc. ; et, en général, il enrichissait les ouvrages originaux de notes et d’observations dont les auteurs le remerciaient. Ce ne fut cependant pas ce qui arriva, parait-il, au sujet de la traduction des Eléments de philosophie chimique de Davy, qui fut publiée en 1813. L’illustre chimiste anglais supportait fort impatiemment les contradictions, et Van Mons s’en était permis dans ses notes. Du reste, Davy n’avait pu revoir la traduction du premier volume, qui se fit sur une première édition; il en exprima ses regrets à notre confrère, et lui fit l’offre de lui envoyer des rectifications; il lui adressait en même temps un exemplaire de ses Éléments de chimie agricole, corrigés pour une seconde édition.
Van Mons reçut un accueil plus favorable au sujet de sa Lettre à Bucholz sur la formation des métaux qu’il avait adressée à l’illustre Berzélius. Le chimiste suédois lui répondit dans les termes les plus affectueux (').
Le voyage que fit en Belgique, pendant l’année 1813, le comte François de Neufehâteau, fut une ovation continuelle pour le savant littérateur, qui cependant, au milieu des
(') • J*ai reçu avec bien du plaisir le 1*' volume de voire Letirt d Buehoii a«r U$ métaux^ eic.; el Je vous en ai de grandes obligalions. Les nouvelles découvertes chimiques demandent une réforme de la théorie de cette belle science, ou, pour m'exprimer plus juste, nous forcent à nous introduire dans des régions plus reculées, oii nos prédécesseurs n'ont pu pénétrer, el aux frontières desquelle* l'illustre auteur de la théorie de l'oxydation a cru devoir s'arrêter. L'électricité a commencé à jouer un réle chimique, qui, chaque Jour, nous révèle de plus en plus sa haute irotK>rlaDce, et qui nous oblige à y porter, dans nos discussions théoriques, toute l'attention qu'elle mérite. Chaque essai {»our gagner plus de lumière, dans une matière si difficile à |>énélrer et si délicate, mérite une attention particulière des chimistes. L'essai que nous décrit votre lettre à Buchoix est peut-être le premier elle plus étendu, etc. > (Stockholm, mars 1812.)
fêtes dont on le fatiguait, sentait le besoin de se rapprocher de notre confrère et de mettre à profil son expérience. Il lui demanda d’abord une entrevue; puis il lui proposa d'aller diner à la campagne pour causer plus librement; et, en parlant, il le remercia encore de scs bons conseils ('). Mais Van Mons avait aussi une demande à faire à son puissant ami, qui ne pouvait rien lui refuser. « Vous aurez du bitume de Tessel, avec une prière ollicielle de vous en occuper, lui écrivait le savant français. Peut-être trouverai-je, chemin faisant, d'autres produits à e.xaminer par la chimie, et eri$ mihi magnus ApoUo. » On voit que si le noble voyageur savait distinguer les talents, il connaissait aussi l’art d’en tirer parti. On aura pu remarquer encore que presque toutes les missions en Belgique avaient implicitement pour but de faire produire au pays le plus possible à l’avantage de la république ou de l’empire.
Lorsqu’après les événements de 1815, le roi Guillaume rétablit l’Académie royale des sciences et belles- lettres de Bruxelles, détruite par l’invasion française, le nom de Van Monsfut compris dansla première nomination (2 Juillet 1 81 G|;
(') • Moniieur el cher confrère, il me peine beaucoup d*élre déjà depuii deui on Iroii Jours i Bmieiles et de n*aroir pu encore aller tous chercher. Vous ne Kauriea douter de l'empressement que j'ai de vous voir, de visiter votre |»épioière el lie conférer avec vous sur les mojrcns de mettre en valeur les bruyères de la Campine, ce qui est le principal objet de mon voyage. Nous causerons aussi des parmentiers ou pommes de terre, etc. Je vais ce malin à une cérémonie de 1a faculté de droit; je dîne en ville, malgré moi et au préjudice de mon régime. Demain, vendreili, je serai à votre dis|»osition ; mandez-moi à quelle heure vous serez libre. — A Bruielles, 10 juin 1815. •
c Ne |K>urrions nous pas, demain mardi, nous dérober ensemble et faire oo pique*nique dans quelque guinguette rustique hors de la ville? ce serait la roeil* leure manière d'employer une agréable soirée, à la vue de la campagne, objet constant de mes méditations, et dont la prospérité est la seule passion qui me reste; vous me ferez dire ce que vous en pensez; et demain dans la matinée, je vous recevrai avec plaisir pour prendre nos mesures, convenir de l'heure et du lieu du rendez-vous.... ~ Ce lundi.
