DANIEL-JOSEPH-BENOIT MARESKA
C'est une douce consolation pour l'honnête homme de s'élever des rangs inférieurs de la société et de parvenir^ par ses talents et son caractère, à prendre une position distinguée et à jouir de l'estime de tout ce qui l'environne. Mareska avait rencontré^ dans le cours de ses premières années, bien des difficultés ; mais il sut les vaincre dès ses étades universitaires, et son excellente conduite fixa bientôt l'attention des hommes qui pouvaient exercer de l'influence sur son avenir. La nature semblait l'avoir traité d'une manière privilégiée, car il joignait un physique avantageux à des qualités morales et spirituelles très-remarquables.
Ses premiers débuts à l'Université de Gand furent signalés par différents succès qu'il obtint dans les concours. En 1824, il remporta le prix de l'Université de Liège, par un mémoire sur la théorie des limites. Ses prédilections, dans sa première jeunesse, le dirigeaient plus spécialement vers les sciences mathématiques, et il semblait en effet avoir des dispositions particulières pour les cultiver avec supériorité. Deux ans après, il remporta une distinction semblable dans
(') Né à Gand, le 9 septembre 1803; mort clans la même ville, le 31 mars 1858.
l'université de sa ville natale, par un mémoire sur la ihéorie des caustiques par réflexion et par réfraction (*). Ce sujet occupait alors non-seulement les mathématiciens belges, mais encore beaucoup d'hommes remarquables des pays avoisinants, qui cherchaient à simplifier cette théorie et à la ramener à sa plus simple expression.
C'est à cette époque aussi qu'à l'occasion de sa promotion au grade de docteur en sciences, il écrivit son mémoire sur les lois de l'électricité dynamique. Immédiatement après (1827), il fut nommé à la chaire des sciences mathématiques de TAthénée royal de Gand. Il fut en même temps appelé comme professeur de chimie à l'école industrielle, cjui était annexée à l'université de la même ville. La première de ces places était devenue en quelque sorte une espèce de t^écompense pour les étudiants les plus distingués de l'université.
Lors de l'organisation de l'Athénée deGand, en 1814, l'université n'existait pas encore; elle ne fut créée que deux ans Oprès. M. Quetelet y était chargé de l'enseignement des niathématiques, mais il n'eut pas de peine à faire comprendre 5;on insuffisance pour développer, seul, les sciences mathérnatiques et physiques, dans un athénée royal qui tenait à Se placer en première ligne. On nomma successivement IVlM. Le Maire, Mareska, Lefrançois, Duprez, qui succé- <lèrent les uns aux autres et qui éveillèrent une émulation Vitile parmi les jeunes gens.
Mareska sentit cependant que la place de professeur de rtiathémaliques à l'Athénée serait insuffisante pour le mettre ^ même de poursuivre toutes les études qui loccupaient : il l^rit, en 1829, le diplôme de docteur en médecine, comme
(■ ) Josephi Mareska Gandavensis re$pon$io ad quaestionem : In inveitiga- * éones mère mathematicas de causUcis per reflexionem et refracUonetn, etc., ^ vol. in-4<*, 50 pages et 2 planches. Gand, 1826.
inaugurant ia nouvelle carrière qu'il se disposait à suivre. Son attention s'était, depuis longtemps , portée vers les sciences d'observation et particulièrement vers les sciences médicales. A la suite de la révolution de 1830, la suppression des facultés de philosophie fut décrétée; il se forma des hcxûiés libres pour renseignement de ces mêmes sciences, et Mareska fut chargé de l'enseignement de la chimie. Il occupa ces fonctions jusqu'à l'époque de la réorganisation de renseignement supérieur, et devint alors professeur extraordinaire de ce cours, qu'il continua d'enseigner jusqu'à la (in Je sa vie. Il échangea toutefois ce titre contre celui, plus élevé et plus productif, de professeur ordinaire.