• Le sénateur comte Fkarçois di NiorciATiAU. •
et il avait, sons toas les rapports, les plus grands titres à celte distinction. Le collaborateur des Lavoisier, des Fourcroy, des Volta, des Berlhollct cl de tant d’hommes illustres qui caractérisent celle époque à jamais mémorable, ne pouvait être oublié lorsque la patrie réunissait ses sommités scienti- Gqaes. On devait naturellement se rappeler la part qu’il avait prise aux grandes découvertes qui avaient marqué le renouvellement de la chimie, soit par ses propres travaux, soit par son immense activité. On se souvenait de ses relations avec Brugnatelli et Voila, et de ce qu’il avait fait pour propager et défendre la théorie de la pile. Son heureuse organisation lui avait fait deviner, pour ainsi dire, tout ce qu’il y avait d’avenir dans les nouvelles doctrines dont on venait de jeter les bases. Aussi, lorsque PfalT vint montrer aux savants ses nouvelles expériences sur l’électricité. Voila l’invita à passer par Bruxelles, pour les répéter sous les yeux de notre célèbre compatriote; c’est encore à lui que furent adressés la plupart des résultats obtenus en Hollande par Van Marum, Paets Van Troostwyck et les autres savants dont les travaux donnèrent une juste célébrité au musée Télérien.
L’organisation des universités suivit de près celle de l’Académie royale; Van Mons fut un des premiers professeurs désignés pour y occuper une place importante; le gouvernement lui confia la chaire de chimie et d’agronomie à l’université de Louvain (1817) ('). Dans toute autre circonstance, Van Mons aurait sans doute refusé la place qui lui était offerte, car comment se résigner à quitter sa pépinière, résultat de tant d’années de travaux et d’expérience? Mais il venait d’être frappé successivement de deux coups cruels, dont le souvenir encore récent devait le porter à s’éloigner de Bruxelles.
(') Van Mont fut aussi compris, par le gouveroemeot, au nombre des savants appelés k composer PAcadémic royale de médecine de Belgique.
Van Mons avait épousé, en 179S, M"“ Diellen, fille d’un médecin respectable de Bruxelles, et il en avait eu successivement quatre fils ('). II eut le chagrin de perdre le plus jeune en 1815, et presque immédiatement après, son épouse chérie, par un accident aussi déplorable qu’imprévu. Ce double malheur le plongea dans le désespoir, et changea même totalement ses habitudes. Van Mons pouvait passer pour un des plus beaux hommes de son époque : sa taille élevée et bien prise, sa physionomie spirituelle et franche, ses yeux noirs et pleins de feu, le rendaient véritablement remarquable. Lui-méme prenait soin de faire valoir ces avantages naturels par une mise toujours recherchée. Mais, après la double perte dont nous venons de parler, il s’isola, se négligea entièrement; et, vers la fin de sa vie, il avait même porté cette négligence à un point tel que ses parents et ses amis s’en aflligeaient.
On conçoit que les nouvelles fonctions qui l’appelaient à Louvain firent une heureuse diversion à ses chagrins; on conçoit encore comment il put se résoudre à quitter sa pépinière, objet de ses constantes études. Il y comptait alors plus de 80,000 arbres; la majeure partie en poiriers provenus de scs semis. Le voisinage de Louvain et son activité extraordinaire lui permettaient de concilier scs fonctions nouvelles avec les soins qu’il devait à scs arbres chéris, « quand, en 1819, ex abrupto, le terrain que contenait la pépinière de la Fidélité fut jugé indispen.sable à être distribué en rues et partagé en lots pour être couverts de bâtiments. Van Mons fut sommé de le vider dans le bref délai de deux mois,
(*) Louit^Fcnlinanü, général dans Parméc belge , mort ; Charles, médecin d*uoe grande espérance, qui fut enlevé par le typhus, en 1837 ; Thédore, président de la haute cour militaire, et Auguste, qui mourut en 1815, à TAge de trois ans. Jean-Baptiste Van Mons avait é{K>usé en premières noces mademoiselle Coekel* l>erg, qij*il perdit peu de temps après son mariage, en même temps qu'une Aile qu'il en avait eue.
sous peine de voir tous scs arbres coupés et jetés au feu. Une telle injonction eût été mortelle pour d’autres ; Van Mons en fut vivement affecté, mais non abattu. Professeur a l’Université de Louvain, il résolut de transporter sa pépinière dans cette ville, afin de l’avoir sous les yeux sans quitter l’université; mais l’époque assignée pour vider le lieu était malheureusement celle du fort de l’hiver (l'''' novembre au 2o décembre). Van Mons n’avait de disponible qu’une partie du samedi et le dimanche de chaque semaine pour se rendre à Bruxelles. Cueillir des greffes, marquer les arbres les plus précieux et donner ses ordres pour le reste, fut tout ce qu’il put faire lui-même.... 11 put à peine sauver le vingtième de ce qu’il possédait, et encore ce vingtième consistait en bourgeons à greffer. I..e restant fut vendu ou donné à qui en voulait. Après une telle catastrophe. Van Mons aurait dû prendre des mesures pour n’ètre plus jamais exposé à en subir de la même nature; mais, incapable de méfiance, il loue, à Louvain, un terrain, appartenant malheureusementà la ville, pour y déposer les débris de sa pépinière de Bruxelles et y continuer ses semis et ses expériences. » Ici commence unesourcede nouveaux chagrins. L’autorité, qui aurait dû préserver ses jardins, comme l’étaient ceux des llespérides, fut la première à les abandonner à un véritable pillage. Mais nous laisserons parler l’ami de Van Mons, lesavant M. Poiteau, à qui nous avons déjà emprunté les détails précédents ('). : «L’utilité publique qvait juré d’empoisonner ses vieux jours. En 1831, nous allâmes faire le siège de la citadelle d’Anvers, et quoique la pépinière de Van •Mons fût éloignée de l’armée, les ingénieurs n’eurent pu trouver un endroit plus commode que cette pépinière pour cuire le pain de nos soldats. En conséquence, une grande
(') Voyez, Hans V H orticulltur belge, tome II, page 201 cl suivantes, sa nolicc sur les arlircs fruitiers et la thiïoric Van Mous.
partie lies arbres fut ilétruile; on construisit à leur place (les fours pour la nourriture ilc l’armée; quant aux fruits, ils furent exposés au p;aspillage des allants et des venants. La philosophie de Van Mous le soutint encore dans cette dévastation inattendue: il loua deux nouveaux terrains plus grands l’un que l’autre, pour repiquer scs jeunes plantes des 7', 8'' et 9'' générations sans interruption de mère en fils. H se consolait même, parce qu’il eut le temps de cueillir, quoiqu’en été, des greffes sur les arbres sacriliés pour faire place il la construction des fours; mais l’utilité publique n’avait pas encore épuisé toutes ses rigueurs contre lui. 11 n’y avait inalbeureusemcnt pas de Cbaptal dans le conseil du prince, et les ingénieurs n’y voyant goutte, décidèrent encore, en 18.14, au nom de l’utilité publique, que la pépinière de Van iMons, fût-elle aux antipodes, était le seul et unique point du globe propre à rétablissement d’une fabrique de gaz d’éclairage. Fasse le ciel que ces messieurs y voient plus clair par la suite. Mais il ne sera plus en leur pouvoir d’empécher que les véritables amis des lumières et de la prospérité publique ne regardent leur décision comme un acte d’ignorance et du plus grossier vandalisme. » Ce jugement est sévère, mais nous ne pouvons qu’y souscrire, en voyant surtout avec (luellc incroyable légèreté l’on traite parfois les établissements .scientifiques. Il est bon que les vandales des temps modernes sachent ipi’il existe un tribunal de l’opinion et que l’histoire inflexible est là pour y dénoncer leurs noms et leurs actes.
On a déjà pu voir que, malgré ces rigueurs. Van Mous poursuivait avec une incroyable persévérance le but qu’il voulait atteindre. Dans l’année même où on lui enjoignait de vider sa première pépinière, pour utilité publique, il entreprenait, avec Bory de Saint-Vincent et Drapiez, la rédaction <\cs Annales générales des svimccs plnjxiques. Il inséra dans ce recueil, qui ne parut malbeureusement que pendant deux
années, un grand nombre d’articles, et particulièrement sur la collarc des fruits, en y joignant les dessins des variétés noavelles qu’il avait obtenues.