En 1830, il publia, avec M. Donny, une lettre à M. Dumas sur la suspension de l'aiBnité par le froid, lettre qui a paru dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences de Paris (séance du 7 mars 1845). Cet écrit était assez remarquable pour que Berzélius, dans son rapport sur les progrès de la chimie, appréciât les recherches qui y sont contenues. « Ce sont là, dit-il, des expériences de la pljus haute importance pour la chimie théorique. » L'appréciation d'un homme aussi célèbre doit exercer quelque influence sur l'esprit des juges en pareille matière.
Dans le cours de la même année, l'Académie royale de Belgique fit paraître, dans le tome XII de ses Bulletins , lextrait d'une lettre que les mêmes savants avaient adressée à son secrétaire perpétuel, sur les modiflcations que présentent certains corps dans leurs propriétés chimiques, quand ils sont portés à une température excessivement basse. Ce travail avait principalement pour but de montrer que les expériences faites à Gand avaient précédé celles faites sur le même sujet par de Schrôtter à Vienne, et que les auteurs avaient reconnu que l'afTinité entre plusieurs corps se trouve diminuée par l'influence du froid.
Mareska s était occupé de ces recherches avec M. Donny, qui lui servait d'aide à l'Université de Gand. L'Académie a inséré dans ses recueils plusieurs autres ouvrages dus à la même collaboration. On trouve, dans le tonne XVIII de ses Mémoires^ un écrit sur un appareil de Thilorier modifié, concernant les propriétés de l'acide carbonique liquide et solide, et, dans le tome XXVI, des Recherches sur t extraction du potMsium,
Le tome XIV des Bulletins renferme aussi des travaux de Mareska qui ont pour objet les sophistications des farines et du pain : l'attention de notre confrère s'est toujours portée d'une manière particulière vers tout ce qui concerne les aliments et l'état des produits qui servent à la consommation. Ainsi, il composa avec notre confrère J. Kickx son rapport sur l'épidémie des pommes de terre , et il fit avec M. Hyman une enquête sur le travail et la condition physique et morale des ouvriers employés dans les manufactures de coton.
Il écrivit, plus tard, avec M. Valerius, actuellement professeur de physique à l'Université de Gand, le cours de chimie organique et inorganique qui parut pendant l'année 1848. Cet ouvrage, traduit de l'allemand, avait pour l)ut de faciliter l'enseignement.
Nous devons mentionner encore la part qu'il prit à la composition de la Pharmacopée ^ ouvrage dont le Gouvernement désirait vivement la publication et dont l'utilité n'a pas besoin d'être démontrée. Il était ainsi toujours prêt au travail et ne refusait jamais ses soins dès qu'il s'agissait d'une œuvre utile.
Mareska avait été décoré de l'ordre de Léopold pour les nombreux services qu'il avait rendus aux sciences par ses Iravaux et par le concours qu'il avait prêté à tontes les recherches demandées par le gouvernement.
L'année i830, comme nous l'avons vu, avait changé totalement sa position ; elle Ini avait fourni en même temps une occasion favorable pour augmenter, par une observation active, ce qu'il possédait de connaissances théoriques. Il fut nommé médecin de la maison centrale de détention, l'une des prisons les plus considérables du royaume ; plus tard, il fit partie de la Commission médicale provinciale et fut revêtu d'autres fonctions, qui, jointes à son enseignement, lui causèrent, pour se tenir au niveau des progrès de la science, des fatigues incessantes qui finirent par ruiner graduellement sa robuste santé.
Mareska était l'un des fondateurs de la Société de Médecine deGandy qui l'a choisi, quelques années avant sa mort, comme un de ses présidents. Il a pris une part très-active aux travaux de cette association : c'est ce que montrent les nombreuses communications sur les sciences qu'il a insérées dans ses différents Bulletins.
L'Académie royale de médecine, à laquelle il fut également attaché en 4848, reçut différents articles de sa composition et d'intéressants rapports sur des travaux qui avaient été soumis à son examen.
Le savoir, Fimparlialité, ladoiture de caractère qui distinguaient Mareska, avaient souvent engagé le Gouvernement à recourir à son expérience pour les renseignements qu'il désirait recevoir. Ses appréciations inspiraient, avec raison, la plus grande confiance; et le Ministre de la justice crut devoir publier les rapports qu'il lui avait adressés sur l'état sanitaire des détenus correctionnels à Hémixem.