Dans le cours de l’année 1825, se trouvant retenu audit par une blessure grave à la jambe, il profila de ce repos obligé pour publier un catalogue de fruits, dans lequel on trouve mentionnées environ 200 variétés. Il fil connaitre en même temps le principe de sa théorie, plusieurs de ses procédés de culture et sa manière de faire ses e.xpédilions.
Van Mons exerça, à Louvain, l’influence qu’exerce partout l'homme supérieur, celle de répandre autour de lui la vie dont il est animé, et de former des élèves qui marchent fermement dans la carrière où il a guidé leurs premiers pas. Ce n’est pas toujours dans la chaire qu’il faut juger le professeur; il faut voir comment il sait allumer le feu sacré dans ceux qui l’entourent habituellement, mériter leur confiance et leur inspirer le goût de l’étude et le désir de se distinguer. Ainsi, quoique Van Mons laissât peut-être à désirer, dansson enseignement, du côté de l’ordre et de la clarté, cependant les jeunes gens qui suivaient ses cours s’attachaient à lui : ils aimaient à recourir à ses conseils; ils lui portaient une véritable affection qu’ils lui conservaient bien au delà du terme de leurs études ( ' ).
La révolution de 1830, à ses débuts, se montra peu favo-
(') Après U mort de Ven Mons, pitiiienrt de ses ancieos élèves se sont réunis et ont fait un appel à leurs anciens camarades d^études |>otir PérccUon d*un moeument funéraire à la mémoire de celui f|iii fut leur malire. Nous extrayons les 0M)(s suivants du prospectus qui a été imprimé : « Nous autres Belges, ses élèves, qsi, dans nos relations intimes, avons été témoins de son inalléralde sérénité, au milieu des entraves que la malveillante médiocrité suscite toujours au génie, nous ne pouvions être inférieurs en graliliide aux peuples étrangers? Iiâlons-nous de le dire, Técole fondée par Van Mons, cette école dont tous les membres ont été constamment Tobjet de sa sollicitude, à la nouvelle de sa mort, lui a volé sponla* n/ment un moniiroenl sur le lieu de sa sépulture, où seront gravés sur la pierre Ws noms de ses élèves reconnaissants, etc. i
rabtcaux universités de l’État: dans l’attente d’une réforme, elle leur fit subir une mutilation préalable; l’Université de Louvain finit même par être légalement supprimée, et fit place à l’Université catholique. Van Mons, par suite de ce changement, fut nommé professeur à Gand; mais son âge avancé, ses habitudes et l’impossibilité de transporter ses riches pépinières l’empèchèrenl de se rendre à son poste. Le gouvernement sentit tous les droits que ce vétéran de la .science avait si légitimement acquis à sa bienveillance, et il lui accorda, avec l’éméritat, le maximum de la pension de retraite. Bientôt après, le roi lui conféra la décoration de son ordre. J’ignore si notre confrère la porta jamais, non à cause de scs vieilles habitudes républicaines, mais parce qu’il ne paraissait plus en public. 11 fallait même être de scs proches parents ou de scs amis intimes pour avoir accès auprès de lui. En 1837, il perdit le second de ses fils, et la douleur qu’il en éprouva rendit plus sévère encore l’espèce d’isolement qu’il s’imposa.
La volumineuse correspondance de Van Mons avec les hommes les plus savants et les plus influents de l’empire, celle particulièrement qu’il entretint avec le comte de Lacépède, chancelier de l’ordre de la Légion d’honneur, prouve assez qu’il se trouvait à la source de toutes les faveurs et qu’il ne cherchait point à en user pour lui-mème. A deux reprises différentes, le comte de Lacépède lui avait offert, de la part de l’empereur, soit l’étoile de la Légion d’honneur, soit de se rendre à Paris pour y occuper des fonctions lucratives. « J’aime trop mon indépendance, lui disait Van Mons, pour accepter vos offres : cette indépendance, d'ailleurs, par suite des services que j’ai rendus à la France, me donne le droit de solliciter des faveurs pour mes compatriotes. »
Cette correspondance est pleine de détails intéressants
pour l'histoire des sciences et pour la connaissance de l'homme; il serait peut-être à désirer qu’elle fût soigneusement examinée; il y aurait, certes, plus d’utilité à en recueillir que de bien des publications volumineuses que l'on extrait à grands frais de la poudre des bibliothèques (*). Jus-
(') On a souvent parlé de l'iniérél que prenait le vainqueur d*ArcoIe aux travaux de rioslitui; il est curieux de savoir comment il assistait aux séances et de Tap* prendre par Gnylon Morveaii, l'un des membres les plus disiingués de ce cor|»s saTSDl ;
■ Nous avons eu une séance brillanle, où le général Buonaparle a assisté : il nVo a pas manqué une particulière depuis sa réception. Il y arrive avec tant de soin^ que la moitié des membres présents ne savent que le lendemain qiril y était. Il me rappela, avant-hier, très-honnétement qu^il était venu à mes cours à Dijoo, étant alors oflicier d’artillerie au régiment de la Fèrc, en garnison à Auionne, qui est à six lieues de Dijon. J’ai eu, en effet, souvent des ofDciers de celle garnison qui obtenaient des congés |>our cela. J’en ai eu dix-huit l’année que Bertboilet découvrit l’argent fulminant, et les rendis témoins de ce phéno- Dèoe, è la séance qui suivit l’arrivée de celle nouvelle en quatre lignes dans le joarual de Paris.
» 0 janvier 1708. » ■> L. B. Gerroü.
Malgré le souvenir affectueux de Buonaparle, il parait que la posillon de l'illustre chimiste ne fut |K>inl améliorée, du moins pendant les années qui suivirent} il écrivait, en effet, en date du Sd mars 1800, le passage suivant, qui i»eut servir de consolation ii plus d'un savant réduit, comme Giiyton Morveau, è corriger des rpreuves par des lésineries parfois irés-mal entendues de ceux qui croient diriger les Kîences et les lettres :
• J’ai près de vingt-cinq tableaux pour mes cours, que je livre aux élèves depuis plosienrs années et qu’on me presse de donner à l’impression ; j’en ai déjà comtnoQiquè une partie à l’Institut; mais le temps me manque, et je dirais bientôt les forces, car elles s’épuisent à me traîner tous les jours à l’École polylecboique, à la Monnaie, à rinstitul; et je n’ai pas de quoi me faire aider par d’autres jambes quf les miennes. J'ai monlé un laboratoire chez moi, et je oc trouve pas en quinze jours an quart d'heure à y donner; j’ai quatre mémoires importants commencés, uoe suite d’expériences pour terminer mon travail sur le carbone, |K>ur réduire en pratique les vues que je présente, ma découverte du principe colorant du lapis lazuli, que j’ai lue, il y a deux mois, à l’Institut; Je ne puis y |»enser que t>our déplorer rim|M>ssibililé de m’eo occuper. N'avais-je pas lieu d'espérer, après quarante ans de services en tous genres, une autre part dans les nouvelles promo- UoBs? Je me rap|>elle quelquefois ce qu’Arlhur Young a dit dans son voyage en Fraoce, qu'il regrettait le temps que j'employais à corriger les épreuves. Que diraii-il en me voyant aujourd’hui, n’ayant pas même un copiste, et réduit à coorir d’nne fonction à uoe autre dans les boues de Paris! * L.-B. Guvtur. •
Voici deux autres exemples semblables à celui que nous venons de citer.
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(|u’uu (luniier inslaiit de sa vie, Van Mons continua à s'occu[»cr (le ses éludes, à sc tenir au courant de tout ce qui se faisait de nouveau dans les sciences, à écrire et à imprimer les résultats de scs observations |' ). L’n mois avant sa mort,
Piiitsenl-ih oxcrcor «tuffltimt lion crTet mix <|ni iliütrihiient les lilté*
r.iircs <*( sci« nliri<|iics, ain^^i <|uc siii- lc« honirotü de talent <|ii*on oublie cl qui auraient besoin qii'on leur ia|)|>cMt leur dignité :
U Les circonstances m'unt rorcé (rinlerrom|trc, de|iiiis (|iiatre niois^ mon die lionnaire étymologique et complet de la lan^rne française, six vol. in^foi., et jc unis avoue que c'e»l un des cliafti iiis de ma vie. Je Tai commencé en I77G, et i*y ai dépensé qiiaranle mille livres et fait trois mille lieues de voyage pour rv nieillir tons les matériaux «lonl j*a\ais be»oiii. l.a Commission exéculiic d*instnic lioit publique u'a rien fait pour moi, iiialj^ré des promesses réitérées : j*ai pru le parti de qiiiller les lettres pour trois ans et de faire le comiiieicc de la librairi« . J'ai mieux aimé me résoudre à ce sacrifice que de demander juslice deux fois.