« Pendant ses dernières années, quand il avait à lutter d'une manière incessante contre la maladie qui l'a conduit au tombeau, m'écrivait un de ses collègues, je l'ai entendu maintes fois gémir sur Timpossibilité où il se trouvait de donnerrégulièrement ses leçons. A peine convalescent, nous
lavons vu souvent se faire conduire jusqu'à l'université, et quand il se trouvait dans l'impossibilité d'arriver jusqu'à son amphithéâtre, il demandait à Tun de ses collègues de lui céder une salle au rez-de-chaussée. »
c( Mareska est mort le 31 mars i858, à la suite d'une hydropéricarde ; et jusqu'au dernier instant, il a conservé toute la sérénité de son caractère. Il a vécu et il est mort en bon chrétien. Il a réclamé lui-même les secours delà religion, au moment qu'il a senti ses jours sérieusement menacés. »
L'enterrement eut lieu le 2 avril 1858. Les représentants des principales institutions auxquelles Mareska avait appartenu vinrent successivement rendre un dernier hommage à sa mémoire, à ses rares qualités, et exprimer des regrets partagés par toute la population gantoise.
HENRI-GUILLAUME GALEOTTl.
Peu de jeunes gens préludèrent d'une manière plus heureuse à leur carrière scientifique, peu y apportèrent des qualités plus aimables et plus bienveillantes que le savant dont j'essayerai de retracer la courte existence. Plein d'ardeur pour 1 étude, plein du désir de s'y livrer avec énergie, il vint échouer devant un mal qui amortit ce feu créateur, et la fortune lui sourit si peu qu'elle comprima les dons naturels par lesquels il se distinguait le plus.
Henri-Guillaume Galeotti était d'origine italienne : son père était de Milan; lui-même était né à Paris, au milieu des événements militaires qui répandirent le deuil autour de son berceau ('). Il suivit, bientôt après cette époque, son père en Belgique, et, dès qu'on put le remarquer, il se plaça, par ses facultés intellectuelles, dans un rang élevé. Galeolti
(*) Il éuil né le 10 septembre 1814 (ceUe date eil extraite des actes de oaissance du 5">' arroodissemeat de Paris), o II avait été enre|{istré devant M. Maavaye, maire, le 12 septembre 1814, comme fils de dame Esther- Agathe-Christine Kraus, tous le nom de Henri-Guillaume. >
Galeotti avait été naturalisé Belge par arrêté royal du 38 février 1845. Il est mort le 14 mars 1858, pendant le même mois que Mareska, avec qui il avait «railleurs tant de rapports.
n'avait que vingt et un ans lorsqu'il se fit connaître de l'Académie royale de Bruxelles par le prix qu'il y remporla pour son Mémoire sur la constitution géognostique de la province de Brabant (*).
Cet écrit assez étendu nécessitait des recherches nombreuses sur la nature des terrains de la province, et exigeait la connaissance des différents ouvrages modernes de minéralogie et de paléontologie. L'auteur le rédigea avec une simplicité pleine de modestie, mais en homme qui se sentait la force nécessaire pour se livrer à des études sérieuses. On cJoit s'étonner toutefois que, préparant ce travail dans un ôge aussi peu avancé, il pût parler déjà des voyages scientifiques qu'il avait accomplis. « Depuis plusieurs années, dit-il dans sa préface, l'Académie des sciences de Bruxelles ^vait proposé au concours la description géologique du Bradant; personne n'avait encore traité cette question, lorsque, revenu de longs voyages que je fis en Saxe, en Bohème, au Harz, etc., dans le but d'approfondir les sciences géologic|iies auxquelles je me vouais depuis plusieurs années, je me hasardai de répondre à cet appel. Mes faibles talents et tiion jeune âge me faisaient peut-être un devoir de ne point entreprendre une si rude tâche ; mais le désir orgueilleux lie marcher sur les traces frayées par tant de succès divers des d'Omalius d'Halloy, des Cauchy, des Dumont, des Sauveur, des Schmerling et d'autres, qui honorent la Belgique |jar leurs travaux géologiques, et l'exemple que m'offraient oes savants, ont fait naître en moi l'idée présomptueuse que je pourrais soumettre une description géognostique du Brabant à leur approbation (*). »
(') Tome XII des Mémoires couronnés de l* académie royale de Belgique,
(») Préface du Mémoire sur la constitution géognostique, page 30, lome XII ^Ui Mémoires couronnés de l'Académie,
C'est surtout par les recherches paléontologiques que cette descriptioD se fait remarquer et qu'elle sut mériter des éloges. Non-seulemeut Galeotti remporta le prix du concours , mais l'Académie voulut donner à l'auteur un témoignage de confiance. Elle avait demandé, dans ses programmes des recherches sur la géologie de nos principales provinces; elle crut que l'instant était venu de procéder à un travail général et de demander la carte géologique de tout le royaume.