« âJ thermidor au III. Poteexs. "
■ Je vous lemcrcie des «iémarclics que vous avez faites pour moi, Je iCai rim et e.opère peu. Je vais probablement me Jeter dans rinstruclion publique qu'oo u modifier et on il y aura des places h donner. Je complais aussi sur François, j'i^iiore s'il m'a servi, lorsque je me suis mis sur les ran^s an Corps léuislalif, car lin qin nr.iccuetllail si bien lursqu'il était ministre et que Reveillière éiaiidirn* tour, m'a constamment fermé sa pot le, cl n\i répondu a aiiciioe de me> leuro. J'en trouve beaucoup comme cela, mon cher, et mon cuuir en souffre encore phn par raison de moralité <pic par raison d'intérét personn* I. Hans quelle situation nuUï sommes lomités! que J'aurais de choses à vous dire!
• ÔO noieuibre 1800. Bosc. •»
« On peut en croire ce sasant .sur parole, car c'est lui qui, dans un nohle déroiu meut pour inail.ime Roland, suivit Jiisqii'.iu pied de réch.ir.iiid la charretie qui la iratiiail au supplice, et les derniers regards de celte noble victime de» lyrau» resoliitionnaires purent, avant de s'élcindre pour Jamais, se fixer sur l'amt coula^eiix qui semblait en quelque sorte vouloir s'associer à sa mort. t>{/îiographi( tifs cofitemporaifis.)
Près de mourir, il écrirait les mots suitanis :
•• Je recommande à mes fils de faire réunir sons leurs yeux par Ferdjuand (son dome>ti([iie), et chacun à p.trt, les manuscrits des deux antres volumes de mon ouvrage des /-.'r/icrs^ du troiMèine volume ilc ma l*omonomiv et «lu sixième de mou .ibrt'ÿc (fc c/timii'... Ils trouveront d.iiis mes papiers le manuscrit du mémoire de \«»lta sur la pile ^aUauiquc. C'est un iii-folio italien, écrit eu lonfjucs lettres e<p.i^noles : il renferme la découvei te la j»lus utile (|iii ait Jamais été faite. I.'aolfiu emo).i le lu.muscrii À un B« Ijic, pour être inséré dans son Journal de Chimie rt de /Vii/ji«ync. «leux .ms .u.int «le le f.iire conn.vllic par sa pr('s<'nlaiion à la Socicié lojale de l.oudi'i s... Ib posiz ce diHunu ut, éent «le la main de l'aiiteur, aux archives de l'Acadéime.... » MM. \aii Mous ont satisfait au désir de leur |»èrc.
il voulut revenir à Bruxelles, se rapprocher des deux fils qui lui restaient, et des tombeaux de ceux qu'il n’avait cessé de pleurer; mais bientôt la force de l’habitude l’emporta, et il retourna subitement à Louvain, pour se renfermer de nouveau au milieu de ses papiers : c’est là que la mort vint le surprendre, le 6 septembre 1842. Selon ses désirs, son corps fut transporté à Bruxelles et déposé au cimetière de Molenbeek, dans la même tombe qui s’était rouverte, quelques années auparavant, pour recevoir le second de ses fils.
Je n’ai point encore parlé des qualités personnelles de Van Mons: elles étaient telles, qu’il était difficile de le connaître sans l’aimer. Il était d’une bonté et d’une générosité à toute épreuve, d’un désintéressement dont on trouverait peu d’exemples, et toujours prêt à exalter les mérites des autres. Un seul trait, dont nous avons eu connaissance, non par lui, mais par la correspondance qu’il a laissée, prouvera do quelle estime il jouissaitsous le rapport de l’honneur et de la probité. A l’époque de la déportation de Pichegru, une personne qui avait été attachée à ce général et qui së trouvait alors détenue au Temple, voulut mettre en sûreté un dépôt d'une valeur considérable qu’elle avait été forcée, avant son arrestation, do cacher en terre dans les environs de Bruxelles: c’était une valise contenant deux mille doubles louis et une collection de diamants. Dans sa détresse, le malheureux prisonnier ne savait à qui s’adresser pour assurer la conservation de ce dépôt; c’est sur Van Mons qu’il jeta les yeux, sur Van Mons qu’il no connaissait pas, mais qui lui avait été désigné comme l’homme méritant le mieux une si haute marque de confiance (').