Le 2 juillet 1830 (') parut un arrêté royal qui portait qu'une carte géologique de la Belgique serait exécutée aux frais du gouvernement, sous les auspices de l'Académie royale de Bruxelles, et que l'étude des terrains et le tracé de leurs limites seraient remis dans le terme de trois ans. Cet arrêté stipulait de plus que le sieur Dumont, professeur à rUniversité de Liège et membre correspondant de l'Académie royale, serait chargé de l'exécution de la carte comprenant les provinces de Liège, de Namur, de Hainaut et de Luxembourg, et que le gouvernement se réservait de désigner ultérieurement la personne chargée d'exécuter les études relatives aux provinces de Brabant, d'Anvers, des Flandres et de Limbourg.
Le savant que concernait cet arrêté , sans cependant le désigner encore, était, conformément au désir exprimé par l'Académie, le jeune Galeotti. Mais, par suite de l'absence prolongée de ce naturaliste, le gouvernement dut confier (eut le travail à Dumont, qui s'acquitta, du reste, de la manière la plus digne de cette mission importante. On ne peut que regretter de voir ces deux savants, en qui l'Académie avait mis de si nobles espérances, terminer tous deux leur carrière dans un âge peu avancé et à si peu de temps d'intervalle.
(') Bulletins de l'Jeadémie, tome III, page 234, 1836. M. GaleoUi était parti (le Hambourg au mois de septembre de Tannée précédente, et s*était renda à Vcra-Cruz.
PeDdanl son séjour en Amérique, Galeotti fut loin d'oublier rAcadémie; il la tint au courant de ses principales excursions et lui communiqua la plupart de ses travaux. Nos bulletins témoignent de ses sentiments d attachement pour Je corps qui avait récompensé sa première œuvre et qui avait voulu l'associer à une de ses entreprises les plus importantes. Dans ses différents voyages en Amérique, et particulièrement dans le Mexique, on le voit toujours tourner ses regards vers sa patrie adoptive, prendre plaisir à lui parler de ses études et s'efforcer de lui montrer qu'il n'est pas indigne des sympathies du premier corps scientifique de l'État (*).
(') Nous rappellerons ici, avec plus de délails, les reuseignemenls que GaleoUi parall avoir commuDiqués lui-même à M. La Sègue el que celui-ci a publiés à Paris, dans un recueil scientifique :
c Parli de Hambourg en septembre 1835, il arrive à Vera-Crnz en décembre, à répoqoe où la végétation est |>our ainsi dire stalionnaire; une herborisation de quelques jours lui amène cependant la découverte de quelques espèces nouvelles. Il visite ensuite la région fertile el tempérée de Xalapa, ville située à vingt-cinq lieues de Vera«Cruz. Un séjour de six mois lui permet de récolter une foule de plantes vivantes (surtout des orchidées) el d'échantillons desséchés. De Xalapa, BI. Galeotti poursuit sa route vers las Vigas, régions froides el boisées de la Cordillère, que Ton quitte pour entrer dans la région froide des plaines de Perole. Il observe toute la contrée de plaines depuis Perole et au delà de Puebla jnsqu*au pied de la chaîne volcanique de riztaccihuall et la chaîne qui sépare les plaines de Puebla de celles de Mexico. A trois différentes époques, en 1836, 1837, 1838, il herborise dans la plaine de Mexico, près d*Ayotla, de Chalco, de San Augustin, de Tisayuca, etc., jusqn*ii Pachuca. En juillet 1836, il se rend aux montagnes de Real> Monte; accompagné de H. Cb, Ehrenberg de Berlin, il herborise, pendant deux à trois mois dans cette intéressaule région. Il visite quelques pics élevés, tels que le Sumate et le Cerro del Aguila, Régla, près de Real-Monte, le ravin du Rio-Grandede Mextitlan, à 1,000 pieds plus bas que Régla, les montagnes escarpées de la Cordillère de San-Jose-del-Oro, au nord de Zimapan, etc.
> A la fin de 1835, M. Galeotti part de Mexico pour visiter la Cordillère occidentale du Mexique, en passant par San-Juan-del-Rio, les plaines de Zelaya, Salamanca et Léon. Il visite Guadalaxara el les rives du lac de Chapala, à treize lieues de cette ville. Une course rapide le transporte ensuite à San-Blas, au bord de Pocéan Pacifique.
9 A son retour de la cdte, en 1837, il se rend à Guanaxuato, à la Sierra de Sanla-Rosa, etc. Au mois de juin, il part de Mexico pour visiter le haut volcan de Popocatepell et en rapporte un herbier recueilli pendant un campement de trois
Il revint en Belgique vers la fin de Tannée 1840, et dès la première séance d'élection qui suivit son retour, il obtint les suffrages de TÂcadémie, qui le nomma au nombre de ses correspondants (le 7 mai 1841).
M. Galeotti rapportait une riche moisson d'objets d'histoire naturelle. Sa modestie et les limites du temps dont il pouvait disposer ne lui permirent pas de s'occuper seul à mettre le public dans la confidence de tout ce qu'il avait réuni dans ses voyages; il en communiqua cependant une série à TAcadémie royale de Bruxelles, avec laquelle, comme nous venons de le dire, il avait toujours entretenu des rela-
jours, près des limiles delà végétation, à 10,500 pieds; il repart en juillet pour les riches régions de Micboacan, après avoir visité et escaladé le sommet du Campanario (clocher) de Nevado de Toluca, situé à près de 15,000 pieds de hauteur absolue, et les rives du lac qui remplit en partie la cavité de Tancien cratère. Il explore successivement Morelia (Valladolid de Michoacan) et ses environs, Jesotdel-Houle, Santa-Haria, Iarlpeo(à 5,000 pieds), Paizenaro, le volcan de Jorullo, Uruapan. De ce dernier endroit, il traverse toute une région de montagnes et arrive à Guadalaxara. En décembre 1837, il se dirige vers le nord sur Agoas- Calieotes et surSan-Luis-Potosi, ville située près du tropique et à plus de 6,000 pieds au-dessus du niveau de TOréan. De retour à Mexico, en avril 1838, après un voyage de (|uatre à cinq mille lieues, il revient à Xalapa et à Vera-Crnz, et va établir sa station botanique à la colonie allemande de Mirador et de Zacuapan. Au mois d*août, en compagnie de ses trois amis, les naturalistes MM. Fnnck, Ghiesbreght et Linden, il visite le pic élevé d'Orizaba. Établi pendant onze jours avec ses compagnons dans une caverne située à environ 11,000 pieds, il recueille, entre 9,000 et 12,800 pieds de hauteur absolue, 3 à 400 espèces de plantes.
n En avril 1839, M. Galeotti part pour Tehuacan, dans TÉlat de Puebla, par Cordova, Orizaba et Acultzingo; visite Oaxaca et le Cerro de San-Felipe, au nonl de la ville, Yavezia, Castrasana, etc., dans la Cordillère orientale d^Oaxaca et la Chinantla, vaste réunion de ravins et de montagnes. Son voyage à la Cordillère, au sud d*Oaxaca et à la côte Pacifique, est marqué par des stations importantes : la plaine d*Oaxaca, Sola, Juquila, près de la côte, à 4,000 pieds d*élévation dans la Cordillère et près du mont de la Vierge, et où se trouve la flore la plus riche, la plus variée et la moins connue du Mexique. De retour à Oaxaca à la fin de 1859, il parcourt la Misteca-Alta, Penoles, laltepeque, Nusinu, etc., retourne h Vera- Cruz par Tehuacan, Hualusco et la colonie de Mirador, et quitte le Mexique en juin 1840, effectuant son retour par la Havane et PAngleterre. » (Extrait du Musée botanique de JU. Benjamin Delessert, par A. La Sègue; Paris, 1845, in-8*^, pages 909 et suivantes.)