vivacité de son imagination ne lui permettait pas toujours de se resserrer dans les inflexibles limites du positif;
(*) Nous avons reprodiiU c€tle leUrc dans une noie spéciale que nous avons conaaerée k la mémoire de Vao Mons.
t!l,eii iloiitiaiU carrière à cette l'acuité, qui était prodigieuseinciil développée chez lui, il savait imprimer ii ses récits une tournure iiiquanle et originale. Ceux ipii ne le connaissaient |)as ont pu l'cn blâmer; pour les autres, il leurrât étédillicile de ne pas lui passer les exagérations auxqmdics il ■SC livrait parfois, on |)Ourrait dire avec une bonhomie qui jfr tait un nouveau charme sur sa conversation.
Sans insister sur le mérite des ouvrages de Yan Mous et sur les services qu’ils ont rendus à la science, nous nous contenterons de reproduire ici qmdques-uns des jugements porl’‘S sur les travaux de notre célèbre compatriote. «... Le nom de Van Mons, notre giand propagateur de bons fruits, dit Charles Morren, est aussi populaire aux Ktats- L'nis qu’en Belgique, et les bonnes espèces de poires ou de pommes que ce Nestor do notre jardinage a |)rodiiites dan> les plantations île Louvain tombent plus vite dans le commerce de l’horticulture américaine que dans celui de l’horticulture belge. Nous vouons, me disait un .Américain, la plus vive reconnaissance à Van Mons, car c’est grâces aux procédés qu'il em[)loie |)Our jiroduire de bons fruits cl |)Our en propager les grell'es, que nos tables, aux Klals-Lnis, oll'renl des desserts délicieux et que nos jardiniers exercent un art lucratif. Croirail-on, en cll'et, qu’au printemps de 183i, plus de trois rrnts variétés choisies de poires belges, ou, comme les appellent les habitants de rUnion, des |)oircs llamandes, ont été introduites à Boston? » U)e l'iti/lHencc delà Hchjiquc sur l'industrie horticole des Ktuts-l nis.]
M. Mandel, chargé par la Société d’horticulture de Nancy de jeter «pielipics fleurs sur la tombe de celui qu’il nomme le prince des horlieulteurs eontenijioruins, termine ainsi son éloge : « IMus tard, la Belgique aura-t-elle à reprocher, à l’égard du célèbre Van Mons, la faute énorme commise par la France envers Parmentier? oubliera-t-elle de lui élever
uncslaluc? on doit le craindre! car les hommes sont ainsi faits : ils dêilienl, ils immortalisent les héros et jusqu’aux tyrans qui les ruinent et les égorgent, et ils laissent tomber dans l’oubli les seuls grands hommes qui les instruisent ut les nourrissent!... »
Enfin M. Poiteau, qui a pris soin de réunir les principales vues de notre célèbre compatriote et de présenter sous une forme claire et précise les moyens employés par lui pour améliorer les fruits ('), dit à son tour : « Aujourd’hui j’appelle le principe de ces moyens Théorie Van Mons, et mon but est d’en indiquer l’origine, de la développer, de l’appuyer par des raisonnements, par des faits, de tâcher d’en démontrer la solidité, de la faire admettre parmi nous, et de la présenter comme l’une des plus savantes et des plus utiles découvertes que le génie et le raisonnement aient faites vers la fin du xvin' siècle! »
Que peut-on ajouter à de pareils éloges? Ces paroles, sous une plume étrangère, prouveront du moins que notre pays s’est associé au grand mouvement intellectuel qui a marqué la fin du dernier siècle, et c’est particulièrement à Van Mons que nous en sommes redevables.
(') i/ortieuUeur belgCf lome II, pa^^ei 301 et 350, et les Annales de ta So ciété d'horticulture de Paris, lome XXXI, pa^^e 38S.