lions; le surplus de sod butin scientifique enrichit successivement différents recueils.. « L'herbier qu'il avait formé était composé de 7 à 8,000 espèces, dont un grand nombre étaient nouvelles ; mais une partie seulement d'entre elles a été décrite, soit par Galeotli, soit en collaboration avec d'autres botanistes : les fougères et une bonne partie des phanérogames par Marlens ; les orchidées par Âch. Richard ; les graminées par Trinius, etc. (*).
Le travail sur les fougères méritait un examen tout particulier; l'attention que Marlens et Galeolti ont portée sur ces plantes s'explique facilement, si l'on considère que le Mexique est, peut-être, l'un des pays du monde entier qui en est le plus richemenl doté. Sur 160 espèces qui proviennent de ce territoire, il s'en trouvait plusieurs encore inconnues jusqu'alors : des planches nombreuses en présentent la configuration, qui est décrite, du reste, dans un texte faisant l'objet d'un mémoire assez considérable (*).
M. Galeotti était plein d'ardeur pour les sciences; ce qu'il possédait n'était rien à ses yeux : sa fortune, son existence, tout leur était consacré. Il forma, dès son retour, un grand «établissement horticole, et il en proportionna l'importance tien plus aux idées qu'il avait conçues qu'à ses ressources pécuniaires. Mais il sentit bientôt que le commerce a d'autres exigences que celles qui résultent du savoir, et qu'en voulant y réussir, il ne suffit plus de connaissances étendues ni ^e pensées généreuses. Il dut céder à des préoccupations toutes différentes de celles qui l'avaient dominé jusqu'alors : il se sentit transporté dans un monde nouveau, dont il ne connaissait ni les expédients, ni les écueils.
(') Notice nécrologique sur H. Galeolli par M. Ed. Morren.
(*) Mémoires sur les fougères du Mexique, et considérations sur la géographie botanique de celte contrée, par Martens et H. Galeotti, (ome XV des Mémoires de VJcadémie de Bruxelles, année 1843.
Ce retour l'affecta vivement et eut la plus fâcheuse influence sur son organisation. Peu à peu il s'éloigna , par discrétion, des hommes avec lesquels il avait autrefois du plaisir à se trouver. L'Académie ne le vit plus prendre part à ses séances : il semblait que le sort qui le poursuivait fût en même temps une barrière entre lui et les hommes qui l'estimaient le plus.
Par l'intermédiaire de quelques confrères de l'Académie, Galeotti put entrer, au mois de mai 1853, comme directeur au Jardin d'Horticulture de Bruxelles, et s'y livrer entièrement à ses études de prédilection. Cette tranquille position lui donna plus de calme; il retourna à ses travaux chéris et jouit de l'existence paisible dont il avait tant besoin. Mais le coup qui devait nous le ravir était porté depuis longtemps : sa sanlé^ trop rudement éprouvée, ne put se rétablir, malgré les conditions plus heureuses dans lesquelles il se retrouvait.
Galeotti, depuis son retour d'Amérique, s'était marié, mais il n'eut qu'un seul enfant, un fils , et ce fut sans doute une cause d'allégement pour son esprit, que de ne pas être chargé d'une nombreuse famille au milieu des luttes pénibles qu'il eut à soutenir. Le travail fut son grand consolateur, et le besoin d'étude le porta à s'occuper de la rédaction du Journal d'horticulture pratique y dont la publication augmentait encore les avantages de sa nouvelle position.
C'est le 14 mars 1858 que se termina sa douloureuse existence, minée par une longue et pénible maladie. La plupart de ses anciens collègues de l'Académie et ses nombreux amis voulurent lui payer un dernier témoignage d'affection, et accompagnèrent ses restes jusqu'au cimetière de l'église de Schaerbeek, où ils furent déposés.